Christophe Dominici : Une Légende du Rugby Français

Le monde du rugby a été secoué par la disparition de Christophe Dominici, ancien ailier du Stade Français et de l'équipe de France, décédé le 24 novembre 2020, à l'âge de 48 ans. Son corps a été retrouvé dans le parc de Saint-Cloud, près de Paris.

"La famille du rugby a perdu brutalement aujourd’hui, une légende, un joueur emblématique", déclare la Fédération française de rugby (FFR) dans un communiqué, évoquant un joueur qui "aura marqué toute une génération de rugby".

"Christophe Dominici était un immense joueur, un artiste, un funambule", a déclaré la FFR. Sa disparition a suscité une vague d'émotion et d'hommages unanimes, saluant son talent exceptionnel et son impact sur le rugby français.

Relive the Magic: Christophe Dominici's Greatest Career Moments

Les Débuts et l'Ascension d'un Talent Unique

Christophe Dominici a surgi dans le rugby à une époque où les petits gabarits comme le sien semblaient condamnés à choisir une autre voie. C'était un temps où l'ailier all black Jonah Lomu écrabouillait tous ses adversaires, et où la plupart des clubs, aveuglés par la puissance phénoménale du géant de l'hémisphère Sud, commençaient à estimer que les ailiers devaient être grands et costauds avant d'être rapides et explosifs.

Dominici, d'ailleurs, a commencé par jouer au foot, un sport qui collait sans doute davantage à ses mensurations et à sa « grande gueule », dixit un ex-partenaire chambreur. Il était doué, paraît-il. Suffisamment pour glaner un titre de champion du Var juniors avec le club de son village, Solliès-Pont, et pour disputer un 32e de finale de Coupe Gambardella face au Monaco de Lilian Thuram.

Nous sommes alors en 1990 et « Domi » a déjà un caractère bien trempé. Trop, peut-être. Si bien que le bouillant Méridional finit par bifurquer vers le rugby, une discipline plus à même de satisfaire son goût pour la castagne et les duels d'homme à homme. Sa petite taille (1,72 m) ? Pas grave.

« On se pose toujours des questions à mon sujet, nous avait-il confié un jour. C'est sûr que lorsqu'on me regarde et qu'on voit des mecs de 1,90 m, on se dit : comment il ne se fait pas mal ? Comment je peux exister à ce niveau, ça interpelle. Maintenant, (Mike) Tyson faisait 1,80 m et il démontait des mecs de 2 mètres. Mais c'est ça, le mystère.

Le mystère Dominici est pourtant simple à décrypter. C'est de la vitesse, des appuis phénoménaux et cette aptitude, rare, à accélérer juste après avoir déjà accéléré. Des qualités exceptionnelles qui lui permettent rapidement de gravir les échelons à toute blinde.

Après deux saisons en D2 à La Valette, il file quatre ans à Toulon (1993-1997) avant de rejoindre le Stade Français (1997-2008), où il se taillera un palmarès XXL (notamment cinq titres de champion de France en 1998, 2000, 2003, 2004 et 2007).

En club, il a débuté sa carrière au RC La Valette en 1991. « Durant les 11 années passées sous nos couleurs, Christophe aura, grâce à son incroyable talent et sa classe, grandement contribué à écrire la légende du club », déclare le Stade Français dans un communiqué.

Un Palmarès Élogieux

  • Champion de France en 1998, 2000, 2003, 2004 et 2007 avec le Stade Français
  • Vainqueur du Tournoi des Cinq Nations en 1998
  • Vainqueur du Tournoi des Six Nations en 2004, 2006 et 2007
  • Grand Chelem en 1998 et 2004
  • Participation à trois Coupes du monde (1999, 2003, 2007)

L'Art de l'Esquive et l'Explosivité sur le Terrain

Sur les terrains, il rivalise avec n'importe qui. Son explosivité et son art de la feinte l'aident à échapper aux gros bras, tandis que sa tonicité au contact l'érige aussi en redoutable défenseur et casseur de plaquage.

« Les gros, quand ils prennent un petit comme lui, c'est pour faire mal, c'est plus fort qu'eux, nous disait un jour l'ancien centre international Jean Gachassin, lui aussi joueur de petite taille (1,62 m). Lui, il leur rentre dedans ! Et grâce à ses appuis extraordinaires - il faut bien qu'on ait des avantages, nous les petits -, il gicle et il s'en sort, bien qu'il soit tenu. Et quand il vient dans la ligne, s'il passe, tu ne le revois plus ! »

« D'un crochet, je me sers de la puissance de mon adversaire, je m'engage sans savoir si le type est plus lourd, plus costaud, expliquait effectivement Dominici. J'ai confiance en moi, je vois l'espace derrière lui et je l'évite. »

L'Équipe de France : Gloire et Émotion

Ce grand art de l'esquive ouvre évidemment au Varois les portes de l'équipe de France. Entre 1998 et 2007, il cumule 65 sélections, gagne quatre Tournois des Cinq (1998) puis Six Nations (2004, 2006, 2007), réalise deux Grands Chelems (1998, 2004) et participe à trois Coupes du monde (1999, 2003, 2007).

