L'histoire de Philippe Blain et son impact sur le volley-ball

Philippe Blain, une figure emblématique du volley-ball, a marqué ce sport de son empreinte tant comme joueur que comme entraîneur. Son parcours est jalonné de succès et de défis, de Montpellier à Tokyo, en passant par l'Italie et la Pologne.

Les débuts à Montpellier et l'ascension en équipe de France

Enfant de Montpellier, Philippe Blain aurait pu faire carrière dans le rugby ou le football, mais il choisit finalement le volley-ball. L’atavisme familial le conduit sur les parquets du palais des sports Pierre de Coubertin à Montpellier. Au poste de réceptionneur-attaquant, ses inédites manchettes bras pliés le conduisent en équipe de France.

En 1986, un titre de meilleur joueur du championnat du monde officialise son talent. "Mais je l'aurais volontiers échangé contre une place en finale" , reconnaît-il. La France n'avait terminé qu'à une décevante sixième place.

L'aventure italienne et la transition vers le coaching

Au début des années 1990, Alain Fabiani à Parme, Laurent Tillie à Falconara et Philippe Blain à Coni ouvrent la voie de l’expatriation vers une Italie dingue de volley, et ce bien avant l’arrêt Bosman. « Mon club, Cuneo, n’avait pas de salle à sa taille, raconte Blain, on jouait dans un cirque, c’était complètement délirant. Les supporters du foot, du Torino et de la Juve se retrouvaient ensemble pour nous soutenir dans une ambiance extraordinaire. » C’est là-bas en Italie que Philippe décide finalement d’oublier les mathématiques pour se tourner vers une carrière d’entraîneur.

Il n'a pas fallu chercher bien longtemps pour trouver celui qui nous parlerait de Cuneo. Philippe Blain possède en effet le profil idéal. Car le sélectionneur de l'équipe de France ne sera resté que quatre saisons au sein du club piémontais mais il aura marqué à tout jamais son histoire. D'abord deux saisons sur le terrain où l'ancien réceptionneur-attaquant a contribué à maintenir le club du nord de l'Italie au sein de l'élite transalpine. « C'était une très belle aventure,assure-t-il. On venait de monter en première division et le club ne possédait pas encore de salle à l'époque. Chaque rencontre se disputait sous un chapiteau, comme ceux des cirques. Et les supporters répondaient présents. Une heure et demie avant les matchs, ils étaient déjà là à mettre l'ambiance. Magnifique.»

Mais une blessure au dos contraint l'actuel sélectionneur tricolore à mettre un terme à sa carrière. Le président du club italien lui offre alors les rênes de l'équipe professionnelle. « On m'a confié l'équipe pendant deux années. Ce n'était pas évident de passer pour moi du terrain sur le banc en si peu de temps. C'était un véritable défi.»

Le succès en tant que sélectionneur de l'équipe de France

Sélectionneur, il a balayé en quelques gestes les vieux complexes d'une équipe nationale engluée dans les bas-fonds du classement mondial. En 2001, à son arrivée à la tête de la sélection masculine, le volley-ball français n'a plus connu le privilège de vivre de l'intérieur un championnat du monde depuis onze ans. Et sa dernière participation aux Jeux olympiques remonte à l'été 1992. En octobre 2002, les Bleus ramènent du Mondial argentin la médaille de bronze. Onze mois plus tard, ils grimpent sur la deuxième marche du podium de l'Euro 2003.

Lui qui aura été le joueur d’un seul club en France, Montpellier, s’engage successivement à Cannes et à l’Arago de Sète avant de prendre les rênes de l’équipe de France. Après un passage à vide de quinze ans, la France monte pour la première fois de son histoire sur le podium d’une compétition mondiale lors des Championnats du monde en Argentine en 2002. Le bail durera dix ans, durant lesquels le Montpelliérain pose les bases d’une équipe de France aux ambitions retrouvées.

Pendant ses douze saisons à la tête des Bleus, Philippe Blain aura conduit à quatre reprises son équipe sur les podiums internationaux avec notamment l'unique médaille mondiale du volley-ball français (bronze) lors du Mondial 2002 en Argentine. A deux reprises les Bleus se hissent aussi en finale du championnat d'Europe (Argent en 2003 et 2009). Enfin, la France disputa une Finale de la Ligue Mondiale (2006) avec une médaille d'argent à la clef.

