L'équipe de Syrie de Football: Une Histoire Entre Passion, Politique et Guerre

Le football et la Syrie, c’est une histoire d’amour ancienne. Sans refaire toute l’histoire du football, nous savons que ce dernier est né au tournant du XXème siècle. En Syrie, les pionniers du football sont Hussein et Nouri al-Ibish. Ces derniers, profitant de vacances d’été durant leurs études à l’Université américaine de Beyrouth, importent le football en Syrie en 1910. Le football arrive donc très tôt en Syrie. Bien plus tôt que dans d’autres régions plus isolée comme l’Asie centrale ou le centre de l’Afrique.

En 1913 est fondé l’ancêtre du club syrien d’Al-Hilal, premier témoin de l’évolution du sport dans le pays méditerranéen. La Syrie est à l’époque ottomane. Le drame de la Première Guerre mondiale atteint par conséquent le pays dès 1914 avec des mobilisations forcées. Durant la guerre se déroule un autre acte majeur de l’histoire syrienne : la Grande révolte arabe, de 1916 à 1918.

Le chérif de la Mecque, Hussein ben Ali, exalte les liens entre les communautés arabes pour fonder un état arabe unifié, libéré de la domination ottomane. Cet état rêvé devait aller du Machrek jusqu’à la péninsule arabique. Il voit brièvement le jour quelques années durant. La Syrie et l’Irak sont notamment gouvernés par Fayçal Ier, fils du chérif et unique roi de l’histoire syrienne. Le roi a encouragé les deux frères al-Ibish à pratiquer le football dans le quartier de Marj al-Hashish.

Néanmoins, alors que les Français et Anglais avaient publiquement donné leur soutien aux peuples arabes, ils changent de position et se partagent le Moyen-Orient vidé de l’occupation ottomane via entre autres les accords de Sykes-Picot et la déclaration Balfour. L’armée française entre officiellement à Damas en 1920. Le football se pratique encore à petite échelle en Syrie et ne bénéficie pas non plus de l’arrivée française. De nombreuses équipes sont créées à la fin des années 1920 dont al-Fayhaa, qui a donné son nom a un complexe ouvert en 1976 et qui est désormais le siège de la Fédération syrienne de football.

Les frères al-Ibish, connus comme ayant importé le football dans leur pays, s’en désintéressent au fil des années puisque Nouri al-Ibish devient ministre tandis qu’Hussein devient chasseur-pêcheur. Pour autant, la Fédération syrienne de football voit le jour en 1936, notamment par Suhail al-Khoury qui est également à la tête du comité olympique national à la même époque. Par la suite, cette dernière a rejoint la FIFA, ouvrant par la même occasion l’accès aux compétitions internationales pour le pays du Levant.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’équipe nationale syrienne s’est engagée à bras-le-corps dans les compétitions internationales. Son premier match est perdu 7-0 en 1949 contre la Turquie. L’équipe participe aux éliminatoires de la Coupe du monde en 1950 et a joue les tours préliminaires de la Coupe du monde 1958, perdant contre le Soudan. Entre 1958 et 1961, l’équipe fusionne avec l’Égypte pour former l’équipe nationale de football de la République arabe unie.

La Première Ligue syrienne est créée en 1966 pour unifier les différentes ligues et championnats qui existaient auparavant. À la même époque, plus précisément en 1963, un officier militaire syrien participe au coup d’État qui porte le parti baassiste au pouvoir. Il devient alors commandant de l’armée de l’air. Cet officier participe a un deuxième coup d’État en 1966 et devient alors ministre de la défense. Enfin, en 1971, il réalise lui-même un troisième coup d’État durant lequel il s’empare du pouvoir.

Les Années 2000: Une Épopée Footballistique et l'Ère Bachar al-Assad

Le football en Syrie connaît sa plus grande épopée dans les années 2000, lors du règne de Bachar al-Assad. L’équipe nationale a été très présente sur la scène footballistique asiatique à partir des années 80. Elle participe aux trois éditions de la Coupe d’Asie des Nations et une finale de la Coupe Arabe des Nations en 1988, face à l’Irak.

