L'histoire des rencontres de rugby entre la France et l'Australie est riche en moments de tension, de controverse et de passion. Des bagarres générales aux rivalités exacerbées, ces matchs ont souvent dépassé le simple cadre sportif pour devenir des événements mémorables.

L'équipe de France de rugby lors d'un match international.
Coupe du Monde 1991 : Chaos en coulisses et contre-performance
La Coupe du Monde de 1991 reste un souvenir amer pour le rugby français. L'équipe de France était en proie à des querelles internes à tous les niveaux : dirigeants, entraîneurs, joueurs.
Albert Ferrasse avait annoncé qu’il ne serait plus président de la Fédération, et la guerre pour sa succession avait commencé. Dans ce contexte, un groupe de pré-sélectionnés devait faire une tournée de préparation. Mais personne à la Fédération Française de Rugby (FFR) ne semblait prêt à l’organiser et surtout à la financer.
Finalement, c’est Serge Kampf, patron de Cap Gemini, qui avait mis la main à la poche pour envoyer les Bleus au Colorado. Ce séjour s'était déroulé dans une ambiance exécrable, avec des accrochages fréquents entre les joueurs lors des entraînements. Les premières lignes s’accrochent régulièrement aux entraînements et ça tourne parfois à la bagarre.
D’un côté, les Béglais, champions de France, Gimbert Moscato et Simon, brillants et arrogants, de l’autre les anciens, solides mais vieillissants, Marocco, Lascubé et Ondarts.
L’Equipe de France revient donc des Etats-Unis avec plus de doutes que de certitudes. Lorsqu’il faut établir le groupe définitif, les deux entraîneurs ne sont pas d’accord. Daniel Dubroca finit par publier une liste dont les Béglais sont exclus. Une liste avec laquelle Jean Trillo n’est pas d’accord.
Des entraîneurs qui ne se font pas confiance, une préparation ratée, une fédération tiraillée par des luttes de pouvoir. Tous les éléments étaient réunis pour que la France rate sa Coupe du Monde.
Et comme si ça ne suffisait pas, à la veille du quart de finale, les joueurs menacent de faire grève pour une histoire d’argent. Serge Blanco, alors capitaine, est mandaté par ses partenaires : "Ils m’ont dit que le rugby changeait et m’ont demandé d’aller négocier certaines choses.
Les Français disparaissent en quart de finale, éliminés par les Anglais, au Parc des Princes. C’est à ce jour la plus mauvaise performance tricolore dans une Coupe du Monde.
2010 : Déroute face à l'Australie et remise en question
Le 27 novembre 2010, les hommes de Marc Lièvremont avaient connu une véritable déroute face à l'Australie sur la pelouse du Stade de France : 16-59. Une déculottée à un an de la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande qui avait remis en cause la marche en avant de l'équipe de France qui sortait d'un Grand Chelem probant.
A la mi-temps (13-13), rien ne laissait présager l'humiliation de la seconde période. La suite ressemble à une humiliation en règle avec quatre essais encaissés, des trous béants dans la défense et des joueurs australiens comme Pocock sur une autre planète.
Certains Français comme l'ailier Marc Andreu, l'arrière Jérôme Porical et le pilier Thomas Shuster n'ont plus jamais cotoyé les Bleus. Quant à Yannick Jauzion, Sébastien Chabal, Jérôme Thion, ils avaient perdu ce jour-là plus qu'un match et ne feront pas partie de l'aventure de la Coupe du monde dix mois plus tard.
Jérôme Thion a livré lundi une explication à la débâcle qui peut inquiéter au moment de croiser à nouveau le fer avec l'effectif aussie, véritable bête noire des Bleus. «Nous étions tombé sur une équipe australienne qui jouait ensemble depuis quatre mois. Nous, c'était presque notre première fois. Il y avait eu beaucoup de changements et nous avions perdu nos repères.»
