Championnat de France de Rugby 1984: Une Finale Historique Remportée par Béziers aux Tirs au But

L'esprit est vagabond, et certains événements parviennent dans leur similitude à rapprocher les époques et surtout raviver la flamme du souvenir d'épopées aux contours embellis avec le temps.

Le 26 mai 1984, les Biterrois remportaient face à Agen leur onzième et dernier titre de champion de France, et le dixième en treize ans. C'est la conclusion du règne de Béziers sur le rugby hexagonal. Un titre historique à plus d'un titre, puisque c'est la seule fois où le Brennus a été attribué à l'issue de la séance des tirs au but !

1984 FINALE DE LEGENDE SU Agen - AS Béziers Résumé de la SEULE finale jouée aux TIRS AUX BUTS Rugby

Le Parc des Princes, Théâtre d'un Sacre Inédit

Un sacre pas comme les autres donc, dans un Parc des Princes qui allait assister à un bien drôle de spectacle. Et les deux équipes auront parfois dû batailler pour réussir à se hisser en finale.

Vainqueurs un an plus tôt de Nice en finale de l'édition 1983, les joueurs de Béziers allaient entamer la défense de leur titre par une victoire aisée en huitièmes de finale aller contre Pau (22-3), avant de faire largement tourner lors d'un insipide match retour (0-0). Du côté des Agenais, après deux matchs maîtrisés contre Toulouse (20-12, 27-13), ils devaient s'arracher pour remporter leur quart de finale contre Graulhet (9-7).

Le Parcours Semé d'Embûches vers la Finale

Les Biterrois, encore grâce à leurs avants, écartaient Tarbes en quarts (22-12), avant une victoire étriquée mais amplement méritée face à Montferrand dans le dernier carré (8-4), alors que les Lot-et-Garonnais évitaient un remake de la dernière finale en prenant leur revanche face aux Niçois (21-14), qui les avaient éliminés un an auparavant.

Vainqueurs en 1982, contre Bayonne, les Agenais, réputés pour être joueurs, retrouvaient donc la finale deux ans plus tard. Mais ils subissaient d'abord la loi des avants de Béziers, qui menait 9-3 à la pause. Dès la reprise, Agen parvenait à égaliser grâce à Bernard Delbreil.

Puis à prendre l'avantage sur une pénalité de Bernard Viviès (12-9), avant que Fort n'égalise à son tour (12-12). Mais plus personne n'arrivait à marquer jusqu'à la fin du temps réglementaire. En prolongation, Christian Delage répondait ensuite à Fort (15-15), et un essai de Jean-Paul Medina permettait aux champions en titre de prendre le large (21-15).

On pensait alors que ces derniers avaient fait le plus dur et allaient conserver leur titre avant le terme de ces prolongations. Sauf que Viviès, encore lui, frappait deux fois coup sur coup, pour remettre les deux équipes à égalité (21-21).

Il fut alors décidé d'en passer par l'épreuve des tirs au buts pour départager les deux formations. Car ce match ne pouvait être rejoué quelques jours plus tard, l'équipe de France devant s'envoler pour sa tournée en Nouvelle-Zélande.

Mais il fallut de nombreuses minutes de palabres pour en arriver à cette décision, et à l'organisation de cette inédite séance. De longues minutes pendant lesquelles on a même vu des joueurs s'allumer une cigarette sur la pelouse parisienne !

"On a découvert qu'on devait tirer à quinze mètres de la ligne de touche. Je pensais qu'on ferait comme au foot, qu'on alternerait, mais j'ai aussi compris qu'une équipe tirerait d'abord en entier", confiera des années plus tard le Biterrois Philippe Bonhoure au Midi Olympique.

Si Fort réussit son tir, Bonhoure et Pierre Fabre se manquaient, mais les Agenais n'allaient pas avoir plus de réussite, avec un seul tir entre les poteaux, œuvre de Viviès, pour un score de parité après cette première salve.

Malgré un raté de Fort, les joueurs de Béziers allaient se détacher. Et alors que Pierre Montlaur se manquait une deuxième fois, Bernard Viviès avait le ballon de la dernière chance pour espérer égaliser. Mais il n'y parvenait pas et s'écroulait en pleurs sur la pelouse.

Une image devenue célèbre alors que les Biterrois fêtaient ce succès (21-21, 6-5 t.a.b.). "J'ai trop ouvert mon pied, racontera-t-il.

L'Héritage d'une Équipe Légendaire: L'AS Béziers

Ce dimanche 16 mai 1971, sur la pelouse du Parc Lescure de Bordeaux, René Séguier (auteur d’un doublé) et ses quatorze autres coéquipiers allaient donner naissance à une machine à gagner. Le point de départ de cette génération dorée fût très certainement ce titre de champion de France Junior en 1968.

