Le Chat Noir du PSG : Histoire d'un Supporter Malchanceux

Depuis l'arrivée des Qataris à la tête du Paris Saint-Germain, un supporter, Théo, est devenu malgré lui une figure emblématique, mais aussi source d'inquiétude pour les autres fans du club : le "chat noir" du PSG. Son histoire est celle d'une passion indéfectible, mais aussi d'une série de coïncidences malheureuses qui ont marqué ses expériences au stade.

Une Passion Précoce pour le PSG

J’ai toujours supporté le PSG. Supporter du Paris Saint-Germain depuis tout petit, j’ai commencé à vraiment suivre le club au début des années 2000, à l’époque où les têtes d’affiche du club s’appelaient encore Christian et Nicolas Anelka. Quand j’étais gamin, c’est un de mes meilleurs potes qui m’a initié et je suis tombé amoureux de ce club. À l’époque, c’était déjà beau : Pauleta, Rothen, Armand, Yepes, Coridon… Je n’avais eu l’occasion d’aller les voir que deux fois au stade, à Saint-Symphorien et à chaque fois pour des défaites face à Metz, au milieu des années 2000.

Les Premiers Déplacements et la Naissance d'une Réputation

Rapidement, j’ai aussi voulu faire un déplacement pour aller soutenir le PSG à l’extérieur. En 2002, à 14 ans, des potes du collège voulaient aller voir le match entre Paris et l’équipe hongroise d’Ujpest en coupe UEFA (l’ancêtre de l’Europa League) et on s’est motivés à plusieurs pour y aller. Ensuite, j’ai été au match PSG-Bordeaux - la demi-finale de Coupe de France où Paris gagne deux buts à zéro - en tribune G à côté du Virage Auteuil, toujours avec un pote du collège. Et à la fin de la saison 2002/2003, on rencontrait Auxerre chez eux. Je me rappelle encore : on rentre dans la partie basse du parcage, celle réservée aux pensionnaires d’Auteuil, et dès le début du match il y a énormément de pots de fumée et de fumigènes qui sont allumés puis peu de temps après, ça part en bagarre avec des mecs de Boulogne pendant une heure. On finit par être carrément dégagés du stade par les flics à la 50e minute.

La saison suivante, j’enchaîne sur un Gueugnon-Paris en Coupe de la Ligue. Je pensais que ce serait du tout cuit mais pas du tout ; on est éliminé aux tirs au but. À cette époque là, j’étais encore au collège et je cachais mes déplacements à ma mère. Le plus galère, ça a été à Londres pour Chelsea-PSG en 2004 (match nul 0-0). J’étais censé être en cours et il y avait un rendez-vous parent-professeur, étant donné qu’au niveau des cours, ça n’allait justement plus trop. Ma mère se pointe au lycée à midi et elle questionne mon prof pour savoir si je suis là. Il lui répond que non. À ce moment-là, elle demande s’il y a un match du PSG aujourd’hui et mon professeur lui parle de Londres. Ma mère m’appelle direct et elle me laisse un message où elle me dit de bien profiter de mon dernier déplacement… Bon, ça ne m’a évidemment pas arrêté, je suis rapidement reparti.

J'avais déjà une dizaine de « deps » à mon actif et on commençait déjà à me traiter de chat noir. Au début, je ne faisais pas fait attention, mais après un déplacement à Ajaccio, en décembre 2005, je ne pouvais plus ma voiler la face. Je me suis rendu compte que je n’avais jamais vu de victoire. Ce qui m’a surtout marqué, au-delà du fait que je n’ai pas vu une seule victoire, c’est que les seuls succès du PSG qu’il y a eu à l’extérieur ces années-là, c’était toujours des matchs où je ne venais pas. Par exemple, sur mes trois « deps » à Marseille en deux ans, j’ai vu deux défaites et un nul. Derrière, il suffit que je ne me déplace pas au Vélodrome en 2008 et là, bien sûr, victoire 4-2. J’y retourne l’année d’après : encore une défaite !