L'Australie ponctue en Europe une période de préparation de quatre mois là où les Français auront un vécu d'une semaine. Bref, rien n'a changé.

Le match France-Australie du 27 novembre 2010 a été marqué par une lourde défaite des Bleus.
La tournée de 1990 : Violence sur le terrain
Australia vs France 1990 2nd Test
La tournée d'été du XV de France en 1990 est restée dans les mémoires pour de nombreuses raisons. Les Australiens gardent pour leur part un souvenir assez douloureux de cette série de trois matchs malgré le fait qu'ils en aient gagné deux. Ils ont en effet été littéralement marqués dans leur chair par les Bleus et ce dès la première rencontre.
La partie n'a pas débuté depuis un quart d'heure que le troisième ligne Abdelatif Benazzi est exclu pour avoir marché sur un joueur. En l'occurrence, le deuxième ligne de Brive, Peter FitzSimons. Ce dernier, qui voulait montrer à ses adversaires qu'il était un dur, va d'ailleurs être la cible de plusieurs agressions tout au long de la tournée.
S'il est épargné dans le second test-match, les Français ne l'épargnent pas lors de la dernière rencontre. Une fois de plus, Abdelatif Benazzi est dans le coup, et on le voit clairement marcher sur la tête du joueur des Wallabies. Bien évidemment, ce n'est pas du goût de ses coéquipiers et notamment de Tim Gavin.
Ce dernier n'a pas le temps se chauffer les oreilles avec le troisième ligne tricolore que le pilier du XV de France Philippe Gallart lui décroche un direct. Ce qui lui vaut un carton rouge. Cela ne calme pas les débats pour autant. Plus tard dans le match, une bagarre générale éclate à l'initiative de FitzSimons.
Pendant qu'Aubin Hueber se charge du cas du talonneur Phil Kearns, Philippe Sella ne laisse aucune chance au deuxième ligne australien avec ce qui ressemble à une manchette par derrière qui laissera le Wallaby K-O. Aucun carton ne sera cependant distribué.
Premier test Australie - France, théâtre de la bagarre internationale la plus violente dont nous ayons été témoins. Ce premier test fut riche en émotions, puisqu’il marquait aussi les débuts d’Abdelatif Benazzi, qui sera expulsé, pour un stamping dont on ne discerne rien à la vidéo.
Mais c’était dix minutes après la grosse bagarre initiale qui prit naissance sur une touche. Un vrai déferlement, pas si long, c’est vrai, mais vraiment intense : vingt secondes environ d’engagement total. De cet épisode, la mémoire collective a retenu un mauvais génie : Peter FitzSimons, deuxième ligne australien, qui jouait à Brive.
« Oui, il en faisait beaucoup. Il parlait de notre rugby comme un sport de sauvage, il nous assassinait, il nous chambrait », détaille Benazzi.
La fin d’une certaine époque, celle des préparations façon commando, des séances d’entraînements réputées plus dures que les matchs eux-mêmes. Le « petit caporal » adorait faire s’affronter ses hommes dans un couloir de quinze mètres, durant de longs moments de rentre-dedans.
« Il faut savoir que Jacques Fouroux était très énervé, il était attaqué sur le plan sportif et sur le plan personnel. Il se faisait adresser par fax des articles qui lui étaient hostiles. Il reportait son agressivité sur les séances d’entraînements. Si la presse avait été dure, on savait qu’on allait charger en suivant », reconnaît le deuxième ligne Thierry Devergie.
À bien regarder les images, c’est entre les deux que démarre la bagarre, juste hors du champ de la caméra. Leur explication provoque un reflux des joueurs vers le premier foyer. Mais le bon samaritain Thierry Devergie joue carte sur table : « Fouroux m’avait remonté toute la semaine en parlant de lui, FitzSimons ceci, FitzSimons cela. Il était très fort pour s’adresser à chaque joueur individuellement et trouver la bonne motivation. »
Et le gourou Fouroux réussit à faire bouillir le cerveau de son agneau : « D’entrée de jeu, je lui ai donné un coup de coude dans le visage sur une touche. Il y a eu une première échauffourée. Puis la deuxième touche est venue, le coup de coude et la bagarre a éclaté.
