Footballski a eu l’occasion d’échanger avec Benjamin Morel, désormais ancien joueur du NK Domzale. Un joueur au parcours atypique, n’ayant connu aucun centre de formation, passé par petits boulots, CFA et DH avant de signer avec le Stade Malherbe de Caen. Ce dernier a réussi à lancer sa carrière à l’Est par l’intermédiaire d’un service internet en ligne proposé par le site Foot National. Interview avec un passionné du ballon rond.
Cette interview a été réalisée avant que Benjamin ne quitte Domzale il y a quelques jours d’un commun accord pour revenir dans sa Normandie de cœur s’occuper de sa famille.
Comment es-tu arrivé au foot ? Au début, avec mon grand frère gardien de but. Je lui faisais des frappes dans le jardin. On jouait avec les grands aussi, pas loin de là où on habitait. Je jouais dans les petits clubs amateurs de la banlieue de Caen en CFA2, DH. J’ai signé tard à Malherbe, vers 22 ans.
À un moment donné, l’entraîneur de mon club en CFA2 était ami avec le directeur du centre de formation de Caen et il avait proposé de me prendre à l’entraînement. Je leur ai plu, donc ils m’ont proposé un contrat amateur. J’ai joué en CFA au départ et six mois plus tard, j’ai signé pro. Je ne suis pas passé un centre de formation, mais, au final, je pense que ce n’est pas forcément l’idéal de ne faire que du centre de formation. À la base, c’est bien quand tu es dedans, mais les joueurs sont dans une bulle. Quand ils sont remerciés, ils voient ce qu’est la vraie vie. Et c’est difficile pour les jeunes qui sortent de ces centres. J’ai des amis sur lesquels trop d’espoirs ont été fondés ; quand ça n’allait plus, ils se sont retrouvés tout seuls. Après ça, c’est dur de se reconstruire.
Oui, j’ai connu la vie active. J’ai bossé dans le bâtiment, en commençant par la peinture, puis l’étanchéité. Après, j’ai arrêté. Je me suis mis dans la tête qu’il y avait moyen de gagner ma vie qu’avec le football grâce aux contrats CAE en amateur. J’ai commencé à gagner ma vie par le football dans les divisions inférieures.
J’ai fait 8 matchs en Ligue 1 avec Caen, 15 à Clermont en Ligue 2 avant la dégringolade à Amiens. Le club venait de descendre en National et beaucoup de joueurs venaient d’arriver. Les résultats n’étaient pas là, l’ambiance était mauvaise. J’ai été viré pour faute grave, mais cela ne s’est pas passé comme on peut le dire. Dans ces cas-là, c’est la parole du joueur contre la parole du président. La preuve, il n’est jamais venu aux entretiens préalables. Quand on est passé devant la commission, il ne s’est même pas déplacé, rien. En plus, il savait très bien que je ne trouverais rien derrière. Et pas qu’en France. Des clubs belges et même un club bulgare s’étaient renseignés sur moi. Ils avaient appelé Amiens qui leur avait dit de ne pas me prendre. Après je suis rentré chez moi en Basse-Normandie, à Bayeux, pour garder la forme. Mais ce n’était pas trop ça, je n’avais pas le moral. Quand t’appelles les clubs, ils te disent tous la même chose, c’est décevant.
Puis je suis allé à Granville avec un coach que je connaissais de nom. Il y avait un ancien pro qui était arrivé à Malherbe comme moi et qui a un peu le même caractère que moi, un battant avec une mauvaise image. Deux autres anciens pros étaient venus : un gardien et un milieu. On avait une belle équipe, en DH. Le projet était de monter en CFA sur 4 ans. On a fini avec 20 points d’avance, meilleure attaque, meilleure défense. Le club était amateur, mais avec un fonctionnement de National, même un préparateur physique et on s’entraînait tous les jours. Cela m’a redonné le goût du football, de l’effort, de l’envie. Le projet marche toujours d’ailleurs. Ils sont actuellement en CFA avec un beau parcours en coupe l’an dernier contre Marseille. Je les suis toujours !
