Le basket-ball, sport de contact, expose fréquemment les joueurs à des blessures en raison de la charge physique, des contraintes lors des changements d'appui et des impulsions répétées qui sollicitent énormément les membres inférieurs. Parmi ces traumatismes, le genou et la cheville sont les principales victimes, bien que les membres supérieurs soient également atteints dans un tiers des cas.

Fréquence et Impact des Entorses de Cheville
L’entorse de cheville est la blessure la plus fréquente au basket-ball, en raison des réceptions de sauts répétées et de la proximité des adversaires. L’entorse de cheville est le traumatisme le plus fréquent en France, représentant environ 6 000 lésions par jour.
Son incidence journalière est estimée à 1/12 000 habitants/jour en France. On estime que 70 % de la population générale a déjà subi une blessure de la cheville au cours de sa vie et que cette pathologie représente à elle seule 25 % de l’ensemble des traumatismes chez le sportif. Le retentissement économique associé à cette pathologie n’est pas négligeable.
En France, le coût journalier de la prise en charge des entorses de chevilles est estimé à 1,2 million d’euros. La cheville est soumise à des contraintes de charge par unité de surface plus élevées que ne l’est n’importe quelle articulation du corps humain et elle subit également plus de traumatismes comparativement aux autres articulations.
Cependant, la prévalence de la cheville dégénérative symptomatique est neuf fois moins élevée que celles de la hanche ou du genou. Ainsi, les conséquences à long terme peuvent paraître acceptables et l’entorse de cheville continue à être banalisée.
Pourtant, les blessures par entorse latérale de la cheville ont le taux de rechute le plus élevé de toutes les blessures musculo-squelettiques des membres inférieurs. Les personnes concernées par cette lésion ont un risque deux fois plus élevé de se blesser à nouveau dans l’année qui suit leur blessure initiale.
En 2013, Guillodo et al. ont mis en évidence que seule la moitié des patients ayant présenté une entorse de cheville estime avoir récupéré totalement à 1 an. À l’inverse, 37 % d’entre eux restaient douloureux, 48 % présentaient une instabilité de cheville et 8,9 % étaient victimes de récidive. Ces résultats sont en accord avec la littérature internationale.
Types d'Entorses de Cheville
- Entorse bénigne : Il s’agit d’un léger étirement d’un ou de plusieurs ligaments entourant la cheville. Ce type d’entorse est également appelé « foulure ».
- Déchirure incomplète des ligaments (entorse moyenne) : Un ou plusieurs ligaments ont été endommagés suite à la torsion. Les symptômes sont un gonflement de la cheville qui sera souvent accompagné d’une ecchymose (un bleu).
- Rupture des ligaments de la cheville (entorse grave) : Un ou plusieurs ligaments de la cheville sont rompus.
La fracture de la cheville est plus rare au basket mais elle peut se produire. Il ne s’agit plus d’une lésion d’un ligament mais d’une fracture de l’os de la cheville.
Comment soigner une entorse de cheville : astuces et conseils
Symptômes et Diagnostic
Craquement au moment de l’impact, gonflement ou encore douleur qui va en s’aggravant sont les principaux symptômes d’une entorse. L’interrogatoire est un temps fondamental qui détermine le mécanisme lésionnel et recherche les antécédents du patient.
En 2016, une étude brestoise a mis en évidence que le craquement et l’hématome, avec une spécificité de 90 %, étaient les signes les plus discriminants pour différencier une entorse bénigne d’une entorse grave (rupture partielle ou complète du LTFA). En revanche, la sensibilité n’était que de 36 %.
En effet, 41 % des patients présentant une entorse grave n’avaient pas d’hématome et 36 % n’avaient pas perçu ou entendu de craquement. L’examen physique doit être méthodique et répété.
Un premier diagnostic de gravité, dans les suites immédiates du traumatisme, peut être réalisé sur le terrain. En revanche, pour certains praticiens, compte tenu des douleurs ou du gonflement articulaire, le contrôle clinique, en particulier la recherche de laxité, devient difficile à réaliser quelques minutes après la blessure.
Une déformation, un empâtement ou également une plaie seront recherchés à l’inspection. La reproduction de la douleur à la palpation et/ou à la mise en tension d’une structure ligamentaire ou tendineuse indique une lésion de celle-ci.
Plus spécifiquement, les tests de stabilité clinique pour évaluer la rupture complète du ligament talo-fibulaire antérieur sont mieux réalisés entre 4 et 6 jours après la blessure ou immédiatement sur le terrain, au moment de la lésion comme de nombreux tests cliniques de laxité. Le test du tiroir antérieur est le test de stabilité clinique le plus sensible pour évaluer la rupture complète du ligament talo-fibulaire antérieur.
