Le Paris Saint-Germain (PSG), club emblématique du football français, est au cœur de l'actualité, non seulement pour ses performances sportives, mais aussi pour les controverses liées aux chants et aux banderoles de ses supporters. Cet article explore l'histoire et l'évolution des traditions des supporters du PSG, tout en abordant les enjeux cruciaux de la lutte contre les discriminations dans les stades.
« Tous ensemble on chantera », le chant qui galvanise les joueurs du PSG
Les transports artisanaux et le cas des Matatus à Nairobi
Dans la plupart des agglomérations africaines, les minibus, les taxis collectifs et les moto-taxis sillonnent les rues à la recherche de passagers en respectant de façon aléatoire d'hypothétiques arrêts matérialisés. Les transports artisanaux prennent ainsi plusieurs formes selon les villes. Les minibus sont présents de Jakarta à Lima en passant par Brazzaville et Nairobi. Les mototaxis quant à eux prennent de plus en plus de place en Afrique subsaharienne, notamment à Cotonou et Lomé.
Quelle que soit leurs configurations, les transports artisanaux ont l'avantage de fournir des solutions de mobilité à une grande partie de la population. Mais ils conservent habituellement une image négative de transports archaïques et dépassés. En effet, le modèle économique du secteur fait souvent la part belle à la concurrence et à une apparente désorganisation. L’absence de plans et d’horaires, la vétusté des véhicules, la pollution atmosphérique et sonore participent de cette image passéiste.
Dans l’imaginaire collectif, les transports artisanaux s’opposent au modèle de modernité et de développement véhiculé par les discours officiels autour de systèmes de transports centralisés et très régulés à l’européenne. Ces systèmes de transport artisanaux sont peu documentés. Les voyageurs utilisent le bouche à oreille pour anticiper leurs trajets et personne n'a de connaissance globale des transports. Pourtant les transports artisanaux permettent encore aujourd’hui la mobilité quotidienne de plusieurs millions de citadins à travers le monde.
La variété des situations est indéniable. Cependant, nous allons voir qu’à travers le cas des Matatus, le caractère archaïque du transport artisanal peut être remis en question.
Nairobi : un cas classique de transport artisanal ?
La capitale Kenyane est confrontée à un certain nombre de difficultés de circulation. Depuis la crise économique et la libéralisation des transports en 1973, les Matatus sont le mode de transport dominant pour la majorité des 3 millions d'habitants de la ville dont plus de la moitié à moins de vingt ans 1. Le secteur repose sur des petits propriétaires et des travailleurs indépendants qui assurent la desserte avec des minibus plus ou moins bien entretenus. Les Matatus circulent sur les 135 lignes héritées de l'ancien système de transport public 2 mais également sur de nouveaux itinéraires constitués au fur et à mesure, en fonction des besoins.
En réalité, les parcours sont perpétuellement modifiés pour éviter embouteillages et contrôles de police, par exemple. Dans ces conditions, il est parfois difficile pour l'usager de s'orienter. Dans ce cadre, le crieur joue un rôle fondamental. Il est présent dans la quasi-totalité des systèmes de transport artisanaux.
Les Matatus fonctionnent comme de nombreux systèmes de transport artisanaux. Les propriétaires de minibus louent leur véhicule à un chauffeur qui s’adjoint un crieur. Les Matatus men sont en majorité des hommes de moins de 40 ans. Le transport artisanal est ici une réelle solution d’emploi. Sans données disponibles sur les usagers des Matatus, on ne peut savoir si leurs pratiques différent des autres villes d'Afrique. Les Matatus constituent un phénomène de société qui dépasse le transport en commun. Ils sont en effet en contact avec la majorité de la population et servent de courroie de distribution à de nombreux phénomènes.
Une autre particularité fait des Matatus un exemple original dans le paysage du transport artisanal. Depuis leur apparition, la personnalisation des véhicules par les chauffeurs fait des Matatus un moyen d’expression artistique. Plus ou moins à la mode, ils arborent les couleurs d’équipes de football populaires ou de marques en vogue. Les mchongoano , sentences humoristiques populaires et poétiques, fleurissent dans la bouche des crieurs ou sous forme de stickers. La décoration des véhicules est réalisée par des artistes locaux qui ont recourt aux grandes références de la culture mondialisée. La musique diffusée par les puissantes sonos est bien sûr en accord avec le thème. Le Matatus constitue ainsi un ensemble cohérent qui résulte d’un processus créatif collectif. Le minibus est un lieu d’échanges et de créativité mais également d’identification. Les véhicules revendiquent leur soutien à une équipe de football, à un style vestimentaire ou à un positionnement politique.