Le demi de mêlée Henri Sanz fait une démonstration de son art pugilistique, d’un maître crochet, il « couche » Phil Kearns, talonneur de fort tonnage. « On ne s’est pas rendu compte de l’énormité de la bagarre dans un contexte de test-match en direct à la télé, c’est parti comme ça. Ça se faisait à l’époque », poursuit Armary.
Philippe Gallart ajoute : « Le rugby n’était pas notre fonds de commerce. Ce n’était qu’un jeu. On ne pensait pas à protéger un contrat. Le maître-mot, c’était la solidarité, on se serrait les coudes, on allait défendre le copain.
La bagarre se poursuit, FitzSimons est toujours debout et le voilà qui fonce sur le jeune Benazzi, encore un peu intimidé. « Oui, il est venu droit sur moi, mais Philippe Sella a surgi pour lui balancer un coup de poing. Un coup à la Tyson. »
« Philippe est venu à mon secours. Il m’a toujours protégé depuis mes débuts à Agen. Quand je subissais des provocations, il était là pour me remonter le moral, poursuit Benazzi. Mais je l’affirme, nous étions à fleur de peau, mais nous ne sommes pas entrés pour déclencher des bagarres générales. »
Mais l’ambiance était spéciale aussi parce que Jacques Fouroux vivait ses derniers mois à la tête des Bleus, après un mandat de neuf ans. Ses rapports avec Ferrasse s’étaient tendus, les deux hommes allaient se déchirer pour la tête de la FFR.
« Et puis, n’oubliez pas que la France venait de perdre à domicile face à la Roumanie, à Auch en plus chez lui. Il avait vécu ça comme une humiliation, rajoute Devergie. On a senti qu’il voulait une revanche dès qu’on est montés dans l’avion pour la tournée. Il était d’une humeur terrible, dès l’atterrissage, on avait dû prendre nos affaires pour aller s’entraîner. Jacques était incroyable dans ma motivation, dès qu’on était dans les vestiaires, il se mettait torse nu et s’adressait à chacun, c’était très impressionnant.
Cette bagarre allait avoir des suites car M. Speadbury, l’arbitre anglais, s’était montré plutôt laxiste sur ce coup. « C’était son premier match à lui aussi. C’est devenu un ami en plus. Sur la bagarre générale, il n’a pas su désigner de coupable, c’était difficile car il n’y avait pas de vidéo, même si le stade était muni d’un écran géant, mais je pense qu’il ne diffusait que le direct », contextualise le troisième ligne d’Agen.
Thierry Devergie le reconnaît : « Si ça se passait maintenant, j’aurais pris un carton rouge et Philippe Sella aussi. »
Alors, M. Spreadbury continua le match avec un sentiment d’inachevé derrière la tête. Il n’avait pas été tout à fait à la hauteur de la gravité de l’événement et ressentait l’envie malsaine de se rattraper, ce qui n’est jamais bon.
À la 13e, donc, sur un regroupement qui semblait anodin, il montre la porte à Abdelatif Benazzi. « Stamping, coup de pied à joueur à terre », mime-t-il à l’endroit du joueur médusé. « En reculant, j’avais heurté malencontreusement le visage de McCall. M. Speadbury a voulu compenser. »
Expulsé pour sa première sélection, Benazzi regagne les vestiaires dévasté : « J’avais honte évidemment. À quatorze, la France s’incline 21-9. Abdelatif Benazzi sera sauvé du pire par un Jacques Fouroux magistral. Face au tribunal, au lieu de défendre son joueur, il le chargera sévèrement et la commission de discipline le jugera assez puni ainsi. Deux petits matchs de suspension, les deux matchs de province suivants. Et Benazzi pourra jouer les deuxième et troisième tests.
