Le PSG, Ses Supporters et les Controverses: Des Chants aux Départs de Joueurs

Le Paris Saint-Germain (PSG) se trouve depuis plusieurs années au centre de controverses impliquant ses supporters, ses politiques internes et l'appropriation de la culture ultra. Ces tensions ont culminé avec des incidents récents, notamment des chants homophobes et des conflits concernant l'utilisation de slogans emblématiques.

Le PSG est en conflit avec ses supporters historiques depuis au moins six ans. Tout a commencé avec le plan de «pacification» des tribunes lancé par Robin Leproux, dernier président avant le rachat par les Qataris. Ce plan visait à sécuriser le Parc des Princes après des incidents violents entre différents groupes de supporters, entraînant même des décès.

La Criminalisation des Activités Ultras

Ce nouveau conflit se place dans un contexte de criminalisation des activités ultras depuis plusieurs années. Le PSG, depuis le plan Leproux lancé à l'époque de concert avec le ministère de l'Intérieur sous Nicolas Sarkozy, a toujours été vu comme un laboratoire. Le club continue d'être le plus actif concernant les atteintes aux libertés de ses supporteurs.

Depuis, les anciennes associations ultras ont été dissoutes ou se sont autodissoutes, et leurs membres sont souvent interdits d'entrer dans les stades sans jugement. Au Parc des Princes, le règlement intérieur est si strict que même se lever ou fumer une cigarette peut entraîner une expulsion.

Toutes ces actions risquent de couper définitivement les clubs de leurs supporteurs les plus actifs dans les années 90 et 2000. Les animations pyrotechniques et sonores faisaient pourtant les joies des spots publicitaires de la Ligue de football professionnel ou de Canal + il y a encore quelques années.

Aujourd'hui, si tous louent le recul de la violence aux abords des stades, les commentateurs et spectateurs lambda regrettent le manque d'ambiance dans les tribunes. A Paris, Blaise Matuidi ou Thiago Silva se sont récemment plaints du manque de soutien de la part d'un public jugé surtout consommateur. Une sociologie renforcée par une politique tarifaire ahurissante tendant à faire disparaître une partie des classes populaires.

Hooligans et Ultras du PSG : histoire d'une passion explosive 💥

La Bataille Autour du Slogan «Ici, c'est Paris»

C'est dans ce contexte que l'association Défense des droits des supporteurs, représentant des membres des anciennes associations du Virage Auteuil, assigne le PSG en justice pour avoir commercialisé le slogan «Ici, c'est Paris», déposé par les Supras Auteuil il y a presque dix ans. Ce chant, toute personne ayant fréquenté le Parc des princes depuis le début des années 2000 l'a entendu et sûrement chanté.

C'est un repère identitaire pour tous les supporteurs du club francilien, et même, au-delà, «pour tous les Parisiens», selon l'avocat de l'association, Jean Aittouares. Cette phrase est reprise dans des chansons de rap ou des manifestations n'ayant rien à voir avec le foot, par exemple. Ce slogan est déposé depuis 2008 à l'Inpi par les Supras Auteuil, un groupe de supporteurs créé en 1991.

Christophe Uldry, président de l'association et ancien membre des Supras Auteuil, explique : «On avait subi une tentative de racket de la part d'un petit malin qui voulait nous réclamer de l'argent pour des slogans que nous, les supporteurs, utilisions. Pour éviter ça, on a déposé trois choses : Ici c'est Paris, Virage Auteuil et Supras Auteuil, des marqueurs forts pour la culture des supporteurs du PSG. Pas pour en faire l'argent, car on laissait bien évidemment les autres fans utiliser ces noms, mais juste pour éviter qu'un tiers en fasse quelque chose de commercial.»

L'an dernier, le cabinet d'avocats du PSG envoie un courrier proposant à Défense des droits des supporteurs de racheter la marque pour 2 000 euros et «menaçant, si on refusait, de déchéance de marque. On a répondu qu'ils pouvaient exploiter la marque s'ils le voulaient mais pas de manière exclusive. Ce chant n'appartient pas au PSG mais à tous les supporteurs. Mais le club n'a jamais essayé de nous contacter. Son cabinet d'avocats oui, en nous proposant 10 000 euros mais en maintenant cette exclusivité. On a évidemment refusé et ils nous ont assignés [le 11 décembre, ndlr] pour déchéance de marque.»

Le PSG s'appuie sur l'article L714-5 du code de la propriété intellectuelle : «Encourt la déchéance de ses droits le propriétaire de la marque qui, sans justes motifs, n'en a pas fait un usage sérieux, pour les produits et services visés dans l'enregistrement, pendant une période ininterrompue de cinq ans.»

