L'histoire et l'influence du masque de hockey dans le cinéma d'horreur : L'icône de Jason Voorhees

Le 25 décembre, on invite le Père Noël. Le lundi de Pâques, on invite le Lapin. Et à chaque Vendredi 13, on reçoit Jason Voorhees pour dîner. Pratique, c'est lui qui coupe la viande ! Sur onze films, la probabilité que les évènements se déroulent toujours un vendredi 13 a fini par s'amincir, et les derniers opus se contentent d'arborer le nom du tueur vedette : Jason, le colosse au masque de hockey.

Après Massacre à la tronçonneuse, La colline a des yeux, Halloween, la maladie du remake frappe la franchise horrifique la plus prolifique de ces dernières décennies : Vendredi 13. Petit retour sur le parcours de santé d'un p'tit gars élevé en pleine nature, dont la première mort supposée a eu lieu en 1957, lorsqu'il avait environ huit ans. A ce jour, Jason est donc mort douze fois. Bientôt treize ?...

Les origines du slasher : Vendredi 13 et l'influence d'Halloween

Le slasher des années 80, s'il trouve ses lointaines racines dans le Psychose d'Alfred Hitchcock, a été défini en grande partie par le glaçant Halloween de John Carpenter. Pourtant, ce dernier restait dans une certaine mesure un film d'auteur, et ne possédait pas ce côté "exploitation" qui fera le charme du genre. C'est avec Vendredi 13, en 1980, qu'apparaissent la régularité des meurtres et l'enthousiasme du massacre, qui remplacent le suspense et la tension dramatique.

Dans le premier opus, réalisé par Sean S. Cunningham, une bande de jeunes moniteurs se réunissent dans la colonie de vacances de Crystal Lake. Ils se rient évidemment des superstitions locales, qui veulent que le camp soit maudit depuis qu'un jeune garçon s'y est noyé une vingtaine d'années plus tôt. Parmi les inconscients, on trouve un jeune acteur du nom de Kevin Bacon, la future star dont le patronyme était alors un simple prétexte à le placer au cœur d'une boucherie. Pour continuer dans les jeux de mots, notons que les ennuis commencent à partir du moment où Bacon fait des cochonneries avec sa copine, pendant que leurs amis se livrent à un strip-Monopoly.

Le croquemitaine, c'est un fait désormais admis, occupe un rôle éducatif en châtiant les impies qui commettent le péché de chair. Ce n'est pourtant pas le mastodonte Jason Voorhees qui découpe les gens dans ce premier film, mais sa maman vengeresse décidée à occire sauvagement les moniteurs de toutes époques, qu'elle tient pour responsable de la mort de son rejeton.

[1/2] L'HISTOIRE de VENDREDI 13 - Jason VOORHEES Le tueur au masque de hockey

Ce dernier, dans la version française d'époque, ne s'appelle même pas Jason mais Jacky, preuve que les traducteurs insouciants n'avaient aucune idée du culte que génèrera ensuite le tueur du vendredi.

La mère assassine est un thème directement emprunté à Psychose, dont la musique est elle aussi allègrement plagiée par Harry Manfredini ; ce dernier y ajoute néanmoins une pincée de « tch-tch-tch-ha-ha-ha » qui deviendra la marque de fabrique de la série. Vu avec le recul, le premier Vendredi 13 peine à assurer pleinement son rôle de divertissement macabre (la meurtrière n'est vue que vers la fin du film, où elle s'avère graphiquement peu mémorable), et son impact horrifique paraît bien faiblard en regard de ce qui a suivi. Reste le côté assez pur de sa construction, et la présence rétrospectivement attendrissante de Kevin Bacon.

On note également que dès le premier film, le scénariste se contrefout totalement de la date des évènements, ce qui expliquera sans doute l'abandon progressif de la notion de "vendredi 13" dans le titre. On comprend pourquoi il se cachait ! Jason a survécu à la noyade (on ne sait pas comment, ni pourquoi sa mère voulait le venger - puisqu'il n'est pas mort !), il est resté caché pendant trente ans (là non plus, pas d'explication), et il revient pour tuer tout le monde (là, on suppose que c'est pour venger sa maman, dont il garde la tête empaillée dans un coin, histoire de prolonger joyeusement l'hommage à Psychose - et on ne parle même pas de la scène de la douche dans le prégénérique).

