Le rugby anglais traverse une période de turbulences sans précédent. La crise financière qui frappe de nombreux clubs a conduit à des situations dramatiques, avec des liquidations et des redressements judiciaires qui menacent l'avenir de ce sport outre-Manche. Cet article se penche sur le cas emblématique des Wasps, tout en élargissant l'analyse à d'autres clubs en difficulté, pour comprendre les causes de cette crise et les perspectives d'avenir.
Samedi dernier, les Wasps devaient se rendre à Exeter pour disputer leur cinquième match de Championnat de la saison, mais ils n'y sont pas allés. Ils ne joueront même plus de la saison. Le club des Wasps, basé à Coventry depuis 2014, a été placé à son tour en redressement judiciaire ce lundi, avec un trou béant de près de 30 millions d'euros.
Dans la foulée, les deux administrateurs nommés ont décidé de procéder au licenciement de 167 salariés, dont l'ensemble des joueurs et du staff technique.
LA CRISE FINANCIÈRE DE 2008. Améliorez Votre Anglais Avec 10 Minutes de Pratique Quotidienne.
Le club des Wasps a été placé ce 17 octobre en redressement judiciaire, ce qui devrait entraîner sa relégation de Premiership. Il avait déjà été suspendu de toute compétition mercredi dernier par la fédération. Ce redressement judiciaire, selon certains médias anglais, entraîne le licenciement de 167 personnes du club, joueurs et personnels administratifs compris.
« Le club des Wasps Holdings Limited a été placé en redressement judiciaire le 17 octobre 2022 et a immédiatement cessé ses activités », indique un communiqué du club anglais. Selon la presse anglaise, le club des Wasps n’est pas en mesure de rembourser un emprunt de 40 millions d’euros prévu en mai dernier.
Une suspension et une relégation de ce club anciennement basé à Londres représentent un choc retentissant pour le rugby anglais car il s’agit d’une institution avec quatre titres de champion d’Angleterre entre 2002 et 2008 et deux titres de champion d’Europe en 2004 et 2007. En Challenge européen, les Wasps sont censés affronter Bayonne cette saison.
Les causes de la crise
Outre-Manche, les justifications ne manquent pas. Il est question de la pandémie, de la crise économique qui en a découlé, du Brexit, mais aussi de l'incompétence des dirigeants qui ont pris un pari financier énorme, persuadés que les droits de retransmission allaient augmenter de manière exponentielle, et seraient en mesure d'absorber les hausses de budget et les mercatos irrationnels.
Cette faillite illustre la crise profonde des clubs de rugby anglais qui présentent une dette cumulée de plus de 500 millions de livres. Il s’agit du second club anglais à mettre ainsi brutalement la clé sous la porte après celui de Worcester Warriors le 6 octobre dernier.
PREMIERSHIP - Coup de massue pour les Wasps. Le club a été mis sous tutelle ce mardi et l'intégralité des joueurs et entraîneurs ont été licenciés. Au total, 167 personnes ont perdu leur emploi dans le club de Coventry. Il a également été annoncé que la société avait cessé ses activités avec effet immédiat, bien qu'un petit nombre d'employés aient été retenus "pour soutenir la fermeture ordonnée de la société et le fonctionnement de la Coventry Building Society Arena".
Un communiqué en début d'après-midi a confirmé qu'Andrew Sheridan et Raj Mittal de FRP (un conseiller spécialisé en affaires), avaient été nommés co-administrateurs de Wasps Holdings, la société des clubs de rugby masculin et féminin des Wasps. "C'est un jour sombre pour le rugby anglais, et nous savons que ce sera une nouvelle dévastatrice pour tous les joueurs et membres du personnel des Wasps, les anciens joueurs, les sponsors et leurs milliers de supporters à travers le monde, et tous ceux qui ont déjà été impliqués dans ce grand club" , a déclaré Sheridan.