Le triomphe en Pologne et le défi japonais

Un petit crochet le ramène à Montpellier mais l’aventure tourne court, d’autant plus que l’ami Stéphane Antiga lui propose de l’accompagner pour prendre la tête de l’équipe de Pologne, pays où le volley est roi autant qu’au Brésil. « La mission est simple…gagner à domicile ! » En 2014, la Pologne organise une seconde fois les Championnats du monde, la pression populaire et médiatique est énorme.

En 2014, Philippe Blain était l'adjoint de l'entraîneur Stéphane Antiga lorsque la Pologne a remporté le Championnat du Monde.

Arrive alors la cérémonie du CIO qui doit départager les candidatures de Tokyo et Paris pour l’organisation des Jeux olympiques de 2020. La fédération propose à Blain de venir en 2017 au poste de sélectionneur adjoint, parce que pour le Japon, il était inconcevable que ce ne soit pas un Japonais qui signe la feuille de match, même s’il n’avait pas de compétence en tant que sélectionneur. Il découvre un autre monde et un sacré défi.

Philippe Blain est le premier Français à coacher ainsi la sélection nationale nippone pour les Jeux olympiques d'Été de Tokyo en 2020. Philippe Blain nous reçoit dans les locaux modernes du centre olympique, mis à sa disposition à un jet de pierre du centre bouillonnant de Tokyo. "C'est ici que je vais vivre pendant trois ans."

Plusieurs mois après son arrivée, le Français est toujours aussi surpris par la société nippone, aux antipodes de la nôtre. Les files d'attente impeccables devant le métro, sans resquilleur, le respect de l'ordre établi, jusqu'aux tables des restaurants : "La dernière fois, raconte-t-il, j'ai voulu laisser un pourboire, mais on m'a rendu l'argent en me disant que c'était offenser le serveur, parce qu'il n'a pas besoin qu'on le paie plus pour faire le maximum dont il est capable."

Plusieurs mois après son arrivée, le Français est toujours aussi surpris par la société nippone, aux antipodes de la nôtre.

Là-bas, la tradition, la culture, la manière de communiquer, tout est très verrouillé. Les équipes sont des franchises de grandes entreprises japonaises dont les joueurs sont employés à vie, aucun ne parle anglais. « Quand on avait des réunions avec les joueurs, il n’y avait que les anciens qui prenaient la parole. Savoir si le joueur est en colère, mécontent, en difficulté ou pas… c’est très compliqué. Au Japon, le management est vertical depuis l’école, mais en sport cela ne peut pas être comme ça. Pendant le match, le joueur est seul face à ses décisions, il doit être sûr de lui et assumer. Cela a été un long, très long travail, mais passionnant. »

Pour la première fois depuis longtemps et malgré les difficultés liées au Covid, le Japon accède aux quarts de finale des JO de Tokyo. La fédération propose donc à Blain de poursuivre dans les mêmes conditions, ce qu’il refuse poliment, il veut les pleins pouvoirs pour aller plus loin.

Après de longues discussions, il devient le premier sélectionneur étranger officiellement désigné : le daihyō kantoku. Pour parfaire son intégration, il a commencé à suivre des cours de japonais, une langue difficile. Mais comment convaincre ses joueurs d’apprendre l’anglais s’il ne fait pas lui-même l’effort ?

Aujourd’hui nous sommes la quatrième nation mondiale, aux JO de Paris je serai Japonais avec la ferme intention de faire mieux qu’à Tokyo, parce que cette équipe est formidable.

Philippe Blain, entraineur du Japon, va affronter la France en quart de finale du Final 8 de la Volley Nations League, jeudi à Bologne (18h). Avant ce match particulier, le technicien se livre à RMC Sport.

#MySuper7 | Philippe Blain

Ce sont des retrouvailles entre la France et le Japon. Outsider, le Japon de Philippe Blain - révélation de la première phase - jouera toutefois crânement sa chance jeudi, en quart de finale à Bologne (18h), comme l'explique le technicien français.

Selon Philippe Blain, l'équipe du Japon a progressé dans cette VNL en enchainant les compétitions comme les Jeux olympiques l’an dernier, cette équipe a pris de l’expérience dans les grandes compétitions. On a développé notre efficacité au contre là où l’on avait un déficit et puis l’état d’esprit de notre équipe est indispensable pour exister à ce niveau-là. Dans le jeu offensif on a aussi progressé notamment sur le jeu en balle rapide pour éviter d’être trop stéréotypés.

Les volleyeurs masculins sont très populaires auprès de 95% d’un public féminin (rires) ! Quand on regarde dans la salle, il y a énormément de femmes de tous âges qui suivent le volley-ball. Ça reste un sport populaire, très pratiqué au lycée. C’est un sport presque ancestral au Japon.