Le 9 Juin, les jeunes Biterrois s’offrent le scalp de Biarritz de façon plutôt déconcertante. En effet, le score étant de 6 à 6 à l’issue du match, Béziers est champion au bénéfice de l’essai de… Jack Cantoni, les Biarrots n’ayant inscrit que des points au pied.

Déjà entrainés par Raoul Barrière, l’équipe était composée de neuf futurs champions de 1971 : Jean-Louis Martin, Jean-Pierre Hortoland, André Buonomo, Georges Senal, Richard Astre, Henri Cabrol, Olivier Saïsset, Gérard Lavagne et Jack Cantoni.

Finales et titres s’enchaînent alors avec six boucliers de Brennus remportés pour sept finales disputées : Toulon, Brive, Narbonne, Perpignan et Montferrand ne peuvent rien face aux Rouge et Bleu. Seul Agen parviendra à vaincre l’ASB lors d’une finale, en 1976 (13-10).

L’Association Sportive Biterroise aura toujours été au rendez-vous des phases finales. Un résultat décevant, s’expliquant par plusieurs facteurs. Tout d’abord, Richard Astre avait arrêté sa carrière. Le départ du « Roi Richard » a laissé un vide au sein de l’équipe.

Plusieurs semaines plus tard, le club change radicalement avec l’annonce du départ de Raoul Barrière. Le sorcier de Sauclières paie sa mésentente avec Alain Estève. Une sortie peu glorieuse pour celui qui aura œuvré pour emmener l’équipe à son niveau. Un dernier match face à Gaillac, le 8 octobre 1978, en guise de baroud d’honneur.

Le groupe est alors en autogestion avec Henri Cabrol, Jack Cantoni, Jean-Louis Martin et Olivier Saïsset. Ce dernier devient seul entraineur la saison suivante (1979-1980) et conduit ses anciens coéquipiers à un nouveau sacre face à Toulouse (10-6). Durant cette saison, le plus gros score pour un match de l’ASB est réalisé face à la modeste équipe de Montchanin avec, en prime, onze essais pour Michel Fabre (100-0).

La fin de cette décennie marqua un réel changement au sein du club. Petit à petit les pionniers s’en vont, des nouveaux assurent la transition avant l’éclosion de nouveaux jeunes. Ainsi, Cantoni, Séguier, Cabrol, Astre, Saïsset, Senal laissent place aux Paco, J.P.

A partir de la saison 1980-1981, Claude Saurel prend les manettes de l’équipe. Un titre est au bout, face à Bagnères (22-13). La saison 1981-1982 est peu glorieuse. Le 11 octobre 1981, La Voulte réalise l’exploit de faire tomber Béziers chez lui, dans son antre de Sauclières après plus de 12 ans d’invincibilité, la dernière défaite à Sauclières remontant au 5 janvier 1969.

En cette année 2014, où tous les regards étaient portés sur le « record » de l’ASM et de ses quatre années invaincue dans son Michelin, pareil exploit est à relativiser avec ce que cette équipe de l’AS Béziers aura réalisé pendant cette décennie.

L’ASB prend rendez-vous pour la saison suivante qui s’avérera beaucoup plus prolifique. Certainement vexés par leur saison précédente, les Biterrois ne font pas de détails : Toulouse, Perpignan et Bayonne ne peuvent arrêter Pierrot Lacans et ses coéquipiers. Malgré ce titre, Claude Saurel n’est pas maintenu à son poste d’entraineur.

Le troisième ligne, titré en 1968 avec les Juniors, laisse sa place à deux champions de 1961 : Francis Mas et Roger Bousquet, soit un ancien pilier et un ancien demi d’ouverture. Béziers n’est pas rassasié et à encore soif de titres.

Bagnères, Montauban, Tarbes, Hyères, Castres, Oloron et Carcassonne, choisis par les hasards du calendrier pour affronter les Rouge et Bleu en cette saison 1983/1984 sont prévenus… « Pas grand-chose a changé. Il y avait un effectif quasi identique, un système de jeu rodé, des lancements bien huilés. » se souvient Philippe Bonhoure.

CHAMPIONNAT DE FRANCE - Alors que Biarritz a obtenu son ticket pour le Top 14 hier après un match haletant décidé aux termes d'une séance de tirs au but face au rival bayonnais (6-5). Il y a 27 ans, la finale du championnat de France entre Béziers et Agen s'était jouée aussi aux tirs au but.