Les conséquences pour les joueurs et le championnat
À l'instar de Worcester, également suspendu de toute compétition, les Wasps devraient subir un exode massif de leurs joueurs. Le club de Coventry compte dans ses rangs Joe Launchbury (65 sélections avec l'Angleterre), le puissant Alfie Bearbary ou le pilier Springbok Vincent Koch. Ce dernier est d'ailleurs la cible du Stade français comme révélé par Midi Olympique.
L'annonce brutale de cette décision intervient également dans un contexte de réduction de la Premiership, à court ou moyen terme. En championnat, comme à l’international, le rugby anglais va mal. Après la disparition de trois clubs de Premiership en 2022, sept autres seraient insolvables, selon une étude britannique.
La Premiership a perdu brutalement trois clubs en 2022 : Worcester, London Irish et les Wasps, sextuple champion d’Angleterre. Le cauchemar que les dirigeants tentent d’éloigner depuis de longs mois toque à la porte, en ce début de saison 2024-2025. De nouveaux clubs pourraient disparaître. Pas un ou deux, mais bien sept.
Les clubs s’effondrent, les joueurs et les staffs finissent au chômage. « Si j’étais un joueur de rugby, je serais terrifié par ce rapport », admet James Haskell. Pour eux, une solution se trouve de l’autre côté de la Manche.
Farrell, Arundell, Vunipola, Sinkler, ils sont nombreux à avoir rejoint le Top 14, championnat le plus puissant sportivement. Il l’est aussi d’un point de vue économique avec son partenaire historique, Canal+ (696,8 millions d’euros sur 5 ans), et son salary cap élevé (10,7 millions d’euros par club contre 7,6 millions en Angleterre).
Selon le directeur des actions privées, Mike Ryan « les pertes combinées des clubs au cours des six dernières années ont été de 300 millions de livres sterling (340 millions d’euros) ».
Placé en redressement judiciaire fin septembre, le club de rugby de Worcester est en liquidation, après décision d'un tribunal londonien. Tous les joueurs de l'équipe de Premiership sont libres de s'engager où ils veulent.
La holding qui contrôlait les contrats des joueurs et de l'encadrement du club de rugby anglais de Worcester a été liquidée mercredi par un tribunal londonien spécialisé, ouvrant ainsi la porte pour qu'ils puissent signer pour d'autres clubs.
En Angleterre, le rugby de club vit actuellement une période d’instabilité sans précédent. Tous les employés des London Irish, dont les joueurs et le staff, n’ont pas reçu leur salaire du mois d’avril.
Des solutions envisagées ?
Bill Sweeney, le patron de la Fédération anglaise, disait il y a quelques jours lorsque la presse anglaise lui demandait s'il avait un remède pour éviter le naufrage complet de la Premiership : « Il faudrait un Championnat à 10 (en début de saison, il était composé de 13 clubs). Je ne sais pas si c'est le chiffre idéal, mais c'est celui évoqué actuellement avec une répartition différente des droits de télévision, donc plus d'argent pour les clubs. »
Il veut aussi protéger les clubs de son élite en organisant un match de barrage entre le dernier de la saison régulière et le premier de la Deuxième Division. Des bouts de sparadrap mais aucune révolution dans la manière dont sont structurés les clubs.
« Avec le modèle français de transparence financière (*), nous aurions été avertis de la situation de Worcester ou des Wasps avant le début de la saison, poursuit Bill Sweeney. Nous avons besoin d'un pilotage accru et de contrôles réglementaires qui permettent ces changements. »
Les Anglais qui prennent en exemple les Français... C’est un tremblement de terre en Angleterre, un peu comme si en France, le Stade toulousain disparaissait.
Andrew Sheridan, l’un des administrateurs, cité dans le communiqué de la Premiership a déclaré : « C’est un jour sombre pour le rugby anglais et nous savons que ce sera une nouvelle catastrophique pour tous les joueurs des Wasps, le staff, les anciens joueurs, les sponsors et les milliers de supporteurs à travers le monde ».
