Ces messieurs du rugby : Une anthologie littéraire au cœur de l'ovalie

La littérature et le sport entretiennent une relation privilégiée, et le rugby, avec ses valeurs et ses figures emblématiques, en est une parfaite illustration. L'anthologie "Ces messieurs du rugby", proposée par Marie Boizet, rassemble des textes d'auteurs passionnés qui témoignent de la richesse et de la complexité de ce sport.

Un terrain de rugby

Cette anthologie est une véritable plongée dans l'univers du rugby à la française, où l'on retrouve des portraits de joueurs, d'entraîneurs, de supporters et d'arbitres. De victoires mémorables en défaites inexplicables, d'anecdotes en tous genres, le lecteur est invité à un voyage passionnant entre ovalie et littérature.

Figures emblématiques et témoignages passionnés

L'anthologie donne la parole à des hommes passionnés, qui partagent leur amour du rugby avec une sincérité et une émotion touchantes. Daniel Herrero se souvient de ses rêves d'enfant, où il marquait des essais décisifs dans les stades imaginaires. Antoine Blondin, "le plus grand aède du sport", rend hommage à Guy Boniface, saluant sa personnalité attachante et son talent exceptionnel.

Henri Garcia raconte l'opiniâtreté de Michel Vannier, joueur du XV de France gravement blessé, qui a surmonté tous les obstacles pour retrouver les terrains. André Boniface, quant à lui, évoque la "porte du bonheur fabuleux" que le rugby lui a ouverte. Ces témoignages, parmi d'autres, révèlent la force des liens qui unissent les joueurs et les supporters autour de ce sport.

« Le rugby, sous la complexité apparente de règles souvent paradoxales, est le sport le moins artificiel qui soit », attaque Antoine Blondin. Daniel Herrero, lui, rappelle que l’inventeur du rugby est sans aucun doute possible « un dénommé William Webb Ellis ».

« Nous avons trouvé la porte du bonheur fabuleux que nous avons eu par la grâce du rugby », affirme André Boniface, grande figure du rugby. Drôle de sport en effet où personne ne n’offusque, ne s’émeut ou se plaint des coups endurés sur le terrain et même serait prêt à en redemander.

« Rejouer n’importe où », Michel Vannier s’en fait la promesse, « en équipe réserve ou en équipe quatrième avec les charlots, mais rejouer, retrouver enfin un ballon ovale avec cet extraordinaire sentiment de possession mâle qu’il procure, ressentir encore l’exaltation d’une percée, être responsable devant tous et devant soi-même. Le rugby, on y jette pêle-mêle ses forces, sa dignité, son orgueil ».

Match de rugby

Un sport de solidarité et de fraternité

Au-delà des performances sportives, le rugby est avant tout une aventure humaine, une "congrégation fraternelle" qui unit les êtres autour d'une manière d'être et d'un état d'esprit. André Boniface se souvient d'une action de jeu où "quinze athlètes, des grands, des petits, des lourds, des légers, des rapides, des moins rapides avaient en quelques instants mis leurs qualités au service de l'autre". Il souligne que seul le rugby offre cette "allégorie de la solidarité entre les hommes".

Cette petite anthologie laisse la parole à ces hommes et à la manière qu’ils ont, quelle que soit leur condition, de faire parler leur passion. C’est un Daniel Herero rêvant dès ses 6 ans de victoire : « dans les stades de mes rêves, je marquais des essais en tous genres dont celui, sublime, qui rendait mon équipe victorieuse à la dernière minute », c’est Antoine Blondin, le plus grand aède su sport, rendant hommage à Guy Boniface, « la palette des affections que Guy avait su s’attacher qualifie un être qui marquait irrésistiblement ceux qu’il approchait.

« Il provoquait l’enthousiasme et justifiait cette affirmation de Montesquieu qu’on peut être amoureux de l’Amitié. « Les prouesses de Roques, Quaglio, Lacaze “le papillon”, et Danos “le pianiste”, cultivaient mes terres en friche. La bravoure de Jean Barthe, que seuls les vainqueurs de l’Himalaya ou du cap Horn pouvaient égaler, devient pour moi la référence, le mètre étalon » (Daniel Herrero, Le combat des combats).

André Boniface se souvient : « Un ballon gagné par les avants, exploité par les trois-quarts, la phase de jeu conclue par ces mêmes avants 80 mètres plus loin… quinze athlètes, des grands, des petits, des lourds, des légers, des rapides, des moins rapides avaient en quelques instants mis leurs qualités au service de l’autre : seul le rugby offre cette allégorie de la solidarité entre les hommes.

