Basketball Diaries est bien plus qu'un simple film; c'est une plongée brute et sans concession dans la vie d'un adolescent en perdition. Adapté du livre autobiographique de Jim Carroll, le film nous entraîne dans un univers sombre où la drogue, la violence et la quête d'identité se croisent. Ce récit poétique et cru, porté à l'écran avec une intensité saisissante, a marqué les esprits et continue de susciter des réflexions profondes sur les dangers de l'addiction et la complexité de l'adolescence.

L'histoire de Jim Carroll
On suit Jim Carroll, l’auteur du livre autobiographique éponyme dont le film est adapté. C'est un jeune homme en manque de repères qui vit avec sa mère dans un milieu plutôt modeste, au bas de la classe moyenne. Il passe ses journées avec sa bande de copains à jouer à la bagarre entre deux matchs ou entraînements. Un soir, un copain l’invite chez deux copines des beaux quartiers bien décidées à voir le loup et il goûte pour la première fois à une drogue stimulante en poudre non nommée.
Basketball Diaries est le journal de l’adolescence « sauvage » de Jim Carroll, devenu livre culte de la scène New-Yorkaise underground des années 70 et adapté sur grand écran en 1995. Dans le rôle titre, on retrouve un jeune Leonardo DiCaprio écorché vif dont la performance a largement été saluée. Héritier de la Beat generation, en particulier Ginsberg, ce fils d’une famille catholique irlandaise, décédé en 2009 à 60 ans, navigua entre la scène pop art (la factory d’Andy Warhol) et rock (the Velvet Ground), avant de fonder le Jim Carroll Band en 1978 en Californie.
Un récit d'initiation trash
Le livre est souvent résumé comme un « récit d’initiation », version trash. En effet le jeune Jim, bien qu’issu d’une famille catholique plutôt stricte, fera notamment le dur « apprentissage » de la drogue et de « l’école de la rue » et ses gangs.
Basketball Diaries est organisé en 10 parties par saison au coeur des turbulentes années 60, de la naissance de la contre-culture américaine et du mouvement afro-américain pour les droits civils, de l’automne 1963 au printemps et été 66. Dans une langue orale à la verve haute en couleur, le journal enchaîne les récits de ses « 400 coups » souvent trash, pimenté de ses réflexions d’ado un peu fanfaron, insouciant et intrépide.
Dans ses pages, il saisit ses journées de « traîne », de « déconne », de « séchage » de cours, et de « glande » dans les rues du Lower East Side à Manhattan jusque dans le Bronx en passant par Harlem, en compagnie de sa bande de potes tout aussi galériens, « les petits durs du lower east side » selon son expression. Il croque au passage, avec truculence, la faune de ses quartiers comme « les mères de famille juives du Bronx avec des coiffures à étages blond décoloré. Accroché aux pare-chocs des bus , ils sillonnent les rues en quête de coups fumeux, qu’il s’agisse de narguer les touristes en exhibant leur anatomie, plonger dans la Harlem river où se déversent les eaux usées des égouts, soit le « contenu d’un demi-million de toilettes » , se moquer « des péquenots irlandais à peine débarqués du bateau » ou encore, faire une « java monstre » ou « boire de la bière et écouter dylan ».
Lorsqu’il relate comment un soir ils « font une descente sur l’armoire à alcool » des parents absents et l’un s’ouvre la tête sur le rebord de la baignoire en « gerbant », on pense à l’ambiance de Moins que zéro d’Ellis. A quelques décennies d’écart, ces anti-héros partagent la même dépendance à la « poussière d’ange ».
Autre source de revenu qui ne le réjouit guère plus : les vols à l’arrache et autres détroussages à l’arme blanche dans les parcs des maigres dollars de vieilles dames aussi apeurées qu’il dit l’être lui-même. La quête de drogue devient une activité tellement prenante qu’il va jusqu’à la comparer à un travail, ce qui pourra amuser, si la situation n’était pas aussi tragique : « il faut bien voir que la came en fin de compte c’est un boulot comme un autre, sauf que ça se passe la nuit, dans l’ombre.
Bien évidemment tout cela ne va pas sans l’éternelle course poursuite des junkies par la police des stups qui tente de les coffrer, coups de matraque à l’appui (quand il ne leur refourgue pas leur propre came saisie, corruption qu’il dénonce aussi au passage). Cela donne quelques scènes épiques de rencontre du 3e type avec les flics, où ils inventent les excuses les plus improbables à leurs activités illicites (comme celle de faire une étude pour un programme d’aide scolaire !). Une vie où la peur d’être arrêté est omniprésente. Il évoque aussi les actions gouvernementales face à l’étendue du fléau de l’addiction avec la vague d’ouvertures de centres de désintox. Il compare l’un d’entre eux, le centre de Rockefeller, « rien d’autre qu’une ‘taule pour junkies’ à casser les cailloux en tirant sur la même chaîne que les autres. » Il relate également une session en groupe de thérapie où la méthode consiste notamment à le culpabiliser.
