Au rugby, le terme cinq-huitième désigne un joueur qui tient un rôle intermédiaire entre le demi d'ouverture et un trois-quart centre. Cette position hybride a connu des évolutions significatives au fil des années, influençant la stratégie et la dynamique des équipes.
Le cinq-huitième, sorte de deuxième ouvreur, partage la charge stratégique avec l'ouvreur principal. La charge stratégique est partagée. L'ouvreur n’organise pas tout, il se repose aussi sur le cinq-huitième. Les Argentins proposent des combinaisons simples, mais à pleine vitesse et à pleine intensité pour éviter que l’adversaire réagisse.
Pour bien comprendre l'importance de ce rôle, il est essentiel de revenir sur son évolution et son impact sur le jeu moderne.
Origines et Évolution du Rôle
La mode du fameux "cinq-huitième" n’est pas si vieille que cela. Cette mode consistait à aligner un ouvreur au poste de premier centre, alignant ainsi deux demis d’ouverture au centre du terrain. Autrefois très en vogue notamment chez nos rivaux anglo-saxons avec des duos légendaires comme Wilkinson-Catt ou Ford-Farrell, cette configuration avec deux ouvreurs au centre du terrain semble avoir fait son temps.
Inspirée du rugby à XIII, la règle du 50:22 sera appliquée au niveau mondial dès le 1er août. Un poste qui vient du XIII (cela tombe bien la règle 50/22 aussi) et qui pourrait être de plus en plus décisif. Déjà utilisé par quelques entraîneurs, et notamment par Eddie Jones avec la paire Georges Ford et Owen Farrell, ce concept date de la fin des années 90, durant lesquelles le premier joueur à occuper ce rôle a été Mike Catt.
Cette option permet d’avoir un jeu plus aéré, qui permet de faire vivre le ballon plus rapidement sur les extérieurs. Associer un demi d’ouverture distributeur avec un autre bien plus offensif pourrait créer beaucoup d’incertitude au milieu du terrain. Il permet aussi bien de soulager l’ouvreur dans l’animation offensive que dans l’occupation. Des caractéristiques parfaites pour s’adapter aux nouvelles règles !

Tactiques et Stratégies Associées
Les Argentins proposent des combinaisons simples, mais à pleine vitesse et à pleine intensité pour éviter que l’adversaire réagisse. Il faut prendre exemple sur le rugby à XIII, où la cascade de décisions repose sur trois joueurs: talonneur, neuf et dix, ce qui correspond, dans le rugby à quinze, au trio 9-10-12. On retrouve cette culture chez les Néo-Zélandais et les Anglais.
En effet, l’avantage de pouvoir obtenir des lancers en touche chez son adversaire pourrait pousser les joueurs à vouloir occuper bien plus le terrain qu’auparavant afin d’avoir la mainmise sur le match. Les équipes performantes en conquête voudront sûrement enchaîner les ballons portés pour aller à dame. Mais d’un autre côté, le fait de décrocher les ailiers dans le fond du terrain pourrait également permettre aux équipes d’écarter rapidement les ballons sur la largeur afin de trouver un décalage.
Les All Blacks jouaient sans vrai demi d'ouverture mais avec deux "cinq-huitièmes". L'histoire retiendra donc une nouvelle façon de pratiquer le rugby, des chiffres à couper le souffle... mais également la première expulsion lors d'un match international depuis 42 ans (Colin Meads à Murrayfield).
Exemple Tactique: Le Jeu des Argentins
Selon le DTN Didier Retière, les Argentins réussissent le compromis entre le jeu de combat très agressif des avants et des mouvements créatifs exécutés à grande vitesse en sélectionnant désormais des profils de joueurs athlétiques. Ils ont passé un cap, avec des joueurs comme Imhoff et Amorosino remontant les ballons et étant friands de contre-attaques. Les Pumas évoluent avec un cinq-huitième, sorte de deuxième ouvreur, en la personne de Juan Martin Hernandez, placé au centre.
Il faut priver les Argentins de munitions en touche, un secteur dans lequel ils excellent. Il n'y a que deux options stratégiques : le marquage ou la zone.
L'Impact sur le Jeu Moderne
Le jeu va tellement vite qu’on ne peut pas compter sur un seul demi d’ouverture pour conduire le jeu et prendre les bonnes décisions. S’il est pris ou retardé pour quelconque raison, un autre doit le suppléer.
Certainement parce que compte tenu de l’efficacité des défenses (qui sont aujourd’hui plus « hybrides », et moins exclusives que ne l’était le Wolfpack des Saracens), les techniciens ont réalisé que la dimension physique d’un premier centre est bien trop importante pour qu’ils puissent s’en passer. Il n’est d’ailleurs pas rare que de nos jours, ces fameux premiers centres soient capables de renverser le cours d’un match, à l’image de Moala à Clermont, Aki avec l’Irlande, ou encore Moefana avec les Bleus.
Ceci étant dit, le constat établi en préambule est toujours vrai : les équipes ne peuvent plus se contenter d’un seul créateur de jeu. Aussi, plutôt que de faire évoluer un ouvreur à un poste qui n’est pas le sien, c’est le poste d’arrière qui a évolué. Certaines équipes s’organisent aussi pour placer ces deux joueurs dans le fond de terrain en défense afin qu’ils se dépensent moins en défense et gardent un maximum de lucidité tout au long de la partie.
Un changement qu’ont d’ailleurs opéré les Anglais de Gloucester, que nous avions croisé la semaine dernière au GGL Stadium : "C’est vrai que sur ce point, nous avons changé notre fusil d’épaule, reconnaissait le manager et ancien deuxième ligne du club George Skivington. Avant, nous jouions avec deux joueurs au profil d’ouvreur au centre du terrain avec Santiago Carreras et Billy Twelvetrees. Mais avec l’éclosion de Charlie Atkinson (présenté comme un grand espoir du rugby anglais au poste, N.D.L.R.) et le départ de Billy en 2023, nous avons choisi de faire glisser Santiago Carreras à l’arrière.

Tableau Récapitulatif des Rôles Clés
| Poste | Numéro | Rôle Principal |
|---|---|---|
| Demi d'ouverture | 10 | Orientation du jeu, liaison avec les trois-quarts |
| Premier centre (Cinq-huitième) | 12 | Création, soutien offensif, distribution |
| Arrière | 15 | Défense, relance, surnombre en attaque |