Sport adulé par des millions de personnes, le football ne cesse d’inspirer les écrivains et les penseurs du monde entier. Jean-Philippe Toussaint est un écrivain et réalisateur francophone belge, né le 29 novembre 1957 à Bruxelles. Il s'est distingué par son style unique et ses œuvres marquantes.

Jean-Philippe Toussaint
Débuts Littéraires et Reconnaissance
Entre 1979 et 1983, il écrit son premier livre, Échecs. En 1985, Les Éditions de Minuit publient son premier roman, La Salle de bain. C’est l’histoire d’un jeune homme qui décide un jour de vivre dans sa salle de bain.
Souvent présenté comme le chef de file de l’École de Minuit, en référence aux auteurs qualifiés de « minimalistes » publiés à cette époque par les Éditions du même nom, Jean-Philippe Toussaint se détache quand même de cette catégorie d’auteurs.
Jean-Philippe Toussaint remportera le Prix littéraire de la Vocation pour La Salle de bain. Sa carrière littéraire est lancée, et il enchaîne les romans, avec Monsieur en 1986, L’Appareil-photo en 1988, La Réticence en 1991 et d’autres.
Ses romans sont traduits dans une vingtaine de langues, son succès allant aussi loin que la Chine et le Japon. En 2002, il publie Faire l’amour. Inspiré du Quatuor d’Alexandrie, de Lawrence Durrell, cet ouvrage est le premier d’un quatuor romanesque: suivront Fuir, en 2005, La Vérité sur Marie, en 2009 et Nue, en 2013.
En septembre 2013, Nue est pré-sélectionné par le comité du prix Goncourt. Le 29 octobre, il est toujours présent dans la dernière sélection, réduite à 4 ouvrages.
Analyse du Style et des Thèmes
« Contrairement aux romans minimalistes, la démarche de Toussaint consiste beaucoup moins à faire vivre au lecteur l’angoisse et l’horreur d’un acte narratif qui n’arrive pas à trouver sa voie, qu’à faire miroiter une fable brillante dont le matériau de base, mais non l’identité, est le vide, le manque de conviction, l’incapacité à s’engager.
« Des clés, chez Toussaint, il y en a tout un trousseau. C’est son côté serrurier. On a la clé Pascal, la clé Musil, Beckett, Borges… Il en installe un peu partout, qu’il planque plus ou moins. Et qu’il truque à l’occasion (le «Zahir» vient de Borges). Cette dimension savante, cette aisance aussi à parler du labeur (inspiration, construction, correction), lui valent la reconnaissance éperdue des experts.
Sur son site, Jean-Philippe Toussaint propose en téléchargement libre une série d’inédits. Non. Le projet m’intéresse sous forme exclusivement électronique, et disponible uniquement sur mon site. J’y vois une spécificité d’Internet. Comme j’éprouve à la fois beaucoup de respect pour ces textes de jeunesse, ce qui explique que je suis heureux de les voir publier (et même ému, je dois dire), mais que je suis conscient du fait qu’une version papier pourrait prêter à confusion en apparaissant dans les librairies comme une nouvelle publication - et donc, comme un texte que je viendrais d’avoir écrit -, je préfère renoncer à toute version papier.
Il faut aussi considérer que l’édition que nous proposons, qui compte plusieurs versions du manuscrit, une préface et des notes, serait impossible à publier en version papier à moins de 700 pages. C’est peut-être contradictoire de renoncer à l’édition papier si on cherche à toucher le plus large public, mais ce n’est pas vraiment ce qui nous motive, nous visons plutôt un public restreint d’universitaires ou d’amateurs de mon travail qui seraient curieux de découvrir, en toute connaissance de cause, mes premières tentatives littéraires. Le caractère critique de cette édition, avec ses notes et sa préface, va d’ailleurs en ce sens.
Illustration, une fois encore, de l’intérêt de l’édition numérique pour les ouvrages « de niche », par opposition à l’édition papier.
«Le troisième livre de Jean-Philippe Toussaint est une réussite spectaculaire. Dans L’Appareil-photo, il se joue de toutes les difficultés. Son registre, c’est une ironie féroce, oblique et pascalienne. À chaque fois que je voyage m’étreint une très légère angoisse au moment du départ, angoisse parfois teintée d’un doux frisson d’exaltation.
«L’anecdote réelle se métamorphose ainsi en épisode romanesque, où l’antihéros réfléchit l’image de l’auteur, ses doutes et ses errements. C’est l’histoire d’une rupture amoureuse, une nuit, à Tokyo. C’est la nuit où nous avons fait l’amour ensemble pour la dernière fois. Mais combien de fois avons-nous fait l’amour ensemble pour la dernière fois?
«Livre de la pleine maturité, Faire l’amour dessine une scrupuleuse géométrie du vertige d’aimer. Et l’instant d’après de ne plus aimer. Géométrie infiniment précaire dans un monde menacé, physiquement, de tremblement. Loin de toute psychologie convenue et aussi, cela va sans dire, de tout sentimentalisme désuet. Un critique parla jadis d’un pont jeté entre Mondrian et Pascal. Quelque part entre la blancheur impassible et la fureur, et les misères humaines. Avec une impressionnante et magnifique maîtrise, Toussaint a fondu ensemble tous ses dons.