Même s’il reconnaît que l’école a ralenti son addiction (contrairement à certains de ses amis déscolarisés), il ne se prive pas de faire la critique de l’hypocrisie religieuse et des abus physiques (maltraitance) de son corps enseignant clérical violent qui le brime : « des fous furieux en cols cléricaux, putain de caboches pieuses qui se croient infaillibles, s’agitent dans tous les sens avec des lanières en caoutchouc pour pouvoir vous peler la peau du cul à la moindre incartade, et nous changent en cerveaux racornis de la taille d’un vermicelle… » ou encore « ils foutent en l’air des cerveaux qui ne leur appartiennent même pas.
Ses parents restent étrangement relativement absents. Sont-ils démissionnaires, dépassés, inconscients ou ne veulent-ils pas voir ce qui se trame ? C’est tout juste s’il consacre quelques lignes à sa mère qui le soupçonne un moment de consommer de l’herbe et lui confisque 5 dollars, ou encore le « fusille » parce qu’il a subtilisé son bulletin scolaire. Quant à son père, il s’en prend à ses cheveux longs et aux contestataires entre deux élucubrations racistes à base de généralisation simpliste hérissant son fils. D’eux il ne dit rien, en particulier sur leur situation socio-économique (on sait par ailleurs que les parents de Jim Carrolls tenaient un bar, mais il n’en fait jamais mention dans son journal).
L’idée de tenter de se sevrer affleure de rares fois mais se limitent à quelques brèves lignes de prise de conscience jamais suivies d’effets ou de quelconques réelles « mesures » : « sauf si j’arrêtais à m’arrêter, ce que je ne devrait pas tarder à faire, parce que ça commence à devenir grave, il serait temps que je me remette dans le droit chemin. »
La descente aux enfers
Le narrateur n’a qu’une obsession : « se défoncer », « s’allumer les neurones », « pouvoir piquer du nez tranquille », ou encore « descendre le sirop qui allait nous permetttre de nous élever au-dessus des petites mesquineries de la puberté, notre lot quotidien », plonger dans une « torpeur « … La drogue semble être un jeu pour lui, ou du moins un passe-temps comme un autre.
Prise de drogue qui rime aussi avec violence comme l’un de ses amis Bobby Blake, « cleptomane, complètement accro aux amphés » qui après s’être « bourré la gueule après son shoot de speed » (anbiance…), a l’idée lumineuse de faire un casse en balançant une vieille porte de frigo dans une devanture. Ce genre de scènes aussi déjantées que surréalistes peuple ses mémoires au point où le mot « normalité » ne veut plus dire grand-chose dans la jungle new-yorkaise où il évolue et fait son apprentissage.
Il ne ménage pas la description de la réalité physique de la déchéance : bras endoloris criblés de croûtes de sang, le nez qui coule, les « muscles lourds et raides », la « gerbe », les crises d’éternuement, l’alternance de froid-chaud, frisson glacial, et le déséquilibre - « quand je marche ça se met à trembler à l’intérieur de mon crâne comme si tout s’était effondré.
La drogue, on le sait, est une « passion » qui coûte cher, et le conduit à devoir se prostituer. A vrai dire les abus sexuels semblent faire partie de son quotidien, sans qu’il ne s’en offusque plus que cela (ce qui ne signifie pas que cela lui plaît bien loin de là). Disons qu’à l’époque, la loi était sans doute plus « lâche » à ce niveau là. En dehors de cela, à chaque coin de rue, il doit jouer des coudes pour échapper aux griffes des pédophiles prédateurs de jeunes garçons. Les toilettes de la gare Grand Central sont le repaire de prédilection de ces satyres en costume croisé où il rapporte leur harcèlement dont il ne s’émeut encore une fois pas plus que ça (« des homos de tous les genres, affamés de chair fraîche, prêts à fondre sur leur proie comme des faucons. » ; « je commençais à croire que j’étais le seul ici à être venu pour satisfaire un besoin naturel » ou encore cynique les décrivant « jouer un air de flûte assez familier avec mon instrument »). Se faire « lever » par des pédophiles souvent hommes d’affaire friqués semble être un fait banal ordinaire pour lui.
Un film de prévention ?
Que ce soit l’affiche, la bande-annonce ou les premières minutes du film, tout rappelle la direction artistique des messages de prévention de l’association américaine « A Drug Free World » (ou « Non à la drogue, oui à la vie » en français). Et l’heure et demie que dure le film ne fait que confirmer cette désagréable sensation.
Mais il faut remettre le film dans un contexte : il adapte un livre autobiographique publié en 1978 qui relate des faits arrivés dans les années 1960. Le film est donc orienté et décrit une situation particulièrement alarmante et tirée de faits réels dans le but de « prévenir ». Sauf qu’on le sait, la prévention par la peur, ça ne marche pas vraiment.
Le film présente Jim comme un zombie écervelé soumis au bon vouloir de LA DROOOGUE mais nous montre une galerie de personnages adultes nauséabonds, incapables de focus sur l’accompagnement de ce jeune. En première ligne, il y a le coach sportif abusif, la maman ultra pieuse qui, à bout de nerfs, préfère prier Dieu pour qu’il vienne en aide à son gamin qu’elle a foutu à la porte, et enfin les mauvais potes qui ne sont pas aidants même si leurs situations familiales ne nous sont pas montrées. D’ailleurs à un moment, Jim retourne chez les sœurs bourgeoises qui l’ont initié et elles semblent ne pas avoir de problèmes et maîtriser leur consommation.