Au-delà de ces phénomènes de mode, les Matatus sont particulièrement confortables et bien équipés pour des transports artisanaux. Certains disposent d'écrans qui diffusent des clips et d’une connexion WIFI.
Les nouvelles technologies pour le transport collectif ?
Le besoin de produire des données fiables pour les usagers, comme pour les transporteurs ou les aménageurs, devient de plus en plus pressant, notamment dans les grandes villes où la taille du système dépasse les capacités de communication par bouche à oreille. En parallèle, la diffusion des nouvelles technologies, et en particulier du smartphone, rend possible, et nécessaire, l'entrée des transports artisanaux dans l'ère 2.0. Les projets de développement nationaux et internationaux se coordonnent autour de la promotion des nouvelles technologies - réseau, pôles technologiques en partenariat avec la Silicon Valley - font partie de la stratégie nationale : Kenya Vision 2030 4.
Les citadins de la capitale Kenyane disposent aujourd'hui d'un certain nombre d'applications pour optimiser leurs déplacements. Ces applications utilisent des données issues, entre autres, du projet de recherche Digital Matatus. Il s’agit d’un projet de recherche mis en place par des universités kenyanes et américaines dans l'objectif de construire une base de données sur les Matatus. Un projet qui n’aurait pas pu voir le jour si le Kenya n’avait pas connu une percée récente des NTIC.
Une carte des transports collectifs à Nairobi est désormais disponible et toutes les données sont en accès libre. Elles servent aujourd'hui à l’élaboration d’une série d’applications pour smartphones qui sont en perpétuelle évolution. Nous pouvons aujourd'hui noter l'existence de plusieurs types de services permettant de visualiser l'état général du trafic (et particulièrement des Matatus), de localiser les arrêts de bus et les lignes autour de l'utilisateur et de calculer les itinéraires entre deux arrêts. Les utilisateurs ont la possibilité d'amender les données pour améliorer le service. Certains Matatus sont également connectés à cette application et mettent constamment à jour leur position et leur destination. Les usagers suivent ainsi les déplacements de leurs bus favoris.
L'apparition des nouvelles technologies dans les transports artisanaux permet aujourd'hui de redorer le blason de ce secteur. Ce bond en avant technologique est une petite révolution dans le monde du transport collectif artisanal, et ce malgré l'absence de centralisation. Le cas de Nairobi reste original dans le paysage du transport artisanal africain et les impacts sociaux et économiques de ces nouvelles pratiques demeurent assez peu étudiés.
Ces innovations semblent constituer un croisement fécond entre nouvelles technologies et pratiques : la plus-value marketing pour les Matatus semble importante. On peut également supposer de nombreux avantages pour les usagers, notamment en termes de lisibilité du système. Cependant, les nouvelles technologies semblent ici servir de catalyseur à des phénomènes déjà existants. En effet, la spécificité des Matatus précède l’utilisation du smartphone : les dimensions artistiques et sociales du phénomène y sont antérieures.
La reproductibilité de ce genre de phénomène dans le reste du continent est soumise au développement des infrastructures et à la diffusion des innovations. Mais la croissance urbaine rend difficile le mode de fonctionnement habituel, ou traditionnel, des transports artisanaux. D'autant plus que le caractère international de Nairobi rendait nécessaire l'amélioration de la lisibilité des transports en commun par de nouveaux utilisateurs. Lorsqu’une ville dépasse plusieurs millions d’habitants, la production de données et l’accès à information deviennent cruciales pour le bon fonctionnement du système de transport.
Les Matatus au service de la transition mobilitaire ?
L’augmentation des mobilités par la motorisation n’est pas soutenable pour de nombreuses raisons que nous ne détaillerons pas ici. Ce processus a notamment été observé en Amérique du Nord et en Europe au cours du XXe siècle avec la diffusion massive de l’automobile. Actuellement, les transports artisanaux sont présents dans des contextes à faible taux de motorisation 6. Faire de l’entrée dans le digital des transports artisanaux le support de la transition mobilitaire des pays à faible taux de motorisation pourrait donc constituer une alternative au développement de l’automobile individuelle. Ces sociétés éviteraient, ou tout du moins pourrait ainsi permettre, d’atténuer la dominance de l’automobile et de ses externalités négatives. En effet, cette nouvelle forme de transport collectif pourrait contribuer à une évolution vers une mobilité quotidienne plus fluide et plus durable.
En croisant transport artisanal et nouvelles technologies, les Matatus constituent une innovation dont les conditions de diffusion seront intéressantes à observer. En effet, ce système permet de formaliser les transports artisanaux tout en leur permettant de conserver leur flexibilité, caractéristique due à l’absence de centralisation. Le faible taux de motorisation influence bien entendu la "popularité" des Matatus, et l'utilisation des transports artisanaux de façon générale. Le transfert de ces transports alternatifs dans des contextes où l'accès à la voiture individuelle est facilité pose sérieusement question. Les dimensions artistiques, la personnalisation des véhicules ou les aménagements intérieurs pour technophiles ne sauraient constituer à eux seuls une incitation au report modal.