Le football en Syrie a toujours été une tradition, avec une grande passion du public. Mais les résultats de l’équipe nationale ont toujours été en deçà des ambitions, malgré quelques réalisations importantes et historiques. En 1986, lors des éliminatoires de la Coupe du Monde au Mexique, l’équipe syrienne a failli réaliser son rêve et se qualifier pour la phase finale, pour la première fois de son histoire. L’équipe devait alors battre l’Irak.

L’équipe des jeunes a été mise sur le devant de la scène footballistique et a réalisé ce que l’équipe masculine n’avait pas réussi. Ils se sont d’abord qualifiés pour la première fois pour la Coupe du Monde de la Jeunesse en Arabie Saoudite, en 1989. Leur meilleure performance a par la suite été au Portugal, pour l’édition de 1991. À la deuxième place de son groupe, l’équipe s’est qualifiée pour les quarts de finale. Leur compétition s’est arrêtée là, après un match nul face à l’Australie et une défaite aux tirs aux buts (5-4).

Bachar al-Assad reprend le pouvoir en 2000, après la mort de son père. Durant tout son règne, il a utilisé le ballon rond comme outil politique, de propagande et de corruption. La FIFA oblige les fédérations à être complètement apolitique et indépendante du régime. Pourtant, il n’a pas hésité à nommer ses proches à des postes décisifs, comme le Président de la Fédération Syrienne de Football, Nabil Sibai.

Drapeau de la Syrie

Pour ce qui est de la propagande, l’image la plus fragrante a été lors de la conférence de presse de novembre 2015, où le sélectionneur Fair Ibrahim est apparu avec un t-shirt en l’honneur du chef. « C’est le meilleur homme du monde, nous sommes fiers de lui parce qu’il combat les terroristes partout dans le monde », s’était-il réjouit face aux journalistes. Son vice-président, Fadi Debbas avait également montré son soutien inconditionnel : « Chaque Syrien représente le président Bachar al-Assad. Nous sommes fiers de notre président.

En 2012, Bachar al-Assad a accueilli l’équipe nationale syrienne de football dans son palais du mont Mezzeh et l’a félicitée d’avoir fièrement représenté la Syrie et d’avoir remporté le championnat de la Fédération de football d’Asie de l’Ouest. Sous les régimes successifs d’Hafez et Bachar el-Assad, le football en Syrie a joué un rôle bien plus complexe qu’un simple divertissement. S’il a été utilisé comme un levier politique pour consolider l’image du régime, il a également servi de rares espaces d’expression pour la population.

« Le football en Syrie, sous les Assad, a été aussi un espace d’expression pour les supporters. Comme d’ailleurs en Égypte ou dans d’autres pays du Proche-Orient », souligne Raphaël Le Magoariec. Ce phénomène n’est pas propre à la Syrie : dans des contextes où la liberté d’expression est limitée, les stades se transforment souvent en arènes où les foules peuvent exprimer, de manière plus ou moins indirecte, leurs désaccords sociaux ou politiques.

La Guerre Civile et ses Répercussions sur le Football Syrien

En 2011, un mouvement sans précédent touche les pays du Maghreb et du Moyen-Orient : « Les Printemps Arabes. » Ce mouvement est l’expression d’une contestation des régimes politiques de ces pays. En quelques mots, la population syrienne s’oppose au régime autoritaire du dictateur Bachar Al Assad. Les syriens réclament notamment le droit à une justice indépendante ainsi que le respect des droits de l’homme.

Refusant toute contestation, Bachar répond à sa population par la violence. Les opposants au régime syrien, forment un groupe de résistance. C’est l’ASL (armée syrienne libre), qui devient la principale opposition du régime. Dans le même temps, une troisième force armée émerge et gagne du terrain : Daesh. En effet, l’Etat islamique progresse car la Syrie est devenu un Etat de non-droit. Le groupe terroriste prend le contrôle de nombreuses villes telles que Rakka, Deir ez-Zor, ou encore Manbij.