La sensibilité et la spécificité de ce test sont respectivement de 96 et 84 %, avec un rapport de vraisemblance négatif associé de 0,433. Van Dijk et al. ont réalisé en 1996 une étude prospective sur 160 patients évaluant les signes cliniques dans l’entorse grave de la cheville.
Leur étude a mis en évidence que l’ecchymose et l’œdème immédiat ou différé étaient associés à une rupture du LTFA, ce qui concorde avec l’étude menée par Scourzic et al. En revanche, contrairement à l’étude brestoise de 2016, Van Djik et al. indiquent que l’impotence fonctionnelle totale est également corrélée à la gravité de l’entorse alors que le craquement ne l’est pas.
De plus, lorsque l’examen clinique de la cheville était réalisé par un médecin expérimenté, la combinaison d’une douleur à la palpation au site de la lésion talo-fibulaire antérieure, d’un hématome et d’un test de tiroir antérieur positif donnait une incidence de 95 % d’une lésion ligamentaire certaine.
Concernant les lésions de la syndesmose, dont la prévalence est de 20 %, Sman et al. ont rapporté que la sensibilité localisée à la palpation du LTFAI est le test d’évaluation clinique le plus sensible (sensibilité = 92 %), tandis que le test de compression est le test d’évaluation clinique le plus spécifique (spécificité = 88 %).
Quant aux entorses de l’interligne de Chopart, l’inversion est le mécanisme lésionnel le plus courant, d’où son association fréquente aux entorses latérales de la cheville. Cependant, elles sont généralement plus graves et l’examen clinique et les radiographies restent souvent insuffisants pour établir le diagnostic. Ainsi, 20 à 41 % de ces lésions sont initialement méconnues.
Cela a pour conséquence la mise en place d’un traitement inadapté et des séquelles à long terme. Une autre étude réalisée en 2016 recommande la réalisation d’une échographie systématique devant la présence d’une impotence du pied et d’une douleur à la mobilisation du médio-tarse après un mécanisme en hyperflexion plantaire afin de réaliser un diagnostic plus précis.
Examens Complémentaires
Les clichés radiographiques ne sont pas systématiques face à une entorse de la cheville. Bien qu’ils ne précisent pas la gravité d’une entorse, les critères d’Ottawa, définis en 1992, doivent être utilisés pour déterminer la probabilité d’une fracture de l’articulation de la cheville.
Si l’un des critères est rempli, des radiographies de face neutre, de face en rotation médiale de 20° et de profil de la cheville devront être réalisées. Après avoir écarté une fracture, un bilan ligamentaire complet est recommandé pour déterminer la gravité d’une entorse de la cheville.
L’échographie est le gold standard pour cela. En revanche, cet examen nécessite d’être réalisé par une personne expérimentée bénéficiant d’une machine adaptée. Malgré tout, une échographie “simple” à la recherche d’un épanchement articulaire est toujours possible, même par des médecins peu expérimentés.
En effet, Guillodo et al. ont montré en 2007 que la présence d’un épanchement de l’articulation talo-crurale à la suite d’une entorse de la cheville était très fortement prédictif d’une lésion ligamentaire certaine (valeur prédictive proche de 100 %). À cette lésion ligamentaire était associée une lésion chondrale ou une contusion osseuse dans 35 % des cas.
Traitement et Prise en Charge
Une fois les diagnostics différentiels écartés, le protocole POLICE est mis en place à la phase aiguë. Sur le terrain, il faut arrêter immédiatement l’activité et appliquer le protocole G.R.E.C. (Glaçage Repos Elévation Contention). Une contention temporaire est mise en place afin de limiter la douleur et l’œdème (gonflement) de la cheville.
- Protection
- Optimal Loading
- Ice
- Compression
- Elevation
Sur le plan médicamenteux, les antalgiques, notamment les paliers 1, sont prescrits dans une grande majorité des cas. Il peut s’y associer une mise sous anticoagulants en cas de décharge complète du membre inférieur concerné.
Au sujet des anti-inflammatoires non stéroïdiens par voie orale, les avis divergent. Certaines études ont montré qu’ils permettaient une limitation de la formation d’œdème, une diminution de la douleur et une reprise plus rapide de l’activité sportive.
Inversement, Stovitz et al. indiquent que ces médicaments diminueraient l’apport d’éléments sanguins nécessaires à une cicatrisation optimale et ne sont donc pas recommandés en phase aiguë. Actuellement, la majorité des entorses de chevilles fait l’objet d’une prise en charge fonctionnelle ou orthopédique.
Le traitement fonctionnel est privilégié aujourd’hui, car il permettrait de meilleurs résultats avec un retour au terrain au même niveau plus rapide que le traitement orthopédique. Cependant, certains auteurs mettent en avant que l’immobilisation rigide de courte durée dans les entorses graves (< 10 jours) permet une réduction significative de l’œdème, des douleurs et améliore le résultat fonctionnel.
