Christophe Laurent a surpris bien des spécialistes en début de saison, lui qui était peu connu. Avec son physique de 1,82 m pour 100 kg, il ne passe pas inaperçu. Découvrons son parcours et son héritage.

Un héritage familial
Si le jeune Christophe possède le talent, son père était coéquipier de Michel chez les juniors du TOEC, champions de France Crabos dans les années 60. « En fait, poursuit Christophe, après des débuts tardifs, à l'âge de 14 ans (mon père n'a pas voulu que je sature trop tôt) et jusqu'à 19 ans, j'ai joué à Saint-Gaudens. »
Un parcours réfléchi
« Mais il fallait maintenant que je rebondisse, comme le fit Hervé Manent. Il me fallait aller voir ailleurs... mais pas n'importe où car je ne suis pas un mercenaire d'une part, et j'aime encore un certain rugby. Je garde de très bons souvenirs de mon passage chez le voisin stadiste. Ce fut une époque de ma vie. »
Titulaire d'un Baccalauréat économique avec mention, Christophe a pris ensuite la direction de l'UFRStaps, finissant actuellement une maîtrise de management du sport. Avant tout, c'est ce qui le préoccupe : «Le Rugby, même si je m'y donne à fond avec l'espoir d'aller toujours plus haut, ne constituera, quel que soit le cas, qu'une partie de ma vie alors que les diplômes et la carrière professionnelle durent... »
«Pour que le rugby soit un beau sport, il est capital que le ballon vive. Colomiers fait partie de ces clubs où on laisse libre cours à l'initiative et j'aime cette façon de percevoir les choses», poursuit le talonneur mais il est en concurrence avec l'international : Dal Maso et Soucarre, à Colomiers depuis plusieurs saisons.
«En concurrence, n'est pas le bon mot, continue-t-il. La saison est suffisamment longue pour qu'il ait place pour nous trois. Avec Soucarre, nous nous découvrons au fil du temps, sur et hors du terrain. En fait, je n'aurais que ce que je mérite et pour cela, il faut prouver dans une concurrence saine à l'entraînement, en match. C'est le cas.»
Une vision du championnat
Revenons sur cette saison bien longue puisqu'elle ne se terminera qu'en juillet avec des rencontres reportées. Comment Christophe juge ce championnat :» Comme beaucoup de monde ! Si on veut tirer vers le haut, il faut une élite resserrée, mais il faut aussi préserver aussi les clubs formateurs qu'on ne doit sous aucun prétexte, faire mourir. Regardez la quantité de titulaires dans l'Elite qui viennent des «petits clubs». Cette année, il est vrai que nous vivons une saison dans la démesure. Nous ne l'avons pas choisie, il faut faire avec. C'est pourquoi et en ce qui me concerne, le fait de cohabiter avec deux autres talonneurs, ne me dérange pas du tout.
Les Soppelsa : Une famille de rugby
Autour d’une table, « DL » a fait connaissance avec les Soppelsa, Frédéric l’aîné (61 ans), Christophe le cadet (57 ans) et Laurent le benjamin (53 ans), accompagnés de Véronique, la femme de Laurent, et d’Andréa, leur fille. Ils ont ainsi retracé leur histoire de famille. Entre basket et rugby, les petits-enfants Soppelsa ont baigné dans le milieu du sport.
Les Soppelsa ont toujours baigné dans le rugby et ce, grâce à leur père, Jean-Paul, qui n’était pas forcément prédestiné à tâter le ballon ovale. En effet, comment un immigré italien, apprenti boucher à Excideuil, s’est-il retrouvé dans ce sport ? « Son employeur ne voulait pas qu’il joue au rugby, parce qu’il avait peur qu’il se blesse, expose Frédéric. Il est ensuite arrivé à Périgueux, où il était boucher chevalin et a intégré l’équipe des bouchers de la ville, en corpo, dans les années 1957-1958. »
En revenant d’Algérie, Jean-Paul Soppelsa arrête de jouer mais continue d’aller voir le CAP et la boxe à la grande époque de Jacky Belon. Il reprend alors le rugby, mais toujours en équipe corpo, au CASG Paris, qui deviendra plus tard le Stade Français Paris que nous connaissons actuellement. De retour à Périgueux, s’en est vraiment fini du rugby. Il préfère laisser la main à la nouvelle génération.
