Olivier Giroud : Retour en Ligue 1 et Défis Personnels

Sorti d'une séance éreintante jeudi dernier au domaine de Luchin qu'il n'a toutefois pas voulu écourter malgré la proposition du préparateur physique des Dogues, Olivier Giroud n'a rien laissé transparaître au moment de recevoir L'Équipe entre midi et deux.

De son retour réussi en L1 avec le LOSC à son record de buts menacé chez les Bleus (57 réalisations, 4 unités devant Kylian Mbappé), l'attaquant de 39 ans a tout évoqué avec la passion qui lui permet de résister à l'usure du temps.

Le Retour en Ligue 1 au LOSC

« Avez-vous des regrets concernant votre expérience américaine d'un an au Los Angeles FC ? »

Je n'étais pas pleinement heureux sur le terrain, on jouait en transition et je ne pouvais pas m'exprimer comme je le souhaitais. Il n'y a pas de regret, parce que c'est une expérience que je voulais vivre. J'ai marqué sur nos finales, gagné un titre avec la Coupe des États-Unis, disputé une Coupe du monde des clubs inattendue avec des retrouvailles contre Chelsea (son club de 2018 à 2021)... il y a quand même eu des bons moments.

Ç'a été génial aussi sur le plan de l'expérience et la qualité de vie, faire découvrir l'Ouest américain, la Californie, aux enfants, à mon épouse. Si c'était à refaire, je le referais. Mais je suis content de revenir chez moi.

Ce retour en France n'était pourtant pas forcément prévu... Je suis un mec de challenge. J'aime me lancer des défis et je n'avais pas non plus cinquante options. Quand le président Olivier Létang m'a appelé, le projet cochait beaucoup de cases, comme le fait de travailler avec Bruno (Genesio, son entraîneur). Il y a deux-trois ans, si vous m'aviez sondé pour un retour en France, je n'y aurais peut-être pas pensé.

Lille, pour moi qui suis très proche de Londres et veux vivre là-bas après ma carrière (dans sa résidence de Wimbledon), c'était parfait. J'avais fait un an loin de la famille avec le décalage horaire, etc. J'avais envie de rentrer, retrouver des amis, et puis rejouer en Ligue 1. Boucler la boucle, c'est génial.

« J'ai toujours privilégié le projet sportif, vivre des émotions. C'est bien au-dessus de l'aspect financier, c'est mon caractère »

Avez-vous tenté de convaincre Hugo Lloris, votre coéquipier à Los Angeles, quand le LOSC cherchait à remplacer Lucas Chevalier ? Non, car je connais sa position par rapport à ça. On en a parlé, mais quand il a vu que je revenais en Europe à Lille, il m'a dit : "Bravo ! Je ne pourrais pas faire ce que tu fais." Lui, par rapport au haut niveau, il a vraiment dit basta.

6 FOIS où Olivier Giroud a CHOQUÉ le Monde du Football 🤯

Pourquoi le LOSC et pas un autre club de Ligue 1 ? Mon ami Lolo (Koscielny, directeur sportif de Lorient) m'a appelé avant Lille. Il y a quelques saisons, j'ai aussi eu des possibilités à Marseille, Lyon. Olivier (Létang) avait aussi essayé de me faire signer à Rennes (*) mais, quand je quitte Chelsea, j'ai l'AC Milan qui me demande, ce n'était pas une option de rentrer en France.

J'ai revu récemment une photo de moi, gamin, dans ma chambre, avec le poster du Milan. C'était une évidence ! Je me sens béni d'avoir pu jouer les premiers rôles dans des clubs que je supportais enfant, de me battre pour des titres. Et c'est ce que je veux faire aussi, ici, avec Lille. Avec Paris, c'est dur de prétendre gagner la Ligue 1, mais il y a d'autres compétitions. Je veux gagner aussi avec Lille.

L'Arabie saoudite ou la Chine, avant, avaient également pris des renseignements. L'argent n'a jamais été le choix n° 1 ? Si quand je signe pro à Grenoble (en 2005), tu me dis que je vais gagner autant dans ma carrière, je signe tout de suite et je me sens très chanceux. Je me suis toujours dit : "Si je suis bon sur le terrain, après, ça viendra et je pourrai mettre ma famille à l'abri." Après, plus t'en as, plus t'en veux, et chacun fait ses choix !

