Cela fait près de 10 mois que Matthieu Lartot a dû s’adapter à une nouvelle vie. La raison : une récidive d’un cancer, un synovialosarcome, qui l’avait touché plus jeune. Si aujourd’hui, le natif de Mantes-la-Jolie (Yvelines) a retrouvé son poste de commentateur au creux des plus grands stades du monde, il a traversé une période de troubles.
Ce samedi 6 avril, plusieurs mois après l’intervention, Matthieu Lartot a publié un livre, "On n’ampute pas le cœur", paru le 4 avril aux éditions Robert Laffont. Il y raconte, notamment, son combat.
Découvrez l'histoire inspirante de Matthieu Lartot, commentateur de rugby, son combat contre le cancer et son retour sur le devant de la scène sportive.
Matthieu Lartot de retour après son amputation - C à Vous - 07/09/2023
Un Parcours Semé d'Embûches
Cette destinée est venue à lui comme une évidence quand, souffrant d’un cancer (synovialosarcome) rarissime (100 cas par an en France), il avait dû, à 17 ans, renoncer à la pratique du rugby, lui qui, comme son père, ancien joueur devenu président du club de Mantes-la-Jolie (Yvelines), s’y était adonné avec passion, depuis son enfance. Pour Matthieu Lartot, c’était assez naturel de se tourner vers le journalisme, car, à terme, ça pouvait lui permettre de continuer à être au plus près du sport, un milieu qui le fascinait depuis tout môme.
Malgré de lourdes séquelles à sa jambe droite, ce père de famille (un fils de 19 ans et une fille de 12 ans) avait pu mener sa carrière sans complications rédhibitoires, au gré des matches du XV de France et de la coupe d’Europe. Jusqu’au printemps dernier où une récidive de son cancer a conduit à une amputation, le 16 juin. Moins de trois mois plus tard, et au prix d’une rééducation menée avec courage et détermination, Matthieu Lartot va recommencer à commenter, dès aujourd’hui, au Vélodrome, pour Afrique du Sud-Écosse. Comme une victoire personnelle. Son titre à lui. C’est ce combat, ses projets, son amour inconditionnel du métier de journaliste et du sport qu’il a accepté de raconter à La Provence.

Les Signes Avant-Coureurs de la Récidive
Matthieu Lartot savait qu’il allait devoir changer la prothèse de reconstruction (allant du fémur jusqu’au tibia) qui lui avait été posée, vingt-cinq ans plus tôt. Aussi, quand il a ressenti les premières douleurs au niveau du quadriceps, dès le début du dernier Six Nations, il pensait que c’était un problème de prothèse à remplacer.
Comme il vivait avec des douleurs, depuis vingt-cinq ans, à la jambe et au dos, il ne s’est pas inquiété quant à une éventuelle récidive du cancer. Il a passé tout le Tournoi sous anti-inflammatoires ; si il n’en prenait pas, il ne marchait pas. À la fin du dernier match, il s'est dit qu’il y avait quelque chose d’anormal. Contrairement à celles qu'il éprouvait jusqu’ici, ces douleurs n’avaient jamais cessé. Elles l'empêchaient de dormir. C’était violent. Insupportable. Ça le rendait fou.
Alors, il est allé consulter l’ancien médecin du Stade Français, un ami de sa famille. En lui décrivant ses symptômes, il lui a fait comprendre qu’il y avait un truc plus grave que ce qu'il pensait.
En réalité, on découvre que le cerveau est ainsi fait que, dès qu’on l’occupe à autre chose, il fait abstraction du reste. De plus, les anti-inflammatoires avaient la vertu de calmer les douleurs, ce qui lui permettait de marcher et d’assumer une journée à peu près normale. Puis, ça se redéclenchait souvent la nuit. Mais comme il a une résistance importante à la douleur, il n'était pas extrêmement soucieux non plus.
L'Acceptation de l'Amputation
Matthieu Lartot s'était préparé à une éventuelle amputation, un jour, parce qu'il savait pertinemment que sa jambe était en très mauvais état, la peau étant collée à la prothèse. De fait, en changeant la prothèse, il savait potentiellement qu’il y avait un risque qu’on ne puisse pas lui enlever et d’en venir à l’amputation.
Et, justement, le diagnostic de la chirurgienne a été sans appel : même sans le retour de la tumeur, on n’aurait pas pu lui remettre de prothèse. Il a été surpris par le fait que le cancer revienne vingt-six ans après. La chirurgienne lui a expliqué que la radiothérapie qu'il avait subie, en 1998, a très probablement causé la récidive, parce que ce traitement, très ciblé, avait emprisonné finalement des cellules, en quelque sorte, et là, elles s'étaient libérées, en se multipliant à vitesse grand V.
