La Coupe du Monde de Rugby : Une Histoire de Mondialisation et de Traditions

La Coupe du Monde de Rugby est bien plus qu'un simple tournoi sportif. C'est une saga riche en histoire, en traditions et en rivalités, qui a façonné le monde du rugby tel que nous le connaissons aujourd'hui. Cet article explore les origines de ce prestigieux événement, son évolution au fil des ans et son impact sur la mondialisation du rugby.

Les Origines et la Lente Gestation de la Coupe du Monde

Le rugby n’a eu sa Coupe du monde que 47 ans après le football. Ce retard signale une volonté de rester tout d’abord dans l’entre-soi des pays britanniques, puis du Commonwealth. Toutefois, afin de faire vivre les rugby unions, leurs dirigeants n’ont pas hésité à organiser des tournées rémunératrices soutenues notamment par les nations de l’hémisphère sud. Exclus du Tournoi des cinq nations au début des années 1930, les rugbymen français promeuvent un internationalisme sportif non exclusif.

La gestation de la Coupe du monde de rugby est une longue histoire. Arrimée à des rivalités de clochers variant selon la taille de la chapelle, l'Ovalie a longtemps été réfractaire à l'idée d'une telle mondialisation. Quand Albert Ferrasse lance l'idée d'une compétition planétaire à la fin des années 70, le président de la FFR reçoit de l'IRB une fin de non-recevoir courtoise mais ferme : "continuez de penser, cher Albert !"

Les Premières Rencontres Internationales

La réponse à cette première question suppose d’effectuer un détour historique en observant comment les différents acteurs du rugby organisent la diffusion du jeu dès la fin du xixe siècle ? En effet, l’organisation des premières rencontres internationales est particulièrement significative d’une volonté des Britanniques de contrôler cette diffusion en limitant les échanges entre les nations suffisamment « cultivées » pour se disputer le ballon ovale.

Ainsi, le premier match international est joué entre l’Angleterre et l’Écosse, le 18 novembre 1870 sous la forme d’un défi, sans une volonté réelle d’établir une hiérarchie. La dimension significative de cette rencontre s’observe plutôt dans l’attribution d’un trophée au vainqueur de la confrontation : la Calcutta Cup.

Décernée pour la première fois, le 10 mars 1879, cette coupe vise tout à la fois à ritualiser l’affrontement et à récompenser l’équipe la plus généreuse et la plus valeureuse. Aussi, quand Paul Dietschy parle de tradition inventée pour la coupe du monde de Football, le monde du rugby n’a pas besoin de se construire de nouvelles légendes. Il a déjà construit ses propres mythologies.

L'Ère des Tournées Internationales

Dans la continuité de la légende de William Webb Ellis, chaque rencontre internationale rugbystique est porteuse de traditions qui ancrent ces oppositions dans l’imaginaire populaire et qui participent à la reconnaissance internationale du football-rugby. Au regard de cette première dynamique qui singularise le monde de l’ovalie et qui l’éloigne du besoin d’une compétition mondiale, il est important d’observer le deuxième processus d’internationalisation des rencontres rugbystiques. Celui-ci se caractérise par l’organisation de tournées entre les nations britanniques et les nations de l’hémisphère sud.

En effet, « les Anglo-Saxons structurent tout un système d’échanges internationaux exclusifs entre les équipes des îles britanniques et celles de l’hémisphère sud (Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Australie) à partir d’une logique de tournées réciproques et alternées entre ces différentes nations. Ce système leur permet de contrôler l’internationalisation du jeu tout en répondant à un triple enjeu sportif, économique et idéologique. »

En juin 1888, un collectif de joueurs britanniques se déplace dans l’Hémisphère sud pour disputer une série de 35 matches en Nouvelle-Zélande et en Australie. Pour la Rugby Football Union, cette tournée représente le moyen d’exercer une diplomatie parallèle et de renforcer le modèle colonialiste britannique.

S’appuyant sur le modèle de cette première tournée, c’est toute une dynamique d’échanges internationaux qui se construit alors entre les nations de l’Empire Britannique, à la fin du xixe siècle. Ainsi, entre février et décembre 1889, une équipe de Maoris appelée « the natives » débarque-t-elle dans les Iles Britanniques, pour y disputer une série de 74 rencontres à raison de quatre matches hebdomadaires.