Le coach de Domzale, Luka Elsner, a vécu en France une dizaine d’années. Il parle français comme toi et moi. Il travaille avec le site footnational en France. Il a des contacts là-bas et fait venir des joueurs français à l’essai. Le club n’a pas les moyens alors il mise sur des joueurs à relancer qui sont en train de louper leur carrière. Mon agent avait mis mon CV en ligne sur le site et Elsner m’a contacté trois jours plus tard. On a parlé de ce qu’il s’est passé avec Amiens et il m’a dit : «Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, cela ne me regarde pas. Je crois que tu as droit à une deuxième chance.» Tout de suite, il m’a mis en confiance en me disant que ce qui lui importe c’est le présent, pas le passé. Le coach parlait français donc ça allait, je passais par lui. Et même avec cette barrière, les joueurs du groupe étaient ouverts. Ils n’hésitaient pas à venir vers moi en essayant de se faire comprendre, à me demander si tout allait bien pour moi. C’était cool de leur part. L’essai a été concluant, ils m’ont proposé un contrat d’un an. J’ai accepté directement.
Pourtant, je n’ai pas eu de chance lors de ce stage, qui était en fait une pré-saison. Quand je suis arrivé, on a joué un match amical en Croatie, j’ai joué une mi-temps. Sauf que je n’avais pas de préparation, j’étais en vacances à Marrakech quand ils m’ont appelé pour venir à l’essai ! J’étais rentré en catastrophe en France pour prendre mes affaires. Dès le lendemain, je partais pour la Slovénie. C’était un peu chaud. Heureusement, ça s’est bien passé pour moi. On perd 2-1, mais je marque et je livre une bonne prestation. Puis, j’attrape un virus de fatigue, avec le changement de nourriture aussi. Pendant cinq jours, j’étais au lit. J’ai repris l’entraînement deux jours et j’ai refait un match amical où j’ai été moyen. Mais le coach a apprécié ce que j’avais fait à l’entraînement. Il avait parlé avec le président et l’histoire s’est bien finie.
J’ai dû faire une préparation entière vu que j’étais en retard sur les autres. En plus, je venais de la DH, donc le rythme n’avait rien à voir. Surtout qu’ici, techniquement, c’est bon et il faut être vachement prêt physiquement. Il n’y a pas souvent de temps mort. Si tu n’es pas prêt physiquement, tu ne pourras rien faire ici. Je ne faisais que des bouts de matchs, 5, 10 minutes. Puis dès que j’ai été prêt physiquement, je n’ai plus quitté l’équipe. En décembre, ils m’ont proposé une prolongation de contrat et j’ai prolongé pour deux ans de plus.
Pour être franc, je ne connaissais pas du tout la Slovénie. Je me demandais même où c’était. Quand j’ai regardé sur la carte, j’ai vu que c’était entre l’Italie, la Croatie, l’Autriche. Je me suis dit : «Ah tiens, ce n’est pas si loin que ça !» C’est un petit pays de 2 millions d’habitants, mais c’est hyper agréable d’y vivre. Tout le monde parle anglais, que ce soit à la station-service, au café, … C’est d’ailleurs en écoutant les gens et en essayant de parler que j’ai appris l’anglais. Comme ça, sur le tas. Je n’ai jamais pris de cours ! Le fait que les gens soient ouverts et agréables m’a beaucoup aidé.
Ici, tous les étrangers sont bien reçus. Que ce soit moi ou d’autres. Les gars de l’équipe sont vraiment ouverts. L’ambiance s’est faite tout seul. Je me suis fait plein d’amis. Pour mon pot de départ, les gars étaient tous venus, m’avaient tous payés un petit truc. C’était super gentil de leur part. Quand j’étais en Bulgarie, on s’appelait, on se donnait des nouvelles. Et quand je suis revenu, ils étaient tous contents. Ce sont vraiment des bons mecs. Même quand t’as besoin de quelque chose, tu peux leur demander, ils viennent avec toi, prennent le soin de bien t’expliquer ou d’appeler pour toi. J’ai eu de la chance de tomber dans un bon pays, avec de bons mecs pour ma première expérience à l’étranger.