Il s'agissait, à nouveau, d'un sarcome. Indifférencié en zone irradiée, celui-ci. L'un des pires du genre, avec des cellules anarchiques et ultra-agressives. De plus, il était très volumineux. Partant du genou, où le premier cancer s'était développé, il était ainsi monté jusqu'au fémur. Non seulement, il a été amputé, mais cela l'a été très haut. Ce qui a encore compliqué la situation, car plus on est amputé haut, plus l'appareillage est difficile. Mais quand on le lui a annoncé, dans sa tête, il était prêt. Prêt, parce qu'une telle issue était potentiellement envisageable ?

Réaction et Priorités
La priorité de Matthieu Lartot, c'étaient les examens, en espérant qu'il n'y ait rien ailleurs. Il a raisonné en termes de survie. Il fallait éradiquer ce "truc" de manière définitive et ainsi lui donner le maximum de chances que ça ne revienne plus jamais. Il est donc entré de suite en chimiothérapie à Cochin, trois semaines après s'être arrêté de travailler le 24 avril et avoir enchaîné toute une batterie d'examens entamée à la fin du Six Nations.
Il a surtout pensé à se soigner et à s'en sortir. Il ne savait pas quand il allait reprendre le travail. C'est seulement après le premier bloc de chimiothérapie qu'il a commencé à se projeter. La tumeur était contenue. Il était rassuré ; toute l'équipe médicale aussi. L'amputation était fixée au 16 juin. Aussi, la durée de sa rééducation devenait centrale. C'est une phase très variable, selon les cas et les individus. Quand il s'est entretenu avec tous les membres de l'équipe (médecins, kinés, prothésistes...) qui allaient l'entourer durant cette période, il leur a dit que son objectif était d'être opérationnel professionnellement à la fin de l'année. Sans être pessimistes, ils s'étaient montrés prudents afin de ne pas lui donner de faux espoirs.
Cela dépendait de tellement de choses : la récupération physique, la cicatrisation, l'adaptation à l'appareillage... Il est entré au centre de rééducation le 23 juin; il en est finalement sorti dès le 15 août. Le 17 juillet, on lui a mis la prothèse pour la première fois et le 20 juillet, il marchait dans les rues de Paris avec des béquilles, mais il commençait déjà à marcher. En l'espace, il a d'abord lâché une première béquille, puis la seconde, et aujourd'hui, il marche avec une canne.
La Rééducation : Un Défi Constant
Il y a plein de facteurs : l'âge (il a 43 ans), la tonicité du corps, le fait d'accepter de se faire mal physiquement et il s'est effectivement "fracassé", lors des séances de rééducation. Ayant vécu avec la douleur durant toute sa vie, se faire mal n'a jamais été un problème. On n'est pas égaux face à la rééducation.
Du 23 juin au 12 août, il est resté en hospitalisation complète au centre de rééducation de Châtillon, avant une dizaine de jours en ambulatoire, fin août. Il lui reste 14 centimètres de jambe et pour pouvoir supporter le poids d'une prothèse et activer la marche, il a fallu notamment qu'il fasse beaucoup de gainage sur toute la chaîne abdominale. Ce fut un énorme travail de fond.
Il s'est mis en mode machine de guerre, en se disant qu'il avait tout l'été pour accepter la prothèse et augmenter de plus en plus son périmètre de marche. Son objectif, c’était d’être prêt le 8 septembre, pour être présent en tribune de presse du Stade de France, au match d’ouverture de la coupe du monde, que ce soit debout ou même en fauteuil (il était en effet en tribunes au Stade de France, vendredi soir).
La Coupe du Monde comme Moteur
La Coupe du Monde a été un objectif déterminant, un moteur extraordinaire. Mais il n'a pas bâclé sa rééducation pour autant. Jamais les médecins ne l'auraient fait sortir du centre si il n'avait pas fait le nécessaire. Il est comme ça : il a besoin de mettre un objectif et de se donner tous les moyens pour l’atteindre.
Le soulagement prédomine, mais il ne crie pas victoire. Pour l'instant, il n'y a rien d'autre dans son corps, mais parallèlement, des contrôles vont être menés tous les trois mois, pendant cinq ans. Le 14 septembre, il va passer une IRM.
Il reprend à France Télévision sur la base d'un mi-temps thérapeutique : il commente les week-ends et la semaine, c'est batterie d'examens, contrôles et passage au centre de rééducation afin de procéder régulièrement à un nouveau moulage de l'emboîture de la prothèse étant donné que le moignon évolue. Ça va être sa vie pendant cinq ans.
En fait, son quotidien ne va pas beaucoup changer par rapport au bâtiment de France Télévision qui est accessible à toutes personnes. Sur cette coupe du monde, ce sont de grands stades adaptés. En revanche, sur la coupe d'Europe, en fin d'année, il sera confronté à une autre problématique, car les stades de rugby, en France, ne sont pas tous aux normes. Ce ne sera pas simple partout. Sa prothèse est équipée d'un frein hydraulique qui l'aide à descendre les escaliers, mais pour le moment, il ne maîtrise pas tout et il lui faut une rembarde.