Des travaux de modélisation d'un service de taxis collectifs, qui s'apparente aux transports artisanaux, ont montré des résultats prometteurs. Dans le cas de Lisbonne, l'utilisation de transports en commun plus flexibles et connectés permettrait, entre autres, la diminution des émissions de CO2, une meilleure accessibilité, une économie financière et spatiale importante. Les Uber et leur option de covoiturage UberPool pourraient de prime abord apparaître comme une solution. Cependant, les caractéristiques économiques et sociales de ce système ne sont pas durables et relèvent davantage d’une logique de profit et d’exploitation des chauffeurs.
Finalement, deux mouvements convergents s'observent. L'augmentation de la connexion au sein de transports déjà flexibles dans le cas de Nairobi et inversement, la flexibilisation de transports déjà connectés à Lisbonne.
Le Classique PSG-OM : Une rivalité exacerbée
Le match entre le Paris Saint-Germain et l’Olympique de Marseille, surnommé "Le Classique", est l'un des événements les plus attendus du calendrier footballistique français. Au-delà de l'aspect sportif, cette rencontre est marquée par une rivalité historique et passionnée entre les deux clubs et leurs supporters.
Le 31 mars 2024, lors de la 27e journée de Ligue 1, le PSG a largement dominé l’OM au Parc des Princes, s’imposant 5-0. Cependant, malgré la démonstration sportive, l’attention s’est rapidement déplacée vers les tribunes, où l’ambiance s’est révélée particulièrement électrique. Ce Classique, déjà réputé pour sa tension historique, s’est transformé en une soirée à double lecture.
Les banderoles et les chants : une provocation assumée
Dès l’avant-match, le ton était donné autour du Parc des Princes. Sur le parvis, à proximité de la fanzone, la tribune Auteuil et les ultras parisiens ont affiché une banderole « CHANTEZ COMME VOUS LES HAÏSSEZ », symbole d’une rivalité assumée et d’une volonté de pousser la provocation à son maximum face à l’OM.
Pendant la rencontre, plusieurs banderoles ont été déployées, ciblant à la fois la Ligue de Football Professionnel et le club marseillais. L’une des plus commentées affichait « Les Marseillais, c’est des livreurs », accompagnée d’une illustration caricaturale d’un faux livreur de l’entreprise DPD, portant des éléments liés à l’OM et à Chelsea, avec un jeu de mots phonique interprété par de nombreux observateurs comme une référence homophobe (« DPD = des pédés »).
D’autres messages visuels ont ravivé la rivalité traditionnelle, notamment une revisite du tifo des Beatles de l’OM transformé en version « rat, sardine et pastis », accompagnée d’une Une célébrant la victoire parisienne en Ligue des champions. Ce visuel a été jugé raciste par une partie des instances et supporters marseillais, certains estimant que le terme injurieux « rats » renvoie historiquement aux ratonnades contre des personnes d’origine nord-africaine.
Les chants entonnés dans les tribunes ont également suscité de vives réactions. Plusieurs séquences largement diffusées sur les réseaux sociaux montrent des supporters reprendre des refrains jugés discriminatoires par de nombreuses associations et observateurs depuis plusieurs années.
Parmi eux, « Les Marseillais c’est des pédés, des fils de p.tes, des encul.s… », considéré comme homophobe par ses détracteurs, ou encore « Dans la boue y’a des rats… Ce sont les Marseillais », chant interprété par certains comme une référence raciste, notamment en raison de la charge historique du terme « rats ».
Réactions et conséquences
Pendant la rencontre, des personnes LGBT ont pris la parole sur les réseaux sociaux pour dénoncer la banalisation d’insultes liées à l’orientation sexuelle dans les stades, tandis que des supporters et observateurs issus de communautés racisées ont alerté sur la portée symbolique de certains chants.
À l’inverse, d’autres supporters parisiens ont défendu une vision du supporterisme basée sur la provocation et la rivalité verbale, estimant que ces chants visaient avant tout l’adversaire sportif et non des communautés spécifiques, dans une tradition de folklore ultras souvent exagérée mais, selon eux, mal interprétée hors du contexte des tribunes.
La tension a atteint un point critique lorsque l’arbitre a décidé d’interrompre temporairement la rencontre, après consultation avec les délégués et les autorités présentes. Les joueurs ont été invités à regagner les abords de la pelouse durant plusieurs minutes, le temps que la situation se calme.
