France vs Argentine : Un Match Historique aux JO de Tokyo

Les volleyeurs français ont gravé leur nom dans l'histoire en se qualifiant pour la première fois en finale des Jeux olympiques, après avoir facilement éliminé l'Argentine (3-0) ce jeudi à Tokyo. Retour sur un match mémorable et un parcours exceptionnel.

La folie a envahi l’Arena d’Ariake de Tokyo. En contrant une attaque adverse, le jeune Barthélémy Chinenyeze a provoqué d’impressionnantes scènes de joie. Les larmes de joie et les rires illuminent les visages des Français. Les sonos de la salle crachent la chanson de Joe Dassin « les Champs Elysées ». C’est historique !

Un Parcours Improbable Vers la Gloire

Cette finale récompense un parcours improbable, de ceux qui restent longtemps dans les mémoires. Imaginez une équipe qui perd deux de ses trois premiers matchs, contre les Etats-Unis et l’Argentine, et redoute de se faire éliminer dès le premier tour, comme aux Jeux de Rio, en 2016. Imaginez ensuite cette même équipe, toujours en phase de poules, dominer la Russie (déjà) et arracher un point du tie-break contre le Brésil, champion olympique en titre.

En quarts de finale, victoire sur les doubles champions du monde polonais, après avoir été menés deux sets à un ! C’était avant un succès sur l’Argentine, retrouvée en demi-finales, puis avant cette seconde victoire de l’été sur la Russie. La plus belle, à n’en pas douter, de toute l’histoire du volley-ball français.

« Chaque fois que l’on s’est planté, c’est lorsque l’on pensait être favoris », résume le passeur Antoine Brizard.

Les Notes des Bleus contre l'Argentine

Le passeur et le pointu français ont sorti un match juste face à l'Argentine (3-0), ce jeudi, pour envoyer les Bleus en finale des JO de Tokyo. Ils ont été parfaitement épaulés par Trévor Clévenot, efficace en attaque, et Jenia Grebennikov, toujours très solide en fond de terrain.

  • Jean Patry (7/10): Quasi métronomique depuis le début du tournoi, meilleur marqueur français du match (16 pts à 52 % en attaque).
  • Antoine Brizard (7/10): Match dynamique et juste, pianotant habilement entre Patry, Ngapeth et Clevenot.
  • Jenia Grebennikov (7/10): Réception solide et gesticulation verbale et physique incessantes pour maintenir le groupe en vigilance.
  • Trévor Clevenot (7/10): Prestation offensive redoutablement efficace, avec 14 points à 14/17 en attaque.
  • Earvin Ngapeth (6/10): Malgré des difficultés offensives, précieux sur certains moments chauds.
  • Nicolas Le Goff (6/10): Présent et dissuasif au block, perturbant les mises en place offensives argentines.
  • Barthélémy Chinenyeze (5/10): Partie discrète en attaque, mais application défensive et participation active à la bonne tenue du block français.

Jean Patry, meilleur marqueur du match contre l'Argentine. (P. Lahalle/L'Équipe)

La Finale Épique Contre la Russie

Les volleyeurs français sont champions olympiques. Ils ont disposé de la Russie en finale des Jeux, samedi 7 août à Tokyo. Victoire trois sets à deux (25-23, 25-17, 21-25, 21-25, 15-12), presque deux heures et demie après le coup d’envoi.

D’abord au premier set : les Bleus sont menés de trois points (16-19) lorsque le sélectionneur, Laurent Tillie, demande un temps mort. Première explication, premières solutions : les Français reprennent l’avantage (23-22), sur le tard, passant devant grâce à un smash d’Earvin Ngapeth. Smash contré par les Russes, mais en dehors du terrain. Le deuxième set est plus limpide, face à des adversaires encore sonnés d’avoir laissé échapper le premier.

Tout l’inverse des troisième et quatrième manches, lors desquelles les Russes reprennent des forces, encouragés par une délégation peu avare en « Davaï » (allez) et autres exhortations. Et que dire du tie-break… Intenable.

« A deux sets partout, on s’est dit : “Les gars, c’est pas grave, ce sera encore plus beau de gagner trois sets à deux que trois sets à zéro” », raconte Kévin Tillie, dont le père n’est autre que le sélectionneur.

« On a eu un coup de barre, on n’avait plus d’énergie, mais on est allé chercher avec le cœur la médaille d’or », apprécie Trévor Clévenot.

Avec aussi « beaucoup de lucidité », insiste son coéquipier Benjamin Toniutti. Il en fallut, en effet, pour rattraper les trois points d’avance pris par les Russes en début de cinquième manche.

JEUX OLYMPIQUES - Le replay intégral de la finale France-ROC en volleyball à Tokyo (2020)

Une Équipe de "Survivants"

« On est des survivants », s’exclamait Laurent Tillie, qui n’en avait pas fini. Ces Bleus ont surpris tout le monde, à commencer par leurs adversaires.

« On fait des choses qu’on n’a pas l’habitude de voir au volley, expliquait Jean Patry après la demi-finale. Un mélange de combativité et de créativité par moments. Avec des points qui peuvent faire mal à l’adversaire et nous renforcent mentalement. »

Comme Antoine Brizard ou Barthélémy Chinenyeze, Patry a rajeuni les rangs d’une génération déjà parmi les plus douées du volley français, celle des Earvin Ngapeth, Jenia Grebennikov et Benjamin Toniutti.

L'équipe de France de volley-ball, championne olympique à Tokyo 2021.

La Force d'un Collectif

« On a envie d’être tous ensemble dans la lumière », expliquait Grebennikov dès le premier rassemblement pré-olympique, à Mulhouse, au mois de mai.

« On essaie d’oublier l’enjeu, on est une bande de potes qui jouent au volley », précisait Earvin Ngapeth.

Les années avançant, la bande de potes a grandi. « Il y a beaucoup plus de moments sérieux dans nos retrouvailles, dans nos discussions, poursuit Ngapeth, qui a signé dans le même club que Jenia Grebennikov, à Modène (Italie). Ça m’a fait bizarre de l’appeler pour lui parler de l’école des enfants. »

Grebennikov s’en amuse : « Des familles se créent, on se retrouve pour les mariages, certains me disant “Ah, Jenia, t’as des cheveux blancs”, il y en a qui vont devenir chauves. »

Héritage et Avenir

Aujourd’hui, Laurent Tillie n’hésite pas à comparer équipes et époques. Comme joueur, il avait disputé les Jeux 1988 de Séoul, la première des cinq participations olympiques du volley français. Jusqu’à cet été, toutes avaient échoué avant les quarts de finale.

L’entraîneur de l’équipe de France s’apprête à céder ses fonctions au Brésilien Bernardo Rezende, une référence, après avoir conduit les Bleus jusqu’à leurs premiers titres : premier Euro (2015), premières Ligues mondiales (2015 et 2017) et désormais première médaille olympique, en or de surcroît.

Earvin Ngapeth, Jenia Grebennikov, Trévor Clévenot, Jean Patry, Kévin Tillie ? Tous fils d’anciens volleyeurs. Le sélectionneur national espère désormais que « des garçons et des filles » auront envie de se joindre à eux, bien au-delà des familles d’initiés.

Le titre olympique, « magnifique vitrine », a donné à voir son sport. « Un sport sans contacts, esthétique, spectaculaire, mental », vante-t-il. Un sport « mondial ».

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