Sensibiliser et Agir
Sa prothèse est dotée de microprocesseurs reliés en bluetooth à son téléphone, ce qui permet d'adapter la marche. D'autres appareillages sont encore plus développés, mais ils ont un coût. Dans le monde du handicap, il y a des disparités et des injustices. Beaucoup de gens handicapés, en France, sont dans la difficulté car, financièrement, il y a des adaptations dans les logements ou des ajustements dans les véhicules.
Il a un projet d'association à ce sujet, car il y a beaucoup de choses à faire et ça sera l'un de ses combats futurs. Il faut notamment que les gens amputés à la suite d'une pathologie soient à égalité avec ceux qui l'ont été après un accident de la route et qui ont la chance - tant mieux - d'avoir une assurance couvrant le prix d'une prothèse. Il espère que son statut de personne publique constituera l'écho nécessaire pour cette cause. Et pour sensibiliser, aussi, à propos de l'accessibilité.
Aujourd'hui, il a un rôle à jouer parce qu'il y a énormément de gens qui lui ont écrit, qui le sollicitent, qui le poussent.
Aujourd'hui, il peut monter à l'arrière d'une voiture. Quand il s'assied au restaurant ou à la cantine face aux personnes qui mangent avec lui, il n'a pas sa jambe qui traîne. Plus que de performance sportive, ce dont il a besoin aujourd'hui, c'est de profiter d'activités dont il a été privé en tant que père.
Il pourrait, si il le souhaite, pratiquer le tennis-fauteuil, le basket-fauteuil. Beaucoup de sports l'attirent. Mais la priorité est de partager avec ses enfants ce qu'il n'a jamais pu faire avec eux.
Le Soutien Indéfectible
Matthieu Lartot n'oublie pas ceux qu'ils considèrent comme des piliers de son rétablissement : les membres de sa famille. Son épouse, ses parents… Ils ont toujours été là. Ils ont mis entre parenthèses leur vie pendant deux ans quand il était adolescent. Ils faisaient 140 kilomètres aller/retour tous les jours pour être à ses côtés.
Quelques heures avant l’amputation, il est arrivé à la clinique avec sa fille, ils ont fait une partie de Yams (jeu de société, NDLR). Un moment père fille assez magique. Elle a été extraordinaire, son fils aussi.
Il a reçu des dizaines de milliers de témoignages bouleversants d'anonymes touchés par le cancer ou le handicap, des parents dont un enfant souffre du même sarcome, des gens du monde sportif, des personnalités publiques. Cette masse de messages a décuplé ses forces. Ça lui a donné de l'énergie.
Fabien Galthié a été là à chaque étape : il est venu le voir en chimiothérapie et en centre de rééducation. Des joueurs lui ont écrit ou lui ont envoyé des vidéos. Le fait que tous ces gens-là aient été au plus près de lui durant cette période lui a également permis de rester connecté.
Au centre de rééducation, il a rencontré des personnages extraordinaires, issus de milieux sociaux et de communautés différents, qui l'ont tiré vers le haut en faisant preuve d'une solidarité et d'une entraide que l'on n'a pas toujours au quotidien. Le fait d'avoir le même handicap ou la même maladie vous soude tout d'un coup.
Il va la vivre à 10 000 % ! Certes, France Télévision a dix matches sur 48 et il y aura donc la frustration de ne pas être toujours aux manettes sur les matches du XV de France, à l'exception de celui face à la Namibie, alors que, historiquement, nous sommes la chaîne de l'équipe de France. Dans un autre contexte, il aurait peut-être été frustré, mais là pas du tout. Si on lui avait dit, il y a deux mois et demi, qu'il serait en mesure d'être debout, de se retrouver dans un stade et d'aller commenter les matches, il aurait signé tout de suite. Il est enthousiaste, ravi et plein d'énergie. Il va profiter de tout, en fait. De l'ambiance et de cette incroyable équipe de France.
Le Livre "On n'ampute pas le cœur"
Paru en avril dernier avec les Editions Robert Laffont, le nouveau récit de Matthieu Lartot, « On n’ampute pas le cœur », raconte son combat acharné contre le cancer et son défi de couvrir la Coupe du monde de rugby deux mois après son amputation. Il relève ce défi grâce à une détermination hors norme et à des rencontres qui ont transformé ce parcours du combattant en aventure humaine.
Passionné de rugby, il pratique ce sport de ses 5 ans à ses 17 ans. A 16 ans, il se blesse au genou, ce qui permet aux médecins de découvrir une tumeur dans cette zone. Ne pouvant plus faire de rugby, il décide de se réorienter vers le journalisme.
Aujourd'hui, Matthieu Lartot aborde cette coupe du monde comme il n'était pas du tout sûr de la commenter.
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