Les victimes tombent comme des pipes à la fête foraine, Jason s'éclate, mais il manque un élément décisif à la mythologie : le masque de hockey. Pour l'instant, le tueur de Crystal Lake se contente de laisser sa tête hors du cadre ou de la cacher sous un drap façon Elephant man, avant de révéler sa sale trogne dans les dernières minutes du film. Un aspect qui changera au gré des suites, de même que le volume de Jason qui enflera de film en film.

L'arrivée du masque de hockey dans Vendredi 13 3 : Meurtres en 3D

Une fois n'est pas coutume, oublions l'histoire, qui se raccorde comme elle le peut à l'opus précédent. Oublions les jeunes idiots, leur passion pour le sexe et la fumette, le trio de loubards ringards et les coups de fourche qu'ils se prennent dans la bedaine. Vendredi 13 3, Meurtres en 3D de son petit nom, est peut être l'épisode le plus culte de la saga.

Femme au volant, mort au tournant soit meilleur que ses petits camarades, mais parce que c'est dans cet opus que le tueur de Crystal Lake trouve enfin masque à sa hauteur. Et oui, fini le sac à patates sur la tête, Voorhees-fils arbore désormais le masque de hockey qui le fera entrer dans la légende et rétrospectivement, il n'est pas interdit de voir en cette séquence-clé la naissance du vrai Jason. A ce titre, le film est d'ailleurs curieusement éloquent : si 45 minutes durant, le réalisateur du bien sympathique House, Steve Miner, livre un épisode plutôt... mineur au regard de l'intégrale de la saga, l'arrivée du Jason new-look met un sacré tigre dans le moteur.

Le gore se fait plus présent, un érotisme gentillet pointe son sein et les morts tombent littéralement de tous les coins, alors qu'un oeil fraîchement énuclée s'envole soudain vers le spectateur. Ce sera là, d'ailleurs, le seul véritable "meurtre en 3D" du film, l'essentiel du procédé, usine à gaz technique mais argument commercial alors très à la mode dans le cinéma d'horreur, ne servant finalement qu'à jeter des choses à travers l'écran (yoyo, popcorn, bouts de bois... wow), lorsque Jason ne mouline pas piteusement des bras face caméra.

Voila, c'est fait. Le film est objectivement une vraie ruine, ne sert à rien et n'est même pas drôle, mais Jason, machette au vent, est désormais prêt à conquérir le monde !

Vendredi 13 : Chapitre final : L'enterrement (raté) de Jason

Aussi incroyable que cela puisse paraître aujourd'hui, la saga Vendredi 13 était pensée pour se terminer un jour, précisément par ce déclaré ultime épisode. Solide nom du film d'action 80's et réalisateur de chevet de notre Nicolas national (pas Sarkozy hein, not'chef ciné !), c'est à un Joseph Zito en devenir que revient l'honneur d'enterrer Jason, en signant ici sa deuxième et dernière incursion dans l'horreur pure depuis le très sale Rosemary's Killer en 81.

Sur une base déjà éventée -ce Chapitre Final n'étant au bout du compte qu'un vague remake du film originel- Zito, dont le contemplatif n'est pas l'apanage, livre ici un slasher dynamique et brutal, trouvant la part juste entre meurtres sanglants et poitrines dénudées d'usage, tout en développant un amusant esprit campy lorsqu'il s'intéresse à la désormais proverbiale bande de jeunes écervelés. Difficile à ce titre d'oublier la scène où Crispin Glover (Willard), jeunot, gesticule une sorte de pre-tektonik au son d'un imbittable rock FM ! Tout ceci fait mouche, d'autant que le film se laisse aller à quelques baignades naturistes évoquant furieusement la Baie Sanglante de maître Bava. Une jolie manière de boucler la boucle.

Quand à la conclusion tant attendue, elle constitue en une dizaine de minutes musclées (aurait-il pu en être autrement ?) où Jason casse des murs et des portes, court le 100 mètres (et oui !) et se prend des coups de marteau et de télé en pleine poire, avant de trouver enfin plus fort que lui dans un dénouement bien gore à la folie presque dérangeante.