Les dirigeants britanniques s’exonèrent du principe d’universalité de leur sport. Si une diffusion du rugby doit avoir lieu, elle doit rester sous leur contrôle et se limiter à des nations capables de pratiquer ce sport élitiste.

Si ces tournées se caractérisent par leurs dimensions sportives et festives, l’enjeu économique apparaît malgré tout l’élément dominant et structurant de ces échanges. Ainsi, quand l’équipe anglo-écossaise de Bill Mac Lagan part, en 1891, pour une tournée de 16 jours en Afrique du sud, agrémentée de réceptions et de parties de chasse, toutes les rencontres se jouent à proximité des comptoirs diamantaires de la Compagnie De Beers fondée par Cecil John Rhodes.

Très vite, il apparaît évident que les tournées sont également le prétexte à des échanges commerciaux pour des joueurs et des dirigeants qui appartiennent à l’élite sociale et économique de l’Empire britannique. Par ailleurs, l’organisation de ces tournées entre « adversaires » du même monde de l’ovalie présente l’avantage de générer une économie de l’entre-soi qui vont les dispense de créer des événements mondiaux lucratifs, à la différence du football.

En effet, comme le suggèrent les travaux de différents historiens, l’enjeu d’une Coupe du monde quadriennale est, en particulier, de créer une économie permettant une diffusion mondiale du ballon rond par une redistribution des profits. Les tournées internationales de la famille de l’ovalie n’ont pas cet objectif de partage des gains entre toutes les nations. Les bénéfices sont réservés aux seuls acteurs de ces échanges et permettent ainsi de conserver le pouvoir et le contrôle sur le rugby international.

Ainsi, après la première tournée des Néo-Zélandais au Royaume-Uni en 1905, c’est la somme de 8 908 livres que la fédération néo-zélandaise et les nations britanniques hôtes peuvent se redistribuer. Dans cette logique de contrôle des profits, la Rugby Football Union impose, très tôt, son autorité sur ces échanges. En effet, dès 1880, l’institution prend en charge l’ensemble des dépenses afférentes aux matches internationaux.

Pour autant, les nations de l’hémisphère sud cherchent multiplier ces échanges internationaux. Dans un premier temps, les dirigeants néo-zélandais cherchent à pérenniser les tournées avec les Britanniques en proposant de nouveaux modes de financement, en particulier à partir de premières formes de sponsoring et/ou de dédommagements des joueurs.

Malgré une première réticence des Britanniques, la marque de cigarette néo-zélandaise BDV finance un tiers des 6 000 livres nécessaires à la tournée de 1905 et les joueurs néo-zélandais vont percevoir trois shillings quotidiens pour compenser le manque à gagner de ces 6 mois de tournée dans le Royaume-Uni.

Parallèlement et pour des raisons évidentes de proximité géographique, les rencontres entre les nations de l’hémisphère sud se développent au début du xxe siècle. Si le premier déplacement des Néo-Zélandais en Australie est organisé en 1884, trois autres tournées sont effectuées en 1907, 1910 et 1914 pour une visite des Australiens en 1910.

Au cours de la même période, les échanges entre Néo-Zélandais et Africains du Sud sont plus difficiles à mettre en place. Ces difficultés peuvent s’expliquer par les effets de la guerre des Boers, mais aussi et surtout par la stratégie apparemment « perfide » des Britanniques qui mettent « en concurrence les fédérations de rugby de ces deux colonies pour déterminer qui affrontera la mère partie sur son sol, en ce début du xxe siècle ».

La Coupe du Monde de Rugby : Un Tournoi d'Exception

Reste que le rugby ne peut éternellement demeurer en dehors des grands-messes internationales. Après un nouveau rejet en 1983, l'IRB valide finalement en 1985 le principe de la première Coupe du monde, malgré les réticences de principe des Britanniques.

Bien que diffus, le sentiment de prendre part à un évènement qui allait faire date est pourtant bien réel. "Nous étions quand même conscients de vivre quelque chose de particulier, nous confie l'ancien ailier bayonnais Patrice Lagisquet. C'était la première Coupe du monde, ce n'était pas rien, même si comparée à une Coupe du monde aujourd'hui c'était un peu le jour et la nuit, il y avait une pression particulière."

Coupe du Monde 1987 : Le Début de l'Aventure

Deux ans plus tard, le rugby a rendez-vous en Nouvelle-Zélande et en Australie, co-organisatrices.

