François Pienaar : Capitaine emblématique des Springboks et artisan de l'unité sud-africaine

En 1995, la Coupe du monde de rugby en Afrique du Sud fut le théâtre et l’incarnation de la réconciliation entre « Blancs » et « non Blancs » voulue par le premier président « noir africain » élu démocratiquement, Nelson Mandela. Ce dernier souhaitait alors faire de la sélection nationale des Springboks un symbole d’unité dans un pays longtemps ravagé par les discriminations raciales et le régime de l’apartheid.

Le slogan de la fédération sud-africaine de rugby lors de ce moment historique devait réunir tout un pays autour d’« une équipe, un pays » mettant en avant le caractère « non-racial » de l’équipe des Springboks dont les joueurs n’étaient plus sélectionnés par rapport à leurs « races » mais sur le seul critère du mérite.

François Pienaar, qui était capitaine de l'équipe sud-africaine lorsqu'elle remporta la Coupe du monde de rugby en 1995, a estimé que Nelson Mandela était "l'être le plus extraordinaire et le plus incroyable" qui soit.

En 1995, l'équipe dirigée par François Pienaar avait été personnellement et chaleureusement encouragée par Nelson Mandela, qui était depuis un an le premier président noir du pays et y voyait un moyen de gagner à sa cause une bonne partie des Blancs - grands amateurs de rugby -, hostiles à l'arrivée au pouvoir de la majorité noire après des siècles de ségrégation raciale.

L'histoire de cette rencontre et de ce moment d'histoire a été à l'origine du film "Invictus", réalisé par Clint Eastwood en 2009.

South Africa's rugby legend Francois Peinaar gets emotional remembering Nelson Mandela

Un moment historique et une rencontre marquante

«Cela a été une grande chance et un grand honneur de recevoir la coupe Webb Ellis des mains de Madiba à la fin de la finale de la Coupe du monde de rugby 1995 à Ellis Park à Johannesburg, créant une image emblématique de réussite nationale», a-t-il ajouté, appelant le héros de la lutte anti-apartheid de son nom de clan repris affectueusement par la plupart des Sud-Africains.

Conscients du moment historique, les deux hommes échangent des propos qui le sont tout autant. Le président allume la première mèche : "François, merci pour ce que vous avez fait pour votre pays." Le capitaine le suit sur le même terrain : "Non, monsieur le Président, merci pour ce que vous avez fait."

La foule hurle alors : "Nelson, Nelson !" Une foule composée à 95 % de Blancs. Dans l'imaginaire sud-africain, la scène qui se déroule ce jour-là à l'Ellis Park de Johannesburg renvoie évidemment à un autre stade, celui de Soweto, où Mandela, une semaine après sa libération en 1991, avait été acclamé, mais seulement par le peuple noir.

Cette fois, le chef de l'État est ovationné par des Blancs. Mandela a eu cette intuition géniale pour conquérir le coeur des Blancs. Et peu importe si l'équipe victorieuse compte dans ses rangs un seul Noir, Chester Williams, les Springboks ont avec eux ce seizième joueur, décisif.

Le geste avait sidéré le public, un moment silencieux. Les foules sont versatiles. Au silence avaient succédé, heureusement, des acclamations. Mandela préparait son coup depuis longtemps.

Jusque-là, les Noirs ont pratiqué avec le rugby la politique du bâton. Car ce sont les manifestations anti-apartheid, lors des matchs des Springboks, qui ont mené à partir de 1970 au boycott de l'Afrique du Sud, l'isolant sur la scène internationale.

Lorsqu'il arrive au pouvoir, en 1994, Mandela est résolu à pratiquer la politique de la carotte. L'histoire lui a donné un coup de pouce en confiant en 1992 l'organisation de la Coupe du monde à son pays. Un mois après sa prise de fonctions, il invite François Pienaar à venir prendre le thé à Pretoria. Opération séduction.

Mandela sait que les Springboks sont hués par les Noirs lors des confrontations internationales. Dans son propre camp, il aura à braver des résistances pour imposer cette politique du ballon ovale, qui a pour objectif de réunir la nation entière. Du côté blanc, il oblige les joueurs de la sélection à chanter God Bless Africa, le nouvel hymne national, qui était le vieux chant de la résistance noire.

Comme en 1998 avec la victoire de l'équipe de France black-blanc-beur, l'unité n'a qu'un temps, mais elle intervient à un moment critique de la reconstruction, et son souvenir idéalisé dure dans les mémoires.

