Club de Football Féminin Professionnel : Définition et Enjeux en France

Longtemps peu médiatisé, le football féminin connaît un essor important en France, à l'instar de ce qui se passe aux États-Unis, en Europe du Nord et en Allemagne. La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) estime à environ 30 millions le nombre de femmes jouant au football dans le monde. En France, ce sport gagne du terrain grâce aux succès des clubs, comme la victoire de l'Olympique Lyonnais en Ligue des champions en 2012, et de l'équipe nationale, demi-finaliste de la Coupe du monde en 2011 et des Jeux Olympiques en 2012. Aujourd'hui, environ 60 000 femmes sont licenciées dans un club en France.

Annoncée dès 2023, la professionnalisation des Première et Deuxième Divisions est devenue concrète le 29 avril 2024 lorsque Philippe Diallo, président de la Fédération française de football, et Jean-Michel Aulas ont présenté les contours de la nouvelle Ligue féminine de football professionnel. Une entité devenue réalité le 1er juillet dernier et dont l’ancien dirigeant de l’Olympique lyonnais est devenu président.

Le club répond à un projet associatif, sportif ou éducatif. Pour prétendre à la création d’un club, un groupe constitué d’au moins 2 personnes est nécessaire, âgées de plus de 16 ans et sans casier judiciaire. Il faut également identifier un siège social ainsi qu’une préfecture ou sous-préfecture de rattachement.

L'HISTOIRE DU FOOTBALL FÉMININ ! 👧

Les 5 Étapes pour Créer un Club de Football

La création d'un club de football féminin professionnel en France suit un processus précis, encadré par la Fédération Française de Football (FFF). Voici les étapes clés :

1. La Rédaction des Statuts

Première étape : rédiger les statuts de l’association sportive. Ils déterminent les règles régissant les relations entre les membres, ainsi que les pouvoirs consentis aux différents organes. L’association doit obligatoirement faire connaître sa dénomination, son objet (qui doit consister, a minima, en la pratique du football), son siège et l’identité des personnes en charge de son administration. Pour faciliter ces démarches, la FFF met à disposition un modèle de statuts (voir documents utiles).

2. L’Assemblée Générale Constitutive

Les statuts sont officiellement adoptés lors d’une Assemblée Générale constitutive, qui réunit ses membres fondateurs et élit les membres de l’organe de direction. Elle peut également être l’occasion de déterminer les futures ressources matérielles et financières de la structure, de décider d’un éventuel règlement intérieur ou encore de désigner un ou plusieurs mandataires pour effectuer certaines formalités.

3. La Déclaration de l’Association

Une association n’acquiert la personnalité juridique qu’après déclaration auprès de la Préfecture (ou Sous-préfecture) dont elle dépend (ou de l’inscription auprès du Tribunal d’Instance pour les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle) et publication au Journal Officiel. Elle doit indiquer le titre de l’association tel qu’il figure dans les statuts, l’adresse de son siège social, la date de l’assemblée lors de laquelle sa création a été décidée, ainsi que les noms, professions, domiciles et nationalités des personnes qui l’administrent. Différentes pièces sont également à fournir.

4. L’Ouverture d’un Compte Bancaire

Ouvrir un compte permet au nouveau club de percevoir les cotisations de ses adhérents et les éventuelles subventions versées par les collectivités locales, mais aussi de procéder aux dépenses nécessaires à son fonctionnement. Il est également recommandé aux structures sportives de souscrire à une assurance, pour protéger à la fois leurs adhérents et leurs biens. Certains assureurs proposent, à ce titre, des formules et des tarifs adaptés aux associations.

5. L’Affiliation à la FFF

L’affiliation est l’acte par lequel une association devient membre de la Fédération Française de Football, s’engage à respecter ses statuts et règlements et peut participer à ses activités. Elle est préalable à tout acte administratif tel que les demandes de licence ou l’engagement sportif. Pour s'affilier à la FFF, le club doit contacter le District dont il dépend au regard de son siège social (la Ligue si celle-ci n'a pas de Districts), qui lui adresse un lien lui donnant accès au formulaire de demande d'affiliation. Une fois complétée en ligne, la demande est transmise au District puis à la Ligue, pour avis, et en dernier lieu à la Fédération qui accepte ou refuse l'affiliation. Une fois affilié, le club peut prendre part aux activités de la FFF.

