Un nouveau défi de taille attend Laurent Tillie, l'ancien entraîneur à succès des Bleus. Il a officiellement signé un contrat de quatre ans avec la Fédération japonaise pour devenir le nouveau sélectionneur de l'équipe nationale.
L'objectif assigné est clair : un podium aux Jeux Olympiques de Los Angeles, en 2028.

Laurent Tillie et Earvin Ngapeth aux Jeux de Tokyo en 2021. (P. Lahalle/L'Équipe)
Un challenge motivant et un clin d'œil du destin
« Le challenge proposé est vraiment intéressant et motivant, confie Tillie (60 ans), qui deviendra donc le deuxième entraîneur étranger de la sélection nippone après Philippe Blain (2017-2024), auquel, petit clin d'oeil du destin, il avait déjà succédé au chevet des Bleus en 2012.
Les Japonais sont restés marqués par la déception vécue aux Jeux de Paris où ils sont passés tour près d'une qualification en demi-finales contre l'Italie (défaite 17-15 au tie-break, après avoir eu trois balles de matches au troisième set et encore une au cinquième). »
L'une de ses premières missions consistera à tenter de convaincre certains cadres - le passeur Masahiro Sekita, le pointu star Yuji Nishida ou encore le central Kentaro Takahashi - de revenir sur leur décision de prendre leur retraite internationale.
Une aura favorable au Japon
Son aura au Japon, où il a conquis l'or olympique avec les Bleus aux Jeux de Tokyo (2021) et où il entraîne Osaka Bluteon (ex Panasonic Panthers) depuis 2020, devrait l'aider dans sa quête qui débutera dès la fin de saison de la JSV-League que son équipe domine occupe actuellement, avec le titre national dans le viseur.
En revanche, Tillie n'honorera pas sa dernière année de contrat avec son employeur, soucieux de ne pas mélanger les genres. « Je remercie les dirigeants de Panasonic qui ont compris ma démarche et m'ont libéré avec l'appui de la Fédération », glisse le technicien, qui alternera les allers-retours entre l'Europe, où jouent certains des meilleurs joueurs nippons, et Tokyo, où il bénéficiera d'un appartement.
Tokyo confidentiel : Laurent Tillie, entraîneur de volley ball
Retrouvailles avec les Bleus
Dès la prochaine Ligue des nations voire au Championnat du monde aux Philippines (12-28 septembre 2025), Tillie croisera évidemment la route des Bleus.
Une expérience qui lui rappellera le précédent de l'Euro 2005 où, alors sélectionneur de la Tchéquie de Jiri Novak, il avait affronté la France de Philippe Blain. « Je ne redoute pas ce rendez-vous, assure-t-il. Il y aura de l'émotion, des frissons et de la nostalgie, c'est sûr. On ne se souviendra que des bonnes choses.

Philippe Blain
Philippe Blain : Un Précurseur et Mentor
Philippe Blain, prédécesseur de Tillie, a marqué son passage au Japon. Enfant de Montpellier, Philippe Blain aurait pu faire carrière dans le rugby ou le football. Pourtant, les hasards de la vie l'ont conduit vers le volleyball. Dans les années 1970-1980, le volleyball était surtout un sport universitaire et amateur. Au poste de réceptionneur-attaquant, ses inédites manchettes bras pliés le conduisent en équipe de France.
En 1986, la France, vice-championne d’Europe, organise pour la première fois les Championnats du monde de volleyball. Les Bleus terminent finalement à la sixième place de cette compétition. Philippe Blain est élu meilleur joueur de la compétition mais conserve un goût amer de ce moment. De cette aventure naîtront des amitiés profondes, et celui qui ne se voyait pas « faire carrière » dans le volley fait ses bagages… pour longtemps.
Au début des années 1990, Alain Fabiani à Parme, Laurent Tillie à Falconara et Philippe Blain à Coni ouvrent la voie de l’expatriation vers une Italie dingue de volley, et ce bien avant l’arrêt Bosman. C’est là-bas en Italie que Philippe décide finalement d’oublier les mathématiques pour se tourner vers une carrière d’entraîneur.
Après un passage à vide de quinze ans, la France monte pour la première fois de son histoire sur le podium d’une compétition mondiale lors des Championnats du monde en Argentine en 2002. Le bail durera dix ans, durant lesquels le Montpelliérain pose les bases d’une équipe de France aux ambitions retrouvées.
« La réponse ne tarde pas : vous faites quoi en ce moment ? me demandent-ils. La fédération me propose de venir en 2017 au poste de sélectionneur adjoint, parce que pour le Japon, il était inconcevable que ce ne soit pas un Japonais qui signe la feuille de match, même s’il n’avait pas de compétence en tant que sélectionneur. »
Là-bas, la tradition, la culture, la manière de communiquer, tout est très verrouillé. Les équipes sont des franchises de grandes entreprises japonaises dont les joueurs sont employés à vie, aucun ne parle anglais. Pour la première fois depuis longtemps et malgré les difficultés liées au Covid, le Japon accède aux quarts de finale des JO de Tokyo.
Après de longues discussions, il devient le premier sélectionneur étranger officiellement désigné : le daihyō kantoku. Marié et toujours installé à Montpellier, Philippe organise sa vie pour être sept mois par an au Japon. Là-bas, il vit avec son équipe au quotidien et n’a pas de domicile fixe.
Objectif Los Angeles 2028
Laurent Tillie a été nommé lundi au poste de sélectionneur du Japon, où il succède à son compatriote Philippe Blain. Tillie, âgé de 60 ans, est déjà présent au Japon puisqu'il entraîne les Osaka Bluteon, rejoints sous le nom de Panasonic Panthers après le sacre des Bleus aux JO de Tokyo.
"C'est un grand défi, pas facile à relever, mais un avenir brillant nous attend avec l'aide des talentueux et expérimentés joueurs et de l'encadrement. Nous pouvons le relever" a déclaré Tillie, cité par la JVA.
Avant les JO de Tokyo, l'ancien international français avait apporté aux Bleus leurs premiers titres, un championnat d'Europe (2015) et deux Ligues mondiales (2015 et 2017, désormais Ligue des nations).
Le président de la Fédération japonaise, Shunichi Kawai, a de son côté "espéré que la fine connaissance (de Tillie) des caractéristiques des joueurs et équipes japonais, ainsi que de leur culture, permette au Japon d'aller plus haut".
"Nous allons tenter d'atteindre notre but de gagner une médaille, ce que nous n'avons pas réussi à Paris cette année" a-t-il ajouté, semblant indiquer que Tillie s'était engagé jusqu'aux Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles.
Blain (64 ans), coéquipier de Tillie en équipe de France dans les années 1980, a pris en main la sélection nippone en 2021 après en avoir été l'entraîneur-adjoint depuis 2017.