Quinze ans plus tard, une heure avant la finale de la Coupe du monde de football à Johannesburg, le vieil homme fatigué fait une courte apparition sur la pelouse. Il est assis dans un petit véhicule motorisé et les Bafana Bafana sont éliminés depuis longtemps.

Nelson Mandela et François Pienaar lors de la Coupe du Monde de Rugby 1995

Transformation du rugby sud-africain et défis persistants

Pour comprendre l’enjeu de ce triomphe et sa résonnance dans la société sud-africaine post-apartheid, il est nécessaire de connaître quelques points de l’histoire du rugby en Afrique du Sud et l’importance de la transformation de l’équipe des Springboks à l’heure actuelle.

Si le rugby représente l’un des sports les plus populaires chez les Sud-Africains depuis son introduction dans la colonie du Cap dans les années 1860, il a été, au cours de son histoire, synonyme d’exclusion pour les individus « non Blancs » qui étaient de facto discriminés sur la base de la race et interdits d’appartenance à la fédération principale « Blanche », la South African Rugby Board, fondée en 1889.

Importé par le colonisateur britannique dans la seconde moitié du XIXe siècle et adopté par la communauté Boer et métisse ainsi qu’à des degrés divers par les populations africaines (transfert culturel), le rugby a incarné - et incarne toujours dans certaines mentalités - la fierté d’un nationalisme « Blanc » : un jeu administré et joué par la communauté « Blanche » sud-africaine, à l’abri de toute intégration d’individus « non Blancs ».

Suite à l’effondrement du régime de l’apartheid, la nécessité de construire une « nouvelle Afrique du Sud » a été associée à la volonté de Mandela et de son parti politique, l’ANC, de « reconstruire » le pays sur des bases égalitaires et équitables, tout en réparant les « désavantages historiques » par le biais de mesures de discriminations positives.

Toutes les fédérations nationales de rugby sud-africaines furent donc réunies au sein d’une seule et même fédération - portant le nom de South African Rugby Football Union (SARFU) - le 23 mars 1992, avec deux présidents à sa tête (un « Blanc », Dr Danie Craven et un « Métis », Ebrahim Patel) avec la promesse de chaque camp d’œuvrer à la transformation de ce sport.

Parmi les nombreux défis qui se posèrent à cette nouvelle institution désormais qualifiée de non-raciale : celui de l’ouverture à tous les joueurs indépendamment de leur couleur de peau et surtout celui de représenter, à travers l’équipe nationale de rugby à XV, la nation arc-en-ciel (« rainbow nation ») et sa diversité.

Dès 1999, S. Tshwete introduisit l’idée de quota pour en finir avec « une injustice manifeste » et « la résistance d’une oligarchie blanche ». Les équipes de rugby sud-africaines avaient, dès lors, le devoir d’inclure au minimum trois joueurs « de couleur » et de faire jouer au moins deux joueurs « non Blancs » à chaque match. Ce système informel et non structuré se révéla non efficient et finit par être abandonné en 2004.

En 2006, la SARU demanda au Dr Willie Basson (consultant) de rédiger une Charte de la Transformation (Transformation Charter) qu’elle adopta et présenta au Ministre du Sport et du Loisir de l’époque. Il s’agissait de réformer le rugby sud-africain afin de développer ce sport de la base à l’élite : l’inclusion des personnes « non Blanches » devint cruciale car les investigations du Dr Basson montrèrent que le réservoir de joueurs « Blancs » s’amenuisait sur le long terme.

Afin de parvenir à ce but, une charte de la transformation (Transformation Charter) fut présentée aux fédérations sportives nationales assortie d’une feuille de route comportant un certain nombre de critères permettant de mesurer leurs niveaux de mutation.

Il est toutefois nécessaire de préciser que ce plan stratégique ne comporte pas seulement un système de quota visant à une meilleure représentativité de la démographie sud-africaine. Il s’agit davantage d’appliquer le B-BBEE (Broad-Based Black Economic Empowerment) aux fédérations sportives nationales.

On constate cependant que la représentation démographique est au cœur de tous les débats car elle pose la question de l’appartenance raciale, sujet extrêmement sensible pour une nation qui tente de se reconstruire sur de nouvelles bases non racistes mais au sein de laquelle persiste des communautés « racialisées ».