Carte de la Syrie

Pourtant, l’équipe nationale syrienne, reconnue par la FIFA, est un instrument de propagande à part entière du régime. En effet, Bachar l’a façonné, et l’utilise pour redorer son image auprès de sa population. Ce que le président syrien essaie de montrer, à travers cette équipe, c’est la (supposée) unité du pays.

Pour symboliser cette instrumentalisation du football, qui de mieux que l’entraîneur de la Syrie, Ayman Hakeem, en personne? Ses propos, qui peuvent nous faire sourire (jaune), illustrent parfaitement l’ironie de la situation. « La sélection doit rassembler et prouver au monde que le pays va bien.

« Syrie libre, libre, libre, libre », ce cri de guerre, c’est celui de l’équipe syrienne libre. Car le conflit a également atteint la sphère du football. En réponse à l’instrumentalisation de l’équipe nationale « officielle », a émergé une seconde sélection : l’équipe syrienne libre (ESL). L’ESL, non reconnue par les instances de la FIFA, s’est organisée à Mersin, située à quelques kilomètres de la Syrie, à la frontière turque.

Jamil Abdullah, joueur de cette équipe « clandestine » justifie son choix : « J’ai joué dans toutes les équipes jeunes de Syrie, à cette époque je ne réalisais pas ce que représentait la révolution. Mais lorsque j’ai été témoin des injustices contre le peuple de mes propres yeux, je me devais de quitter l’équipe nationale. Plus qu’un symbole, cette initiative représente un moyen pour ces athlètes de s’exprimer.

L’équipe syrienne libre permet aux joueurs de contester, avec leurs moyens, les atrocités qui ont lieu dans leur pays : « Il y a des gens qui se sont rebellés contre le régime avec des armes, d’autres par l’intermédiaire de la politique.

Les fans de football qui ont suivi les matchs opposants l’Australie à la Syrie ont pu le constater. Ces rumeurs sont évidemment impossibles à confirmer. Mais Jean-Baptiste Guégan, géopolitique du sport, semble se rapprocher de cette idée. « C’est une manière de montrer au régime qu’ils ont fait l’effort de revenir pour l’aider à obtenir sa qualification. En contrepartie, ils ont certainement obtenu que leur famille soit en sécurité.

Il est pertinent de conclure cet article avec le domaine juridique. En effet, dans le règlement de la FIFA, il est précisé qu’aucun Etat n’a le droit de s’immiscer dans les affaires des fédérations de football qui doivent rester indépendantes.

Durant 54 ans, la famille Assad a régné en Syrie. Après la mort du général Hafez el-Assad, son fils, Bachar, a pris le pouvoir en 2000, jusqu’en décembre 2024. Le football a toujours été un outil politique, de propagande, de corruption et de terreur pour le gouvernement.

Après 54 ans de règne, la lignée al-Assad s’est officiellement éteinte le 8 décembre dernier. Chassé de son trône par des rebelles menés par Mohammad El-Bachir et le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), Bachar al-Assad a fui les rues de Damas. Après plus d’un demi-siècle de terreur et de barbarie, ce mois de décembre restera gravé dans l’histoire syrienne.

Une brève histoire de la guerre Syrienne

La compétition de football en Syrie avait été au point mort depuis que le conflit a éclaté en 2011 avec la répression brutale des manifestations antigouvernementales, où plus de 310 000 personnes ont été tuées et des millions de personnes ont fui leurs foyers.

Quelques mois avant la chute du régime de Bachar al-Assad, le peuple syrien passionné par le ballon rond avait reçu une bien bonne nouvelle. En effet, en août dernier, le championnat avait repris ses droits avec le premier match officiel de la Ligue syrienne de football organisé depuis 7 ans. Cette rencontre s’était déroulée dans la ville de Hassakeh au nord du pays, dans cette région ravagée par la guerre depuis sept ans en raison de la situation sécuritaire.