Les Réactions et Souvenirs des Acteurs de la Finale

Le bénéfice de l’âge ? La pièce de monnaie ? Les acteurs de la plus hallucinante finale de l’Histoire se disent que l’épilogue unique qu’ils ont vécu valait quand même mieux que tous les anciens subterfuges. "Avec le recul, je trouve même ça génial", explique Pierre Montlaur, pourtant héros malheureux de cette folle soirée et de ce dénouement quasi improvisé, ce qui lui donna tout son sel.

Quand, ce 26 mai 1984, les Biterrois et les Agenais pénétrèrent sur la pelouse du Parc des Princes, pas un ne se doutait qu’il la quitterait après une insoutenable série de tirs au but. "Nous savions juste que la finale ne serait pas rejouée car le XV de France partait le lendemain en Nouvelle-Zélande, rappelle Philippe Bonhoure, l’arrière de Béziers. Mais jamais on aurait imaginé finir comme ça. On imagine le pauvre Jean-Claude Yché obligé de siffler la fin du match à 21-21 après... 110 minutes de jeu et d’un duel de toute beauté.

"Nous relancions de partout, nous pensions que les Biterrois, plus lourds, allaient craquer, mais ils ont tenu. Ils avaient arrêté de pousser en mêlée, ils ne relançaient pas. Ils se fatiguaient moins", se souvient Bernard Delbreil, troisième ligne aux jambes de feu. C’est lui qui avait marqué l’essai du SUA comme un destrier fougueux au relais de ses trois-quarts. Il aurait pu partir en tournée mais Jacques Fouroux lui préférait son coéquipier Jacques Gratton, plus plaqueur-gratteur.

Agen avait été crucifié par une interception de Médina : "Causée par un beau plaquage de Fabrice Joguet sur Philippe Sella", ajoute Bonhoure. L’égalité était parfaite : qua- tre pénalités, un drop, plus un essai transformé (et même un essai refusé de chaque côté après un drop sur le poteau).

"Il y a eu un long moment de flottement. On a vu Charles Durand, le patron des arbitres, descendre sur le terrain avec le délégué du match et d’autres assesseurs." Les capitaines Pierre Lacans et Daniel Dubroca sont appelés et se voient ordonner de désigner... trois tireurs.

"C’est bizarre, se souvient Bernard Viviès, j’étais persuadé qu’il en fallait cinq. Dans les dernières minutes, j’avais calculé que nous n’en avions que quatre. Je me revois demander à mes entraîneurs de faire entrer le plus vite possible Pierre Montlaur. Je crois que les Biterrois voulaient faire entrer Léès. Mais ils n’y sont pas parvenus."

Les Tirs au But : Un Dénouement Cruel et Inattendu

Fabre avait un moral d'acier Pas si grave, Lacans et Dubroca apprennent finalement que la série se fera... à trois tireurs. Les palabres ont duré près de dix minutes pendant lesquelles le jeune Pierre Montlaur tape des pénalités à blanc pour s’échauffer, il n’a passé que trois minutes sur le terrain.

Philippe Bonhoure est désigné en compagnie de Patrick Fort et de Pierre Fabre : "On a découvert qu’on devait tirer à quinze mètres de la ligne de touche. Je pensais qu’on ferait comme au foot, qu’on alternerait, mais j’ai aussi compris qu’une équipe tirerait d’abord en entier."

Le scénario promet d’être cruel. Le tirage au sort permet aux Biterrois de s’élancer en premier. De la droite. Fort, buteur attitré, la réussit mais Fabre et Bonhoure ratent : "Je me suis effondré en pleurs, Agen était notre bête noire. On se disait qu’on ne pouvait pas gagner." Mais les Agenais ne font pas mieux, Montlaur et Mothe (blessé) échouent. Entre les deux, Viviès a réussi. Un sur trois partout. Le suspense est à son comble.

Bonhoure rouvre les yeux : "Nous sommes repartis à gauche et nous étions tous droitiers, l’angle nous était donc favorable." Surprise, Fort manque. "J’ai eu les larmes aux yeux." Bonhoure poursuit : "Michel Fabre avait un moral d’acier. Il réussit son tir. Je suis bien obligé de revenir et Michel Fabre me glisse : comme à l’entraînement Philippe ! Les autres joueurs observent médusés la scène.

Un deuxième ligne agenais a même allumé une cigarette : "Nous avions joué pendant deux heures, certains étaient tellement cuits qu’ils étaient couchés. Mais d’autres parlaient entre eux, je veux dire que les Biterrois échangeaient avec les Agenais. Le match avait été grandiose, on savait que le dénouement serait cruel. Mais on pensait qu’on allait gagner. On avait tellement confiance en Viviès", poursuit Delbreil.