«Faire l’amour est un modèle de partition sismique et sensuelle: à la violence extrême d’une scène de couple succède un moment d’absolue sérénité métaphysique, baignade déjà anthologique dans une piscine, au sommet d’un hôtel comme égaré dans le ciel de Tokyo. Pourquoi m’a-t-on offert un téléphone portable le jour même de mon arrivée en Chine? Pour me localiser en permanence, surveiller mes déplacements et me garder à l’œil?
«Il y a un « style » Toussaint: frémissant, glacé, distingué, écorché, décalé, au charme d’autant plus douloureux qu’il s’infiltre au milieu de pages d’une beauté aux nuances subtiles. Il y a un chatoiement Toussaint, avec des vues de rues, de chambres, de couloirs, de vitrines, de carrelages, de silhouettes, d’eau; beaucoup d’eau, calme, ridée, salée, sucrée, tout un ondoiement de sensations; l’auteur donne à voir un monde d’illusion flottant qui forme piège. Ce monde cache, sous ses nappes lumineuses, douleurs, coups de foudre, panique, attentes, fébrilité. Livre étroit, austère, habité, serti dans une simplicité qui étonne face à la lourde quincaillerie des romans de la rentrée. On se dit que tous les grands romans possèdent leur lumière, et celui-là chatoie, intelligent et fraternel, désabusé et aristocratique.
La Mélancolie de Zidane : Un Geste Littéraire
Ainsi s’ouvre La Mélancolie de Zidane, bref texte décisif de Jean-Philippe Toussaint, comme on parle d’une passe décisive. Pas un roman - 12 pages -, pas une opinion ou un commentaire de plus sur ce qui s’est passé ce soir-là à Berlin, mais un geste littéraire, sobre et assuré, pour évoquer un autre geste, coup de tête qui a fait couler tant d’encre noire de la mélancolie.
« Oh, Zinedine ! Pas ça, Zinedine ! (…) Pas aujourd'hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait » : ces mots, prononcés par le regretté Thierry Gilardi, hantent encore celles et ceux qui ont assisté à ce moment devenu légendaire. Quelques secondes auparavant ces terribles paroles, Zizou assénait un coup de tête à Marco Materazzi. La France va alors perdre la finale de la Coupe du monde.
Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser l’un des plus grands joueurs de l’histoire à perdre son calme et à commettre cette lourde faute dans un match aussi important ? Toussaint explore cette question à travers une prose littéraire, transformant un moment sportif en une réflexion profonde sur la mélancolie et la condition humaine.

Le coup de tête de Zidane lors de la finale de la Coupe du Monde 2006
D’un point de vue strictement historique, évidemment, mais également par le prisme de l’économie ou encore de la sociologie. C’est justement ce dernier axe que privilégie Mickaël Correia pour aborder l’odyssée du ballon rond.
Voilà des questions qu’il est tout à fait légitime de se poser devant un match et auxquelles répond avec brio et clarté l’ouvrage « Comment regarder un match de foot ? », écrit à plusieurs mains par des journalistes de la très pointue revue des Cahiers du Football.
Jean-Philippe Toussaint Reads Zidane's Melancholy
Monsieur, qui ne voulait pas d’histoires, n’aimait pas tellement raconter ce qu’il faisait. Il faisait de son mieux, en général et, après réflexion, parvenait à trouver une solution, élégante parfois, souvent mathématique, pour chaque difficulté de la vie - héler un taxi, par exemple - qui se présentait à lui au jour le jour.
La robe en miel était le point d’orgue de la collection automne-hiver de Marie. À la fin du défilé, l’ultime mannequin surgissait des coulisses vêtue de cette robe d’ambre et de lumière, comme si son corps avait été plongé intégralement dans un pot de miel démesuré avant d’entrer en scène.
C’est une très petite chose qui m’est arrivée. Qui aurait très bien pu vous arriver. Vous êtes en vacances à l’hôtel avec votre fils dans un petit village et vous vous apprêtez à aller voir des amis, mais quelque chose vous arrête, une réticence mystérieuse qui vous empêche d’aller les trouver. C’est le roman de cette réticence, minuscule et ponctuelle, et de l’inquiétude qu’elle va peu à peu fomenter.
«Une exception, une merveille: l’éclosion d’un écrivain inclassable et parfait. Jean-Philippe Toussaint, 28 ans, a écrit quelque chose qui n’est ni une chronique ni un roman, mais une histoire picaresque version compacte, un bric-à-brac d’émotions et de détails saugrenus, une sorte de miracle qui tient sur le ton et non pas sur l’histoire. Pour situer cet auteur minutieux, pince-sans-rire, on songe à Keaton, à quelque chose qui rôde entre Salinger, les nouvelles du New-Yorker, quelques récits du meilleur Kafka. C’est sensible, fin, intelligent, si peu roman-français-de-la-rentrée qu’on est éberlué de cette trouvaille.
Le livre raconte l’été à Berlin d’un historien d’art qui se prépare à écrire un essai sur Titien Vecellio et, dans le même temps, décide d’arrêter de regarder la télévision.
«À mi-chemin entre le pamphlet et la fable, tout cela est dit avec un humour constant, une écriture limpide mais appliquée au moindre détail.
«Quelques essayistes ont analysé avec gravité la crise de la représentation - et donc de la civilisation - ouverte par le bombardement continu d’images virtuelles que nous subissons, dans l’extase et le manque. L’urgence, qui appelle l’impulsion, la fougue, la vitesse - et la patience, qui requiert la lenteur, la constance et l’effort. L’orage, la nuit, le vent, la pluie, le feu, les éclairs, le sexe et la mort.
«C’est très beau.