Après un match chez nous contre Maribor, on était un peu à cran. L’attaquant Antonio Mance m’avait mal parlé pendant le match et je lui avais dit qu’on se verrait dans le vestiaire après le match. Il est venu direct après le match me casser la tête. J’avais joué tout le match, lui avait été sorti avant. Il voulait me parler dès le coup de sifflet final. Je lui ai dit, «attend on va parler après, dans le vestiaire, t’inquiètes pas !» Il a commencé à mal me parler, je l’ai poussé et il a essayé de me mettre un coup de pied. Les autres l’ont rattrapé. Sauf qu’on avait oublié qu’il y avait des caméras. Bon, le coach m’avait dit qu’il avait vu tout ce qu’il s’était passé. Donc, je ne m’inquiétais pas trop. Le lendemain, j’ai été convoqué dans le bureau. On me dit qu’il faut qu’on se sépare à l’amiable, que c’est mieux pour tout le monde. Alors que la veille, ils me disaient que c’était de sa faute, qu’il avait de mauvaises réactions. Ici, tout dépend de ton agent, si t’as une valeur marchande ou non. Je pense que ça avait joué en ma défaveur. Mais je ne devais pas être un si mauvais garçon puisqu’ils m’ont rappelé six mois plus tard…
Le coach m’a pris dans le bureau le jour même de la rupture pour me dire de continuer dans le football, que j’avais d’énormes qualités, de ne rien lâcher. Il avait aussi étudié des pistes pour moi. C’était gentil de sa part. On a toujours eu une bonne relation.
Le président, pour ne pas se mentir, on ne le voit quasiment jamais. Il nous a un peu parlé en début de saison et pour l’Europa League, mais sinon… Le directeur sportif c’est pareil. Ils ne prennent pas la parole, ne viennent pas dans le vestiaire.
En fait, si tu veux, ici, il n’y a pas vraiment de problèmes d’argent. Quoi qu’il arrive, tu auras ton salaire. Quand il y a des retards sur les salaires, c’est parce que le club ne veut jamais être dans le négatif. Dans ce cas, il attend d’avoir des rentrées d’argent pour payer les joueurs. Cette saison, cela ne devrait plus arriver avec le parcours que l’on a fait en Europa League et les transferts, comme notre capitaine qui est parti en Turquie pour un bon prix.
On m’a proposé Beroe, à l’essai. J’avais des pistes au Kazakhstan, mais rien de concret ou qui aurait abouti, donc je suis parti faire l’essai. Tout de suite, j’ai compris que quelque chose ne tournait pas rond. Déjà, l’agent me dit : « tu vas là-bas pour faire un essai de trois jours. » C’est ce que je fais ; une fois que c’est fini je rappelle l’agent en lui demandant des retours. Il me dit qu’ils souhaitent que je joue en amical le lendemain. Je ne voulais pas, car c’est risqué. Si je me blesse, je suis cuit. Je l’avais pourtant dit avant à l’agent en question. Au final, on a une réunion avec l’agent et les deux coachs. Et là, j’apprends que l’agent qui m’a envoyé ici était au courant qu’il fallait que je joue. Il a essayé de me mettre une disquette. Bref, je décide de jouer une mi-temps, ça se passe bien. On me signale qu’en attendant qu’ils prennent la décision je peux rentrer en France, ça a duré une semaine. Ils n’ont chipoté pour pas grand-chose. J’ai signé là-bas parce que je n’avais rien et on était le 28 janvier.