Qu'il soit pris comme un épisode de routine ou comme une tentative (avortée) de mettre Jason à la retraite, ce Chapitre Final rempli son contrat, certes sans finesse, mais avec éclat. Ce sera là aussi le dernier Vendredi 13 du maquilleur Tom Savini, qui après avoir littéralement créé Jason dans le premier opus, rempilait là pour mettre symboliquement -mais était-il dupe ?- un point final à ce jeu de massacre. L'ironie du sort fera qu'il recroisera Joseph Zito sur les plateaux de la Cannon, pour les besoins d'Invasion USA et du Scorpion Rouge.

Quant au brave Jason, qui a avalé bien des légumes verts depuis ses meurtres en 3D, il restera ce qu'il a toujours été : une légende. Et il est bien connu qu'elles ne meurent jamais...

Vendredi 13 : Une nouvelle terreur : L'imposteur

"Flûte". Ou plutôt "Shit" voire "motherfucker", voilà ce qu'on dû se dire les producteurs face aux résultats tout à fait honorables du Chapitre Final, laissant entendre que la poule aux oeufs d'or a encore des choses dans son fondement. Le dieu Dollar ayant solutions à tout, un cinquième épisode est donc logiquement mis en branle... une fois n'est pas coutume, avec une rare intelligence.

Cette intelligence est de laisser Jason a sa place, soit pourrissant quelque part avec une machette dans l'os maxillaire, et de faire du jeune Tommy Jarvis, héros insoupçonné de l'opus précédent et désormais jeune traumatisé, le centre de l'histoire voire le tueur présumé de la vague de meurtres qui s'abat autour de lui. Un Vendredi 13 d'auteur en quelque sorte, non dépourvu d'une certaine cohérence quant au Chapitre Final, dont le résultat est à la fois fidèle et assez en retrait du tout venant de la saga, en atteste une conclusion malsaine qui n'aurait pas dépareillé dans un roman de Thomas Harris.

Problème : comme disait Riffhifi, dans Vendredi 13 la star, c'est le tueur et le tueur, bah c'est Jason. L'épisode 5, pour avoir osé le copycat, deviendra de fait l'un des plus mal-aimé de la série. Pourtant, quand bien même l'ambiguïté quant à la véritable identité de ce Jason (qui n'est pas le Jason... vous suivez ?) ne tient pas une seule seconde -le réalisateur choisissant curieusement de nous montrer la voie dès le début du métrage, Une nouvelle terreur reste, outre son ambition, un film loin d'être ridicule.

Moins graphique que certains de ses homologues et, en cela, plus proche du thriller violent que du slasher gore (ce qui n'est pas la même chose), il se dégage d'Une nouvelle terreur ce grain de folie propre au cinéma d'exploitation, alors que sa construction déconcertante, après avoir flirté tranquillement avec le glauque en s'intéressant à la reconstruction mentale de Tommy Jarvis, débouche sur un ahurissant crescendo de morts, plus personne ne pouvant faire un pas sans tomber sur un macchabée ou se faire transformer en kebab.

L'ensemble, qu'il n'est pas interdit de trouver rafraîchissant, est en outre agréablement pourvu des trois mamelles de tout Vendredi 13 qui se respecte : chair, sang et nanas à brushing, histoire que les fans ne se sentent pas trop dépaysés. Le faux Jason, lui, n'a rien à envier à son prédécesseur, la jeunesse décadente succombant sous ses coups de machette/ceinture/piquet/torche éclairante (!) avec la même régularité. Et si il reste l'un des rares boogeymen de série à mourir pour de bon, il faudra un bulldozer, une tronçonneuse et divers objets contondants pour en venir à bout. L'honneur des Vorhees est sauf !