Questions Fréquentes

  • Comment choisir le nom de l’association ? Le nom de l’association est choisi librement, sous réserve des règles classiques de protection des tiers c’est-à-dire qu’il ne doit pas avoir déjà été utilisé par un autre groupement et ne doit pas être trompeur (marques et autres signes distinctifs). De même, le nom de l’association ne doit comporter aucune référence à caractère politique, idéologique, religieux ou syndical (article 1 des Statuts de la FFF).
  • Où effectuer la déclaration d’association ? Quelles sont les spécificités pour l’Alsace-Moselle ? L’Alsace-Moselle dispose d’un régime spécifique. Les différences à retenir : les modalités de création, qui supposent une inscription au registre des associations du Tribunal d’Instance ; la nécessité de sept membres à l’origine de la création de l’association.
  • Quelles sont les pièces à fournir avec la demande d’affiliation ? La demande d’affiliation à la FFF doit être accompagnée : des statuts du club, du récépissé de déclaration de l’association à la Préfecture ou à la Sous-préfecture (ou de l’inscription auprès du Tribunal d’Instance pour les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle), du procès-verbal de l’Assemblée Générale Constitutive, d’une attestation sur l’honneur par laquelle le Président de l’association confirme l’exactitude des informations renseignées dans sa demande d'affiliation et s’engage à respecter les textes fédéraux.
  • La FFF peut-elle refuser une demande d’affiliation ? L’affiliation peut être refusée à un club : si son organisation ou son objet social ne sont pas compatibles avec les statuts de la FFF ; pour tout motif justifié par l’intérêt général.

Professionnalisation du Football Féminin : Enjeux et Perspectives

La professionnalisation du football féminin hexagonal implique également le développement de la formation pour les jeunes footballeuses. Aujourd’hui, huit clubs ont reçu l’agrément de la FFF pour ouvrir leur centre de formation : l’OL, le PSG, le Paris FC, Montpellier, Fleury, Lille, Le Havre et Dijon.

Si l’Olympique lyonnais, du haut de ses huit sacres continentaux, est la locomotive du football féminin français, plusieurs autres championnats européens ont comblé leur retard ces dernières années, et c’est désormais le championnat français qui paraît avoir un train de retard. Le Paris Saint-Germain s’est certes taillé une part du gâteau en disputant deux finales de Ligue des champions (2015 et 2017), mais n’a réussi à surprendre l’OL qu’une seule fois sur la scène nationale en 2021.

Tout n’est pas misé uniquement sur la façade, heureusement : cette nouveauté induit également la mise en place d’un véritable statut de joueuses professionnelles pour les footballeuses évoluant en D1 et en D2. La santé des joueuses et les conditions de travail devraient aussi en profiter, à la suite des audits menés dans ce but. Si cela aura un coût budgétaire pour les clubs, le vice-président de l’UNFP explique que « si ces critères d’excellence sont remplis, la Fédération allouera une enveloppe budgétaire pour aider les clubs à justement mettre tout ça en place ». L’excuse économique ne tiendra donc plus.

À partir de la saison 2026-2027, l’Arkema Première Ligue comptera 14 équipes contre 12 à l’heure actuelle, alors que le format de la Seconde Ligue a été revu la saison dernière, passant à une poule unique au lieu de deux.

Le Contrat Fédéral : Un Statut Professionnel Encadré

La mise en lumière de la discipline à l’occasion de la Coupe du monde incite les médias à s’intéresser de plus près au statut et aux revenus des footballeuses. Apparaît alors le très mystérieux « contrat fédéral » dont la nature de contrat de travail ne semble pas bien comprise. Les joueuses disposant de ce type de contrat sont bien des joueuses de football professionnelles. Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont forcément bien payées.