L’objectif annoncé à l’issue du plan quinquennal pour la SARU pour la seule représentation démographique est d’inclure au minimum 50 % de joueurs « Noirs Génériques » bien qu’ils ne constituent que 18 % de la composition des Springboks en 2014.

Soupçons de dopage et maladies rares

Et si des soupçons de dopage venaient entacher la victoire des Springboks lors de la Coupe du monde de rugby en 1995 ? Un reportage diffusé par France 2 met en lumière la sur-représentation de maladies neurologiques rares dans la génération de joueurs sud-africains de la première moitié des années 1990.

Un cas qui rappelle celui des footballeurs algériens, héros du mondial 1982, et dont huit joueurs ont eu des enfants handicapés, jetant le doute sur les méthodes utilisées par le médecin russe des Fennecs à l'époque. Néanmoins, aucune preuve scientifique n'a à ce jour mis en lumière un lien de cause à effet entre le dopage et ces maladies.

Trois hypothèses sont évoquées pour expliquer cette récurrence : la répétition des chocs, les pesticides dispersés sur les pelouses et le dopage.

Au début des années 1990, de fait, les circonstances sont favorables à de telles pratiques : le rugby n'est pas encore professionnel, la lutte antidopage est embryonnaire et les enjeux politiques dans l'Afrique du Sud post-apartheid sont colossaux.

Le capitaine emblématique des Springboks François Pienaar a ainsi raconté dans son autobiographie la prise systématique de pilules. "On était des amateurs, on s'entraînait dur. Il n'y avait rien d'illégal. C'étaient des vitamines mais plus tard, elles ont été interdites, alors on a tout arrêté", confirme-t-il à France 2.

Or les cures de B12 ont souvent accompagné la prise d'EPO pour en accentuer les effets. Et l'érythropoïétine était indétectable en 1995.

Contacté par ses soins, le médecin des Springboks en 1995 n'a pas donné suite. Les héros de cette page d'Histoire en ont-ils payé un prix, même à leur insu ? Certains semblent prêts à le faire.

Le rugby, un sport ancré dans l'histoire sud-africaine

Depuis l’introduction du rugby en Afrique du Sud par les Britanniques, ce sport fait partie du patrimoine historique et culturel du pays. Par exemple en 1970, les Springboks reçoivent les All Blacks pour une série de quatre matchs. Des opposants à l’apartheid ont alors envahi la piste de décollage d’Auckland dans l’optique d’empêcher l’avion des All Blacks de rejoindre l’Afrique du Sud. L’un des piliers Néo-zélandais, Ken Gray, refusa de participer à cette série de matchs pour des raisons morales.

L’année 1995 est marquée par la victoire des Springboks à la Coupe du monde dans leur propre pays.

Les Sud-Africains sont considérés comme l’une des meilleures équipes nationales au monde grâce à leurs palmarès. Ils détiennent dans leur armoire à trophée : deux Coupes du monde (1995 et 2007), trois tournois des Tri-nations (1998, 2004 et 2009) et deux Coupes d’Afrique des Nations (2000 et 2001).

C’est lui, le capitaine, qui a reçu des mains de Nelson Mandela le trophée de la Coupe du monde en 1995.

L'idée reçue selon laquelle le rugby sud-africain serait un sport de Blancs ne résiste pas à l'analyse. Instrumentalisé par le régime politique durant l'Apartheid, le rugby est en réalité pratiqué par tous les groupes raciaux depuis ses origines coloniales.

L'histoire du rugby sud-africain est indissociable de la diffusion des pratiques sportives par la matrice coloniale britannique. Inventé selon la légende par le Britannique William Web Ellis, à la Rugby School, en 1823, le rugby débarque en Afrique du Sud au port de la colonie du Cap dans les années 1860.

Pour la population blanche, les sociabilités du rugby relèvent à l'école ou au club d'une pratique de distinction sociale et d'une affirmation de la supériorité raciale. De plus, ce sport s'organise au sein de réseaux sportifs et scolaires distincts et racialisés.

Cette distinction se retrouve sur le plan institutionnel avec la création de fédérations : la South African Rugby Board pour les Blancs en 1889 et la South African Coloured Rugby Football Board en 1887.

La mise en place de l'Apartheid, en 1948, exacerbe la fragmentation politique et culturelle du rugby.

Pour les populations blanches, les établissements réservés aux garçons cumulent prestige académique et excellence sportive : de leurs rangs sortent aussi bien l'élite politique et économique que les futurs Springboks.