Pierre Montlaur, 20 ans, s’avance. Il manque à nouveau. "Bien sûr qu’il y avait de l’émotion. C’était mon premier match officiel en première...", rappelle-t-il. Vache destin que de placer là un débutant. "Comme quoi, quand on n’a pas joué un match, c’est difficile de s’y faufiler dedans. Quand je pense que nous n’avons pas fait jouer Bébert Léès, je n’ai jamais su si nous entraîneurs ont oublié où l’ont fait exprès", commente Patrick Fort.

Les Agenais n’ont plus droit à l’erreur. Ils viennent de comprendre qu’ils ne peuvent plus gagner. Il leur faut faire deux sur deux pour simplement accéder à une possible troisième série. Bernard Viviès, 29 ans, dix sélections, papa des lignes arrières s’avance : "J’ai trop ouvert mon pied."

Le ballon s’échappe dans le décor. L’arrière moustachu s’écroule en gros plan devant des millions de télespectateurs. Les Biterrois se jettent les uns sur les autres. Dire qu’on aurait pu les croire repus après neuf titres en douze ans...

"C’était ma quatrième finale. La télé a bien capté le moment où, sur une mêlée, il a donné une rapide accolade au jeune talonneur Chamayou, tout juste entré en jeu. Quant au pilier doit Jean-Louis Martin ; il célèbre un incroyable grand chelem : neuf titres en neuf finales.

Les Agenais suffoquent avec l’idée que leur défaite fut sublime. Bernard Viviès cogite : "Heureusement que j’avais été champion deux ans avant. Cela m’a permis de tenir le coup."

Pierre Montlaur repart au vestiaire forcément sonné : "Personne ne m’a rien dit. Mieux, en douze ans de carrière au SUA, personne ne m’a reproché ces deux coups de pied manqués. Et quand, plus tard, on m’a dit que j’avais fait gagner l’équipe j’ai toujours répondu que ce n’était pas vrai puisqu’on ne m’avait jamais dit que j’avais fait perdre ce match. Mais la tristesse m’a accompagné, elle ne m’a quitté qu’en 1988 quand j’ai été enfin champion."

Philippe Bonhoure confie : "Ce fut sans doute terrible pour lui. Mon épouse m’a dit qu’à l’échauffement, pendant les palabres, il avait tout passé. Pour ma part, je suis revenu l’an passé en finale comme arbitre vidéo trente ans après. Et j’ai repensé à tout ça."

Bernard Viviès a traîné ce souvenir avec élégance : "Mais en 2002 pour la finale Biarritz - Agen, j’ai revu ce spectre. Le score était nul, j’ai vu revenir les tirs au but. J’ai dit à ma femme, je m’en vais je ne veux pas revivre ça.

À l’occasion du match ASBH-SU Agen de ce vendredi, Patrick Fort, l’ancien trois-quart de l’AS Biterroise, revient sur le dernier titre de Béziers glané face à Agen, en 1984. Ce match s’était achevé par une terrible séance de tirs au but, remportée par les Biterrois.

Les actions, les minutes et les secondes qui s’égrènent sur le chrono, les joueurs, les adversaires, l’ambiance… Cela fait 40 ans et Patrick Fort n’a rien oublié de la victoire de l’AS Biterroise, son équipe, contre Agen. C’était le 26 mai 1984, à Paris, au Parc des Princes devant plus de 44 000 spectateurs. Cette incroyable finale se joua aux tirs au but (3 tirs au but à 1, 12-12 à la fin du temps réglementaire, 21-21 après prolongation) et ce sont les Biterrois qui levèrent les bras au ciel.

Le Biterrois disputait alors la quatrième finale de sa carrière après avoir levé les bras au ciel en 1980 (Toulouse), 1981 (Bagnères-de-Bigorre) et 1983 (Nice) : "Cette finale a été pour moi la plus marquante, de par son dénouement. C’était vraiment le match nul parfait, raconte Papy, les deux formations se rendant coups pour coups. Les tirs au but se sont déroulés en deux temps avec trois tirs pour chaque équipe.

D’abord, nous avons tapé entre les 15 et les 22 mètres, à droite des poteaux. J’ai réussi le premier, Michel Fabre et Philippe Bonhoure ont raté les leurs. À Agen, Pierre Montlaur et Philippe Mothe ont manqué leurs tirs alors que Bernard Viviès a inscrit le sien. Si Papy Fort rate alors son tir, Michel Fabre et Philippe Bonhoure réussissent les leurs. Du côté d’Agen, Pierre Montlaur et Bernard Viviès manquant leur cible, Béziers peut alors exulter : "Bernard Viviès s’est littéralement écroulé et nous, nous sommes tous pris dans les bras, raconte l'ancien centre. Ce match avait été très rude avec deux équipes aux jeux différents. Agen jouait beaucoup et nous, comme à notre habitude, nous faisions tout pour les déstabiliser dans l’axe avec nos avants.

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