Depuis ses premières participations aux Jeux Olympiques en 1964, le Cameroun a su progressivement se tailler une place de choix parmi les nations africaines les plus performantes sur la scène olympique. La véritable révolution olympique du Cameroun intervient en 2000 à Sydney.
L’équipe nationale de football senior réalise un parcours héroïque, battant tour à tour le Brésil et l’Espagne, pour finalement s’adjuger le titre olympique. Dès lors, les champions camerounais se succèdent. Françoise Mbango, en 2004 puis 2008, devient la première femme du pays à remporter deux médailles d’or olympiques, en s’imposant au triple saut.
Avec seulement 6 médailles en 21 participations, le bilan olympique du Cameroun reste encore modeste.
Sydney, Jeux Olympiques 2000. Vainqueur en début d’année de la CAN, le Cameroun retrouve les Jeux Olympiques seize ans après sa première participation et quatre après le sacre du Nigeria, première équipe africaine à gagner les JO.
Sans pression, les partenaires de Patrick Mboma sortent d’une poule où sont également logés les États-Unis, le Koweït et la République tchèque. Baladés entre Brisbane et Canberra, ils ne découvriront la cité olympique qu’en finale.
Avant cette dernière étape, devant les 114.000 spectateurs du Stade Olympique, les Lions Indomptables ont fait honneur à leur surnom en écartant le Brésil après prolongation (1-2) puis le Chili, sur le même score, à Melbourne. D’indomptables, les Lions deviennent invincibles et décrochent l’or.
Plusieurs joueurs prennent dans la foulée l’avion pour Paris, où un amical contre la France les attend le 4 octobre. Auréolé de sa gloire olympique, Patrick Mboma inscrira au stade de France un but devenu mythique (1-1). « La dimension mentale apparaît primordiale, avec une série de scénarios défavorables durant la phase à élimination directe que l’équipe a toujours su surmonter. »
Contre le Brésil, elle mène 1-0 jusque dans les dernières minutes, prend un deuxième carton rouge et finit par l’emporter à neuf. Contre le Chili, l’équipe encaisse un but et revient au score. Pareil contre l’Espagne. Cela montre des ressorts mentaux très forts.
Le programme des JO impose des matchs rapprochés avec des groupes réduits et des joueurs plus sollicités. Pour surmonter les obstacles et aller au bout, la dimension physique était également bien présente et a longtemps été un marqueur de cette sélection. Le groupe était de qualité.
« Les joueurs camerounais aiment l’attaque. Ma politique c’est que si nous attaquons l’autre équipe, elle ne peut pas nous attaquer », expliquait Jean-Paul Akono, le sélectionneur. L’équipe était-elle vraiment conçue pour être offensive ? Je ne sais pas. Ce qui est en revanche certain, c’est qu’elle a souvent dû aller chercher les résultats et a donc joué vers l’avant.
La doublette offensive Mboma-Eto’o avait fait ses preuves au Ghana et au Nigeria, le jeu était direct avec une recherche rapide des deux attaquants. Oui, le Cameroun jouait vers l’avant, avec beaucoup de verticalité. Pour autant, je ne pense pas que l’équipe était ouvertement bâtie de façon offensive. Elle savait aller chercher le résultat et n’était pas bridée offensivement.
Sur l’action qui amène le deuxième but contre le Brésil, alors que l’équipe est réduite à neuf il reste encore trois joueurs qui suivent l’action. Des profils comme ceux des latéraux Gérémi Njitap et Pierre Womé étaient à la fois très durs défensivement mais aussi dotés de bonnes qualités d’utilisation du ballon, qui permettaient de passer rapidement de phase défensive en phase offensive. Était-ce vraiment un choix ? Je ne le pense pas.
Le triomphe du Cameroun suit alors celui de Nigeria en 1996, à Atlanta. Le football africain a bénéficié pendant un temps des changements de règles et des stratégies des clubs. Après la Coupe du monde 1990, de nombreux réseaux se sont mis en place, à travers des clubs ou des agents, pour détecter des jeunes joueurs et les envoyer effectuer leur post-formation en Europe.
L’équipe du Nigeria de 1996 ou l’équipe du Cameroun de 2000 ont par conséquent bénéficié de ces joueurs formés ou post-formés dans des centres de formation de prestige, tels que l’Ajax Amsterdam, le Real Madrid, le FC Barcelone… Cela explique que sur un tournoi comme les JO ils aient été capables de se mettre au niveau sans délai.
Dans un deuxième temps, l’assouplissement des règles sur les nationaux et l’arrêt Bosman ont facilité la possibilité pour les joueurs africains de jouer dans des grands clubs. Ainsi, l’équipe du Nigeria de 1996 comptait des joueurs d’Arsenal, de l’Ajax et d’autres clubs de Ligue des Champions. Pour le Cameroun, c’était pareil. Par la suite, la FIFA a imposé aux clubs de ne plus recruter de joueurs de moins de 18 ans.