Le groupe État islamique contrôlait une grande partie de la province, coupant la plupart des routes d’accès à la ville jusqu’à ce qu’une offensive des forces de la coalition internationale dirigée par les États-Unis le force à reculer. Selon le président du club de football d’Al-Jazeera, Abdel Nasser Kirko, la sécurité a permis au football de se réinstaller dans la région : « après 7 ans d’absence de sports à Hassakeh, la ville est ainsi redevenue sûre grâce aux efforts de l’armée syrienne. Cette sécurité a permis de faire venir les équipes sur les terrains car les routes sont à nouveau protégées. La ville est stable et l’esprit sportif revient dans le gouvernorat de Hassakeh ».

Les fans de football étaient ravis de faire leur retour au stade malgré la perte de leurs amis au cours de la guerre qui a duré près de six ans. Pourtant le football syrien possède une histoire marquée par des succès régionaux malgré des défis constants liés au contexte politique et économique du pays.

La sélection nationale a participé à plusieurs Coupes d’Asie, avec une première qualification en 1980. Si la Syrie n’a jamais réussi à se hisser jusqu’à la Coupe du monde, elle s’est illustrée par des performances notables en qualifications et avec des victoires dans des tournois mineurs, comme aux Jeux panarabes, où elle a glané une médaille d’or et quatre d’argent.

Ces dernières années, la guerre civile a fortement impacté l’équipe nationale, qui a dû disputer ses matchs à domicile sur terrain neutre, tout en perdant de nombreux talents à cause des migrations ou du conflit. Du côté des clubs, des formations comme Al-Jaish ou le Al-Ittihad Alep ont écrit de belles pages dans le football asiatique.

Al-Jaish a, par exemple, remporté la Coupe de l’AFC en 2004, tandis qu’Al-Ittihad s’est imposé dans la même compétition en 2010. Ces succès témoignent d’un certain savoir-faire, malgré des infrastructures limitées et un championnat domestique souvent interrompu par les crises politiques et gangréné par la corruption.

C’est en ce sens que la fédération syrienne a pris la décision de reporter le championnat. Elle avait déjà affirmé que les matches de la sixième journée se dérouleraient sans public et que les rencontres d’Al-Ahly Alep et d’Al-Futwa seraient reportés, et les matches des championnats de tous les groupes d’âge seraient reportés sine die.

Cependant, l’utilisation par Bachar al-Asad de la propagande liée au football a radicalement changé d’objectif après le soulèvement de 2011 en Syrie. Craignant une unité de masse et des occasions de grands rassemblements, il a suspendu la saison 2010-2011 tandis que les autorités gouvernementales rassemblaient tous les athlètes qui semblaient faire partie de l’opposition nouvellement formée.

Les footballeurs locaux ont également célébré la chute du régime d’Assad sur les réseaux sociaux. Le gardien de but de l’équipe nationale syrienne Ahmad Madania, qui a participé au match amical de la Syrie contre la Russie, a partagé plusieurs photos du drapeau de la Coalition nationale syrienne, ainsi qu’une publication de lui-même dans sa voiture avec la légende "Le jour où la révolution a triomphé".

« Je pense qu’il va y avoir un grand impact. Les nouvelles autorités qui vont modifier les structures et les politiques de la fédération vont tout faire pour montrer que la chute de la dictature, c’est aussi une renaissance du football même si l’équipe nationale avait de bons résultats. La Syrie a toujours eu une belle équipe de football. Son championnat et certains de ses clubs sont très compétitifs sur la scène arabe ou asiatique. La question du sport a été instrumentalisée par le régime donc ils voulaient à tout prix essayer de briller à travers le football, le sport le plus populaire, comme le faisaient les régimes totalitaires en Europe de l’Est ou les régimes fascistes en Italie, voire en Espagne », éclaircit Ziad Majed, politologue, professeur universitaire et chercheur franco-libanais.

