Attendue depuis des années, la Ligue 3 (professionnelle) sera officiellement lancée le 1er juillet 2026, en remplacement du National ! Une évolution plus qu’une révolution, qui devra notamment tenir compte des nombreuses disparités et iniquités entre les pros et les amateurs.
En devenant officiellement le 1er juillet 2026 la Ligue 3, ce championnat National en aura au moins terminé avec ce manque de reconnaissance dont il souffre depuis ses débuts, en 1993, il y a déjà 32 ans. Il permettra aussi d’identifier immédiatement la place de ce championnat sur l’échiquier du football français, juste derrière la Ligue 1 et la Ligue 2 pour qui sait bien compter.
D’homogénéité justement, il en est beaucoup question avec cette nouvelle Ligue 3 puisque c’est exactement ce que réclament à l’unisson les clubs du 3e niveau - notez que l’on ne parle volontairement pas de 3e division -, qui attendent cependant de voir avant de croire.
La FFF a notamment mis en place des séminaires pour les différents acteurs qui font la vie des clubs de cet échelon. Elle a proposé des contenus éditoriaux sous forme de vidéos (résumés, inside, buts, arrêts, etc.) ou d’écrits. Elle a organisé une soirée des Trophées dans la cadre majestueux de Clairefontaine, le camp de base des équipes de France. Elle a édité un guide médias chaque saison. Elle a créé une identité visuelle et une panneautique dédiée, à l’instar de ce qui se fait aux étages au-dessus. Elle a diffusé les matchs (commentés par des duos de consultants) en direct sur sa chaîne FFF TV, disponible sur YouTube.
Ok, tout ça, c’est bien joli, mais ce que veulent les clubs, c’est de l’argent !

Le National : une réforme (L3) ou la faillite ?
Les enjeux financiers de la Ligue 3
Le National n’est pas la Ligue 2. Il n’y a jamais eu de droits TV, tout juste une rétrocession de la FFF, sorte de subvention exceptionnelle de 50 000 euros, ponctionnée dans l’enveloppe des droits TV du football féminin. Une somme qui n’a jamais pesé bien lourd dans le budget des clubs, lesquels sont passés d’une moyenne de 2,5 à 5 millions en l’espace de 5 ans, entre 2020 et 2025 !
Forcément, cette absence de droits TV n’a pas contribué à faire du National le championnat de l’équité puisque, d’un côté, les clubs pros relégués de Ligue 2, gérés par des sociétés (SAS, SASP, etc.), continuaient de les percevoir, alors que de l’autre, les clubs amateurs, souvent constitués en association, se sentaient laissés pour compte. Mais pas abandonnés pour autant. Car, là encore, la 3F octroie une aide financière aux clubs amateurs de National : 270 000 euros cette saison dont une part fixe de 180 000 euros au titre des frais de déplacement.
A cette aide financière, qui était de 230 000 euros l’an passé et qui montera à 300 000 euros en 2025-2026, il convient d’ajouter le remboursement des frais kilométriques pour les déplacements (7 euros le kilomètres, trajet aller seulement). On est loin du million d’euros réclamé en 2017 par l’ancien président d’Avranches, Gilbert Guérin.
A l’époque, le président de l’amicale des clubs de National, fondée la même année, misait beaucoup sur la nouvelle répartition des droits TV pour la période 2018-2022 pour récupérer 1,2 % de la somme attribuée aux clubs de L1 et de L2. La suite fut pire avec le fiasco MediaPro lors de la saison 2021/2022, qui a contraint les clubs pros à faire machine arrière, alors qu’une aide de 5 millions d’euros avait été actée pour les clubs de National ! Et ce n’est pas la crise actuelle des droits TV qui incite à l’optimisme.