Ce Mondial 1987, celui des pionniers, relevait de l'aventure, du saut dans l'inconnu. Son esprit, c'était bien plus celui du camping sauvage que du palace quatre étoiles. Alors, le cadre sied à la perfection. Le Concord Oval dit tout de cette Coupe du monde inaugurale.

C'est une Coupe du monde d'un autre temps, celle d'un autre rugby. Encore amateur. Pas encore bodybuildé. Où l'on restait sur la pelouse pendant la mi-temps. Un rugby moins athlétique mais plus libre. Celui des envolées, plus que des percussions. Le rugby du sang, pas encore des commotions. Mieux ou moins bien, à chacun de juger. Mais à coup sûr différent.

"C'était un peu la préhistoire", a dit en 2011 Serge Blanco au Telegraph, le quotidien anglais.

Pour preuve, les Bleus effectuent en amont une préparation inédite pour l'époque. Le groupe se retrouve dans les Pyrénées, à Saint-Lary. Lagisquet, encore : "On avait effectué des tests physiques, avec sauts de vitesse, de force, les fameuses tractions à la barre qui étaient compliquées pour certains. Il y aurait quelques anecdotes à raconter là-dessus (il rigole). Des tests de VMA, aussi. Tout ça sortait de l'ordinaire pour nous."

Le Triomphe de l'Australie en 1991

En 1991, les Wallabies sont portés par Michael Linagh (66 points) et David Campese (24 points) sous la houlette de Bob Dwyer. Pendant cette demi-finale les Australiens terrassent les Néo-Zélandais (16-6) et David Campese réalise un match énorme qui le fait rentrer dans l’histoire de son sport. En finale, les Wallabies sont confrontés aux Anglais dans un match plus défensif qu’impressionnant.

Coupe du Monde 1999 : La Domination Australienne

En 1999, les Australiens impressionnent le monde du rugby en réalisant une compétition parfaite. En phase de poule, ils battent successivement la Roumanie (57-9), l'Irlande (23-3) puis les États-Unis (55-19). Les choses sérieuses commencèrent vraiment en quart de finale face au Pays de Galles (24-9), mais là encore les Wallabies sont irrésistibles.

Durant cette finale, l’Australie marche sur le XV de France (35-12) et c’est ainsi que le capitaine John Eales soulève le deuxième trophée pour l’Australie en 3 éditions.

Depuis ce titre, les Wallabies connaissent des résultats en dent de scie malgré deux finales en 2003 et 2015.

LE FRENCH FLAIR 🇫🇷 – L’ART DE JOUER À LA FRANÇAISE | Terres de Rugby #8

L'Ère du Professionnalisme

Quand surgit sur le sol sud-africain en 1995 la troisième édition du trophée Webb Ellis, deux milliardaires australiens, Rupert Murdoch et Kerry Packer, qui se vouent une haine féroce depuis quarante ans, s'affrontent avec pour enjeu le rugby à XV. À compter de 1993 et l'annonce du choix de l'Australie pour organiser les Jeux Olympiques en 2000, Murdoch, propriétaire de News Corp et résidant des États-Unis dont il domine les médias, veut phagocyter le marché du sport.

Présidée par le Français Bernard Lapasset, fils spirituel d'Albert Ferrasse, opposé depuis toujours au professionnalisme, l'IRB se réunit dans l'urgence à Paris.

Au terme de quarante-huit heures d'échanges musclés, le sud finit par imposer son point de vue. Mais Lapasset insiste pour le terme « professionnalisme » n'apparaisse pas dans le communiqué. Il lui préfère l'expression « open », utilisée par le golf et le tennis. Libre à chaque fédération de choisir son mode opératoire.

Ce 27 août 1995, face à la presse entassée dans le minuscule salon de l'hôtel Ambassador, boulevard Haussmann, Lapasset proclame la rupture avec un siècle d'amateurisme.

Les Lions Britanniques et Irlandais : Une Tradition Unique

Tous les quatre ans, à l’instar du Mondial, une sélection des meilleurs joueurs britanniques et irlandais part jouer dans l’hémisphère Sud. La première expédition remonte à 1888. Les spectateurs qui l’arborent rendent en fait hommage à une formation qui sait se faire désirer et ne jouera son prochain match que dans deux ans.

L’équipe des Lions britanniques et irlandais - de leur nom complet - rassemble les meilleurs rugbymen d’Angleterre, du Pays de Galles, d’Ecosse et d’Irlande à raison d’une tournée dans l’hémisphère Sud tous les quatre ans. Son premier match, en revanche, remonte à la fin du XIXe siècle.