J’arrive et on part 10 jours en Turquie. Cela faisait deux mois que je n’avais plus joué, je n’avais pas de préparation dans les jambes. J’ai demandé à en faire une, on m’a répondu que je n’en avais pas besoin. Or, j’ai besoin d’être prêt physiquement pour exprimer mon potentiel. Si je ne suis pas au point physiquement, ma technique ne me sert à rien : mes dribbles ne passent pas, mes passes ne sont pas fluides. Donc, je n’étais pas prêt pour la reprise. Là-bas, en plus, personne ne parlait anglais ni le coach ni le coach adjoint ! Les joueurs n’étaient pas du tout ouverts, ils ne me parlaient jamais. C’était Igor Djoman, un Franco-Ivoirien qui parlait un peu le bulgare, qui me traduisait. Une fois ou deux, quand Igor était suspendu, j’étais dans la chambre avec un Bulgare lors des mises au vert. Pendant deux jours, on ne s’est pas décroché un mot ! Franchement, tu n’as même pas envie d’y aller dans ces conditions.
En plus, tu as peu joué. 35 minutes en 4 mois ! Dont 25 contre l’équipe à Mathias Coureur. Puis avec les mauvais résultats, le coach s’est fait virer. Les supporters commençaient à foutre le bordel, à bloquer les joueurs. Le seul avantage, c’est que l’on était payé en temps et en heure. À côté du foot, j’étais avec ma copine, mais on n’a pas trop bougé. C’était galère, je n’avais pas voiture, je me déplaçais en taxi. Globalement, je n’en retire quand même pas beaucoup de positif. À la fin, je prétextais des excuses pour ne plus aller aux mises au vert tellement je n’avais aucune affinité là bas. Me taper cinq heures de bus pour rester enfermé dans l’hôtel et ne pas jouer une minute, pfff…
Pour te montrer la confiance qu’ils me montraient, on a joué le match du centenaire contre le Partizan. L’attaquant ne voulait pas jouer, alors ils se sont dit « On va mettre Benjamin ! » C’est trop facile, lui ne veut plus jouer pour vous, alors on me met. Puis après, quand il a voulu rejouer, ils l’ont remis. Heureusement, j’avais signé un contrat pour six mois. Je savais qu’il fallait que je me méfie de la Bulgarie. J’avais des copains qui y étaient, ils m’avaient dit de ne pas m’inqui...
Il a fait 8 matchs en Ligue 1 avec Caen, 15 à Clermont en Ligue 2.
Le joueur, qui a signé lundi en provenance de Caen, est d’ores et déjà qualifié.
A l’occasion de ce déplacement à Lens, Clermont disputera le 400ème match de son histoire en deuxième division. Ces statistiques ne concernent toutefois pas uniquement la période du Clermont Foot Auvergne 63, fondé en 1990. Cette statistique, mise en avant cette semaine par la Ligue de Football Professionnel, prend en compte les 9 saisons du Clermont Foot en Ligue 2 mais également les 2 saisons de son ancêtre le Clermont Football Club en 1988/1989 et 1946/1947.
Le groupe clermontois :
- Gardiens: Farnolle, Moulin.
- Défenseurs : Avinel, Esor, Fomen, Landre, Saiss, Salze.
- Milieux: Alessandrini, Bayod, Moullec, Namli, Sylla.
- Attaquants: Armand, Dembélé, Morel.
Jean-Louis Garcia devra composer sans Pierre Ducasse (cheville) et Samba Sow, retenu par la Coupe d’Afrique des Nations. L’entraineur lensois pourrait associer en attaque David Pollet, le meilleur buteur des « Sang et Or », avec Julien Toudic, l’ancien rémois revenu en forme après un passage à vide. Un duo que les défenseurs clermontois devront évidemment surveiller de très près.
Dans les buts lensois, Michaël Fabre retrouvera son ancien club.
Tableau des statistiques de Benjamin Morel :
| Compétition | Matchs Joués |
|---|---|
| Ligue 1 (Caen) | 8 |
| Ligue 2 (Clermont) | 15 |
| Bulgarie | 35 minutes en 4 mois |

Schéma d'un terrain de football