Carte Blanche Football : Définition et Évolution

L'expression "carte blanche" dans le contexte du football évoque une liberté d'action totale, des pleins pouvoirs accordés à une personne pour accomplir une tâche. Mais au-delà de cette définition, le football est un sport riche en histoire et en évolutions, tant sur le plan des règles que sur le plan social et économique.

Les Origines du Football Moderne

Le football moderne naît dans les public schools de l’Angleterre victorienne. A partir des années 1840-1850, le jeu est utilisé par les réformateurs de ces collèges privés pour canaliser la violence des élèves, leur apprendre la discipline, mais aussi leur inculquer le sens de l’initiative et le courage qui siéent à un gentleman. Toutefois, il est autant de règles que de collèges.

Les old boys qui continuent à jouer au football à l’âge adulte fondent à l’automne 1863 une Football Association chargée de définir des lois du jeu communes. Deux conceptions du football s’opposent. D’une part, un dribbling game prohibant l’usage des mains et le hacking, c’est-à-dire le coup de pied dans les tibias de l’adversaire, qui prend le nom de football-association. D’autre part, un handling game beaucoup plus tolérant à l’égard de la violence.

L'Essor du Football-Association

Doté de règles simples (14 lois initiales en 1863, elles sont aujourd’hui 17), viril sans être trop dangereux, le football-association est adopté dans les années 1870-1880 par les ouvriers qualifiés. La diffusion du jeu est assurée dans le nord de l’Angleterre par les Églises et certains industriels souhaitant détourner les classes laborieuses de la boisson. Mais les patrons de pubs soutiennent également la création d’équipes. Dans le nouveau monde urbain de la Révolution industrielle, les premiers clubs sont autant de réseaux de sociabilité de quartier.

QUI A INVENTE LE FOOTBALL - ORIGINES ET HISTOIRE DU FOOTBALL

Football et Argent : Une Liaison Complexe

A la différence du rugby, le football est aussi une activité économique à part entière depuis l’autorisation du professionnalisme dès 1885. Le cricket, déjà, admettait avant 1850 l’existence de players rémunérés au côté des gentlemen ; le football cherche, lui, à imposer un professionnalisme régulé. Les clubs sont des sociétés anonymes qui voient leurs dividendes limités à 5 % du montant des bénéfices. Ils sont propriétaires de leurs stades comme Goodison Park, l’enceinte d’Everton à Liverpool (1892), ou Old Trafford, celle de Manchester United (1910).

Avec l’instauration progressive du « samedi anglais », c’est-à-dire l’arrêt de la semaine de travail le samedi à 13 heures, les ouvriers se pressent dans ces nouveaux temples. Le coup d’envoi des matchs est donné le samedi à 15 heures et non le dimanche, jour du Seigneur. Dans la société du spectacle qu’est aussi l’Angleterre industrielle, le football a toutefois ses rituels dont le plus important est la finale de la Coupe d’Angleterre. Chaque année, au mois d’avril, des trains transportent des dizaines de milliers d’ouvriers du nord du pays se rendant en pèlerinage à Londres pour soutenir leur club. Plus de 100 000 personnes assistent au début du XXe siècle à cette fête de printemps.

Les Trois Époques des Rapports Football-Argent

On peut identifier trois époques dans les rapports qu’entretiennent le football et l’argent :

  • Jusqu’en 1924 : le seul football professionnel déclaré est britannique. Ses ressources proviennent des entrées dans les stades. Un salaire maximum de 4 livres sterling par semaine est instauré en 1900, qui correspond grosso modo à celui d’un ouvrier qualifié.
  • L’adoption du professionnalisme en Europe (Autriche 1924, Italie 1926) : vient le temps des mécènes. Industriels de l’automobile, gros commerçants, affairistes de tout poil font assaut de propositions mirobolantes pour faire signer les meilleurs joueurs. Ainsi, au début des années 1930, le footballeur le mieux payé d’Europe est sans conteste l’attaquant argentin Raimundo Orsi, qui reçoit de la Juventus un salaire mensuel de 7 000 à 8 000 lires, soit plus de huit fois le traitement d’un professeur d’université.
  • Les années 1980 : c’est l’essor des droits de retransmission télévisée et la concurrence que se livrent les grands équipementiers sportifs qui donnent naissance au foot-business. En 1984, le Napoli rachète le contrat qui lie l’Argentin Diego Armando Maradona au FC Barcelone pour 75 millions de francs (11,4 M€) et le rétribue 7,5 millions par an (1,14 M€).

L'Explosion des Chiffres dans les Années 1990-2000

En 1992 la chaîne par satellite BSkyB achète pour 300 millions de livres le droit de retransmettre certains matchs du championnat de première division anglais pour cinq ans. Le même contrat a été porté à 1,782 milliard de livres pour la période courant de 2007 à 2010 ! Les joueurs qui ont recouvré une pleine liberté contractuelle dans tout l’espace européen grâce à l’arrêt Bosman (1995) ont pleinement bénéficié de l’argent de la télévision. Aujourd’hui, le salaire moyen d’un joueur de Ligue 1 est de 45 000 € par mois. Loin toutefois des records atteints lors du transfert de Zinedine Zidane de la Juventus au Real Madrid en 2001.