Finalement, la FFF a poursuivi sa diffusion gratuite sur FFF TV, en sous-traitant avec des sociétés de production, comme elle le faisait déjà avant sauf pour l’affiche de Canal +. S’est alors posée la question de la retransmission des matchs pour la saison en cours. Un mécanisme bien huilé qui existe depuis la saison 2012-2013 (1). C’est bien la preuve que le National, qui n’a cependant pas l’aura de la coupe de France, la compétition phare de la FFF et aussi la plus aimée du grand public, est très important dans sa stratégie.
Le National, un tremplin pour les talents
Il l’est d’autant plus qu’il a toujours vu passer des pépites et mêmes de futurs internationaux français, ou des internationaux en fin de carrière, on pense à Ulrich Ramé (Angers, 1996-97), Eric Carrière (Muret, 1993-95), Stéphane Porato (Toulon, 1993/94), Bernard Pardo (Toulon, 1993-94), Philippe Anziani (GFC Ajaccio, 1994-95), Laurent Koscielny (Tours, 2007-08), Stéphane Guivarc’h (Guingamp, 1993-94), Julien Faubert (Cannes, 2001-04), Stéphane Ruffier (Bayonne, 2005-06), Franck Ribéry (Boulogne, Alès et Brest entre 2001 et 2004), Didier Sénac (Créteil, 1996-98), Steve Savidan (Valenciennes, Angoulême, Angers), Jean-Marc Ferreri (Saint-Denis / Saint-Leu, 1997-98), Michaël Ciani (Racing-club de France, un match en 2001-02), Olivier Giroud (Istres, 2007-08), N’Golo Kanté (Boulogne, 2012-13), André-Pierre Gignac (Pau, 2005-06), Steve Marlet (Red Star, 2011-12), Tony Vairelles (Gueugnon, 2009-11) , Randal Kolo-Muani (Boulogne 2019-20), Mathieu Valbuena (Libourne/Saint-Seurin, 2004-06), ou Jonathan Clauss (Avranches, 2016-17), pour ne citer qu’eux !
L'évolution du National et l'arrivée de la Ligue 3
Au fil des saisons, le National a surtout gagné en qualité et en intérêt de par la liste, de plus en plus fournie, de clubs professionnels pour ne pas dire historiques, qui la compose, comme Nancy, Valenciennes, Sochaux, Nîmes, Dijon, Le Mans, Châteauroux, Orléans, Rouen, cette saison. La présence accrue de clubs de ce standing est des plus logiques. Elle est même mathématique !
La refonte des championnats L1 et L2 en 2023 et en 2024, avec le rétrécissement de 20 à 18 clubs, est passée par là. Forcément, il a bien fallu que ces clubs-là tombent quelque part, et pour la plupart, c’est en National ! Tant et si bien que, cette saison, sur 17 clubs présents sur la ligne de départ, 10 avaient le statut pro (9 la saison passée). Cette situation ubuesque nécessite des ajustements afin d’apporter une forme de logique, d’équité, d’homogénéité.
Lors des très nombreux chantiers que va explorer le groupe de réflexion nommé par le président de la FFF, Philippe Diallo, le 13 juin, lors du prochain ComEx (Comité Exécutif), il sera forcément question du statut du joueur et du club. Et pas seulement. La licence club, sorte de cahier des charges hyper-lourd, qui attribue des points (et donc des euros), et les contrats seront au coeur des « négociations ».
Car aujourd’hui, tant pour les clubs que pour les joueurs, les règles ne sont pas les mêmes selon que l’on évolue en National ou en Ligue 2. C’est là-dessus aussi que sera attendue la Ligue 3, qui restera bien sous giron fédéral. Le 13 décembre 2024, à l’occasion de la 15e journée de National, les clubs ont publié un communiqué commun. Plusieurs actions symboliques ont été menées à l’unisson : pendant l’échauffement, joueurs et staffs ont porté un tee-shirt avec l’inscription « La Ligue 3, c’est maintenant ».
