L'hymne national sud-africain, tel que nous le connaissons aujourd'hui, a été adopté en 1997. Il combine deux chants et cinq langues, reflétant l'histoire complexe et la diversité culturelle de ce pays. Cet hymne est bien plus qu'une simple chanson; c'est un symbole puissant d'unité et de réconciliation, particulièrement dans le contexte du rugby, un sport qui a joué un rôle crucial dans la guérison des divisions passées.

Un Hymne Né de la Transition
Après plus de 40 ans d'apartheid, il était difficile de fédérer les 35 millions de Noirs, les 5 millions de Blancs, ainsi que les 3 millions de Métis et le million d'Indiens autour d'un hymne fédérateur qui symboliserait une nouvelle nation. L’Afrique du Sud aurait pu créer un hymne de toutes pièces, mais elle a choisi de composer une nation « arc-en-ciel », où toutes les communautés cohabitent.
L'Afrique du Sud est alors en pleine transition : le gouvernement de Frederik de Klerk abolit les dernières lois de l'apartheid et créé une commission des emblèmes nationaux. Nelson Mandela, qui arrive au pouvoir 7 jours plus tard, dans les premières élections démocratiques multiraciales du pays, juge toutefois cet hymne beaucoup trop long. Un comité doit donc le raccourcir, en ménageant les susceptibilités des uns et des autres, et apaiser les tensions entre toutes les communautés. Le nouvel hymne est promulgué en même temps que la constitution définitive en 1997.
Les Origines des Chants Combinés
L'hymne sud-africain est un mélange de deux chants historiques :
- Nkosi Sikelel' iAfrika (Dieu sauve l’Afrique) : Un chant utilisé dès le 19ème siècle par les Sud-Africains et repris par les mouvements luttant contre l'apartheid. Deux ans plus tard, Nkosi Sikelel’ iAfrika devient l’hymne du parti. Il devient, dans des versions locales, l’hymne de la Zambie, de la Namibie et du Zimbabwe au moment de leur indépendance.
- Die Stem van Suid-Afrika (L’appel de l’Afrique du Sud) : Chanté en langue afrikaans, un dérivé du néerlandais parlé par les colons, il était utilisé pendant la période de l'apartheid. Die Stem est traduit en anglais en 1952 et devient The Call of South Africa. Il remplace officiellement l’hymne britannique en 1957. Il va devenir familier aux oreilles des auditeurs de South African Broadcasting Corporation, qui a le monopole des ondes pendant plusieurs décennies, qui clôture ses programmes en diffusant l’hymne anglais et afrikaner.
South African Anthem - DHL Stadium Cape Town - Springboks vs All Blacks - 07 September 2024
Un Hymne en Cinq Langues
L'hymne national sud-africain compile pas moins de cinq langues : xhosa, zoulou, sesotho, afrikaans et anglais. Voici les paroles de l'hymne de l'Afrique du Sud :
(Xhosa)Nkosi sikelel' iAfrikaMaluphakanyisw' uphondo lwayo,
(Zoulou)Yizwa imithandazo yethu,Nkosi sikelela, thina lusapho lwayo.
(Sotho du Sud)Morena boloka setjhaba sa heso,O fedise dintwa le matshwenyeho,O se boloke, O se boloke setjhaba sa heso,Setjhaba sa South Afrika - South Afrika.
(Afrikaans)Uit die blou van onse hemel,Uit die diepte van ons see,Oor ons ewige gebergtes,Waar die kranse antwoord gee,
(Anglais)Sounds the call to come together,And united we shall stand,Let us live and strive for freedom,In South Africa our land.
Ainsi, les trois premiers couplets sont directement extraits de Nkosi sikelel'iAfrika, et les deux derniers sont issus de Die Stem van Suid Afrika.
La traduction de ces paroles est la suivante :
Que Dieu bénisse l'Afrique,Puisse son esprit s'élever vers les cieux,Que Dieu entende nos prièresEt nous bénisse, nous ses enfants d'Afrique.
Que Dieu bénisse notre nation,Et qu'il supprime toute guerre et toute souffrance,Préservez, préservez notre nation,Préservez notre nation sud-africaine, l'Afrique du Sud.
Du bleu de notre ciel,De la profondeur de notre mer,Au-delà de nos monts éternelsOù rebondit l'écho.
Retentit l'appel à l'unité,Et c'est unis que nous serons,Vivons et luttons pour que la liberté triompheEn Afrique du Sud, notre nation.
À la fois prière et ode pour le futur, l'Hymne National de l'Afrique du Sud est un chant porteur d'espoir pour le pays, appelant à l'union plutôt qu'à la division.
Controverses et Débats
Malgré son rôle de symbole d'unité, l'hymne n'est pas exempt de controverses. Certaines voix se sont élevées pour réclamer une refonte de l'hymne national, estimant qu'il ne correspond plus à ce qu'est l'Afrique du Sud aujourd'hui. D'autres demandent la suppression du couplet en afrikaans en raison de sa connotation historique liée à l'apartheid. Cependant, beaucoup s'opposent à ces changements, fidèles au souhait de Nelson Mandela de maintenir une Afrique du Sud unie.