Vendredi 13 : Jason le mort-vivant : Le retour du vrai Jason

Machine arrière toute ! Devant le tollé que provoque l'épisode 5, le seul moyen d'éviter la troisième guerre mondiale est de faire revenir le vrai Jason. Sitôt dit sitôt fait. L'intitulé donne le ton d'entrée de jeu (Jason Lives), son homologue français enfonce le clou (la machette ?) avec poésie et l'introduction balaie les derniers doutes : Tommy Jarvis, qui devait s'ennuyer, décide de déterrer Jason pour voir s'il est bien mort (!). Mauvaise idée, le tonnerre gronde et l'intéressé, qui décomposait tranquillement dans sa tombe, se prend un éclair dans la caboche, ce qui a pour effet de le ramener à la vie (!!). Un malheur n'arrivant jamais seul, il se réveille du pied gauche et le trépas ne lui a pas spécialement changé les idées... En dix minutes l'affaire est pliée, le massacre peut commencer.

Il est de prime abord facile de se moquer de Jason le Mort Vivant (rha, quel titre !). Le film est pourtant la preuve que finalement, Vendredi 13 ne gagne pas grand chose à s'encombrer de psychologie. Avec sa trame simpliste, ses meurtres rigolos et son Jason aussi con qu'énervé, ce sixième épisode séduit rapidement par sa légèreté et son petit goût pour l'outrance. Précédé par un générique parodiant savoureusement la sacrosainte ouverture des James Bond, Jason se promène ainsi dans un scénario dont tout le monde se moque, décimant le casting avec tout ce qui lui tombe sous la main, au rythme du The Man Behind The Mask d'Alice Cooper.

Et si le tueur de Crystal Lake avait jusqu'ici bien prouvé qu'il n'aimait pas les jeunes, nous apprenons présentement qu'il déteste le paint-ball (cinq trépassés, dont quatre d'un coup...), la maréchaussée (un ange de la route broyé en deux, un autre planté à la ninja par une fléchette) et les camping-car (encore un sale jeune, explosé contre une coin-toilette). Généreux, inventif et plutôt bien pourvu en viande hachée, Jason le Mort Vivant est sans doute l'un des opus les plus funs de la saga. Et c'est pour ça qu'on l'aime !

Vendredi 13 : Un nouveau défi : Le télékinésiste

De loin l'épisode le plus terne de la saga, ce "nouveau défi" n'a de nouveau que la présence d'une jeune télépathe-télékinésiste : réveillant Jason par erreur (oups, désolé, faux numéro), la drôlesse déchaîne ainsi les feux de l'enfer sur ses petits camarades. Le reste n'est qu'étripage réglementaire jusqu'au règlement de compte final, ponctué comme il se doit de multiples fausses morts du croquemitaine increvable.

L'argument surnaturel n'a aucun intérêt (les épisodes précédents ne s'encombraient pas de ce genre d'artifice pour ramener Jason à la vie, on lui filait un Mars et il repartait). Le réalisateur John Carl Buechler (Troll), en mode "fonctionnaire", aligne les meurtres en n'oubliant pas d'insérer la classique scène du « ouf, ce n'était qu'un chat », tandis que le spectateur se demande pourquoi Crystal Lake n'a pas été mis en quarantaine au vu des pelletées de morts qui s'y amoncellent régulièrement.

La seule qualité de ce film aura été de faire prendre conscience aux producteurs de la nécessité d'élargir le terrain de jeu de leur personnage... Pour l'anecdote, on notera que Jason est interprété pour la première fois par Kane Hodder, qui se glissera à nouveau sous le masque à trois reprises.

Vendredi 13 : Jason à Manhattan : Le voyage

1989 : huitième film en à peine dix ans. Changement de décor pour Jason, qui se retrouve sur un bateau plein de touristes adolescents. Il en profite pour faire ce qu'il aime : poinçonner de la chair fraîche, de préférence celle de petites filles perverses. Start spreading the news... jouit d'une belle énergie et d'une caractérisation efficace des personnages, au point qu'on en vient presque à frémir lorsqu'ils se font dessouder.

Tout hommage à Dracula mis à part (bé oui, le bateau, l'équipage massacré, ça ne vous rappelle rien ?), l'accent est mis cette fois sur l'enfant déformé que fut Jason, et lui confère une personnalité plus humaine que les épisodes précédents : ne le voit-on pas jouer avec gourmandise au chat et à la souris a...

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