Avec, comme éducateur, un certain Daniel Lasserre dit “Titou”, toujours bien présent au RCT. « Moi je suis arrivé en junior, après deux ans avec Vergt », explique Frédéric. Christophe intègre Périgueux en deuxième année minime et Laurent en Benjamin. Et à chaque fois, les parents ne sont pas loin, dirigeants, accompagnateurs, porteurs d’eau, etc.
Pendant cette période, Frédéric, Christophe et Laurent collectionnent les titres, les finales et les sélections avec le Périgord-Agenais. Et au-delà du sportif, les portes de la maison Soppelsa sont ouvertes à plusieurs générations de rugbymen périgourdins.
Dans ces années-là, les trois frères côtoient des grands noms comme Thierry Labrousse [NDLR : champion de France avec le CAP en 1993 et champion d’Europe avec Brive en 1997], avec qui Christophe fera notamment la demi-finale de Groupe B contre Valence-d’Agen.
Christophe garde d’ailleurs, comme ses frères, des liens uniques avec ses anciens coéquipiers. Les Soppelsa auraient même pu continuer leur carrière en Italie, quand Robert Antonin, ancien entraîneur du CAP, est parti coacher de l’autre côté des Alpes.
Les Soppelsa sont inséparables. Le départ en Italie ne se fait pas, « parce que Christophe trouve sa femme et, nous, on n’allait pas partir sans lui, parce qu’il faut le dire, c’était lui qui était bon », sourit Frédéric, même si ce dernier a fait un quart de finale de championnat de France espoirs Reichel et a connu de très grandes équipes également, comme Agen, La Rochelle ou encore Biarritz.
Ce sont sept petits-enfants qui vont naître entre 1985 et 2006, deux pour Frédéric, trois pour Christophe et deux pour Laurent. « Et les sept vont faire du sport, parce qu’ils sont bercés dedans et qu’on avait envie qu’ils connaissent ce qu’on a connu », renchérissent Laurent et Frédéric.
L'engagement d'Andréa
Andréa a ainsi commencé le rugby il y a cinq ans, d’abord au RFPB qui est ensuite devenu le RPRF. À cette grande famille, il faut aussi ajouter la grand-mère maternelle qui suit tous les matchs de sa petite-fille. À 19 ans, celle qui joue premier centre a déjà fait pas mal de sélections, notamment à XV alors qu’elle joue à X.
En plus de ces sélections, la jeune fille a aussi soulevé un bouclier en mai 2025, celui de championne régionale cadette à X, niveau A2. « Quand elle a soulevé le bouclier, j’ai pleuré », lâche Laurent.
Étudiante en 2e année en IUT Tech de Co (techniques de commercialisation) à Périgueux, cela permet à Andréa de concilier rugby et études. Pour autant, Andréa vit rugby, mange rugby et respire rugby, comme l’on fait ses cousins, ses oncles, son père et son grand-père avant elle.
Le rugby, Périgueux et les Soppelsa. Aujourd’hui, seul Laurent est impliqué dans le monde du ballon ovale. Mais Frédéric et Christophe sont aussi restés dans le rugby après leurs carrières respectives. Le premier a été président du SA Trélissac de 2008 à 2018. Avant ça, entraîneur et dirigeant. Et il a également suivi son fils. Le second a suivi ses deux garçons.
Christophe Soppelsa est aussi à l’origine, avec Pascal Bergounioux, de ce qu’on connaît aujourd’hui comme le Super Challenge. Quant à Laurent, il se remémore un repas avec Jean-Jacques Gesson (vice-président en charge de la formation au CAP), lorsque le club de Périgueux a repris les équipes féminines cette saison. « Il m’a dit : on cherche un référent et c’est toi », sourit Laurent. Le voilà donc parti sur tous les matchs, à conseiller, à coacher et à transmettre.
Hommage aux rugbymen disparus pendant la Grande Guerre
En hommage à Christophe Dominici
Les joueurs de rugby ont été largement mobilisés à l’instar de l’ensemble de la société masculine et nombreux sont ceux qui ont péri. 121 joueurs français de haut-niveau sont morts à la guerre et plusieurs milliers chez les Britanniques et leurs alliés de l’ANZAC.
L’implantation du rugby dans le Sud-Ouest de la France a occasionné de nombreuses pertes parmi les régiments envoyés sur le front du Chemin des Dames. Basques, Landais, Béarnais, souvent issus du monde rural et versés dans l’infanterie, subirent le taux de pertes le plus élevé sur le Chemin des Dames.