Problème : les Sud-Africains ont beaucoup de mal à chanter cet hymne en entier, car ils ne maîtrisent pas toutes les langues qui le composent. "Certaines personnes ne chantent pas l’hymne national parce qu’elles ne comprennent pas les paroles.
L'Hymne et le Rugby : Un Moment de Fierté Nationale
L'hymne sud-africain résonne particulièrement fort dans le monde du rugby. Avant chaque match, l'interprétation de l'hymne est un moment de fierté nationale et d'unité. Les joueurs des Springboks, l'équipe nationale de rugby, sont souvent vus chantant avec passion, incarnant les valeurs de courage, de détermination et de réconciliation.
Il y a des moments dans le rugby qui transcendent le jeu et marquent les esprits pour toujours. Avant même que les Springboks n'affrontent les Irlandais sur la pelouse du Loftus Versfeld Stadium, l’atmosphère était déjà électrique. Cette interprétation mémorable a eu un effet galvanisant sur les joueurs sud-africains. Les experts du rugby, tout comme les supporters, ont unanimement salué cette prestation. Ainsi, au-delà de la victoire sportive, ce match a été l’occasion de célébrer l’unité et la fierté nationale.
Un Incident Mémorable : Ras Dumisani à Toulouse
En 2009, lors d'un match entre la France et l'Afrique du Sud à Toulouse, l'interprétation de l'hymne par le chanteur de reggae Ras Dumisani a créé la polémique. Sa prestation, jugée chaotique et irrespectueuse, a suscité des réactions vives et même des menaces de mort. Cet incident a mis en lumière l'importance et la sensibilité attachées à l'hymne national sud-africain.
Ras Dumisani, chanteur de reggae sud-africain, s’avance pour chanter celui de son pays. Et là, c’est le drame. Voix cassée, fausses notes et paroles barbouillées… La prestation du chanteur est catastrophique. « J’ai pensé à un moment à une caméra caché, mais non », raconte John Smit, talonneur des Springboks, dans le livre Rugby en Chœurs (éditions Amphora) de Guilhem Herbert. Presque 13 ans, jour pour jour après cet épisode, et avant le France-Afrique du Sud de samedi prochain à Marseille, nous avons retrouvé Ras Dumisani. Et il est revenu dans les moindres détails sur cette soirée si spéciale.
Menacé de prendre « une balle dans la tête », l’homme de 49 ans n’est pas pour autant déçu de sa performance vocale : « Je sais que je suis un bon chanteur. J’ai juste chanté quelques notes un peu plus hautes. » Pour lui, le problème est tout autre : « Ils voulaient saboter l’hymne national. C’était clair dans mon esprit. Cela devait être l’organisation… Je ne sais pas. Quelqu’un voulait effrayer les Springboks avant le match ».
Siya Kolisi : Un Leader et un Symbole
Siya Kolisi, le premier capitaine noir de l'équipe d'Afrique du Sud, est une figure emblématique de cette unité. Sa détermination et son leadership ont inspiré toute une nation, et il incarne les valeurs de diversité et d'inclusion que l'hymne national représente.
Moins d’une heure après le sacre de samedi dernier, il était arrivé dans la salle de conférence de presse en chantant, trophée Webb Ellis en main. Après de grands discours enflammés sur la force du collectif, la famille, la diversité, Siya Kolisi avait enchaîné les selfies avec les journalistes, tout sourire. Les Springboks ont entamé jeudi à Pretoria une tournée de quatre jours à travers le pays pour célébrer leur victoire. En direct vidéo sur Instagram depuis le bus de parade, le capitaine s’est filmé en train de boire et chanter à tue-tête avec ses coéquipiers. Deux jours plus tôt, à son arrivée à l’aéroport international O.R. Médaille autour du cou et drapeau sur les épaules, le nouveau joueur du Racing 92 a brandi le trophée avant de se jeter parmi les supporters, tête en avant. Car au milieu des célébrations, le troisième-ligne n’oublie pas son engagement. Profitant d’une tribune commune avec Cyril Ramaphosa, il a invité le président sud-africain à «utiliser encore un peu plus la diversité, qui est une force que beaucoup de pays n’ont pas, mais que l’Afrique du Sud a».
En conclusion, l'hymne de l'équipe d'Afrique du Sud de rugby est un symbole puissant de l'histoire, de la diversité et de l'unité de ce pays. Il incarne les valeurs de réconciliation et d'espoir, et il continue d'inspirer les joueurs et les supporters à travers le monde.
| Période | Hymne national |
|---|---|
| Avant 1901 | Nkosi Sikelel' iAfrika (chant populaire) |
| 1901-1952 | God Save The King / The Queen |
| 1952-1957 | God Save The King / The Queen |
| Période de l'apartheid | Die Stem van Suid-Afrika |
| Depuis 1997 | Combinaison de Nkosi Sikelel' iAfrika et Die Stem van Suid-Afrika |