Le football en Mongolie : Une ascension structurée et durable

Alors que certains pays asiatiques se battent pour une qualification historique à la Coupe du Monde, la Mongolie choisit une approche différente : développer son football de manière structurelle et durable, au niveau national et régional.

Le pays, longtemps considéré comme périphérique sur la scène asiatique, mise sur la formation, l’infrastructure et la gouvernance pour rattraper son retard.

Investissements dans les infrastructures

Les autorités sportives locales, soutenues par la FIFA à travers le programme FIFA Forward, ont investi dans des infrastructures inédites pour le pays, comme le MFF Football Centre à Oulan-Bator, doté de terrains synthétiques et d’un dôme gonflable pour entraîner les équipes toute l’année malgré des hivers extrêmes.

Ces infrastructures ne servent pas seulement aux équipes professionnelles : elles permettent par ailleurs l’accès au football pour des centaines de jeunes, filles et garçons, dans le cadre de programmes éducatifs et sociaux. C’est un modèle de modernisation rare pour un pays où le climat et la géographie rendaient historiquement la pratique régulière quasi impossible.

La Mongolie fait preuve d’ingéniosité pour surmonter ses contraintes climatiques. Le dôme gonflable du MFF Football Centre permet d’organiser des entraînements en plein hiver, lorsque les températures descendent régulièrement sous -45 °C.

En parallèle, plusieurs terrains synthétiques ont été installés à Oulan-Bator et dans les principales villes provinciales, complétés par des systèmes d’éclairage et de chauffage pour rendre le jeu praticable toute l’année.

Soutien financier de la FIFA et de l'AFC

Et pour ce faire, la MFF reçoit environ 1 million de dollars américains par an de la part de la FIFA et de l’AFC, via le programme FIFA Forward. En 2017, la MFF a rapporté des revenus totaux compris entre 2,9 et 3,5 milliards de tugriks (environ 1,1 à 1,3 million de dollars), dont une partie provient de ces fonds internationaux.

Les dépenses de la MFF en 2017 s’élevaient à 3,4 milliards de tugrik avec les plus grandes parts allouées aux équipes nationales (40,7 %) et aux associations régionales de football (20,1 %).

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Réformes et développement du football

La Fédération mongole de football (MFF) a engagé une réforme profonde pour professionnaliser la discipline. Elle développe des programmes de formation pour entraîneurs, arbitres et jeunes joueurs, en partenariat avec la FIFA et la Confédération asiatique de football (AFC).

Ces mesures visent à améliorer la qualité du jeu, mais aussi à créer un modèle durable pour les générations futures. L’accent est donc mis sur la structuration des ligues régionales, la certification des clubs et la création de centres techniques capables de préparer la sélection nationale et les clubs à des compétitions internationales, tout en intégrant des standards modernes de gestion et de gouvernance.

La Mongolian Premier League (MPL) en pleine mutation

Par exemple, la Mongolian Premier League (MPL) est en pleine mutation. La saison 2024-2025 a vu 135 matchs se jouer pour un total de 622 buts inscrits, avec le SP Falcons dominant le championnat grâce à 61 points et 99 buts marqués.

Ces statistiques traduisent une compétitivité grandissante et un niveau de jeu qui s’améliore d’année en année. Les clubs investissent également dans des programmes de développement jeunesse et des partenariats internationaux pour recruter et former des joueurs et des entraîneurs.

La MFF a enregistré environ 6 000 joueurs licenciés en 2017, répartis entre les équipes nationales, les clubs professionnels et les académies de jeunes. Ce chiffre a probablement augmenté depuis, en raison des investissements dans les infrastructures et des programmes de développement du football de base.

L'engouement croissant pour le football

Malgré des conditions climatiques difficiles, le football suscite un engouement croissant dans le pays. La sélection nationale, qui a participé aux éliminatoires asiatiques, a enregistré en 2024 une affluence record de 15 266 spectateurs lors d’un match contre le Cambodge, un chiffre historique pour le pays.

Dans un pays où d’autres sports comme la lutte et le tir à l’arc dominent culturellement, le football devient un vecteur d’unité et de cohésion sociale. Les programmes de jeunesse et les académies locales renforcent cette dynamique, et la pratique se diffuse au-delà de la capitale, touchant des régions reculées grâce à des installations modulables et des partenariats locaux.

Témoignages et perspectives d'avenir

«Le football progresse à une vitesse incroyable en Mongolie et j’ai été très heureux de m’entretenir avec le nouveau président de la Fédération Mongole de Football, M. Anandbazar Tsogt-Ochi. Nous avons évoqué ses projets pour l’avenir et il a pu me faire part de ses commentaires à la suite de la participation de la Mongolie aux FIFA Series. Les défis uniques que pose la pratique du football dans ce pays ont été relevés avec intelligence et détermination, notamment grâce à la construction d’un dôme gonflable financé par les fonds Forward de la FIFA, qui abrite le centre d’entraînement de l’équipe nationale. Par ailleurs, l’initiative Football for Schools de la FIFA ainsi que le Programme de développement des talents de la FIFA sont déjà bien implantés dans le pays, et je suis certain que le président Tsogt-Ochi saura les exploiter au mieux afin de garantir un avenir radieux au football mongol», a expliqué Gianni Infantino, lors d’une rencontre avec Anandbazar Tsogt-Ochir, à Miami aux Etats-Unis en juin dernier.

