Le rugby français est de nouveau confronté à ses démons. Un cas de racisme avéré agite l’ovalie cette semaine. Le troisième ligne de Tricastin, Brahima Koita, a porté plainte mardi après avoir été visé par des cris de singe en Savoie lors d'un match de Fédérale 1, dimanche dernier.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux mardi 12 novembre 2024, le rugbyman drômois Brahima Koita révèle avoir été victime de racisme lors de la rencontre de son équipe du Tricastin (Drôme) à Montmélian (Savoie). Le match de Fédérale 1, qui s’est tenu dimanche, a en effet été le théâtre d’actes racistes au sein des supporters. Dans la vidéo qui accompagne le post du jeune joueur de 22 ans, il est possible d’entendre distinctement des cris de singe en provenance des tribunes.
Le joueur de 22 ans a reçu le soutien de nombreuses personnalités du monde du rugby. Le joueur de 22 ans a reçu le soutien de nombreuses personnalités du monde du rugby.
« Ça fait dix ans que je joue au rugby, ça ne m’était jamais arrivé, il y a de l’indignation, de la colère », confie par ailleurs le rugbyman à France Bleu .
Brahima Koita dénonce les actes racistes dont il a été victime dimanche 10 novembre lors de la rencontre de son équipe du Tricastin (Drôme) à Montmélian (Savoie). Le rugbyman de Fédérale 1 a été la cible de cris de singe en provenance des tribunes.
Soutenu à la fin du match par d’autres supporters estomaqués, le troisième ligne formé à l’AC Bobigny s’est empressé de récupérer les images quand il a appris que la rencontre était diffusée sur les réseaux sociaux du club savoyard de l’US Montmélian. Des images qu’il s’est fait un devoir de publier pour soutenir un communiqué publié sur X et Instagram où il "dénonce fermement les cris racistes".
Le Déroulement des Faits
Le troisième ligne se rapprochait d’un coéquipier sur le terrain lorsqu'il a entendu les cris de singe descendre des tribunes, constatant à son grand désarroi qu’ils provenaient de la bouche de jeunes adolescents, entraînés dans l’horreur par un adulte, d’après Brahima Koita. D’autant que, selon lui, ces agissements seraient l’œuvre d’adolescents, encouragés par un adulte.
Il a trouvé la preuve de ce qu'il avançait sur la vidéo du match, on entend clairement les cris de singe alors qu'il est proche de la ligne de touche. C'était lors du match espoirs précédant la rencontre des équipes premières. S'il ne réagit pas sur le coup, "pour ne pas donner raison aux quelques personnes qui ont fait ça, et aussi parce qu'on menait au score", le joueur en parle immédiatement à ses dirigeants après les rencontres,
"Je m'en suis rendu compte immédiatement. J'ai décidé d'ignorer, de rester concentré sur mon match malgré la colère", a-t-il expliqué à BFM Marseille ce mercredi. "Je me suis dit que c'était lâche de la part des supporters qui ont fait ça de le faire, dans mon dos en plus, alors que je m'étais retourné. je me suis dit qu'il fallait que je reste concentré sur mon match afin que de ne pas me laisser emporter par mes émotions."
"Qu’il y ait des propos un peu durs au bord du terrain, ce sont des choses auxquelles on est habitués, mais c’est la première fois de ma vie que j’entends des cris de singe. C’est assez brutal et violent", a confié le joueur de 22 ans au Parisien.
Immédiatement, l'extrait est repris, le joueur reçoit de nombreux commentaires de soutien, d'anonymes, mais aussi de joueuses et joueurs professionnels, qui lui réchauffent le cœur.
Contacté par l’US Montmélian qui lui a promis d’entamer les démarches nécessaires pour retrouver les coupables, avant d’annoncer dans un communiqué l’ouverture d’une enquête interne, Brahima Koita s'est de son côté rendu à la gendarmerie ce mardi afin de porter plainte.