Il a cependant souligné : « Nous demeurons en discussion avec des parties intéressées et nous sommes confiants sur le fait qu’un accord pourra être trouvé pour permettre aux Wasps de continuer ».
À l’instar d’une équipe en infériorité numérique qui parvient à remporter un match grâce à une solidarité décuplée, cette profonde crise qui touche le rugby anglais pourrait être un mal pour un bien. Une comparaison peut-être douteuse, mais vous avez compris l’idée… Ce fonds de soutiens créé par la fédération et le championnat pourrait être la première pierre d’un changement de fonctionnement. Pourquoi ne pas prendre exemple sur le rugby irlandais dans lequel les contrats fédéraux sont rois ?

Aussi fou que cela puisse paraître, le plafond salarial de la Premiership devrait encore augmenter pour les années à venir ! Actuellement, de 5 millions de livres sterling par équipe, il passera à 6,4 millions de livres sterling pour la saison 2024/25. Permettant ainsi aux clubs de proposer des salaires plus élevés à leurs joueurs, encore faut-il pouvoir assurer son versement… De telles décisions profiteraient aux clubs les plus riches, laissant mourir ceux déjà en difficulté. Si le football anglais fonctionne très bien (à une tout autre échelle) avec cette politique du mécénat, le rugby, lui, peine à attirer les fonds d’investissement, comme le montre la triple faillite 2022/23.
Après Worcester et les Wasps, c'est au tour de deux nouveaux clubs anglais de faire face à d'importantes difficultés économiques. Leur santé financière est critique. Les Harlequins affichent une santé financière « préoccupante » et pourraient bien se retrouver dans la même situation que Worcester et les Wasps.
D’après une enquête menée par le Telegraph, la santé financière des Quins est « préoccupante » en raison de leurs multiples emprunts jugés trop élevés ces dernières saisons.« Ils ont emprunté 48 millions de livres sterling (55 millions d’euros) au cours de l’exercice 2020-2021 et jusqu’à 50 millions de livres sterling (57 millions d’euros) lors de la saison 2021-2022 ». Des emprunts onéreux qui n’ont surtout jamais été épongés dans leurs intégralités. « La structure du club a toujours été sur une base instable. Il n’a jamais fait de profit ».
Même son de cloche pour les London Irish. La situation des pensionnaires du Gtech Community Stadium est, quant à elle, considérée comme étant à « haut risque ». À l’instar des Harlequins, ces derniers empruntent des sommes beaucoup trop importantes, par rapport aux profits réalisés.« Ils n’ont jamais fait de profit et ont des emprunts d’une valeur de 30 millions de livres sterling (34 millions d’euros). C’est un club qui est potentiellement à haut risque en raison de très faibles profits, au mieux dans une bonne saison, ils font 10 millions de livres sterling (11 millions d’euros) de profits », relate le quotidien britannique.
Si les Quins et les Irish sont actuellement les plus mauvais élèves du championnat anglais, les autres écuries de Premiership ne sont guères plus assidus.
Le malheur des uns pourrait bien faire le bonheur des autres. À l’image des joueurs de Worcester et des Wasps, qui ont rebondi dans plusieurs clubs de Top 14 ou à l’étranger, des stars des Quins comme Marcus Smith et Alex Dombrandt ou encore le Sud-Africain André Esterhuizen pourraient être libres sur le marché des transferts.
Tableau récapitulatif des clubs anglais en difficulté
| Club | Situation | Dette estimée |
|---|---|---|
| Wasps | Redressement judiciaire, liquidation | 30 millions d'euros |
| Worcester Warriors | Liquidation | 6.8 millions d'euros (dette fiscale) |
| London Irish | Difficultés financières | 34 millions d'euros |
| Harlequins | Difficultés financières | 57 millions d'euros |
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