La Coupe du Monde, c'est l'événement des grands rendez-vous, des matchs à élimination directe. Ces moments qui vous donnent la chair de poule et une fièvre à faire pâlir .
Si l'on excepte 2012 et un Euro sans relief, il faut remonter à 2006 pour retrouver trace d'une sélection tricolore au-delà des poules. À l'époque, les Bleus sortaient de leur torpeur au meilleur des moments pour asséner le coup fatal à une Roja bien impudente, en huitième de finale de la Coupe du Monde allemande. Ou quand le coq a fait la peau du taureau.
Procédons tout d'abord à une petite remise en contexte de ce duel entre voisins, un soir de juin à Hanovre. L'Espagne est favorite, forte d'un parcours idéal dans la phase de groupe (3 victoires, 8 buts marqués, 1 seul encaissé). Tout le pays est en ébullition et entre deux tranches de jamón serrano, la presse se permet d'envoyer Zizou à la retraite avant l'heure. La confiance règne donc dans le camp ibérique. Sans doute un peu trop.
Côté tricolore, personne ne s'inquiète, tout du moins au sein du groupe emmené (d'aucuns diront traîné) par Raymond Domenech. Sans faire de bruit, l'Equipe de France prépare son coup.
Une seule victoire en 3 rencontres. Tel est le bilan mitigé des Champions du Monde 98 au moment d'affronter la jeune Espagne. Un premier nul face à la Suisse (0-0), toujours très difficile à manœuvrer . Un deuxième plus inquiétant devant une Corée du Sud sans complexe et portée en ce temps par Ji Sung Park. Un succès dans la douleur enfin, face au Togo d'Emmanuel Adebayor, grâce à Patrick Vieira et Thierry Henry (2-0). Pas de quoi effrayer un groupe expérimenté, dont les têtes d'affiches ont tout connu, notamment les triomphes de 1998 et 2000.
Au crépuscule de son talent, cette Equipe de France s'apprête à boucler sa dernière compétition, avant de laisser la main à la jeunesse.
Une jeunesse incarnée par Franck Ribéry. Bien loin des soucis lombaires d'aujourd'hui, Ch'ti Franck avait débarqué dans la sélection de Domenech sans crier gare, du haut de ses 22 ans et de son parcours d'écorché vif. Brest, Metz, Galatasaray, Marseille : une feuille de route en forme de road trip pour un gars du Nord n'ayant pour seul objectif que de tâter du ballon rond. Complètement inconnu de la scène internationale, le natif de Boulogne sur Mer était sur le point d'y monter avec fracas.
Le match est mal engagé puisqu’à la 28ème minute David Villa ouvre le score sur penaltoche et met la France dans les cordes. En réponse au pénalty de David Villa, l'éternel, Francky réduit le score en jouant sur toutes ses qualités. Suite à un une-deux avec Patrick Vieira, l'ailier prend la poudre d'escampette et s'en va battre Iker Casillas, plein de sang-froid et de détermination (40e, 1-1).
France 2006 : Le film
Le (vrai) début d'une belle histoire. S'ensuit une seconde période tendue, dans laquelle les Bleus se montrent toutefois bien plus à leur avantage. Puis, à la 84e minute, Patrick Vieira surgit et vient sonner les Ibères (2-1). D'une tête rageuse, il catapulte le ballon dans les filets pour donner l'avantage à la France. Comme un gamin, il célèbre ce but avec ses copains, la langue tirée, le sourire jusqu'aux oreilles. Un vent de fraîcheur souffle alors sur les Tricolores. Il les porte, les soulève et les rajeunit.
En témoigne Zinédine Zidane, qui, après une remise de Wiltord, s'en va en solitaire planter la dernière banderille (3-1, 92e). Il Maestro se sent bien dans cette Coupe du Monde, et la retraite n'est pas encore d'actualité. N'en déplaise à Luis Aragones et les siens.

Zinédine Zidane célébrant son but contre l'Espagne en 2006.
La victoire est savoureuse, la France définitivement lancée. En 90 minutes et trois coups de boutoirs, elle a retrouvé la force qui lui avait tant fait défaut en 2002. Elle est redevenue la bête à abattre.
Résumé du match
Pour ceux qui préfèrent les images aux longs discours, voici le résumé de ce France - Espagne 2006 :
Ce succès est depuis resté dans les mémoires. Il symbolise la renaissance d'une équipe, une cohésion retrouvée au sein d'un effectif décrié. Et il apporte la preuve irréfutable de l'importance d'un état d'esprit sans faille à l'heure de disputer une Coupe du Monde. Celui qui vous transforme une pâle équipe en le plus redoutable des adversaires. Et qui fait désormais de la sélection de Deschamps un candidat crédible au titre.
À charge pour les Bleus de ne pas rater le train des huitièmes. Rien ne sert de courir, il faut partir à point.
France-Espagne: Les Chiffres Clés
L’Espagne est un des adversaires que l’équipe de France a le plus rencontré dans son histoire, en match amical ou en compétition officielle.
Didier Deschamps, sélectionneur de l’équipe de France, ne s’y est pas trompé, à la veille de France - Espagne : « L’Espagne reste une référence ».
Mieux que ça, c’est même l’affiche qui reste une référence. Dans leur histoire, les Bleus ont affronté à 34 reprises les champions du monde (2010) ibériques (12 victoires françaises, 7 matches nuls, 15 défaites), une confrontation qui résonne comme un Classique du football européen, voire mondial.
| Statistique | Chiffre |
|---|---|
| Matchs joués | 40 |
| Victoires de la France | 13 |
| Matchs nuls | 8 |
| Défaites de la France | 19 |
| Buts marqués par la France | 48 |
| Buts encaissés par la France | 77 |
Moments Clés des Confrontations France-Espagne
Certaines d’entre elles ont forgé la légende des Bleus.
- Euro 1984 : le premier titre des Bleus sur la scène internationale
- Amical 1998 : un match sans enjeu dans un stade historique
- Euro 2000 : la France, véritable bourreau de l’Espagne
- Coupe du monde 2006 : l’Espagne trépasse encore
- Euro 2012 : la Roja tient sa revanche

L'équipe de France célébrant la victoire contre l'Espagne en 2006.
On ne s’improvise pas chat noir en un match. C’est un métier que les Bleus ont appris au fil des ans en corrigeant l’équipe d’Espagne sur commande dans les grands tournois. Voici comment la France est devenu la «RFA» de la Roja…
Euro 1984, finale, victoire 2-0: Un coup franc et puis… Arconada
Qu’on revoit les images en couleurs ou en noir et blanc, le geste est toujours aussi inimitable. Le coup franc de Platoche arrive sur Arconada, bien placé, qui n’a a priori qu’à se coucher pour le bloquer. A priori. Plutôt sournois, le ballon lui glisse sous le flanc et finit au ralenti derrière la ligne de but. Réalisé sans trucage et sans vaseline.