Alors que les équipes nationales britanniques rechigneront splendidement à de telles expéditions jusque dans les années 1960, cette formation plurinationale invente, dès les années 1880, l’idée d’un rugby voyageur où, pour les joueurs, l’ailleurs ne se trouve pas à quelques heures de route, mais plutôt à des jours et des jours de traversée en bateau.

Si la Fédération anglaise a donné son blanc-seing à ces expéditions rugbystiques à partir de la deuxième tournée, en 1891 (cette fois en Afrique du Sud), il faudra attendre 1910 pour qu’elles reçoivent la bénédiction conjointe des quatre Home Unions. Quatre nations fondatrices qui acceptent désormais, à intervalles réguliers, de laisser de côté leurs antagonismes et de faire pavillon commun : l’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande et le Pays de Galles.

D’où l’emblème des Lions, un blason à quatre faces. Une pour la Rose anglaise, une pour le Chardon écossais, une pour le Trèfle irlandais, et une dernière avec les trois plumes d’autruche, attribut du Prince de Galles, ornement peut-être préférable au surnom de l’équipe nationale (le XV du Poireau).

« L’équipe n’a pas d’importance politique, mais elle a un rôle hautement symbolique à l’heure où la notion même de Grande-Bretagne est contestée et où le pays de Galles ainsi que l’Ecosse reconsidèrent leurs relations avec l’Angleterre », explique Tony Collins, professeur d’histoire du sport à l’université de Montfort à Leicester.

Les « touristes » adopteront le rouge à partir de 1950. Au cours d’une tournée en Nouvelle-Zélande, ce choix consiste à éviter les confusions avec les All Blacks locaux - surnom dont ces derniers avaient hérité quarante-cinq ans plus tôt, ironie de l’histoire, à l’occasion de leur premier périple en Angleterre.

Depuis 1989, et un match organisé au Parc des Princes de Paris face au XV de France (victoire 27-29 des visiteurs), jamais les Lions britanniques et irlandais ne sont revenus jouer dans l’hexagone.

Bob Dwyer : Un Entraîneur de Légende

L’ancien entraîneur Bob Dwyer qui a conduit l’Australie à la victoire à la Coupe du monde de rugby 1991, sera à Narbonne vendredi. Bob Dwyer est également le président de FG Management qui est en négociation avec le RCNM. Il rencontrera les partenaires officiels et assistera aux entraînements du Racing. Et Bob Dwyer de souligner : "Nous avons grandement investi en temps et ressources pour en arriver là et nous sommes ravis que cela aboutisse. L’équipe FGM est tombée amoureuse de Narbonne et bien sûr du Racing avec son histoire, son héritage et son potentiel.

L'HOMME est grand, bâti en force et moustachu. Il se ressemble, presqu'à la perfection. Le Bob Dwyer de France a gardé l'allure de l'entraîneur de l'équipe d'Australie, vainqueur de la Coupe du monde 1991, jusque dans le décor luxueux du grand hôtel parisien dont il a fait sa résidence. Il y a bien ces fils gris montés à l'assaut de la chevelure, ces quelques rides supplémentaires qui ont cerné les yeux. Mais les mots, débités dans un anglais posé et presque sans accent, sont bien ceux du triomphateur de Twickenham, toujours aussi avide d'expliquer le rugby, son rugby, qu'il est venu confronter aux petites réalités du championnat de France.

Bob Dwyer s'occupe du Racing Club de France avec la même ardeur qu'il mettait à éduquer les Wallabies. Lorsqu'il a décidé de venir respirer l'air de Paris, il était dans une sorte d'entre-deux de sa carrière. Plus tout à fait le maître absolu du rugby australien, pas encore l'entraîneur limogé. La capitale française lui a semblé une belle terre d'asile. « La France était une destination intéressante pour moi, dit-il. C'est déjà un pays de tradition du rugby. Mais il présente l'avantage de ne pas être trop riche, je n'aurai rien à améliorer, ou d'être trop pauvre, ce serait trop facile. »

Tableau des Vainqueurs de la Coupe du Monde de Rugby

Année Pays Vainqueur
1987 Nouvelle-Zélande
1991 Australie
1995 Afrique du Sud
1999 Australie
2003 Angleterre
2007 Afrique du Sud
2011 Nouvelle-Zélande
2015 Nouvelle-Zélande
2019 Afrique du Sud

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