Le Cameroun a ensuite enchaîné avec la CAN 2002. Je pense que ce succès provient d’un mélange entre le travail des écoles de formation créées après la Coupe du monde 1990, la Kadji Sports Academy et les Brasseries du Cameroun qui ont formé des joueurs au niveau international, les parcours de l’équipe nationale au Mondial 1982 puis au Mondial 1990 et l’appétence développée de façon inconsciente par le Cameroun pour le duel physique.
Cette dernière spécificité tient notamment à ce que la coopération sportive, dans les premières années d’après l’indépendance, se faisait plutôt avec les pays de l’ancienne Yougoslavie, où la dimension athlétique était très importante dans la construction du footballeur, un peu plus en tout cas qu’en France et dans le reste du monde occidental.
Cameroun: "Etre champion olympique, ce sont des moments irremplaçables"
Cette génération avait envie de se montrer comme sa devancière de 1990, avec une dimension athlétique où les Camerounais étaient dominants et faisaient peur à leurs adversaires, mais aussi une certaine folie, avec des joueurs de talent voire de génie, on peut citer évidemment les attaquants Samuel Eto’o et Patrick Mboma, secondés par un très bon gardien et d’excellents lieutenants.
J’ai tendance à dire qu’il y avait dans cette équipe les « maçons », les lignes arrière, les « peintres » au milieu de terrain, avec Geremi Njitap, Marc-Vivien Foé et Pierre Womé, et enfin les « architectes », producteurs de beauté, en attaque.
Les Lions Indomptables ont mis 15 ans à gagner de nouveau un titre, en l’occurrence la CAN 2017. La vraie difficulté dans le sport de haut niveau consiste à garder son avance. L’équipe est peu à peu devenue moins impactante. Il n’y a pas eu de remise en question dans le groupe, ce qui a donné lieu à une lutte d’influence et de pouvoir en son sein.
Cette équipe a été utilisée jusqu’à la Coupe du monde 2010, avec auparavant une finale de CAN en 2008. Les leaders se sont accrochés à leur statut et n’ont pas su lâcher pour céder la place à une nouvelle génération et lui permettre d’éclore.
Les règles de la FIFA ont fait que les centres de formation camerounais ne produisent plus de la même manière, puisque la post-formation ne peut plus se faire en Europe. Enfin, le championnat national n’est pas d’un bon niveau. Cela n’a pas permis de régénérer le groupe par le Cameroun. Les joueurs formés localement ne vont plus se post-former dans des grands clubs et commencent bien souvent par des championnats plus exotiques ou secondaires.
Pendant longtemps, jusqu’en 2014 au moins, Samuel Eto’o a été l’arbre qui cachait la forêt.
Pour conclure, je dirais que le Cameroun a bénéficié d’un travail de longue haleine, mené localement dans les années 1970 et 1980. Cela a amené l’équipe de 1990. Celle-ci a généré les « petits frères » de 2000, qui ont gagné les JO et donné ses lettres de noblesse au Cameroun.
En 2000, le Cameroun avait remporté la Coupe d’Afrique des nations, organisée au Nigeria et au Ghana. Le football est le sport numéro 1 au Cameroun, et tout ce qui concerne les Lions Indomptables intéresse les gens.
Bien sûr, dans cette sélection olympique, il y avait des joueurs qui avaient remporté la CAN sept mois plus tôt : Patrick Mboma, Geremi Njitap, Samuel Eto’o, Lauren Etamé Mayer, Pierre Womé et Daniel Bekono, qui était le gardien titulaire.
Nous étions heureux de participer aux Jeux olympiques, mais nous n’avions pas d’ambition particulière. On voulait faire le meilleur parcours possible, mais sans se mettre de pression, car nous savions qu’il y avait des équipes bien plus fortes que la nôtre, notamment le Brésil.
Nous nous étions préparés à Montpellier, à Manchester et en Autriche. Lors du premier tour, le Cameroun joue ses matchs à Brisbane et Canberra, loin de Sydney. Nous n’avions pas défilé lors de la cérémonie d’ouverture, puisque le tournoi de football débute avant celle-ci, et que nous ne pouvions pas effectuer un aller-retour pour y participer.
Sydney, c’était loin, et presque tout se passait là-bas. Mais il y avait quand même toujours un peu plus de 20 000 spectateurs pour nos matchs du premier tour, les gens s’intéressaient au tournoi de football.
Ce premier tour, on le passe après avoir battu le Koweït (3-2) et réalisé deux matchs nuls contre les Etats-Unis (1-1) et la Tchéquie (1-1). On a parfois un peu de réussite, notamment face aux Tchèques. Mais le travail est fait.