Des équipes comme l’Aviron bayonnais, champion de France 1913, François Poyedebasque et Emmanuel Iguiniz, sélectionnés en équipe de France en 1914, tombent au Chemin des Dames cette même année. Le Stade Toulousain, le Stadoceste Tarbais, le Racing Club de France, le Sporting Club Universitaire de France, se sont vus ainsi privés de plusieurs de leurs joueurs.
En 1917, des poilus adeptes du ballon ovale sont retirés du front du Chemin des Dames pour former l’équipe de France militaire qui affronte les fameux All Blacks de Nouvelle-Zélande au stade de Vincennes le 8 avril.
A la suite de la crise du moral qui se propage dans l’armée française au printemps 1917, la pratique sportive est encouragée parmi la troupe et une directive du ministère de la Guerre favorise l’envoi réglementé de ballons au front le 24 septembre.

En 2017, l’ancien capitaine de l’équipe de France du rugby, Jean-Pierre Rives, devenu artiste sculpteur fait don au Conseil départemental de l’Aisne de l’une de ses œuvres afin qu’elle soit installée au Chemin des Dames.
Sélectionné 59 fois avec le XV de France, il en devient le capitaine emblématique à 34 reprises. Sur le terrain, sa chevelure blonde étincelante lui vaut le surnom de "Casque d'or" donné par le commentateur sportif Roger Couderc. Il remporte deux fois le Tournoi des V nations en 1977 et 1981, France emmené par Jean-Pierre Rives s'impose pour la première fois sur la terre des All Blacks, à l'Eden Park d'Auckland, en Nouvelle-Zélande.
Le 14 juillet 1979, le jour de la fête nationale, les Français dirigés par Jean-Pierre Rives s'imposent pour la première fois sur le terrain de All Blacks, à Eden Park, à Auckland.
La série de sculptures de Jean-Pierre Rives intitulée "Les Rubans de la Mémoire" pose la question de la mémoire des hommes à travers l’usure des matériaux et du temps qui passe. Le 21 mai 2016, c’est en présence du Président de la République, François Hollande, qu’une sculpture monumentale de cette série est inaugurée au Stade de France, en hommage à tous les sportifs « morts pour la France ».
Le 16 septembre 2017, un mémorial international aux joueurs de rugby morts durant la Grande Guerre est inauguré à Craonnelle, à côté du monument de la 36e Division d’infanterie, surnommé le « Monument des Basques ».
Fidélité et passion pour le rugby
Quand on évoque Colomiers-Bayonne avec Christophe Laurent, sa voix s'emplit d'enthousiasme. Je me consacre à la restauration avec mes parents («Le Club» à Saint-Gaudens, N.D.L.R.), mais le monde du sport me manque. Je suis passionné par toutes les disciplines. Je rêve d'embrasser une carrière dans le sport.
Vous restez fidèle à Colomiers où, si vous étiez absent dimanche dernier, vous assistez pratiquement à tous les matchs. Colomiers m'a donné une chance lorsque je me suis retrouvé barré par un entraîneur au Stade Toulousain. Michel Bendichou est venu me chercher et j'ai saisi ma chance. J'étais très attaché à Michel Bendichou. Sa disparition m'a fait très mal.
Après la chute du club sous l'ère Bénac, j'ai fait la connaissance d'une personne formidable, Monsieur Alain Carré. Il n'était pas tout seul. J'associe tous ceux qui étaient avec lui, je ne veux pas les citer car j'en oublierai. Ils ont remonté le club.
Alain Carré m'a tendu la main et Bernard de Giusti m'a permis de m'entraîner avec le groupe. L'état d'esprit d'aujourd'hui me rappelle celui qui régnait au temps de Michel Bendichou. Le club a retrouvé une âme, la joie de jouer. Il n'y a pas de noms ronflants dans l'équipe, mais des gars solidaires qu'on prend plaisir à voir.
Les gens qui viennent au stade en repartent en disant qu'ils ont aimé. Je préfère venir voir de la Pro D2 à Colomiers que regarder du Top 14 à la télé. Je ne suis pas le seul. Bernard Goutta et Philippe Filiatre ont fait du bon boulot et le nouveau staff a pris le relais pour bien lancer la saison. Colomiers, c'est vraiment un groupe. Avec deux équipes joueuses, il devrait être beau. J'y assisterai avec mes enfants.
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