On aura de cesse de le dire, l’addiction (surtout une plongée aussi rapide) peut être le symptôme visible d’un traumatisme, d’angoisses, d’un profond mal-être, d’une dépression ou de solitude.
Alors, est-ce qu’on y trouve une démarche de réduction des risques ? Non ! D’une part, parce que l’époque ne se prêtait pas à la diffusion de messages adaptés, et aussi car le personnage adolescent vit dans un monde dans lequel il ne peut faire confiance à aucun adulte.
La censure et la polémique
À la fin des années 90 alors que se multipliaient les « school shootings » (Heath High School en 1997 et Columbine en 1999), l’auteur a été pris dans une effroyable polémique le rendant responsable, au motif qu’un des auteurs de ces tueries aurait cité son adaptation ciné comme une de ses inspirations.
Après Columbine, on a immédiatement mis en cause Hollywood, et notamment des films comme The Basketball Diaries, où Leonardo DiCaprio massacre ses camarades de lycée. L’une des conséquences de cette tragédie a été la fin des films d’épouvante pour adolescents : Scream, Mortelle Saint-Valentin, Souviens-toi l’été dernier, etc.
Comme le rappelle Jim Carroll dans une interview télévisée à la NBC alors qu’il était invité à réagir aux accusations à son encontre, son livre comme le film est avant tout une histoire de rédemption. De plus le livre précise explicitement que les balles n’étaient pas dirigée contre autrui mais uniquement contre le tableau d’école et le plafond.
À cette époque, la Cour suprême américaine refuse au cinéma la protection accordée aux médias écrits, l’assimilant à une activité foraine. Et cette décision va donner lieu à la création de pas moins de trois cents instances de censure dans les années 1920 sur l’ensemble du territoire américain !
Que vise cette censure ?
L’objectif est de préserver l’ordre, en évitant de diffuser auprès du public - ouvrier, d’immigration récente, et jugé instable par les classes dirigeantes - des modes de réussite comme celui du gangster ou de la fille entretenue. Mais il est très intéressant de noter que ce sont les studios eux-mêmes qui mettent en place leur propre système d’autorégulation en engageant des censeurs « maison » chargés d’anticiper les problèmes éventuels avec la censure officielle.
La censure se renforce considérablement dans les années 1930. Pour quelles raisons ? Du fait des catholiques. Bien que minoritaires dans le pays, ils sont très organisés et, surtout, centrés sur les grandes villes de l’Est, point de départ de la commercialisation des films. Quand la Ligue de la décence, qui compte jusqu’à cinq millions de signataires, estime qu’un studio a dépassé les bornes au niveau moral, l’appel au boycott peut concerner l’ensemble de sa production. C’est pour cela que le poids des « autocenseurs » des studios est absolument déterminant dans l’histoire du cinéma américain jusqu’aux années 1960.
Le système de cotation par âges des films aux Etats-Unis est une vraie passoire. Un adolescent un peu déterminé peut voir n’importe quel film, en salle, en DVD ou sur Internet. Une enquête fédérale a même montré que 46 % des salles américaines n’affichaient pas l’indication « interdit aux mineurs non accompagnés » et ne pratiquaient aucun contrôle d’identité à l’entrée.
Cela a été le cas notamment d’Eyes Wide Shut, le film de Stanley Kubrick. Pour le marché nord-américain, les producteurs ont ajouté des silhouettes virtuelles devant les scènes les plus érotiques pour obtenir un classement qui ne soit pas réservé qu’aux adultes.
Un journaliste américain a fait un calcul amusant. En gros, en matière de classification, un sein dénudé coûte aussi cher que 46 cadavres... Et si un film met en scène un couple homosexuel, même de manière très soft, il est automatiquement interdit aux mineurs. Paradoxalement c’est la télévision qui, aujourd’hui, fait preuve de plus d’audace.
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La rédemption par l'écriture
Publié en 1978, « Basketball Diaries » est le journal des années 60 de l’auteur culte New Yorkais Jim Carroll. Ado à la fois insouciant et rebelle, il se construit une vie parallèle avec sa bande de zonards entre bas fonds et beaux quartiers, et tente de trouver sa voie et sa voix notamment à travers l’écriture qui finit par prendre de plus en plus de place dans sa vie et qui le sauvera du chaos dans lequel la drogue l’entraîne.
Jim n’est peut-être pas costaud mais il a du caractère. Sa colère le sauve. Cette haine contre ce système d’oppresseurs va lui permettre de sortir de prison moins bête qu’il n’y est rentré. Compétiteur dans l’âme, il ne veut pas perdre contre son entraîneur ou contre le père McNulty. Cela serait injuste. Il refuse de foutre sa vie en l’air par la faute de ces ordures. Il peut se servir de sa poésie pour mieux rebondir.
Simple témoin, le partage de son expérience lui permet de continuer la partie et trouver quelqu’un pour lui renvoyer la balle.

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