Quand nous étions jeunes, nous parlions d’un rugby champagne quand Serge Blanco s’intercalait entre les ailiers et filait entre les enbuts porté par le vent du sud, qui pour lui, avait quitté son Pays basque pour déferler sur d’autres régions. Le rugby est le seul sport où le point marqué à la main s’appelle l’essai, un essai qui sera peut-être transformé, mais un essai, comme si Montaigne était en embuscade, le rugby dans ces contrées parle Gascon.

N’y voyez aucune malice mais le mot se trouve encadré dans le petit Robert, d’esquiver, le rugby cet art de l’esquive comme d’ailleurs la tauromachie, et d’essaim, ces joueurs qui font virevolter le ballon, la bechigue en gascon, ont parfois les allures graciles d’abeilles, qui quittent leur camp qui envahir le camp adverse et s’y installer le temps d’un essai.

Serge Blanco

Une anthologie intemporelle

Bien que certains textes remontent à un demi-siècle, les valeurs du rugby restent intemporelles. L'anthologie "Ces messieurs du rugby" est une source de bonheur, de souvenirs heureux et parfois dramatiques, un appel à la mémoire et une source d'inspiration.

Pour autant, Marie Boizet, qui a établi cette sélection de textes, les a bien choisis. On y retrouve des textes des frères Boniface, de Pierre Albaladejo, de Daniel Herrero, d’Henri Garcia ou d’Antoine Blondin. Chacun à leur manière, ils racontent leur rugby, leur enfance, leur relation su particulière à ce sport qui n’était d’abord qu’un jeu, ce jeu de voyous disputé par des gentlemen.

Tous les ouvrages dont sont tirés les extraits formant cette anthologie sont publiés par les Editions de la Table Ronde : Mes petits papiers, Ma vie entre les lignes (Antoine Blondin), L’Esprit du jeu (Daniel Herrero), L’Âme des peuples, Sacrées Bourriques !, Les gladiateurs du rugby (Paul Katz) (repris par Calmann-Lévy), Qui veut jouer avec moi ?

Alors même si la Coupe du Monde est maintenant terminée, la nature de ces textes est intemporelle. Ils ont beau remonter pour certains à un demi siècle, ils sont intemporels et les valeurs du rugby, pourtant passé de l’amateurisme au professionnalisme, n’ont pas beaucoup changé. D’autres se sont certes ajoutées, mais les fonds baptismaux restent solides. Et puis il y a une gouaille au fil des pages, assez caractéristique du monde du rugby.

N’y voyez aucune malice, mais s’il y a deux sports qui font écrire et très bien écrire, qui ne sont qu’effervescence stylistique, c’est la bicyclette et le rugby, le Tour de France et la Coupe du Monde. Le vélo et ses héros sont servis avec grâce, finesse et éblouissement par Antoine Blondin, Christian Laborde ou encore Philippe Bordas, ils furent et sont encore les témoins admirables des échappées, des envolées dans les cols des Pyrénées, ou des sprints d’arrivées qui déchirent les poumons. En rugby, il y a aussi une dynastie de journalistes qui se font écrivains le temps d’une rencontre, ou d’écrivains qui embrassent la rigueur des journalistes pour raconter ce qu’ils voient, ce qu’ils entendent, et heureusement ce qu’ils imaginent.

Ce petit livre est une source de bonheur, de souvenirs heureux, et parfois dramatiques, un appel de mémoire, comme un appel d’air, une source bénéfique. Marie Boizet a su picorer dans le catalogue de la maison où brilla notamment Antoine Blondin, et qui n’est pas seul sur cette pelouse éditoriale : Daniel Herrero (qui a bien raison de prononcer ruby se passant du « g », pour mieux le faire briller, même si le « s » est oublié), Pierre Albaladejo (Monsieur Drop qui enchanta le petit écran avec Roger Couderc), André Boniface (avec son frère Guy, ils ont donné au quinze tricolore cet air lumineux d’un rugby gracieux et léger), Denis Lalanne (qui fut l’une des grandes plumes de Midi Olympique, et de L’Équipe aux côtés de Blondin le magnifique) et Denis Tillinac, l’écrivain éditeur qui va créer la Collection Les Classiques du rugby, à La Table Ronde.

Cette heureuse anthologie d’auteurs de La Table Ronde est l’une des belles surprises de cette Coupe du Monde.

Ce choix de textes nous régale. Il rappelle entre narration épique, anecdotes savoureuses et souvenirs émus que le rugby est une forme de congrégation fraternelle à part - mais pour combien de temps ? - qui unit les êtres autour d’une manière d’être et d’un état d’esprit.

Sur le principe, les éditions de La Table Ronde surfent sur la vague de la Coupe du Monde de rugby pour sortir une sélection de textes précédemment publiés aux mêmes éditions au fil des années.

Alors que la fête du rugby bat son plein en France depuis la semaine dernière, c’est le moment idéal pour se plonger dans ce petit livre aussi original que passionnant.

Les valeurs du Rugby

tags: #ces #messieurs #du #rugby