Mais c’est le 16 janvier dernier, en ComEx, qu’est officiellement née la Ligue 3 masculine. Puis, le 17 avril, le ComEx a définitivement validé le format de la compétition. Selon les proches du dossier, c’était une étape déterminante afin de pouvoir, ensuite, markéter le projet. Si trois clubs ont été ajoutés dans la boucle (le 4e, le 5e et le 6e), c’est pour donner encore plus d’intérêt et de piment à l’épreuve, mais aussi pour « concerner » plus d’équipes du ventre mou et éviter, par la même occasions, des résultats parfois surprenants en fin de saison.
Sur le modèle du naming en Ligue 1 (McDonald’s) et en Ligue 2 (BKT), il conviendra de trouver un partenaire susceptible d’associer son nom au championnat. Une « Ligue 3 Nike » aurait de la gueule, mais c’est un exemple. Simplement, ces « petits » clubs, ces petits stades champêtres, déjà beaucoup moins nombreux cette saison, et qui font aussi le charme du National, devront suivre le mouvement et répondre à des tas de critères, comme peut-être l’obligation d’avoir un terrain en « hybride » ou en « herbe », ce qui signifierait qu’un club comme le Paris 13 Atlético ne pourrait plus, s’il obtient sa « promotion » en Ligue 3, jouer sur le synthétique du stade Pelé, sur l’avenue Boutroux.
On pense aussi aux nombreux clubs National 2 dont les stades sont, pour la plupart, loin de répondre aux critères de plus en plus exigeants et pointus, surtout en vue de la Ligue 3. Pour tous ces clubs, il en va de leur avenir si un jour ils venaient à gagner leur place en Ligue 2. Histoire d’être prêt, de répondre au cahier des charges et d’anticiper l’arrivée dans le grand monde le cas échéant.
Pour moi, aujourd’hui, il y a un mot qui doit tout résumer, c’est « homogénéité ». Il faut un statut commun à tout le monde. Il faut les mêmes conditions pour tout le monde, la même DNCG, la même commission de discipline, les mêmes subventions, parce qu’il y a des disparités entre les clubs professionnels et les clubs « fédéraux », c’est-à-dire les clubs amateurs. C’est la base de la Ligue 3. Je n’ai pas l’impression d’affronter les mêmes statuts de clubs quand on joue Villefranche par exemple, qui n’a pas les mêmes contraintes qu’un DFCO qui, lui, doit répondre à une Licence club mise en place par la LFP, avec une obligation de centre de formation par exemple.
Bien sûr, c’est pour cela que je parle d’homogénéité, d’avoir un statut commun, régi selon une même législation, et qui réponde à un même cahier des charges, etc. Le modèle qui est intéressant et dont il faut s’inspirer est celui de la Ligue de football féminin professionnel (la LFFP ou L2FP), qui gère l’Arkema Première Ligue et la Seconde Ligue : c’est une petite start-up de la FFF, très moderne, très novatrice.
Le produit a été très bien markété, en générant des revenus. On voit les résultats. Si on suit son modèle, avec un président de cette Ligue 3, à l’instar de Jean-Michel Aulas chez les filles, qui peut « pousser » un peu les choses, cela peut devenir très intéressant. Le phasage est celui-là : d’abord, comment « markéter » le produit sportivement, afin de rendre le championnat le plus attractif possible, avec un système de play off, play down; ça c’est ce qui vient d’être adopté.
Maintenant que l’enjeu sportif est défini, il faut aller chercher un « namer », des partenaires, comme BetClic par exemple qui est rentré sur la L2FP chez les filles. Une fois que l’on a une marque, il faut aller chercher un diffuseur.
Maintenant, si demain la LFP est encore là et créée sa chaîne 100 % LFP, elle serait bien inspirée de prendre la Ligue 3 avec elle, cela lui permettrait de récupérer plein de communautés de clubs issues de Dijon, Valenciennes, Caen, Sochaux, Rouen, etc. Autant de communautés que l’on n’aurait pas en Ligue 1 ou en Ligue 2. Ce serait autant de nouveaux abonnés potentiels.