Mais l'oppression politique ne diminue en rien la pratique du sport pour les populations de couleurs.

Sur le plan institutionnel, les communautés noires et métisses s'organisent pour créer en 1966 leur propre fédération, la South African Rugby Union qui promeut la pratique du rugby multiracial.

A l'échelle internationale, le boycott des équipes sud-africaines a pour but de fragiliser le gouvernement afrikaner.

Néanmoins, les politiques de réconciliation dans le domaine du sport accompagnent l'avènement de la démocratie en 1994, comme le prouve la fusion des deux fédérations antagonistes dès 1992. Surtout, l'Afrique du Sud remporte son Mondial en 1995. Malgré la présence d'un seul joueur de couleur, Chester Williams, Mandela fait de cette victoire sportive un succès politique.

Pourtant, malgré une politique de quotas raciaux mise en place en 1999 puis abandonnée en 2003, les Springboks demeurent une sélection où les joueurs blancs sont nettement majoritaires.

Si l'équipe des Springboks reste tributaire d'un système scolaire inégal et racialisé, sa composition évolue donc.

François Pienaar : Un leader inspirant

François Pienaar a mené les Springboks, l'équipe sud-africaine de rugby, à la victoire lors de la Coupe du monde 1995, aidant Nelson Mandela à unir l'Afrique du Sud. «C'est sous son leadership inspirant que le rugby est devenu la fierté de tout le pays, son leadership s'est étendu au-delà du terrain du rugby et il représente vraiment tous les Sud-Africains. Sous sa direction inspirante, une nation a été réunie.

Pienaar est né en 1967 à Vereeniging, en Afrique du Sud. En 1993, il rejoint l'équipe nationale de rugby, les Springboks. Le pays était en état de troubles. Pienaar a aidé en menant les Springboks à la victoire lors de la Coupe du monde 1995.

«Ce qui s'est passé, c'est que Nelson Mandela a dit« merci beaucoup pour ce que vous avez fait pour l'Afrique du Sud », mais j'ai dit« merci pour ce que vous avez fait ».

Entre 1994 et 1995, l'Afrique du Sud a connu une transition historique loin de l'apartheid. Nelson Mandela et FW De Klerk dirigeaient soigneusement le pays de la domination blanche minoritaire à la domination noire majoritaire à travers des négociations difficiles et parfois perfides.

Pendant ce temps, Mandela s'était intéressé au rugby.

Alors que l'Afrique du Sud et son équipe nationale de rugby entraient dans l'actualité internationale, François Pienaar s'est rendu compte que sa participation individuelle au rugby et à l'équipe transcendait le simple sport.

Les Springboks étaient classé neuvième du tournoi de la Coupe du monde et ne devrait pas détrôner les champions sortants, l'Australie. Mais dans un match époustouflant, ils ont battu les Australiens au premier tour, 27-18.

L'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande se sont rencontrées en finale au stade Ellis Park à Johannesburg.

Au lendemain de la victoire, le charisme et les capacités de leadership de François Pienaar l'ont propulsé vers une reconnaissance internationale pour ses talents de joueur et son statut de Dieu dans son pays d'origine où le rugby est considéré comme une religion.

François livre une présentation émouvante et inspirante sur la façon dont il a dirigé l'équipe sud-africaine de rugby contre toute attente pour lever la Coupe du monde de rugby en 1995.

Nelson Mandela avait amené la Coupe du monde de rugby en Afrique du Sud pour l'utiliser pour mettre en évidence la fin de l'apartheid au les peuples d'Afrique du Sud et du reste du monde.

Surtout, il discute de l'effet que son équipe (travaillant en privé sur un plan avec Nelson Mandela) pourrait et aurait sur une nation entière, aidant non seulement à unir un pays, mais aussi à montrer très publiquement au monde que l'apartheid était terminé.


Aspect Description
Capitaine de l'équipe de rugby d'Afrique du Sud en 1995 François Pienaar
Rôle de Nelson Mandela A utilisé la Coupe du monde de rugby pour promouvoir l'unité et la réconciliation en Afrique du Sud.
Transformation du rugby Efforts pour rendre le rugby plus inclusif et représentatif de la diversité de l'Afrique du Sud.
Controverses Soupçons de dopage et sur-représentation de maladies neurologiques rares chez les joueurs de cette époque.

tags: #capitaine #equipe #de #rugby #afrique #du