Car, en assignant Défense des droits des supporteurs pour déchéance de marque, il reconnaît de fait qu'elle appartenait à cette dernière auparavant. Selon Christophe Uldry : «Ça ne nous posait pas de problème avant parce que ce chant fait partie de la culture supporteure. Mais on ne voulait aucun monopole sur cette marque. Si à l'issue de cette procédure, l'association, qui demande 60 000 euros, touche de l'argent, ça ira sûrement à des associations caritatives. Notre but avec cette assignation est surtout d'éviter l'appropriation.»

Le PSG a aussi attaqué des sites de fans, comme AllPSG devenu AllPaname, afin qu'ils enlèvent logo et nom du club dans les titres et bannières de leur site. L'idée est enfin de mettre la lumière sur les actions que le PSG mène contre ses supporteurs historiques. Et ainsi que d'anciens présidents ou joueurs s'expriment publiquement contre ces agissements.

Pour le club, l'intérêt est de commercialiser en masse ce qui est l'un des chants et slogans préférés de ses supporteurs, chanté par le speaker avant et après les matchs, affiché dans une banderole gigantesque dans le Parc des princes. Christophe Uldry va même plus loin : «Ce chant n'a d'intérêt que parce qu'il a une histoire. Et cette histoire, c'est la nôtre. Ils veulent prendre ce qu'ils veulent chez les ultras. Ils ont d'ailleurs déjà repris des chants que nous, supporteurs du PSG, avions inventés comme "Ensemble nous sommes invincibles" ou "Paris est magique". Le PSG est en train de piller la culture des supporteurs au profit exclusif du club. Du coup, après nous avoir virés, ils nous font les poches. Le petit malin et le petit racketteur, c'est finalement le PSG.»

Les Chants de Supporters : Un Phénomène Complexe

Les chants de supporters sont un élément central de la culture des stades, créant une ambiance unique et renforçant le sentiment d'appartenance. Ces chants, souvent inspirés de mélodies populaires, peuvent devenir de véritables hymnes pour les clubs et leurs fans. Cependant, ils peuvent aussi être source de controverses, notamment lorsqu'ils contiennent des propos injurieux ou discriminatoires.

Origines et Influences

Démocratisé en France fin des années 1970 et au début des années 1980, le chant de stade trouverait son origine là où est né le sport lui-même : en Angleterre, à l'origine plutôt sous la forme de cris, de slogans repris à l'unisson. L'Italie a, elle aussi, sa part de responsabilité dans la propagation de cette pratique, dans la forme que l'on connaît aujourd'hui, et notamment en France, où elle a irrigué de son influence les premiers ultras, à Marseille.

Selon Marina Chiche, pour les pays anglo-saxons, «on a beaucoup de chorales, même à l'école». Pour l'Italie, c'est plutôt la culture de l'opéra, le XIXe siècle.

Création et Adoption des Chants

Selon Paul Cometto, «En général, ce sont plutôt des créations solitaires. Ce n'est pas évident de créer un chant à plusieurs. Mais tout le monde peut arriver avec de nouvelles idées.»

À Paris, «une petite équipe spécialisée» s'occupe du répertoire du CUP, composée des capos, batteurs et tambours, garants de l'animation musicale. Tout en restant attentifs au courrier des lecteurs : «Un chant récent qui a bien marché, qui fait "À jamais tu resteras gravé dans ma tête..." C'est un suiveur du club qui nous l'a envoyé. On l'a repris parce qu'on a adoré.»

Mélodies et Paroles

«Ce débat, c'est le coeur de la musicologie», s'amuse Marina Chiche. Les ultras, eux, sont généralement du côté des musicologues. «Souvent, la musicalité, la mélodie nous parle, et, une fois qu'on est convaincus, on essaie d'adapter des paroles dessus», explique-t-on du côté du CUP.

Dans les stades, il n'est pas rare d'entendre émaner des tribunes des mélodies qui ont d'abord longuement squatté les rangs du Top 50. «Il n'y a quasiment pas de création mélodique ex nihilo dans les stades», explique Théophile Bonjour. Le dénominateur commun, bien souvent, c'est une mélodie à la fois entraînante et surtout abordable.

Il faut que ce soit simple d'exécution, avec ce qu'on appelle des notes conjointes, des rythmes simples. Un chant trop rapide, ça ne marche pas. En France, on ne sait pas chanter. On a une langue qui n'est pas la plus facile pour chanter de façon collective, avec beaucoup de mots qui finissent en "eu", ou pas sur une voyelle forte.