«Il est compliqué de développer de nouvelles infrastructures en Mongolie, car il s’agit de l’un des plus grands pays au monde. De ce fait, nous avons besoin de plus d’installations si nous voulons maintenir notre dynamique. Nous pouvons compter sur une population très instruite et talentueuse. Je souhaite donc m’appuyer sur elle pour poursuivre le développement du football de jeunes, du football féminin et de l’équipe nationale, qui occupe actuellement son meilleur classement mondial puisqu’elle pointe à la 188e place. Mon rêve serait qu’elle se hisse dans le top 100», a expliqué Anandbazar Tsogt-Ochir qui a également annoncé vouloir construire un deuxième stade en dôme gonflable.

À long terme, la Mongolie espère se positionner sur la scène asiatique et participer à des compétitions continentales comme la Coupe d’Asie ou les éliminatoires de la Coupe du Monde. Mais pour l’instant, la priorité est la consolidation nationale et régionale : renforcer les clubs, développer les jeunes talents et moderniser les infrastructures.

Cette stratégie pragmatique permet au pays de rêver grand sans brûler les étapes et transforme le football en véritable projet national, soutenu par des partenaires internationaux et une communauté locale de plus en plus impliquée.

Massamba Lô Sambou : Un champion de Mongolie venu d'ailleurs

C'est l'histoire d'une rencontre improbable entre un businessman mongol de 35 ans, qui a fait fortune dans l'industrie pétrolière et la téléphonie, et un ancien footballeur de Monaco (2006-2010, dont des prêts au Havre et Nantes) à peine plus jeune que lui.

Dashnyam Ganzorig, président du club d'Ulaanbaatar City FC, a réussi à convaincre Massamba Lô Sambou, 33 ans, de tenter il y a dix mois une expérience hors du commun. « J'étais en fin de contrat à Valmiera, en Lettonie, raconte le défenseur. J'avais une piste au Japon, en D2, via un agent japonais, quand celui-ci m'a demandé si je connaissais des joueurs intéressés pour évoluer en Mongolie. Je lui ai glissé quelques noms, mais le président Ganzorig, après s'être renseigné sur moi, a fait le forcing pour que je vienne. À force d'insister, il m'a convaincu de passer une semaine là-bas, pour voir. »

« Les quelques jours à Oulan-Bator, la capitale de près de 1,5 million d'habitants, le séduisent. « J'ai découvert une ville moderne, sûre, animée, avec des bars, des restaurants, des boîtes de nuit et des gens accueillants. »

Rompu aux expériences exotiques (Atromitos en Grèce, NorthEast United FC en Inde, AEL Limassol à Chypre, FC Lusitanos en Andorre...), Lô Sambou fonce. « Les Sénégalais sont de grands voyageurs », se marre l'ancien international (4 sélections).

Sur place, le si persuasif président Ganzorig tient ses promesses. Le salaire, plutôt attractif, est assorti de primes intéressantes ; un bel appartement et une voiture avec chauffeur sont mis à la disposition de Lô Sambou, qui ne sait rien du foot mongol : aucun joueur passé par la France ne s'y est jamais aventuré.

« Ici, le niveau du Championnat équivaut au National 2 ou 3. Mais il y a pas mal d'étrangers : des Brésiliens, des Serbes, des Russes, des Africains... On sent qu'il y a une volonté de faire progresser le foot, qui n'est pas le sport national. Ici, c'est surtout la lutte mongole et les courses de chevaux. »

À Oulan-Bator, où huit des dix équipes composant la Mongolian Premier League sont concentrées, le défenseur s'adapte vite à son nouveau cadre de vie. « Mais en dehors d'Oulan-Bator, c'est beaucoup moins développé. Et le problème, ici, c'est le froid. Il peut faire - 30 °C ! »

En novembre dernier, Lô Sambou - qui, approché par des clubs d'Europe de l'Est, envisage de changer de club (le Championnat mongol reprend en avril) - et son équipe remportent la Ligue. Le premier titre en club pour le joueur après une quinzaine de saisons pro. « J'ai vécu une belle expérience. Et je peux désormais dire que je suis champion de Mongolie ! »

Tableau récapitulatif des investissements et des résultats

Année Revenus de la MFF (Tugriks) Dépenses de la MFF (Tugriks) Part des dépenses pour les équipes nationales Part des dépenses pour les associations régionales
2017 2,9 à 3,5 milliards 3,4 milliards 40,7 % 20,1 %

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