J'ai toujours privilégié le projet sportif, vivre des émotions. C'est bien au-dessus de l'aspect financier, c'est mon caractère. C'est peut-être aussi ma foi et les valeurs que mes parents m'ont données.

Par exemple, quand je suis meilleur buteur à Tours en L2 (en 2010), et que j'ai des clubs de L1 sur moi, il y a aussi le Celtic et Middlesbrough qui m'offrent trois, quatre fois plus. J'ai hésité parce qu'en plus, ça aurait été une belle passerelle pour la Premier League. J'ai finalement opté pour Montpellier. À Grenoble, j'étais au salaire de la charte pour un premier contrat pro, autour de 2 500 euros. Quand je pars à Istres (prêté en National, 2007-2008), je suis à 7 000 par mois. Pas en francs non, je ne suis pas si vieux que ça. (Rires.) Et puis après, à Tours, 10 000, 12 000 et 15 000 euros sur les trois ans.

La Transmission et l'Héritage

« J'ai envie de transmettre et rendre au foot ce qu'il m'a apporté. C'est mon rôle, mon devoir »

Ce retour en Ligue 1, est-ce une manière de ne pas se faire oublier du public français ? Mes proches me disaient : "Tu vas faire la tournée des stades français, une dernière danse, un jubilé." Mais moi, je me suis plutôt dit : "Tu es parti aux États-Unis, tu avais dit que le très haut niveau, c'était fini, et tu reviens en France pour te mettre un peu en danger."

Lolo (Koscielny) le disait à mon sujet : "Olive n'est jamais meilleur que quand il est dos au mur." Même si des fois, tu as envie que ça se passe un peu plus tranquillement ! Il y avait une part de risque, mais je voulais revivre ces émotions, cette passion, les supporters, la compétition. On peut dire ce qu'on veut, il y a quand même un monde d'écart entre l'Europe et le reste du monde. On devrait tous se mettre dans cette situation pour ne pas se reposer sur nos acquis, sortir de sa zone de confort.

Pourquoi maintenir cette pression quand on n'a plus rien à prouver ? J'ai un contrat avec le club et c'est un contrat de confiance qui dit : "Il faut que je fasse le boulot parce que je ne suis pas là en touriste." C'est une histoire de respect, aussi pour soi-même et ne pas finir en queue de poisson. Je sens encore les capacités pour apporter quelque chose. J'ai cette envie, cette détermination.

J'ai échangé avec Zlatan (Ibrahimovic) à l'époque de Milan. Il me disait que si tu n'as pas ça, même si ton corps suit, ça ne sert à rien de continuer. Et moi, j'ai tout ça. En plus, j'ai envie de transmettre et rendre au foot ce qu'il m'a apporté. C'est mon rôle, mon devoir.

Reconnaissance et Plaisir

« Je suis le plus heureux de pouvoir être applaudi à Lens dans un derby. C'est peut-être inédit pour un Lillois »

Ressentez-vous une forme de revanche d'être acclamé partout en France, après avoir été parfois sifflé avec les Bleus à domicile ? Pas une revanche parce que je n'aime pas ce mot. Après la Coupe du monde 2022, j'ai senti qu'il y avait eu un capital sympathie vraiment assez haut en France. Après tout ce que j'ai vécu avec les Bleus, le record de buts, tout ce que j'ai gagné dans ma carrière, je n'aime pas dire ça, mais je n'avais plus rien à prouver.

J'avais fait taire toutes les critiques. Ce n'est pas ce qui me motive de "fermer les bouches". Je suis dans le partage, le plaisir d'aller à la rencontre des Français qui nous ont soutenus toutes ces années en équipe de France. C'est là que tu vois que tu es rentré dans leur coeur. Je suis le plus heureux de pouvoir être applaudi à Lens dans un derby (0-3, le 20 septembre). C'est peut-être inédit pour un Lillois. C'est génial.