Ainsi, le choix entre un traitement fonctionnel ou orthopédique n’est pas encore clair. Dans la prise en charge fonctionnelle, la kinésithérapie a un rôle essentiel. Elle doit être la plus précoce possible avec, dans un premier temps, un travail de drainage de l’œdème permettant une diminution de la douleur ainsi qu’un gain fonctionnel en termes d’amplitude articulaire.
Comme pour d’autres thérapies annexes telles que les ultrasons, les thérapies laser, l’électrostimulation ou encore l’oxygénation hyperbare, les preuves de l’efficacité de l’acupuncture dans la prise en charge de l’entorse de cheville ne sont pas concluantes.
Le traitement chirurgical reste exceptionnel. Il peut concerner les entorses latérales graves (rupture du LTFA et du LCF) chez les sportifs de haut niveau pour assurer un retour sur les terrains plus rapide.
Les Docteurs Patrick Houvet et Philippe Paillard sont chirurgiens orthopédistes à Paris et en Île-de-France.
Thomas TCHURUKDICHIAN exerce en tant qu’ostéopathe dans le 16ème arrondissement de Paris au sein de la Clinique Victor Hugo, du Centre Vitruve, en cabinet privé ainsi qu’à domicile. Vous trouverez ci-dessous ses conseils d'expert.

Prévention des Entorses de Cheville
A des fins de prévention, il peut être très utile de faire de la préparation physique spécifique à la cheville : proprioception, travail en double tâche, renforcement musculaire sont des éléments indispensables à la prévention du membre inférieur. Pour prévenir ces blessures, la préparation physique spécifique, le travail neuro-proprioceptif et la gestion de la fatigue sont primordiales.
Cependant, beaucoup d’autres aspects entrent en jeu comme l'alimentation, le port d’équipements de protection en cas d’un premier épisode (orthèse) ou encore le sommeil. Tous ces aspects permettent au cerveau et aux muscles d’être le plus actif possible et donc d'être réactifs lors de la pratique sportive.
En cas de blessure, afin d’éviter la récidive, il peut être intéressant de protéger la cheville ou le genou à l’aide d’équipements adéquats (chevillère ligamentaire, chevillère tendon d’Achille et Genouillère basket).
Pour entraîner ses muscles, il est vivement conseillé de pratiquer un entraînement proprioceptif à l’aide de coussin proprioceptif. Pour prévenir les entorses et minimiser les risques de blessures, le choix des chaussures de basket joue un rôle fondamental.
- Maintien de la cheville : Optez pour des chaussures montantes qui offrent un soutien optimal à la cheville.
- Adaptation à la morphologie : Choisissez des chaussures qui s’adaptent parfaitement au pied.
Les entorses de la cheville sont un risque de blessures réel pour les basketteurs, mais elles ne sont pas une fatalité.
Néanmoins, « pour quelqu'un d'hyperlaxe ou qui a des problèmes récurrents d'entorse, les baskets montantes peuvent amener de la stabilité. Une personne qui n'a pas de problème, en revanche, cela va lui bloquer la cheville et lui faire perdre en mobilité... C'est du cas par cas, reprend l'experte.
En cas d'entorses ou de chevilles fragiles, Florian Boyé, qui collabore notamment avec le pôle espoirs de basket en Occitanie et l'équipe de France masculine de 3x3, privilégie l'utilisation d'un strap préventif ou d'une bonne chevillière « achetée en pharmacie ou dans un établissement spécialisé », insiste-t-il, afin de préserver un maximum de mobilité.
Conseils d'Expert
- Reprendre les entraînements de manière progressive et adaptée à la guérison de la cheville.
Statistiques et Données Clés
Le basketball est un sport intense qui sollicite fortement le corps. Le style de jeu du basketball impose en moyenne environ 1000 mouvements différents par match, avec des changements de direction et rythme toutes les 2 à 3 secondes, dont plus de 100 sprints (8% du temps de match).
Le membre inférieur est de loin la localisation la plus touchée avec 64% des blessures totales suivi du membre supérieur pour 14%.
Tableau Récapitulatif des Blessures au Basket-ball
| Type de Blessure | Fréquence | Facteurs de Risque | Prévention |
|---|---|---|---|
| Entorse de Cheville | La plus fréquente | Réceptions de sauts, proximité des adversaires | Préparation physique, proprioception, chaussures adaptées |
| Tendinite Rotulienne | Fréquente | Surutilisation du tendon rotulien | Port d'orthèse, gestion de la charge d'entraînement |
| Rupture des Ligaments Croisés | Moins fréquente | Changements d'appui rapides, contacts | Renforcement musculaire, entraînement proprioceptif |