Dans son « Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs », la Fifa définit ce qu’est un joueur (ou une joueuse) professionnel : « Est considéré comme joueur professionnel tout joueur ayant un contrat écrit avec un club percevant, pour son activité footballistique, une rétribution supérieure au montant des frais effectifs qu’il encourt. Le professionnalisme est simplement caractérisé par le fait d’être rémunéré pour jouer et que cela soit fixé par contrat.

En France, ce type de contrat est encadré par un statut défini par la FFF, le « Statut de la Joueuse Fédérale » et qui commence par reprendre la définition de la Fifa et par l’appliquer dans le cadre de la législation française : « Une joueuse fédérale est une sportive qui met à disposition d’un club de football visé à l’article 1 du présent Statut, contre rémunération, ses compétences et son potentiel physique en vue de participer aux compétitions. La joueuse fédérale est une salariée occupant un emploi dans le secteur du football. La joueuse fédérale est une professionnelle du football fédéral par la nature salariale de son activité et non par le statut de son club.

Un contrat de footballeuse professionnelle est un contrat de travail. À ce titre il obéit en France à la réglementation du travail. Le statut précise explicitement qu’il se conforme aux articles L.222-2-3 et suivant du code du sport.

Pour autant, si le contrat fédéral assure à la joueuse un vrai statut de salariée, il n’est pas nécessairement très rémunérateur. Il peut être à temps partiel jusqu’à mi-temps. La rémunération minimale est définie en lien avec le chapitre 9 de la « Convention collective nationale du sport ». Globalement, elle correspond à peu près à un salaire brut de 1 500 € pour un temps plein ce qui signifie qu’une joueuse professionnelle disposant d’un contrat à mi-temps peut ne toucher que 750 € bruts par mois pour son activité de footballeuse alors que les stars du championnat touchent à peu près 50 fois plus avec le même type de contrat.

La Ligue Féminine de Football Professionnel (LFFP) : Une Nouvelle Ère

Boulevard de Grenelle, quinzième arrondissement de Paris, au siège de la Fédération française de football. C’est une scène quelque peu inédite. La plupart des dirigeants emblématiques du foot français sont là : Pablo Longoria, président de l’OM, Olivier Letang, son homologue à Lille, Marc Keller, patron du Racing club de Strasbourg ou encore Jean-Pierre Caillot, à la tête du Stade de Reims. Au total, 25 dirigeants, tous réunis pour parler football féminin.

"Tout le monde est là, ce qui est quand même une performance, il y a encore quelques années, je pense qu’on n’aurait pas eu une assistance complète de tous les présidents de D1 et de D2 concernés," s'enthousiasme Jean-Michel Aulas. Le vice-président de la FFF est le grand architecte de la LFFP, la Ligue féminine de football professionnel qui verra officiellement le jour le 1er juillet prochain.

Une opération communication d’ampleur pour afficher de grandes ambitions : "On veut en faire la Premier League européenne. Et pour ça, il faut structurer maintenant. Il y a 20 ans, en Angleterre, quand ils ont lancé les principes de la Premier League anglaise, ils avaient plusieurs clubs capables de lutter pour le titre, c’est ce que l'on veut faire."

D'où la présence de dirigeants qu’on n’entend jamais ou presque sur le sujet, c’est le cas de Pablo Longoria, le président de l’OM.

Marc Keller est le président du Racing Club de Strasbourg, la section féminine est actuellement en Deuxième Division, à la lutte pour la montée en D1 avec l’OM. Il sent que les lignes bougent positivement. "Avant, on était chez les amateurs, on avait une gestion un très light. En D2 ont a un budget plus important, qui augmente", confie Marc Keller*. "Si on veut monter en D1 féminine, il faudra investir, mais l’histoire est en marche. En D2 féminine, vous voyez le nombre de clubs intéressant de Ligue 1 qui jouent et qui se battent pour monter, donc tout le monde a de l’ambition."*

Jean-Michel Aulas et la FFF ambitionne à moyen terme d'élargir le nombre de clubs présents en D1 féminine, passant de 14 à 16.