Mais l’ombre de FitzSimons continuera de planer : « Il continuait à nous humilier, c’était énervant. »
Alors à Sydney encore pour le troisième test, Benazzi recraqua : un vrai coup de pompe sur FitzSimons à terre. Les images sont limpides. « Il avait insulté Philippe Sella, je ne le supportais pas. J’assume totalement mon geste. »
Abdel aurait pu, aurait dû charger gravement, Gavin le numéro 8 s’avance vers lui, sans chercher à le frapper. « Alors Philippe Gallart m’a sauvé. » Oui, le pilier de Béziers surgit sur la droite et décroche à froid un bourre-pif à Gavin, agression qui fait diversion et qui oblige M. Norling à l’expulser, à lui et lui seul.
« Oui, il s’est sacrifié pour moi. » Gallart reprend : « Je vous le répète, je n’avais pas de salaire à protéger. Je ne vivais pas du rugby.
Peter FitzSimons arrêtera sa carrière un mois plus tard, après sept sélections. Il ne résistera pas à l’éclosion d’un certain John Eales. Il avait sans doute donné tout ce qu’il pouvait donner avec les Wallabies, pour s’offrir son tour de piste international.
Thierry Devergie ajoute : « À la fin de la tournée, on a échangé nos blazers. Il y a dix ans environ, quand Serge Kampf a invité plein de monde pour son anniversaire. On s’est retrouvé dans la même boucle de courriels mais il n’a pas pu se rendre disponible. Il en a profité pour m’inviter, moi et ma famille, en Australie, si la situation se présentait. »
Le pilier de Béziers a la réputation d’un joueur solide et qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Ce 30 juin 1990, à Sydney, il a surtout sauvé la vie d’Abdelatif Benazzi, auteur d’un stamping sur un Australien au sol.
Furieux de l’acte du jeune troisième ligne tricolore, Tim Gavin commence à provoquer l’Agenais. Mal lui en a pris. Quelques secondes après, le n°8 des Wallabies compte les étoiles, séché par une droite foudroyante de Gallart. L’arbitre Clive Norling, qui avait expulsé Jean-Pierre Garuet en 1984, décide de sortir Gallart en tout début de seconde période alors que les Bleus mènent 12-13 au tableau d’affichage.
« Je ne dirai pas que c’est un coup de poing violent avec beaucoup d’agressivité », commenta bien des années après Philippe Gallart.
Le XV de départ du XV de France. Malgré une infériorité numérique de 30 minutes, les joueurs de Jacques Fouroux ont fait preuve d’un incroyable mental et d’une solidarité à toute épreuve.
Les tops et les flops des rencontres récentes
Découvrez nos tops et nos flops à l'issue du succès des Bleus face à l'Australie (48-33) au Stade de France pour achever la tournée d'automne.
- Nicolas Depoortere: Cette tournée aura au moins permis l'éclosion du centre de l'Union Bordeaux-Bègles, qui s'en sort avec un nouveau doublé face aux Wallabies, comme contre les Fidji une semaine plus tôt.
- Louis Bielle-Biarrey: Son coéquipier de club, bien plus installé, a déroulé avec un autre doublé, ce qui le porte à 20 essais en 22 sélections (à seulement 22 ans).
- Kalvin Gourgues: Entré en fin de match, le centre du Stade Toulousain a également saisi l'opportunité qui lui était donnée, particulièrement en crevant l'écran sur le deuxième essai de Louis Bielle-Biarrey.
Les flops
- L'indiscipline: Elle est très large et continue de générer l'essentiel des frustrations bleues. Maxime Lucu en a reçu un carton jaune (35e) mais il a pris pour tout le monde, après d'innombrables entrées dans les rucks sur le côté, et autres scories beaucoup trop nombreuses qui ont largement contribué aux 33 points australiens.
