Le FC Thoune, actuel leader de Super League, surprend par ses performances malgré un budget modeste. Loin des paillettes et des dépenses somptuaires des grands clubs, Thoune mise sur des valeurs humaines et une gestion rigoureuse pour se hisser au sommet. Cet article explore les clés de cette réussite inattendue.

La Stockhorn Arena, le stade du FC Thoune.
1. La Force du Collectif : Un Esprit d'Équipe Indestructible
Là où les vestiaires de « grands clubs » s'épuisent en luttes d'égos pendant les matchs, Thoune a créé un ciment collectif indestructible basé sur la camaraderie et le sacrifice de soi. Pas de stages clinquants à Dubaï ou Marbella. Le groupe se retrouve dans un chalet rustique, joue au « jeu de l'Oreo » et cultive un vrai sens du collectif et du sacrifice pour les autres.
Christopher Ibayi, arrivé en janvier 2025, se souvient avec amusement du « jeu de l'Oreo », devenu culte dans le vestiaire. « Une atmosphère comme celle-là, c'est rare dans le foot, sourit Ibayi. J'ai eu la chance de connaître pas mal de groupes (Bastia, Tours, Versailles, Rouen, AC Ajaccio, notamment), et je pense que c'est la première fois je ressens de telles choses avec des coéquipiers. »
L'entraîneur de cette équipe, Mauro Lustrinelli, acquiesce. « La cohésion d'équipe est clairement l'une de nos grandes forces, tout comme notre mentalité. Ce sont deux éléments fondamentaux pour nous. » Cette force collective s'explique en grande partie par la montée acquise la saison passée et la continuité sportive qui a suivi. Peu de retouches, aussi bien dans l'effectif que dans le staff technique, et un noyau dur conservé.
Quand les cadors du Championnat suisse se doraient la pilule sous le soleil espagnol ou turc pour évacuer les excès des fêtes de fin d'année, joueurs et staff de Thoune ont bravé le froid. Pas de vol charter ni de complexe luxueux : direction un chalet rustique, encore dans son jus, à quelques kilomètres seulement de leur fief, situé à 30 kilomètres au sud de Berne. Ici, pas de séances de remise en forme au bord de la piscine, ni d'activités prémâchées par un staff pléthorique. Les joueurs ont improvisé leurs propres divertissements, parce que leur bonheur est dans les choses simples.
2. La Stabilité : Un Atout Maître
L'instabilité est le cancer du football moderne. Il est plus facile de changer d'entraîneur ou de directeur sportif que d'identité et de philosophie globale. À Genève (Servette FC), on a consommé 5 présidents et 4 entraîneurs en quelques saisons. Le board passe son temps à changer de stratégie sportive sans même demander l’avis de ses principaux spécialistes internes.
Andres Gerber pilote la direction sportive depuis 2009. est en place depuis 4 ans. Cela est un gage de stabilité au sein du club. Cette structure limpide offre un cadre sécurisant. On ne reconstruit pas tout chaque été ; on peaufine une philosophie de jeu déjà acquise.
Football, finance et business models [Henri Philippe et Bruno Belgodère]
3. Pragmatisme et Efficacité : Transformer la Précarité en Force
Avec un effectif valorisé à 16 M€, ce qui est très peu au vu du championnat, Thoune évolue dans une autre galaxie financière que les premiers de la classe que sont les Young Boys ou Bâle. Aucun joueur n'est acheté plus de 600 k€. Ils n'ont pas même de terrain d'entraînement dédié (ils s’entrainent sur le synthétique du stade). C'est du pragmatisme et de l'efficacité absolus. La précarité est devenue une force.
« Financièrement, nous faisons partie des plus petits budgets de la ligue, sans doute entre la 10e et la 12e place (sur 12) », détaille Andres Gerber, le président du club. Et contrairement aux principales écuries suisses, Thoune n'a jamais investi plus de 600 000 euros pour recruter un joueur. Il n'a pas non plus vendu le moindre joueur pour plus de deux millions d'euros depuis sa fondation, en 1898. Une singularité à ce niveau, que seul le FC Winterthur, actuelle lanterne rouge du Championnat suisse, peut également revendiquer.
4. Plaisir et Ambition : Un Cocktail Détonnant
« Personne ne nous attend en tête du Championnat. Et à Thoune, on ne se concentre pas uniquement sur le travail, le succès et l'argent. On veut avoir une bonne vie, prendre du plaisir, sourire. Ce sont, je pense, des raisons qui expliquent notre saison fantastique », poursuit Gerber.
La question se pose désormais : cap sur le titre, et la Ligue des champions la saison prochaine ? « On en a envie, évidemment, mais ce n'est pas un objectif », glisse le président Andres Gerber. Fidèle à son discours, l'entraîneur Mauro Lustrinelli préfère calmer le jeu : « Nous restons concentrés sur le présent. Le titre, ce n'est pas notre préoccupation aujourd'hui. Si nous atteignons le tour final pour la Ligue des champions (*), il restera cinq matches et nous ferons alors le point. »
5. Les Budgets des Clubs Suisses
Le tableau suivant montre le développement de la valeur marchande totale des clubs dans la compétition.
| Club | Championnat / Ligue | Valeur |
|---|---|---|
| BSC Young Boys | Super League | 62,88 mio. € |
| FC Bâle 1893 | Super League | 71,70 mio. € |
| FC Lugano | Super League | 45,98 mio. € |
| FC Saint-Gall 1879 | Super League | 34,63 mio. € |
| FC Lausanne-Sport | Super League | 31,33 mio. € |
| FC Lucerne | Super League | 26,25 mio. € |
| FC Zürich | Super League | 21,00 mio. € |
| Grasshopper Club Zurich | Super League | 21,13 mio. € |
| Servette FC | Super League | 21,78 mio. € |
| FC Sion | Super League | 19,05 mio. € |
| FC Thun | Super League | 15,88 mio. € |
| FC Winterthur | Super League | 8,63 mio. € |

Les joueurs du FC Thoune célébrant une victoire.