L'Interdiction et le Retour en Force

Après, même si je ne voyais que des défaites, j’avoue que je m’en battais un peu les couilles. Le PSG réalisait toujours des saisons de merde en championnat donc je ne culpabilisais pas trop vu qu’au fond ça changeait rien. Même au Parc, ce n’était pas terrible. Mais le problème, c’est que mes potes n’étaient pas tous de cet avis. Ils m’ont carrément « interdit » d’aller à un match. Et pas n’importe lequel. C’était pour la dernière journée de la saison 2007/2008 à Sochaux. Si on ne gagnait pas, le PSG était relégué. Quand j’ai dit que je voulais y aller, on m’a dit : « c’est mort ! ». Je n’ai même pas essayé de négocier, je n’ai pas pris le risque. Et ce jour-là, ils gagnent 2-1 et se sauvent. Après, je suis reparti en déplacement normalement. Ça a été des meilleures années au niveau sportif, j’ai enchaîné pas mal de deps mais toujours pas de victoire, que des résultats de merde.

En 2010, j’ai pris 5 ans d’interdiction de stade. Je me dis que c’est vraiment la merde et que si je veux casser la malédiction, il faut que j’aille voir un vieux déplacement face à une équipe pétée ou c’est sûr qu’il y a moyen de gagner. Mon retour en déplacement, c’est à Madrid en 2016 pour la rencontre de Ligue des Champions contre le Real. On a une grosse équipe, on va battre le record des 30 matchs sans défaite ou quelque chose comme ça donc je me dis que la malédiction est terminée. Et là, défaite un but à zéro à cause d’un loupé du gardien alors qu’on a bien joué tout au long des 90 minutes…

Je me dis que c’est vraiment la merde et que si je veux casser la malédiction, il faut que j’aille voir un vieux déplacement face à une équipe pétée ou c’est sûr qu’il y a moyen de gagner. Alors je me rends à Londres la saison dernière pour la rencontre face à Arsenal. Au final pas de défaite, mais pas de victoire non plus puisqu’on fait un match nul deux buts partout. Contre le Barca, on remporte le match aller 4-0. Pour la rencontre retour, je décide de m’y rendre avec mes potes. Comme les histoires de chat noir remontent à plus de cinq ans, à aucun moment on envisage le fiasco. Ce jour-là, on arrive au stade et dès les premières 15 secondes dans le parcage je me dis que quelque chose ne va pas. Le match n’a pas commencé, mais je ressens quand même un truc particulier. Il y a une atmosphère, quelque chose qui sort de l’ordinaire… On se prend un but dès la troisième minute et à la mi-temps il y a déjà 3-0. Mais du coup, à la mi-temps, j’enlève la photo direct et j’en mets une de chat blanc histoire conjurer le sort.

En seconde période, Cavani marque. Je me dis que c’est bon, c’est plié. Le 3-1 donne du souffle. Plus les minutes passent plus on se dit que c’est bon. En tribune, les gens redeviennent confiants. Moi je fais des calculs dans ma tête, du genre « si on se prend un but toutes les 20 minutes ça passe etc. ». Et là, le quatrième but, le coup franc de Neymar à la 88e minute. Moi là, je sais que c’est terminé. Même si dans le parcage ça va, les gens sont sereins, ça chante « Adios la remontada ». Ensuite il y a le penalty, le 5-1, toujours de Neymar, à la 91e. Au péno, les gens commencent à avoir chaud, tous se rendent compte de ce que moi je pressentais.

Franchement, c’est un choc. Un coup de massue comme je n’en avais jamais vécu dans aucun déplacement. Les portes s’ouvrent et commence la longue descente. C’est tellement haut, on met peut-être 15 minutes à sortir du stade. Autour, tous les gens sont dégoûtés. Je n’attends pas mes potes, je me barre, je vais à la voiture seul. Il se passe peut-être une demi-heure entre le moment où on quitte le stade et le moment où j’arrive à la voiture et c’est là que je me rends compte que j’ai une quinzaine d’appels en absence. C’est la première personne à qui je parle, elle me demande si ça va. C’était mystique, complètement déconnecté de toute réalité ou de toute rationalité. Un moment vraiment très particulier. Elle voyait juste que j’étais mal et me demandait pourquoi. Je lui parle du match. Elle comprenait sans comprendre. En fait, personne ne peut comprendre ce qu’on ressent.