Nous avions franchi le premier tour, c’était bien, mais on ne voulait pas s’arrêter là. Je sais que les Brésiliens étaient perçus comme les grands favoris de ce match, que beaucoup d’observateurs disaient que c’était fini pour nous.
Ce match, je m’en souviendrai toujours : Mboma ouvre le score assez vite (17e), Geremi et Nguimbat sont expulsés, et dans le temps additionnel, Ronaldinho égalise. Cela signifie que l’on va jouer les prolongations à neuf contre onze face au Brésil !
Nous sommes dans l’action, dans l’émotion et Modeste marque un but superbe, d’une magnifique frappe du droit (113e). Mais notre coach ne nous avait pas dit avant le match que la règle du but en or s’appliquait. Je ne sais même pas s’il était au courant.
Une fois qu’on arrive en demi-finales, l’objectif est d’aller au bout. Je le répète, les Camerounais sont des compétiteurs. Plus on avançait dans le tournoi, plus on voulait décrocher une médaille, si possible en or.
Mais nous avions cette force de ne pas nous mettre trop de pression. Au pays, la victoire face au Brésil avait eu un certain retentissement. Ce match face au Chili, nous n’avons eu que trois jours pour le préparer.
Et le Chili s’était déplacé avec Ivan Zamorano, qui jouait à l’Inter Milan. Les Chiliens ouvrent le score à quinze minutes de la fin, mais nous parvenons à gagner grâce à Mboma et à un penalty d’Etamé à la 89e.
Nous n’avons rien changé à notre façon de faire. Mêmes horaires d’entraînement, mêmes séances. On allait parfois au Mc Do du village olympique, et on avait mangé des frites et des hamburgers, j’avoue (Rires.) Le tout en profitant raisonnablement de l’ambiance au village. On croisait des stars de l’athlétisme, du basket, il nous arrivait d’échanger un peu avec, et même de danser. Mais on était concentré sur notre finale, qu’on voulait gagner.
L’Espagne mène 2-0 à la mi-temps et on souffre physiquement. Mais les Espagnols semblent un peu trop sûrs d’eux, et on en profite pour marquer deux buts (Amaya contre son camp, 53e, et Eto’o, 58e). Le score ne bouge plus et ça se joue aux tirs au but.
Nous marquons les nôtres et les Espagnols en ratent un, leur joueur (Amaya) trouve la barre. Evidemment, c’est une explosion de joie. On gagne le tournoi sans forcément avoir la meilleure équipe, mais il y avait une énorme solidarité entre nous.
Plusieurs joueurs prennent le premier avion pour Paris, où la sélection A du pays doit affronter la France, le 4 octobre, à Saint-Denis. Patrick Mboma lui-même inscrira face aux Bleus un but devenu mythique (1-1).
Quelques semaines plus tard, nous avons été invités à Yaoundé par le président Paul Biya pour célébrer l’événement. Cela manquait un peu de spontanéité, mais on n’avait pas pu s’y rendre plus tôt à cause de la reprise des championnats européens. Cette médaille d’or nous a permis une reconnaissance internationale. » Et surtout inattendue !
Près de vingt et un ans après le titre olympique remporté face à l’Espagne (2-2, 5-3 aux tirs au but), Patrick Mboma semble toujours sous le coup de la surprise quand il retrace le parcours des Lions indomptables en Australie. Il est alors, à 29 ans, le plus âgé des internationaux camerounais.
La Fédération internationale de football (FIFA) autorise chaque sélection à choisir trois joueurs de plus de 23 ans. Comme ses quatre compatriotes Pierre Womé, Samuel Eto’o, Mayer Lauren et Geremi Njitap, l’attaquant de Parme (Italie) a remporté six mois plus tôt la Coupe d’Afrique des nations (CAN) au Nigeria.
« Au début de l’année 2000, on pensait à la CAN, et au match amical programmé le 4 octobre contre la France, qui était championne du monde 1998 et qui allait devenir championne d’Europe en juillet ! Alors, les JO, on y allait sans ambition particulière, car on savait qu’il y avait plus fort que nous. J’étais un peu en mode touriste. J’avais d’ailleurs acheté un appareil photo numérique, un outil encore assez rare à l’époque », se souvient-il aujourd’hui.
Les Camerounais, placés au premier tour dans un groupe où figurent également les Etats-Unis, le Koweït et la République tchèque, sont d’abord loin de Sydney. Ils jouent leurs matches à Brisbane et à Cambera, ce qui les prive de la cérémonie d’ouverture. « Nous n’avions pas vraiment l’impression de participer aux JO », explique Patrick Mboma.