Avant cette interruption, le speaker du Parc des Princes était déjà intervenu à plusieurs reprises pour rappeler les règles en vigueur et appeler au respect, des messages diffusés dès l’avant-match puis renouvelés en cours de rencontre. Malgré ces avertissements, certains chants ont persisté, déclenchant l’application du protocole officiel contre les comportements discriminatoires ou hostiles.
Le match a finalement repris après un retour relatif au calme, mais cet épisode a renforcé la perception d’une soirée sous tension permanente. Pour certains observateurs, cette interruption illustre la volonté croissante des instances de ne plus tolérer certains débordements.
Au-delà de l’aspect médiatique, les conséquences disciplinaires potentielles pourraient être lourdes pour le PSG. Le règlement de la LFP rappelle que les clubs sont responsables du comportement de leurs supporters et prévoit un large éventail de sanctions : amendes financières, fermeture partielle ou totale de tribunes, huis clos, retrait de points, voire défaite sur tapis vert en cas de manquements graves ou répétés.
Ces dernières années, la Ligue a multiplié les messages de prévention contre les discriminations, avec des annonces sonores, des campagnes de sensibilisation et un protocole clair permettant d’interrompre ou d’arrêter les rencontres. La répétition d’incidents similaires dans plusieurs stades a déjà conduit à des sanctions exemplaires, renforçant l’idée que la commission de discipline pourrait frapper fort.
Dans ce contexte, le PSG se retrouve au cœur d’un débat plus large, entre la volonté de lutter contre les propos jugés discriminatoires et la défense, par une partie des supporters, d’une tradition de provocation virulente.
Selon le règlement de la LFP, les clubs sont responsables du comportement de leurs supporters, et des sanctions allant d’une amende financière, au retrait de points, à la fermeture partielle ou totale de tribunes, voire à des huis clos pour plusieurs matchs, peuvent être prononcées si des chants ou banderoles discriminatoires sont constatés.

Le rôle de Lilian Thuram dans la lutte contre le racisme
Lilian Thuram est né le 1er janvier 1972 à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, dans un milieu très modeste. Sa mère décide de partir travailler en métropole en 1980, bientôt rejointe par ses fils. Lilian Thuram a 8 ans, et il subit ses premiers quolibets racistes, ce qui le marque profondément. Cette prise de conscience sera, avec le football, la préoccupation de toute sa vie.
Bientôt installé dans un quartier populaire d’Avon, en Seine-et-Marne, il joue avec le club local, les Portugais de Fontainebleau, puis au Racing Club de Fontainebleau et à Melun. Remarqué rapidement, il signe en 1990 - il a alors 18 ans - à l’AS Monaco, en Division 1. En 1996, sa carrière prend une nouvelle dimension : il rejoint d’abord le Parme FC, avec lequel il conquiert deux Coupes d’Italie (1999, 2001) et la Coupe de l’UEFA 1999. Élu meilleur défenseur du championnat en 1998, il est recruté par la Juventus de Turin en 2001. En 2006, il part au FC Barcelone, probablement alors le meilleur club d’Europe, avec lequel il joue jusqu’en 2008.
Mais sa plus grande aventure, il la vit avec les Bleus. Sélectionné dès 1994, Lilian Thuram totalise le nombre faramineux de 142 sélections en Équipe de France, record actuel. Son plus beau trophée est évidemment la Coupe du monde 1998, avec ses deux buts donnant la victoire aux Tricolores contre la Croatie (2-1) en demi-finale - les deux seuls de sa carrière en bleu ! - qui permettent à la France d’accéder à la finale. Il remporte ensuite le Championnat d’Europe 2000 et sera finaliste de la Coupe du monde 2006. En 2008, alors qu’il devait rejoindre le PSG, il est contraint d’arrêter sa carrière en raison d’un problème de santé.
Lilian Thuram s’est depuis complètement investi dans la lutte contre le racisme en créant, en 2010, la Fondation Lilian Thuram - Éducation contre le racisme, qui entreprend de nombreuses actions dans les écoles. Il publie, en 2010, le livre Mes Étoiles noires, dans lequel il propose des biographies d’hommes et de femmes noirs remarquables et souvent oubliés.
Cet engagement de Lilian Thuram est un exemple inspirant de la manière dont les figures du football peuvent utiliser leur notoriété pour défendre des causes importantes et lutter contre les discriminations.
Conclusion
Les événements survenus lors du Classique PSG-OM mettent en lumière les défis persistants liés à la lutte contre les discriminations dans le football. Si le sport doit être un espace de rassemblement et de célébration, il est impératif que les instances, les clubs et les supporters s'engagent ensemble à promouvoir le respect, la tolérance et l'inclusion. L'avenir du football en dépend.