On est plus proche de la fin que du début, donc le plaisir, en prendre et en donner, il faut qu'il y en ait, sinon ça ne sert à rien. Olivier Giroud est devenu l'un des joueurs favoris des supporters lillois depuis son arrivée cet été.

Comment avez-vous retrouvé le Championnat, treize ans après votre départ en 2012 pour Arsenal ? Les retours des champions du monde - Benjamin Pavard (Marseille), Paul Pogba (Monaco), Florian Thauvin (Lens) - ont tendance à le revaloriser à l'heure où il vit des moments difficiles... Clairement, des champions du monde qui reviennent chez eux, c'est très bon pour la Ligue 1. Après, elle souffre, elle se fait piller chaque année de tous ses talents par des clubs plus riches.

Ça va qu'on a des super centres de formation pour former nos joueurs, mais le problème, c'est qu'on n'a pas les moyens de les retenir. Mais malgré ce contexte, il y a un bon niveau. On ne va pas comparer avec la Premier League, mais je n'ai pas trouvé une énorme différence de niveau entre la Ligue 1 et la Serie A. Il y a peut-être plus d'équipes prestigieuses en Italie qui se maintiennent en haut. Mais on a joué la Roma récemment.

Aucun club français ne s'était imposé là-bas avant nous (1-0, le 2 octobre, en Ligue Europa), honnêtement, on a pu les regarder droit dans les yeux alors qu'ils sont premiers de Serie A (à égalité avec Naples). En Coupe d'Europe, les équipes françaises se comportent très bien et montrent qu'elles ont le niveau.

Gestion et Durabilité

Quel est votre secret pour durer ? Et quel est le rôle de Bruno Genesio dans cette gestion ? Au début de saison, sur quatre-vingt-dix minutes, je me sentais très bien. Et en fait, trois jours après Monaco (1-0, but de Giroud, le 24 août), j'ai ressenti une petite douleur (diagnostiquée comme une petite lésion à l'adducteur). Même quand tu te sens bien, il faut quand même essayer de te ménager.

Le coach est très à l'écoute et me parle beaucoup. Il me dit : "Si tu as besoin, on aménage, on adapte. "Je n'ai pas l'habitude de fonctionner comme ça parce que je veux toujours m'entraîner à fond et essayer de rater un minimum de séances. D'ailleurs, je n'en saute presque jamais. C'est aussi cet esprit de compétition, de vouloir toujours me mettre dans le dur. Sur l'enchaînement Lyon-Rome-Paris (entre le 28 septembre et 5 octobre), le coach m'a dit qu'il avait hésité à me faire souffler contre Rome mais, au final, qu'il avait pris la décision de me mettre d'entrée et de me faire jouer une heure.

Je retournais en Italie, j'en avais envie... C'est une question de confiance entre lui et moi, de communication et de respect. Après, avec l'intensité que ça requiert, je ne pouvais pas faire trois fois quatre-vingt-dix minutes. Bruno Genesio, un coach qui « est très à l'écoute », selon Olivier Giroud.

Vous donnez l'impression d'être plus affûté... Je fais beaucoup de prévention et d'activation. Je ne fais plus de gym du haut du corps, c'est peut-être pour ça que je parais plus mince. Physiologiquement parlant, j'ai la chance d'être comme ça. Évidemment qu'après, je fais attention à ce que je mange. Ma femme me dit : "Tu ne seras pas tout le temps comme ça, un jour, tu vas avoir un petit ventre ! "Je lui dis : "Attention, je ne suis pas sûr non plus !" Parce qu'après, il y a une culture du corps, le respect de son corps.

« Si tu regardes mes stats, je cours beaucoup. Tout le monde me dit que je suis encore bien en cannes ! »

Sur quels aspects ressentez-vous le plus vos 39 ans ? Sur la récup, j'ai bien besoin de deux jours après les matches. Les courbatures, le dos.... Et puis, dans le jeu, forcément, tu perds en vitesse. Je n'ai jamais vraiment joué là-dessus mais, à une époque, à Chelsea, j'avais été chronométré à plus de 34 km/h. Aujourd'hui, c'est impossible. Tu sautes moins haut quand même, tu perds en détente.

