MSN : L'acronyme qui a révolutionné le football

Longtemps, MSN correspondait à un portail web de messagerie instantanée, un sigle démocratisé dans les années 2000 chez les 15-25 ans en quête de leurs premiers émois amoureux. Mais, aujourd'hui, MSN n'est plus seulement l'appellation écourtée de Windows Live Messenger. Ces trois lettres réunies suscitent maintenant l'émoi, car elles forment l'acronyme le plus terrifiant de la planète football : Messi-Neymar-Suarez.

Ces trois joueurs composent l'attaque du FC Barcelone et ont permis au club de remporter la dernière Ligue des champions. Les chiffres sont extravagants.

La puissance de l'attaque MSN en chiffres

Pour la saison 2014-2015, MSN, c'est 121 buts marqués (43 pour Messi, 39 pour Suarez, 39 pour Neymar). En comparaison, le Paris SG, avec tout son effectif, avait marqué 119 buts et le Real Madrid 108. Seul le Bayern Munich, qui a trouvé 123 fois le chemin des filets, fait mieux que cette féconde triplette en Europe.

ÉquipeButs marqués (saison 2014-2015)
MSN (FC Barcelone)121
Paris SG (ensemble de l'équipe)119
Real Madrid (ensemble de l'équipe)108
Bayern Munich (ensemble de l'équipe)123

Et dire que beaucoup s'interrogeaient sur l'apport de Neymar et de Suarez sur le jeu du Barça au moment de leur recrutement. Comment la cohabitation pouvait-elle fonctionner entre ces deux stars mondiales et la légende vivante du vestiaire barcelonais Lionel Messi ? Zlatan Ibrahimovic et David Villa s'étaient déjà cassé les dents sur El Pulga. Alors avec Neymar et Suarez, on redoutait la récidive : deux joueurs réputés solistes au statut de héros national dû à leurs exploits sportifs en sélection.

Dans un premier temps, cette entente a relancé Lionel Messi, dont le statut de meilleur joueur de la planète commençait à décliner depuis le Mondial 2014. Il s'est repositionné au poste de meneur de jeu et a délivré pas moins de 33 passes décisives la saison dernière : une aubaine pour Suarez et Neymar. L'Argentin est ainsi devenu plus altruiste, car, depuis la saison 2007-2008, il tournait à une moyenne de 21 passes.

Puis Messi se blesse fin septembre. Victime d'une déchirure du ligament collatéral interne du genou gauche, il est indisponible pour plusieurs semaines. Suarez et Neymar prennent alors seuls la relève et marquent d'une pierre blanche un tournant de l'histoire tactique du Barça : l'équipe n'est plus dépendante de Lionel Messi.

Du 27 septembre au 22 novembre, l'Uruguayen et le Brésilien ont inscrit respectivement 10 et 11 buts soit plus de 87 % du rendement de l'équipe durant cette période. Mieux, lors du clásico face au Real Madrid samedi dernier, le Barça menait 3-0...

Et ce FC Barcelone monstrueux, qui se permet de croquer les Madrilènes 4-0 à Santiago Bernabeu pour ensuite pulvériser 6-1 l'AS Roma en C1 trois jours plus tard, ressemble peu à l'équipe de Josep Guardiola qui avait trusté 14 titres entre 2009 et 2012. Le style de jeu est différent.

Sous Guardiola, puis ses successeurs Tito Villanova et Tata Martino, le "toque", ce style de football axé sur une succession de passes courtes et rapides dans le but d'étourdir l'adversaire était la règle absolue. Cela incluait une possession de balle totalitaire de la part du Barça. Aujourd'hui, les Blaugranas ne sont plus la référence statistique en ce domaine parmi les grosses équipes.

Car le tenant du titre de la Ligue des champions est aujourd'hui un caméléon au jeu très varié. L'équipe est toujours capable d'inscrire des buts guardiolesques comme le deuxième, marqué mardi contre la Roma après 27 passes consécutives ! Mais elle est friande aussi d'attaques rapides, via les longs ballons venus de l'arrière en direction de Neymar et Suarez qui multiplient les appels.

C'était la stratégie du Barça en demi-finale de Ligue des champions la saison dernière face au Bayern entraîné par... Guardiola. Elle a été consolidée depuis. Le "toque" demeure la règle à Barcelone, mais elle est désormais truffée d'exceptions en fonction du scénario de la rencontre.

Le FC Barcelone a donc réussi sa petite révolution. Il faut dire que le coup d'État avait été cruel. Au printemps 2013, le Bayern Munich, entraîné par l'Allemand Jupp Heynckes, infligeait deux cinglantes défaites 4-0 et 3-0 au FC Barcelone en demi-finale de la Ligue des champions.

Les Bavarois et leur jeu direct avaient mis à mort le style de football barcelonais. La passation de pouvoir avait été brutale, humiliante même. Le "toque" s'était fait laminer. Les joueurs espagnols - Villa, Fabregas, Xavi - étaient fatigués et leur jeu de passes bien huilé en devenait prévisible. Lionel Messi était forfait sur blessure et n'avait pu jouer ces deux matches. L'entraîneur Tito Villanova était gravement malade (il décède en avril 2014).

Mais ces lourdes défaites face au Bayern trahissaient surtout l'incapacité du Barça à s'adapter par rapport à l'évolution du football. Les Allemands, via aussi Dortmund et l'équipe nationale championne du monde 2014, étaient devenus à la mode et avaient fait tomber le style espagnol de son perchoir.

Les Blaugranas arrivaient donc en fin de cycle et il était nécessaire pour le club catalan de muer. L'embauche de Luis Enrique à l'été 2014 et les recrutements de Suarez (2014) et de Neymar (2013) ont été des réponses parfaitement adaptées qui ont évité une traversée du désert à Barcelone.

Aujourd'hui, la ville abrite de nouveau l'équipe la plus redoutable de la planète.

La tactique offensive instituée par Guardiola - qui tournait autour du quadruple Ballon d'or - allait être grippée.

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