Sincèrement non, là je suis concentré sur ce que mon équipe peut faire à ce niveau de performance. J’avoue que je n’aurai pas voulu la France en premier choix car c’est une équipe qui est techniquement forte, qui a une bonne qualité de réception. Ça ne nous aide pas car plus l’équipe adverse a des difficultés en réception, plus ça nous facilite le jeu. Ce n’est pas l’adversaire que je préfère. En plus, ils ont l’air en forme et motivés pour gagner. C’est un adversaire de qualité, on a les nôtres, on donnera toute l’énergie pour faire un résultat.

Jenia reste le meilleur libéro du monde. C’est un obstacle supplémentaire pour nous. Mais nous sommes outsider, notre but est de faire un très bon match et de s’en servir comme expérience. On va en profiter au maximum.

Faire jouer quatorze étrangers dans un championnat de France où on a le droit à deux étrangers, je ne vois pas comment ça peut fonctionner ! C’est une histoire d’argent et sportivement je ne comprends pas la raison d’être de cela. Si c’est juste une question financière, il faut poser la question aux dirigeants. La Chine ne peut pas jouer le championnat de France sinon ça ne s’appelle plus le championnat de France. Après je suis juste un observateur extérieur...

Jean Blain, une autre figure du volley-ball montpelliérain

Quelques semaines après le décès de Louis Nicollin, c’est une autre grande figure du sport montpelliérain qui a tiré sa révérence pour rejoindre Loulou au paradis des présidents. Jean Blain, l’emblématique président du Muc volley, est en effet décédé le samedi 5 août à la clinique du Parc, où il était hospitalisé.

Né en 1936, Jean Blain avait suivi les traces d’Antoine, son père, qui était secrétaire général de la Fédération du rugby à XIII. Il avait entamé sa carrière rugbystique à Quillan tout en s’adonnant au volley-ball, qu’il allait marquer de son empreinte par sa longévité, d’abord en tant que joueur puis en tant que président.

Privé de jeu à XIII, il s’était investi dans le volley-ball en prenant en 1962, à 26 ans, la présidence du Muc, qu’il assura avec passion durant trente ans pour lui redonner ses lettres de noblesse en ajoutant trois titres, glanés en 1972, 73 et 75, aux quatre remportés en 1947, 48, 49 et 51. Depuis 1993, Jean Blain était administrateur du Montpellier Volley, premier supporter.

Les Blain, c’est un demi-siècle de volley à Montpellier. Louis Nicollin, autre historique du sport de la cité, ne s’y est pas trompé. Il vient de donner son accord pour réveiller une belle endormie, le MAVUC ex-MUC, mais à une condition : que Philippe soit de la partie. Alors l’homme aux 340 sélections, entraîneur de l’équipe de France entre 2001 et 2012, s’active. Et son influence dépasse les prérogatives du coach qu’il sera bientôt officiellement. Il consulte, propose, impulse. Son père, toujours membre du conseil d’administration du club, n’est jamais loin. Pas pour contrôler, il n’en a plus la prétention, mais pour partager. Quand l’un commence une anecdote, l’autre la termine.

Tableau des réalisations de Philippe Blain

Période Poste Réalisations
Joueur Équipe de France Élu meilleur joueur du championnat du monde en 1986
2001-2012 Entraîneur de l'équipe de France Médaille de bronze au Mondial 2002 en Argentine, finale du championnat d'Europe (Argent en 2003 et 2009), Finale de la Ligue Mondiale (2006) avec une médaille d'argent
2014 Entraîneur adjoint de l'équipe de Pologne Championnat du monde
2017-présent Entraîneur de l'équipe du Japon Qualification pour les quarts de finale des JO de Tokyo, 4ème nation mondiale

Marié et toujours installé à Montpellier, Philippe organise sa vie pour être sept mois par an au Japon. Là-bas, il vit avec son équipe au quotidien et n’a pas de domicile fixe. Son temps libre, il l’utilise à découvrir le pays et à répondre autant qu’il le peut aux nombreuses sollicitations des fans dans la rue, principalement des femmes, notamment depuis que le Japon a battu l’Italie en Ligue Mondiale, l’Iran en finale du championnat d’Asie et que le Japon s’est qualifié pour les Jeux de 2024 : « aujourd’hui nous sommes la quatrième nation mondiale, aux JO de Paris je serai Japonais avec la ferme intention de faire mieux qu’à Tokyo, parce que cette équipe est formidable.

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