Football et Violence : Une Histoire Complexe

Si la question religieuse a peu influencé la concurrence que se livrent les clubs anglais, elle a été au coeur du grand derby qui anime en Écosse Glasgow depuis les années 1890. Celui-ci oppose le Celtic, le club des ouvriers catholiques d’origine irlandaise, au Rangers, la formation chère aux classes moyennes presbytériennes. La Old Firm, surnom ironique donné à ces matchs qui font la fortune des deux clubs, a vite été ponctuée de violences. Mais les invasions de terrain, la chasse à l’arbitre et aux joueurs adverses avaient déjà fait leur apparition dans les années 1880 en Angleterre.

Les troubles des stades essaiment ensuite dans le monde latin. L’Italie connaît une première flambée entre 1920 et 1925. En juillet 1925, les supporters de Bologne et de Gênes s’affrontent même à coups de revolvers dans la gare de Porta Nuova de Turin où un docker génois est sérieusement blessé. Mais les années 1960 voient un changement dans la nature et la logique de la violence. Jusque-là celle-ci reste « spontanée » ou en tout cas vise à réparer une « injustice » imputable à l’arbitre.

Sous l’influence de groupes de supporteurs radicaux comme la « Red Army » de Manchester United, l’affrontement avec l’adversaire devient une fin en soi. Qu’elle soit le produit de la culture « sex, drugs and rock’n roll » des sixties, des frustrations des skinheads qui entrent en jeu au milieu des années 1970, ou des casuals qui s’habillent comme monsieur tout le monde et appartiennent, dans les années 1980, aux classes moyennes, elle traverse vite la Manche. Dès 1975, des supporters de Leeds United saccagent le parc des Princes à Paris, avant que, dix ans plus tard, les hooligans de Liverpool ne provoquent une panique générale à l’issue de laquelle 39 tifosi (les supporteurs italiens de la Juventus) trouvent la mort dans le stade du Heysel de Bruxelles.

Football et Politique : Une Affinité Ambiguë

Même si le football consiste d’abord dans l’affrontement balle au pied de deux groupes d’hommes au moyen de tactiques offensives ou défensives, il serait abusif de l’assimiler à une guerre. Pour autant, le football a été parfois un acteur dans les guerres du XXe siècle. Dès les trêves de Noël 1914, des soldats britanniques et allemands auraient ainsi entamé des parties informelles de football dans le no man’s land. Puis les poilus ont aussi joué au football dans les cantonnements pour combattre le cafard. A tel point qu’après les mutineries de 1917 le ministre de la Guerre Paul Painlevé fait commander plus de 5 000 ballons de football.

Football et Régimes Totalitaires

Les régimes totalitaires quels qu’ils soient, communistes ou fascistes, ont mené des politiques sportives ambitieuses destinées à forger « l’homme nouveau ». Mais leurs préférences vont d’abord aux sports de base ou de combat : l’athlétisme, la natation et la boxe. S’il a le pouvoir de mobiliser les foules, le football est aussi pour eux synonyme de corruption et de division. Ainsi, le régime fasciste a d’abord tenté de limiter son essor en promouvant en vain la pratique du rugby.

Sport de Gauche ou Sport de Droite ?

Exaltant la compétition et célébrant les vainqueurs, le football comme le sport en général ont d’abord été promus par des dirigeants libéraux ou conservateurs. Mais le football, c’est aussi le collectif, la solidarité, le jeu du peuple. C’est dans l’Italie de la guerre froide que la politisation du jeu a sans doute été la plus poussée, notamment dans le football amateur. Le Centre sportif italien CSI, bras armé de l’Église catholique dans le domaine sportif, promeut un calcio d’oratorio, un football de patronage, contre le calcio popolare que la communiste Union italienne sport populaire UISP appelle de ses voeux.

Les Cartons au Football : Au-Delà du Jaune et du Rouge

On connaissait le carton jaune et le carton rouge, ces petits rectangles que brandissent les arbitres de football à des joueurs en cas de faute ou de comportement non appropriés. Mais d'autres couleurs font leur apparition ou ont été proposées :

  • Le carton vert : En 2e division italienne, un carton vert est signe de fair-play. Il récompense les joueurs les plus fair-play, s’il rend le ballon à l’adversaire, s’il reconnaît avoir commis une faute que l'arbitre n’aurait pas vue ou s’il apaise un climat de tension entre adversaires et équipiers.
  • Le carton blanc : Michel Platini a quelques obsessions, dont celle du carton blanc. Pour sanctionner un joueur, à la place d'un avertissement oral ou d'un carton jaune, l'arbitre sortirait un carton blanc qui serait suivi d'une expulsion temporaire de dix minutes sur le banc.
  • Le carton gris : L’homme en noir pourrait sortir de sa poche un carton gris pour demander l’assistance de la vidéo sur une action litigieuse comme une situation de hors-jeu.
  • Le carton orange : L'arbitre pourrait accepter que le joueur soit remplacé. Cette initiative intelligente pourrait être pérennisée sous la forme d’un carton orange.
  • Le carton bleu : Une sanction sous forme de carton bleu condamnerait par exemple le joueur en question à reculer de dix mètres pour effectuer son coup franc ou sa touche.

Ces évolutions témoignent d'une volonté constante d'améliorer l'équité et le fair-play dans le football, tout en s'adaptant aux enjeux économiques et sociaux contemporains.

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