L’argent reste toutefois le nerf de la guerre, et le modèle économique est une problématique importante, aussi Jean-Michel Aulas multiplie les rendez-vous avec des entreprises française du CAC40 pour les inciter à investir dans cette nouvelle Ligue. "Toutes les entreprises sont dans une réflexion de parité, mais aussi d’expression de valeurs. Et le foot féminin est là pour exprimer des valeurs complémentaires du foot masculin, mais qui sont demandées par tout le monde", détaille l'ex-patron de l'OL. "On voit les affluences télévisuelles augmenter. Dans les stades, même si on est partis de loin, ça augmente également. On est dans une aspiration très forte de popularité." Des nouveaux sponsors sont également attendus.

La question de la protection des joueuses via de nouvelles conventions collectives est aussi à l’ordre du jour, même si sur ce point il y a encore des progrès à faire.

Crise des Droits TV et Investissements : Un Avenir Incertain ?

Plombés par la crise des droits TV, plus d'un tiers des clubs d'Arkema Première Ligue sont désormais à vendre, selon nos informations. Des investisseurs américains et anglais ont déjà manifesté leur intérêt.

Depuis de nombreux mois, la crise des droits TV vécue par le football français cristallise les tensions et a mis les clubs de Ligue 1 dans des situations financières complexes.

"Cette situation très difficile fait poser un nombre de questions aux clubs masculins qui ont une section féminine et se disent qu’il faut soit se séparer ou supprimer l’équipe féminine", explique Jean-Michel Aulas, président de la Ligue Féminine de Football Professionnel (LFFP). Conséquence directe donc sur leurs sections féminines qui évoluent en Arkema Première Ligue: d’après nos informations, plus d’un tiers des clubs du championnat de France sont désormais à vendre.

La Ligue féminine de football professionnel, via son président Jean-Michel Aulas, s'est mise en marche pour trouver un potentiel repreneur.

Dans ce contexte, la LFFP a travaillé ces derniers mois pour fiabiliser un dispositif de vente des sections en collaboration avec le ministère des Sports, à l’image de ce qui a été fait pour le rachat de l’Olympique lyonnais. "La LFFP a mis au point un dispositif très ambitieux tant sur le plan de l’organisation des structures autant que sur le plan de la définition d’un nouveau modèle en termes d’exploitation en allant chercher de nouveaux sponsors, et trouver les investisseurs susceptibles de s’intéresser au football féminin capable prendre le relais de clubs masculins qui seraient en difficulté au travers e la crise actuelle", détaille Jean-Michel Aulas.

Résultat: 6 investisseurs américains et anglais sont entrés ces derniers mois en discussion avec la LFFP et les clubs concernés d’Arkema Première Ligue.

Deux investisseurs français sont également sur les rangs et s’intéressent à des sections féminines.

Pour faire leur entrée dans le championnat français, ces investisseurs devront respecter une sorte de cahier de charges pour exister en D1 féminine à travers notamment la "Licence Club" mise en place par la Fédération (structures, centre d'entraînement, ressources humaines et économiques, stade etc), mais aussi respecter un processus juridique précis encadré par la préfecture locale compétente.

L’aspect juridique est également pris en compte, comme la création d’une société anonyme ou SASP à la place de l’association (structure au sein laquelle certaines sections féminines font partie actuellement au sein des clubs).

Pour l’ensemble de ces sections féminines, on pourrait estimer ces investissements à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Budgets et Investissements dans le Football Féminin
Club Budget de Fonctionnement (Section Féminine) Investissements Potentiels
Olympique de Marseille (OM) Environ 2 millions d'euros -
Le Havre Environ 2 millions d'euros (dont 600 000 euros de dotation FFF, UEFA) Recherche de repreneurs
Dijon Environ 2,7 millions d'euros Recherche de repreneurs
Racing Club de Strasbourg Budget en augmentation en D2 Investissements supplémentaires nécessaires pour la montée en D1

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