Le fait de pousser fort aussi, il faut faire attention parce que, à tout moment, ça peut lâcher. Tes tendons, tes articulations et tes muscles vieillissent, donc tu es plus exposé. Mais c'est une histoire de prévention, prendre ce qu'il faut en complément alimentaire, bien préparer tes muscles.

Pour optimiser vos efforts, vous concentrez-vous davantage sur la surface ? Ce que me demande le coach, c'est aussi beaucoup de mouvements, participer au jeu et ne pas rester que dans la surface. Mon expérience m'aide à faire moins de courses qui vont me fatiguer, inutiles, où tu as tendance à balayer le terrain de droite à gauche pour te rendre disponible. Il faut savoir se gérer, mais sans trop faire de calculs non plus. Si tu regardes mes stats, je cours beaucoup. Tout le monde me dit que je suis encore bien en cannes !

Le Geste Acrobatique et l'Accessibilité

« Si je pense que je peux apporter et que le club aussi est satisfait de moi, on se mettra autour d'une table et on verra avec Olivier (Létang) »

À propos d'une prolongation au-delà de la saison en cours, votre âge ne vous empêche pas non plus de tenter au moins un geste acrobatique par match... Parce que ça fait partie de moi. Vous me connaissez, j'adore ce genre de geste. C'est pourquoi j'étais fan d'"Ibra", de Jean-Pierre Papin... Après, il n'y a pas encore eu la balle idéale avec le LOSC. À chaque fois, il ne manquait pas grand-chose. Je vais continuer à tenter. Même si le lendemain, tu as un peu plus mal au dos. (Rires.)

Vous considérez-vous comme un showman ? Pas comme les génies, les magiciens, les dribbleurs comme Neymar, des mecs qui font lever les foules pour leurs gestes. Mais dans un autre registre, oui. C'est aussi ce qui donne du plaisir. Mon top buts n'est pas trop mal ! Le meilleur, ça reste le coup du scorpion avec Arsenal (contre Crystal Palace en 2017). Avec toute l'humilité qui est la mienne, ce geste, on ne le reverra plus jamais. Il y avait tout qui était là pour que ça soit une réussite incroyable. J'ai eu une réussite à 101 % ! Mais c'est ce que je voulais faire.

Le geste instinctif, personne ne va penser que tu vas le faire, et c'est ce qui fait le show. Réussir quelque chose que tu maîtrises, que tu as travaillé à l'entraînement, c'est une satisfaction différente. Mais les deux se valent.

Quand on a un tel CV, comment fait-on pour rester accessible dans un vestiaire aussi jeune que celui du LOSC ? Je suis une personne comme une autre. Je n'ai pas l'ego de certains joueurs. Je prends l'exemple de Zlatan, on n'a pas du tout la même personnalité. Lui, quand il rentrait dans le vestiaire ou sur le terrain, il fallait que les autres soient au niveau et fassent la bonne passe. Sinon... Moi, j'ai mis tout le monde à l'aise dès le début.

Je suis fier de cette disponibilité, de cette proximité que je peux avoir avec les jeunes et qui que ce soit au club. On a presque l'impression que c'est vous qui avez poussé pour être au niveau, avec un gros pic de forme dès la fin de préparation... Tout Olivier Giroud que je suis, avec mon passé, il a fallu montrer que j'étais encore compétitif malgré mon âge. C'est un exemple que je veux donner aux plus jeunes.

J'ai voulu commencer fort, ouais, c'est clair, et ça a bien marché. Ma relation avec les mecs, elle est comme si je faisais partie du groupe depuis plusieurs années. Même "Benji" André l'a dit. Je vais facilement vers les autres. Tout le monde sera unanime pour dire que l'intégration s'est faite vraiment naturellement.

Vous avez signé une saison mais fêterez vos 40 ans en septembre 2026. Est-ce un cap que vous visez déjà ou êtes-vous dans une logique d'un an plus un ? Ça peut être "un plus un", mais ça ne peut être qu'un aussi.

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