L’attaquant syrien Omar Al Somah et le milieu de terrain Mouhamad Anez ont publié des photos du drapeau révolutionnaire sur Instagram, tandis que le milieu de terrain Ammar Ramadan a partagé une story Instagram sur laquelle on pouvait lire "Mon pays, la Syrie, est en train d’être libéré. La résistance à l’oppression est inévitable. Que cela nous plaise ou non. Bachar est un criminel de guerre. Il a également pris sa retraite et est parti. C’est un lâche. Mon bonheur est pour le peuple. Mon peuple. Puissions-nous voir bientôt une Palestine libre".

« Il y avait une volonté de montrer qu’il y avait du succès côté football mais aussi de la corruption, du clientélisme, du despotisme, des pressions sur les arbitres. Il y avait aussi la sélectionnabilité ou pas des joueurs selon leur loyauté politique, s’ils se soumettaient au régime officiellement en s’affichant avec Bachar ou en portant des t-shirts sur lesquels il y a des portraits de Bachar. Tout cela va maintenant changer et je pense aussi que les stades vont changer puisque maintenant les stades ne vont plus être surveillés, le comportement des personnes qui aiment le sport peut être libéré du poids du travail du service de renseignement », souligne Ziad Majed.

Mais d’autres observateurs ne montrent pas toujours le même optimisme sur la question du football, tant la reconstruction du pays est colossale : « la Syrie ne peut pas changer en une semaine, il y a une euphorie, mais je ne vois pas comment économiquement ils pensent reconstruire comme ça. Le pays est dans un état de pauvreté absolu et la monnaie va toujours être autant dévaluée, elle n’a pas changé. Ce qui va changer par contre, ce sont les fonds FIFA, parce qu’ils avaient été gelés à un moment. Les fonds FIFA vont être davantage accessibles pour la fédération syrienne de football. Le deuxième point qui va changer, c’est de savoir si le président Ramadan va changer ou pas. C’est quand même quelqu’un qui était très proche de l’ancien gouvernement syrien et membre du Parlement », nous explique le journaliste Romain Molina, avant de poursuivre sur l’institution du football mondial.

« La FIFA va dire "regardez, c’est la paix dans le monde, le football nous unit", parce qu’on a Gianni Infantino qui rêve d’être Prix Nobel de la Paix, et ensuite secrétaire général de l’ONU. Il va sauter sur l’occasion. La Syrie va faire partie de son agenda politique pour se donner une bonne image. La FIFA va insister sur la Syrie, surtout avec toute la communauté internationale qui va suivre ».

Outre le chaos géopolitique qui a ravagé la première ligue syrienne, le sport a souffert du poids des difficultés économiques et des sanctions qui ont laissé ses caisses vides. Après la prise de pouvoir d’Hafez el-Assad en 1971, le régime syrien a fréquemment utilisé le football comme un levier politique et symbolique. Ce sport servant ainsi à renforcer l’image du régime sur la scène intérieure et internationale.

« Le football a été un moyen de se montrer comme un État souverain, à l’image de plusieurs autres pays de la région. Cela a également été un moyen de se légitimer, d’un point de vue politique », estime le géopolitologue Raphaël Le Magoariec.

Parfois même le régime s’est impliqué directement dans les décisions de la fédération et plus largement dans le football national : « la fédération était évidemment extrêmement proche du pouvoir et le soutenait. Quand ils ont été chercher des joueurs à l’extérieur de la Syrie, il y avait des conditions pour qu’ils montrent publiquement une loyauté au régime pour qu’ils soient sélectionnés et la fédération a toujours eu aussi un favoritisme par rapport à certains clubs qui sont très proches du pouvoir. En plus cette fédération a passé sous silence avec une complicité les meurtres de plusieurs footballeurs par le régime. Le plus iconique et le plus connu est le gardien de but d’Al Karamah, Abdel Basset Sarout », poursuit Ziad Majed.