Les Lions, après avoir battu le Koweït (3-2) et accroché les Américains (1-1), se qualifient pour les quarts de finale grâce au match nul (1-1) obtenu face à des Tchèques malchanceux. Mais une fois le nom de leur adversaire connu - le Brésil -, nombreux sont ceux qui prédisent déjà la fin de l’aventure australienne pour l’équipe entraînée par Jean-Paul Akono, le sélectionneur.
« Pour tout le monde, le Brésil était le grand favori. J’ouvre le score, le Brésil égalise à la fin du match, et on joue la prolongation à neuf contre onze, puisque deux de nos joueurs, Geremi Njitap et Aaron Nguimbat, avaient été expulsés : on se dit que c’est mission impossible. Mais le Brésil se voit refuser un but qui semble valable, et on gagne (2-1), grâce au but en or (113e) », se souvient Patrick Mboma.
« Quand Modeste Mbami marque, on ne savait même pas que nous venions de nous qualifier, car notre coach ne semblait pas être au courant que la règle du but en or s’appliquait. », ajoute-t-il.
S’ils veulent voir Sydney et son village olympique, les Camerounais savent qu’ils doivent atteindre la finale, et donc éliminer le Chili en demi-finale, à Melbourne. Akono décide de titulariser le gardien Carlos Kameni, âge de 16 ans seulement, mais qui dégage une étonnante maturité.
Le Chili, qui ouvre le score à douze minutes de la fin, perd complètement les pédales en fin de match, permettant à Patrick Mboma puis à Lauren d’envoyer les Lions en finale contre l’Espagne, le 30 septembre.
« On a alors découvert le village olympique. Le bâtiment que nous occupions était à cinquante mètres d’un McDonald’s. Certains joueurs ont un peu forcé sur les hamburgers et les frites, ce qui n’est pas idéal avant une finale ! », ajoute, amusé, l’ancien attaquant.
Le jour J au Stade Olympique et devant 114 000 spectateurs, les Camerounais souffrent le martyr en première mi-temps, dépassés par la vivacité des Espagnols. A la mi-temps, l’Espagne mène 2-0 et le vestiaire des Lions est gagné par la morosité. Jean-Paul Akono semble résigné, mais Patrick Mboma, en bon leader, remobilise les troupes.
« J’ai dit que si l’Espagne avait marqué deux fois, on pouvait le faire ! » Et, en cinq minutes (53e et 58e), les Camerounais reviennent au score (2-2), grâce notamment à un but du jeune Samuel Eto’o, avant de s’imposer lors de la séance de tirs au but (5-3) face à des adversaires trop sûrs d’eux.
« Nous n’avions pas la meilleure équipe sur le papier, mais il y avait cette solidarité, nous n’avions peur de rien. Et la chance était avec nous », admet Patrick Mboma.
Les Lions auront à peine le temps de fêter la première médaille d’or de l’histoire du Cameroun. Plusieurs joueurs prennent le premier avion pour Paris, où la sélection A du pays doit affronter la France, le 4 octobre, à Saint-Denis. Patrick Mboma lui-même inscrira face aux Bleus un but devenu mythique (1-1).
« Quelques semaines plus tard, nous avons été invités à Yaoundé par le président Paul Biya pour célébrer l’événement. Cela manquait un peu de spontanéité, mais on n’avait pas pu s’y rendre plus tôt à cause de la reprise des championnats européens. Cette médaille d’or nous a permis une reconnaissance internationale. » Et surtout inattendue !
Voici une liste des vainqueurs des tournois de football aux Jeux Olympiques :
| Année | Vainqueur | Ville hôte |
|---|---|---|
| 1908 | Angleterre | Londres |
| 1912 | Angleterre | Stockholm |
| 1920 | Belgique | Anvers |
| 1924 | Uruguay | Paris |
| 1928 | Uruguay | Amsterdam |
| 1936 | Italie | Berlin |
| 1948 | Suède | Londres |
| 1952 | Hongrie | Helsinki |
| 1956 | URSS | Melbourne |
| 1960 | Yougoslavie | Rome |
| 1964 | Hongrie | Tokyo |
| 1968 | Hongrie | Mexico |
| 1972 | Pologne | Munich |
| 1976 | République démocratique allemande | Montréal |
| 1980 | Tchécoslovaquie | Moscou |
| 1984 | France | Los Angeles |
| 1988 | URSS | Séoul |
| 1992 | Espagne | Barcelone |
| 1996 | Nigeria | Atlanta |
| 2000 | Cameroun | Sydney |
| 2004 | Argentine | Athènes |
| 2008 | Argentine | Pékin |
| 2012 | Mexique | Londres |
| 2016 | Brésil | Rio de Janeiro |
| 2020 | Brésil | Yokohama |
| 2024 | Espagne | Paris |

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