Brahima Koita dépose plainte ce lundi à la gendarmerie. Le lendemain, il publie un communiqué et la vidéo sur les réseaux sociaux X et Instagram.

Réactions et Soutiens
Les réactions du monde du rugby et de nombreuses personnalités du Top 14 l’ont en revanche réconforté: "Ça me fait énormément plaisir car j’ai pas mal d’amis dans le haut niveau qui ont été révoltés par la vidéo." Notamment Christian Ambadiang (Castres) lui aussi victime de racisme. C’était en 2021, lors d’une rencontre de Pro D2.
"Il y a aussi eu pas mal de gens qui m'ont écrit pour me dire que ça leur était arrivé également, je me suis rendu compte que ce n'était pas un fait isolé", témoigne le jeune homme, arrivé dans la Drôme cette année. Il espère qu'avec la visibilité de sa vidéo, la Fédération Française de Rugby mettra en place des actions de préventions. Il demande aussi des sanctions systématiques contre les clubs où cela arrive : "Sans cela, il n'y aura pas de prise de conscience".
Sur les réseaux sociaux, le rugbyman a reçu le soutien de nombreux internautes, de clubs amateurs mais également de professionnels.
Brahima Koita souhaite que les responsables soient retrouvés et qu’ils répondent de leurs actes « devant les autorités compétentes ». Il a également alerté la Fédération française de rugby pour plus de prévention et de sanctions au sein des clubs.
La Réponse du Club de Montmélian
De son côté, le club savoyard a fait savoir qu’une enquête interne avait été lancée pour identifier les auteurs de ces « remarques inacceptables et racistes ».
De son côté, l'important club savoyard de Montmélian, 550 licenciés, n'a pas tardé à réagir. Des images de drone ayant été tournées lors du match, le club essaie d'identifier qui aurait pu être l'auteur de ces cris de singe.
"Ces gens-là n'ont rien à faire dans un stade de rugby, ni dans la vie de tous les jours d'ailleurs. On mène une enquête en interne, ils seront punis si on les retrouve, ça nous a extrêmement peiné d'apprendre ça, personne ne s'en était rendu compte durant le match", dit à France Bleu le président du club de Montmélian, Michel Olivetto. Il a également pu joindre le président du RC Tricastin par téléphone. Les deux clubs sont sur la même ligne et dénoncent les faits.
Le joueur, lui, se dit bien accompagné par le club drômois et ses coéquipiers.
Parcours et Ambitions de Brahima Koita
« C’est ma sœur qui a ouvert la voie, explique Brahima. Elle pratiquait le rugby avant moi et cela m’a donné envie. Ma mère a eu un peu peur pour moi paradoxalement, mais le club de Bobigny a su la rassurer petit à petit en l’intégrant. Elle a vu que j’étais bien encadré. »
« C’était mon rêve de représenter ma ville, se rappelle-t-il. Mais franchement mon premier match je ne préfère pas en parler… »
Parce que du haut ses 74 kg, Brahima s’est rendu compte de l’exigence que le rugby demandait au fil des années. Une exigence à laquelle il était prêt à se soumettre et pour cela, il le savait, il devait quitter sa zone de confort.
« Je cherchais un centre de formation cohérent, appuie-t-il. Et j’entends parler du CAP par l’intermédiaire de Madioke Konaté, qui était passé à Bobigny aussi. »
Lui, l’arrière-petit-fils d’un tirailleur sénégalais mort au combat, veut prouver à ses proches que son choix fut le bon.
Aujourd’hui, Brahima a pris ses marques. Et même s’il est blessé ces derniers temps, son retour ne devrait plus tarder. Pour son plus grand plaisir.

Autres affaires de Racisme dans le Rugby
« Il y a eu pas mal d’affaires de racisme ces dernières années, et pas que dans le rugby, c’est un phénomène qui touche le sport tout court », explique le joueur dans son témoignage dans colonnes.
Notamment Christian Ambadiang (Castres) lui aussi victime de racisme. C’était en 2021, lors d’une rencontre de Pro D2.