Dans un pays multiethnique et multiconfessionnel, composé principalement d’Arabes (environ 74 % de la population), suivis des Kurdes (environ 10 %), et dont la majorité de la population est musulmane sunnite bien que le pays compte aussi des musulmans alouites chiites et des chrétiens, l’avenir du football syrien devra probablement s’écrire au pluriel, et laisser une place aux diverses confessions et population qui constituent le pays.

« En interne, il y a quand même une crainte pour les Syriens, notamment ceux de confessions chrétiennes. Il y a cette crainte-là, lorsque les caméras vont partir. Parce que si tu regardes l’équipe nationale syrienne depuis deux ans, elle a tout de même massivement fait appel à sa diaspora sud-américaine, qui est souvent de confession chrétienne. Est-ce que ces mecs-là vont revenir ? Normalement, oui. Est-ce que ça peut changer selon l’évolution politique de la Syrie ? C’est une possibilité. Sauf que, globalement, ça ne va pas changer grand-chose, les clubs sont toujours aussi pauvres, les dirigeants seront toujours les mêmes, je ne vois pas ce que ça va changer, et surtout, est-ce que c’est une priorité étatique ? Absolument pas. Le premier problème en Syrie, c’est la situation économique », relate ainsi Romain Molina.

En libérant les villes syriennes au cours de leur campagne, les rebelles syriens ont également vidé les prisons du régime, où plus de 100 000 prisonniers politiques ont été victimes de disparitions forcées et des dizaines de milliers d’autres torturés et exécutés sommairement. Des vidéos douces-amères montrent des prisonniers fragiles et traumatisés réunis avec des membres de leur famille en pleurs. L’un d’eux souffre d’amnésie après des années de tourments dans des prisons souterraines.

L'Équipe Nationale Syrienne Aujourd'hui

Encore récemment la sélection nationale syrienne a su afficher un niveau très intéressant, développant un solide projet sportif. Lors de la Coupe d’Asie 2023, la Syrie est parvenue à atteindre le stade des huitièmes de finale pour la première fois de son histoire en se classant parmi les meilleurs troisièmes. Le tirage au sort ne les avait pourtant pas épargnés avec l’Australie, l’Inde et l’Ouzbékistan.

Eliminé en 8e de finale aux tirs au but par l’Iran, les Aigles de Qassioun ont su se stabiliser entre la 74e et la 91e place au classement de la FIFA, leurs meilleures performances depuis le début des années 2000. Avec le renversement politique qui a lieu en ce moment, plusieurs questions sur l’avenir de la sélection peuvent être posées, tout comme celui du championnat : « Ce nouvel élan peut aussi amener de nouveaux joueurs à rejoindre la sélection nationale. Des joueurs formés à l’extérieur aussi, étant donné qu’il y a des millions de syriens à l’étranger, peuvent être attirés, séduits par une nouvelle sélection. Pas mal de choses peuvent évoluer vers le mieux et le meilleur, surtout au niveau du championnat syrien, on va voir des changements très importants. Le favoritisme dont profitaient quelques clubs va changer et ça va être une vraie renaissance pour les stades et le championnat lui-même, ce qui va avoir un impact positif sur la sélection nationale », affirme Ziad Majed.

Pour l’heure, la situation en Syrie reste particulièrement complexe sur le plan politique. Miné par des années de guerre civile, le pouvoir peine à stabiliser le pays, où tensions et incertitudes restent omniprésentes. Ce climat instable impacte toutes les sphères de la société, y compris le domaine sportif, qui peine à retrouver un semblant de normalité.

À l’image des forces politiques, le monde du sport syrien reste lui aussi dans un état de flou total. « Il est compliqué de prédire l’avenir du football syrien pour plusieurs raisons. On peut déjà se demander si le pays va rester un État uni. On peut aussi se questionner sur les visées des nouveaux dirigeants. Qui vont-ils être ? Quelle va être leur politique ? Pour le moment, on ne peut pas véritablement le dire. Le sport reste lui aussi au milieu de toutes ces inconnues », analyse Raphaël Le Magoariec.

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