- Damian Penaud: Il est assez étrange de constater à quel point le meilleur marqueur de l'histoire du XV de France peut passer à travers un match pareil, où les Bleus ont pu se régaler offensivement en frôlant les 50 points.
- Charles Ollivon: Le troisième-ligne de Toulon joue de malchance.
L'affaire Bastareaud : Mensonge et humiliation
Le mensonge du joueur a éclipsé les performances des Bleus, battus par l'Australie (22-6). Sans son surpuissant et prometteur trois-quarts centre, l'équipe nationale a subi un second revers lors de sa tournée estivale aux antipodes, surclassée par les Australiens (22-6) le 27 juin. "On avait d'autres ambitions avant ce match et cette très bonne équipe d'Australie nous a ramenés à la dure réalité de notre niveau", a commenté Marc Lièvremont.
Cette tournée a cependant été marquée par l'affaire Bastareaud. Le 21 juin, au lendemain de la défaite, le trois-quart centre est apparu le visage tuméfié et, pour expliquer ses blessures, a prétexté une bagarre provoquée par des Néo-Zélandais juste avant de rentrer à son hôtel dans la nuit de samedi à dimanche.
Le 25 juin, après que l'enquête de la police néo-zélandaise a mis en évidence que le joueur était arrivé à l'hôtel en parfaite santé, ce dernier, déjà rentré en France, a diffusé un communiqué par l'intermédiaire de son club, le Stade français. "Je dois la vérité à tout le monde, précisait Mathieu Bastareaud. Samedi soir, je suis rentré à l'hôtel après avoir trop bu. Je suis tombé dans ma chambre, j'ai heurté la table de nuit et je me suis ouvert la pommette. J'ai eu honte, j'ai paniqué et j'ai cru que j'allais être renvoyé de l'équipe de France. J'ai raconté cette histoire, pensant que cela allait passer. (...) Je tiens à m'excuser auprès de la Fédération néo-zélandaise, de la ville de Wellington, des joueurs de l'équipe de France, du staff, de mon club, de mes amis et auprès de tous ceux touchés par cette histoire."
Bagarre en coulisses chez les Wallabies
Une bagarre aurait opposé trois joueurs de l'équipe de rugby d'Australie sous l'emprise de l'alcool, en novembre dernier à Paris, selon une information de la télévision australienne lundi, qui a provoqué l'ouverture d'une enquête de la Fédération australienne.
Selon la télévision australienne, l'ailier James O'Connor et le demi d'ouverture Quade Cooper se sont battus, en novembre dernier pendant la tournée wallaby dans l'hémisphère nord, avec leur coéquipier Kurtley Beale, tous trois étant sous l'emprise de l'alcool, quelques jours avant leur dernier test-match face à l'équipe de France, tard dans la nuit.
La Fédération australienne, à qui l'affaire avait été cachée selon plusieurs sources, a indiqué avoir lancé une enquête suite aux révélations des médias australiens. Selon un porte-parole, les personnes impliquées ont été interrogées et l'enquête se poursuit.
Selon certains médias, le staff non plus n'avait pas été mis au courant de l'incident. Ils indiquent aussi que le capitaine Rocky Elsom aurait même convoqué une réunion secrète entre joueurs, après la bagarre, pour décider si des sanctions devaient être prononcées.
A noter que le joueur qui pourrait être le plus fragilisé par cette affaire est l'ailier et buteur James O'Connor. Déjà au centre d'une polémique la semaine dernière quand il ne s'était pas présenté à la présentation de son équipe et à la photo officielle - l'intéressé a évoqué une panne de réveil -, qui lui a valu un match de suspension infligé par la Fédération et une amende de 10 000 dollars australiens, O'Connor est ainsi pointé du doigt pour son comportement.