Mais après, même de façon générale, aucun passionné ne peut expliquer la raison de sa passion, et ce peu importe sa passion. La mienne est compliquée à comprendre. Toutes les thunes que j’ai dépensées pour tous ces déplacements, les transports, les hôtels, tous ces kilomètres que j’ai faits… Tout ça pour zéro victoire ! Et pourtant, aujourd’hui je pourrais recommencer.

La Seule Victoire et les Désillusions Récentes

Attends, attends, la seule victoire que tu as vue, c’est donc face à Villefranche… Quelque part, c’est ce que j’ai fait, car je ne suis pas retourné au stade avant le match contre Villefranche, qu’on a fini par gagner en prolongation. Raconte-nous comment tu as vécu ce match dans lequel le PSG s’est quand même fait peur. Pour la première fois, j’avais mis un billet sur l’équipe adverse ! Faut pas me juger, au bout d’un moment, tu veux rentabiliser cette malédiction ! Durant les dix dernières minutes, alors que tout le match avait été une purge, j’étais convaincu que Villefranche allait nous en mettre un ! Et pour une fois : MIRACLE !

Est-ce qu’on a essayé de te dissuader d’aller voir le match retour face à Manchester United ? Oui ! Mon pote Pierre, avec qui je suis tous les matchs du PSG, me connaît tellement que lui aussi était sûr qu’il ne fallait pas que j’y aille. Quelle défaite t’a le plus déçu entre le 6-1 à Barcelone et le 1-3 face à United et pourquoi ? Barcelone, c’était la plus triste. On est rentrés à l’hôtel et je me suis rematé le match, histoire de bien être sûr de ce qu’il venait de se passer. Est-ce qu’il y a des joueurs qui t’ont vraiment énervé pendant ces différentes contre-performances ? Difficile à dire. C’est plutôt une ambiance générale, un manque de niaque !

L'Avenir et les Prochaines "Victimes" ?

C’est quoi le prochain match du PSG que tu vas aller voir ? Je ne sais pas encore, je me suis promis de ne pas y retourner après Manchester United, mais vu que je ne tiens aucune de mes promesses… J’irais bien voir Lens - PSG, si Lens remonte en Ligue 1, car je serai en vacances là-bas au mois d’août. Sinon, on peut demander à vos lecteurs ?

Théo ou celui qu’on surnomme le « chat noir du PSG » était bien présent à la Beaujoire mercredi soir lors de la défaite (3-2) des Parisiens. Le club nantais l’avait invité pour cette rencontre et il a bien fait… En effet, le FCN n’avait plus battu Paris depuis 2004. « Nantes m’avait convié pour la demi-finale de la Coupe de France [entre le PSG et Nantes] il y a quinze jours, mais je n’étais pas trop dispo et je ne voulais pas que Paris perde en Coupe », dit Théo, mi-plaisantin, mi-sérieux.

Petit rappel : avant mercredi, ce supporter parisien, originaire de Nancy mais qui vit à Lyon, s’est déjà déplacé huit fois pour voir jouer les joueurs du PSG («sous l’ère qatarienne »), pour un bilan catastrophique de cinq défaites, deux nuls et une victoire laborieuse en Coupe de France après prolongation contre Villefranche. Le remontada de Barcelone ? Théo était aux premières loges. L’exploit de Manchester United au Parc des Princes en février ? Evidemment, il était là.

Mercredi soir, au coup de sifflet final, Théo reconnaît que ça lui a fait « bizarre ». « J’étais emmerdé, ça prend de l’ampleur, lance-t-il sans se prendre au sérieux non plus. Mes potes supporters du PSG n’en peuvent plus ! »

Le PSG, chat noir du Lyon ?

Tableau des Déplacements de Théo (ère qatarienne)

Match Résultat
Barcelone - PSG (Remontada) 6-1
PSG - Manchester United 1-3
Villefranche - PSG Victoire PSG (prolongation)
Nantes - PSG 3-2
Autres Défaites et nuls

L'histoire de Théo, le "chat noir" du PSG, est un mélange de passion, de déception et d'humour. Ses mésaventures sont devenues une légende parmi les supporters, qui oscillent entre superstition et amusement. Une chose est sûre, son amour pour le PSG reste intact, malgré les défaites et les moqueries amicales.

tags: #chat #noir #psg