Domi marque aussi beaucoup d'essais. Certains d'anthologie. Son premier chez les Bleus, le jour de sa première sélection dans le Tournoi contre l'Angleterre (24-17, en février 1998), quand il enrhuma deux défenseurs adverses de deux crochets intérieurs que n'aurait pas reniés la pépite sud-africaine du Stade Toulousain Cheslin Kolbe.

Et puis bien sûr son chef-d'oeuvre, son Everest, cet essai qui renversa la Nouvelle-Zélande en demi-finales de la Coupe du monde 1999 à Twickenham (43-21), quand un rebond favorable lui offrit le ballon sous le nez des derniers défenseurs All Blacks pour un sprint implacable vers la gloire.

« Nous avons été touchés par la grâce, dira-t-il quelque temps après la rencontre. C'était plus fort que le foot, je crois. Champion du monde de football, c'est une reconnaissance, celle d'un pays, d'une nation, la France. Nous, c'était de l'émotion pure, montée du plus profond des êtres. »

Un autre essai fait partie de sa vie, de sa carrière. Un qu'il n'a pas marqué, puisqu'il relâcha le ballon dans l'en-but au moment d'aplatir, alors qu'il était seul sous les poteaux, sans pression. C'était en février 2004 contre l'Italie. Un triste jour pour un éternel insatisfait comme lui, malgré la victoire (25-0).

Hommages et Réactions

La disparition de Christophe Dominici a suscité une vive émotion dans le monde du rugby. De nombreux joueurs, entraîneurs et personnalités ont rendu hommage à sa carrière et à sa personnalité.

Cédric Heymans : « Il était excessif sur et en dehors du terrain. Il avait envie de partager et de donner. C’est dur de s’imaginer qu’il n’est plus là. Il était fédérateur, il mettait le groupe en avant. Il n’a jamais cherché à tirer la couverture à lui. Il faut garder l’image de cet essai face aux All Blacks. Il a presque ridiculisé les All Blacks à lui tout seul alors qu’il faisait 1,75 m. Il était plein de vie, jusqu’au dernier moment. »

Sylvain Marconnet sur RMC : « C’est tellement brutal. Domi, c’était un homme d’excès. Un super coéquipier, loyal en amitié. D’excessif aussi, comme on les aime dans le rugby. Domi c’était du bonheur. Je suis abattu. Quand on perd l’un des nôtres ça fait mal. C’était un excessif, il n’y a pas de superlatif pour le qualifier. Avec son physique de mer.. il a retourné toutes les plus grandes défenses du monde. On est tous attristé. C’est toujours trop jeune. Dans le rugby on a besoin d’amour. La tristesse est à la hauteur de l’amour qu’on pouvait lui témoigner. »

Roxana Maracineanu : « Quelle tristesse. Christophe Dominici était un immense joueur, un artiste, un funambule. Sa disparition brutale est un choc. Pensées pour ses proches et tous les amateurs de rugby. »

Max Guazzini sur Europe 1 : « Je suis bouleversé. C’est un joueur dont j’étais très proche. Je disais toujours aux autres que c’était mon joueur préféré. On a vécu de bons moments ensemble mais ces derniers temps, il n’allait pas très bien, c’est tout ce que je sais. J’ai la gorge nouée, je suis tellement bouleversé. 'Domi', c’est quelqu’un de tellement humain, tellement généreux. »

Serge Simon : « Le Rugby Français perd une étoile, le XV de France un mythe, le Stade Français une légende et beaucoup d’entre nous un ami. »

Pascal Papé : « Je suis terrassé d’apprendre la disparition tragique de Christophe Dominici, il m’a transmis sa passion pour le ⁦Stade Français mais aussi son amour pour le jeu et la compétition. Coéquipier aux fortes convictions et générateur d’émotions. Mes pensées vont à sa famille. »

Mirco Bergamasco : « Je t’ai eu comme coéquipier, adversaire et entraîneur. Tu m’as beaucoup appris et beaucoup montré. Lire que t’es plus là et difficile à croire. Une grosse pensée pour la famille, sa femme et ses enfants. »

Imanol Harinordoquy : « Petit par la taille mais un titan sur le terrain, Christophe Dominici nous ne t’oublierons jamais. Repose en paix cher ami. »

tags: #christophe #terrain #rugby #taille