Coupe du Monde 1987 : Un exploit historique
L’organisation de la Coupe du monde avait exilé ce match à la périphérie de la ville de Concord-Oval et un stand carré aux vastes tribunes. C’est donc sur un terrain de banlieue où se pressaient 30 000 spectateurs que le Quinze de France a signé, dans un après-midi de soleil, un des plus grands exploits de son histoire, rejoignant ceux de Lucien Mias à Johannesburg en 58 et celui de Jean-Pierre Rives a Auckland en 79.
Serge Blanco, à la conclusion de quatre mouvements de haut vol qui avaient balayé le terrain, plongea tout à fait en coin, juste sous nos yeux. Blanco, que Charvet avait lancé, avançait, déroulait sa mécanique de félin. Du bord de la touche, Didier Camberabero bottait et passait sa quatrième transformation de la journée. Aussitôt après, la sirène qui signalait la fin du match brama comme pour annoncer que le temps de l’usine était terminé. Sur le terrain les joueurs s’embrassèrent.
30 points à 24 : 4 essais pour les Français, 4 transformations, 2 pénalités contre 2 essais, 2 transformations, 2 pénalités et 1 drop. Ce n’est certainement pas dans ces chiffres que l’on se rappellera de ce match. On se souviendra beaucoup plus de la vraie maîtrise d’une équipe qui donna un jeu royal mettant quinze joueurs à l’unisson dans un rare et unanime état de grâce.
En trente minutes, l’Australie marqua neuf points. Un drop, deux pénalités de Linagh, l’ouvreur. Combien de Français, autrefois, aussi loin de leurs terres, se seraient éparpillés, auraient baissé les bras.
Sella s’infiltrait, côté fermé, plaçait un crochet intérieur qui laissait sur place trois défenseurs. Essai entre les poteaux. Pour la première fois, la France menait.
Les Français choisirent les deux meilleurs moments pour marquer à cinq minutes de la fin de la mi-temps, un vaste mouvement vint mourir à 2 mètres de la ligne de buts. Cuttler, le 4 australien, sauta le plus haut, Lorieux l’attendait au sol, lui arracha la balle et s’écroula en but. Le match de l’ancien grenoblois fut celui d’un homme fort, plus fort que les cow-boys.
Ici, plus effrayant dans les moments de bagarre, plus ardent dans les regroupements et chaque fois épaulé par un Rodriguez à la moustache sombre et à l’œil noir. Ces deux, véritablement, ont fait peur. Du bord de la touche, Camberabero, le dernier appelé et qui venait de rater deux pénalités dont on aurait eu bien besoin, passa la transformation.
Touche. Charvet pressait, appelait un regroupement, à nouveau Lorieux y imposait ses biceps. Sella s’infiltrait, côté fermé, plaçait un crochet intérieur qui laissait sur place trois défenseurs. Essai entre les poteaux. Pour la première fois, la France menait.
Campese, en marquant un essai, redonna l’avantage à son camp. Lynagh assura la transformation. 15-12. Il ne fallait pas les laisser s’échapper, pensait-on.
Quatre minutes plus tard, un petit côté, emmené par Chan/et-Blanco envoyait Lagisquet à l’essai. La France reprenait la tête. 18-15. Puis 21-15 (une pénalité de Camberabero sur un hors-jeu des trois-quarts australiens).
L’arbitre, M. Anderson, siffla alors un hors-jeu de la troisième ligne adverse. Nous étions revenus dans les vingt-deux mètres adverses. Camberabero, à gauche des buts, prit son élan. La balle passa entre les poteaux. 24 partout. Il restait deux minutes à jouer.
D’un regroupement où les avants australiens avaient été, une fois de plus broyés, jaillit le plus bel essai de cette Coupe du monde, avec quatre relais, un coup de pied de recentrage, une reprise de balle de Pascal Ondarts, comme un pelotari à main nue ramasse une balle sur le point de mourir, une charge de Rodriguez, Serge Blanco et sa foulée noire qui plongeait sur le drapeau de touche. La France venait de vaincre le signe austral.