Inclusion et Exclusion

Marie-Anne Berron explique : «Dans les groupes ultras, si tu ne chantes pas, tu ne fais pas partie du groupe. Par ailleurs, ils utilisent énormément de pronoms personnels, "nous", "le nôtre", "ensemble". Ça exprime une forme de conscience dans l'inclusion et dans l'exclusion au groupe.» C'est notamment pourquoi, selon les deux chercheurs, les chants qui vont à l'encontre de l'adversaire peuvent être parfois si véhéments, si violents.

Florian Koch ajoute : «On se construit davantage à exclure l'autre, de manière générale. Dans le stade, c'est en quelque sorte une nécessité, une décharge. Quand on va huer, conspuer, on a aussi l'impression d'influencer, d'être actif. Donc, la victoire nous appartient aussi, parce qu'on a chanté, on a encouragé ou on a chahuté l'adversaire.»

Incidents et Réactions

Des supporters parisiens ont repris des chants homophobes, samedi 19 octobre, pendant le match de la huitième journée de Ligue 1 entre le PSG et le RC Strasbourg (4-2). Dans ces chants, des supporters parisiens ont entonné des injures homophobes caractérisées. Ces chants ont été repris par une grande partie du Parc des princes.

La victoire du PSG contre l'OM dimanche dernier (4-0) a été très belle, mais les célébrations qui s'en sont suivies pourrait coûter cher. Le club francilien et quatre de ses joueurs, à savoir Ousmane Dembélé, Achraf Hakimi, Randal Kolo Muani et Layvin Kurzawa ont en effet été convoqués par la commission de discipline de la LFP, comme annoncé par cette dernière mercredi. En cause ? Des chants homophobes entonnés devant le public du Parc à l'issue de la rencontre.

Lundi, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT, Olivier Klein, avait relayé une vidéo d'une trentaine de secondes dans laquelle on peut entendre des supporters du PSG entonner des chants homophobes à l'encontre des joueurs de l'équipe marseillaise, se disant "très choqué" et réclamant des "sanctions".

En réaction aux incidents lors du match contre l'Olympique de Marseille, Véronique Rabiot, mère du joueur Adrien Rabiot, a annoncé son intention de porter plainte après les chants injurieux et homophobes visant son fils et sa famille. Le PSG a publié un communiqué condamnant fermement toute initiative portant atteinte à la dignité et appelant à des tribunes exemplaires. L'OM a également condamné les banderoles et chants injurieux visant Adrien Rabiot et sa famille.

Le Collectif Rouge direct a dénoncé des «chants homophobes et aux relents racistes», en estimant que «ces manifestations délictuelles de haine discriminatoire (…) justifiaient pleinement l’arrêt définitif de ce match de la honte». La commission de discipline de la LFP devrait ouvrir un dossier disciplinaire visant le PSG et ses ultras à la suite de ces incidents.

Les Ultras et le Club : Une Relation Complexe

Plusieurs centaines d'ultras parisiens se sont réunis devant le siège du club pour exprimer leurs différends avec la direction, demandant les départs de Nasser Al-Khelaïfi, Marco Verratti, Lionel Messi et Neymar. Ils critiquent la politique tarifaire du club qui empêche les supporters de se rendre au stade, au profit des touristes. Le CUP demande un changement de politique sportive en faveur des jeunes du centre de formation et la présence de "grands noms qui ont fait les beaux jours du club" dans l'organigramme.

Malgré les tensions, certains joueurs ont su gagner le cœur des ultras. Kylian Mbappé, par exemple, a eu droit à un chant dédié par les ultras parisiens. Dans une vidéo diffusée en ligne, Mbappé a remercié ses soutiens et s'est rendu au Parc des Princes pour rencontrer des supporters, soulignant l'importance de leur soutien pour lui et sa famille.

La relation entre les ultras et le club reste complexe, oscillant entre soutien passionné et contestation virulente. La capacité du club à gérer ces tensions et à préserver la culture de ses supporters sera déterminante pour son avenir.

Chronologie des événements clés
Date Événement
2010 Plan Leproux de "pacification" des tribunes
2008 Dépôt du slogan "Ici c'est Paris" par les Supras Auteuil
Décembre 2024 Assignation du PSG à Défense des droits des supporteurs
Octobre 2024 Chants homophobes lors du match PSG-Strasbourg
Mars 2025 Incidents lors du match PSG-OM et réactions

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