Oui. Nous, à Dijon, quand on passe à la DNCG, c’est la DNCG pro. Quand Versailles passe devant la DNCG, c’est la DNCG de la FFF, c’est-à-dire la DNCG amateur. Ce n’est pas parce que le président du Mans FC va changer de monde et retrouver la saison prochaine la Ligue 2, qu’il avait quittée par la faute de la Covid-19 en 2020, qu’il va délaisser le dossier « Ligue 3 ».
Bien au contraire. Car Thierry Gomez est l’un sinon LE personnage le plus engagé de ces trois dernières années pour défendre la cause. L’ancien président de Troyes a multiplié les communiqués et les revendications, ne cessant jamais de militer pour la création de ce nouveau championnat, dont il aurait sans doute souhaité une arrivée plus tôt.
D’abord, avant toute chose, il faut revenir aux sources, parce que les gens oublient l’histoire. La Ligue 3 pro s’imposait déjà y a deux ans, à partir du moment où l’on a fait cette réforme des championnats, avec notamment ce passage à 18 clubs, en Ligue 1 et en Ligue 2, et aussi en National 2, avec le passage de 4 à 3 poules. Sauf que l’on a oublié qu’entre la Ligue 2 et le National 2, il y avait le National, pour lequel rien n’a été fait.

On a du football dans toutes les régions, et on ne veut pas voir des clubs qui ont fait l’Histoire de ce sport, qui sont le patrimoine de ce sport, disparaître. N’oublions pas que nos instances sont là pour développer et favoriser nos clubs au quotidien. Pourtant, on a resserré l’élite en oubliant le National, qui a un pied chez les pros via la LFP (Ligue de football professionnel), et un pied chez les amateurs via la FFF.
En National, on a eu 6 descentes sur 18 pendant deux ans, 12 clubs relégués ! C’est une erreur stratégique. Il aurait fallu passer à une Ligue 3 professionnelle au moment de la réforme, ce qui aurait permis de créer une dynamique au sein du foot français.
Oui, ça n’arrête pas. La Ligue 3, tout le monde me dit « c’est super », tout le monde me demande comment cela va se passer. Des clubs m’appellent… D’un seul coup, c’est formidable. On est quand même le pays deux fois champion du monde (1998 et 2018) et on est le seul des grands championnats à n’avoir que deux divisions professionnelles, à n’avoir qu’un seul club en première division à Paris : bon maintenant avec le Paris FC, on en aura deux, et ça, c’est une bonne chose.
Les disparités entre clubs pros et amateurs
Je vous donne un exemple. Quand Le Mans FC veut recruter un joueur, il doit lui proposer un contrat pro, alors que Villefranche lui proposera un contrat fédéral. Psychologiquement, le club pro a un avantage, car le rêve de tout joueur est de signer un jour un contrat pro. De plus, avec le contrat pro, on offre la possibilité pour le joueur d’ouvrir un pécule (fonds de prévoyance) qui lui permettra en fin de carrière de toucher un capital. C’est un autre avantage.
En revanche, un club pro en National comme Le Mans FC ne peut proposer aucun contrat à un joueur de moins de 20 ans, même si celui-ci est formé au club depuis plusieurs années, alors qu’un club fédéral comme Villefranche par exemple peut proposer à un joueur de moins de 20 ans formé au club un contrat fédéral de 5 ans, ce qui permet de donner un statut au joueur et de valoriser le travail de formation de son club qui pourra éventuellement le transférer. Des cas d’inégalité comme ça, il y en a plein.
Le National est un championnat de pus en plus attractif, avec des Valenciennes, des Nancy, des Sochaux, des clubs qui ont fait l’Histoire du foot, avec un potentiel public important. Notre unité et notre conviction qu’on on se bat pour l’ensemble du football, parce qu’on est persuadé qu’avec une Ligue 3 plus forte, structurée, on aura par répercussion une Ligue 2 plus forte et une Ligue 1 plus forte. Et puis, on voit bien que quand des clubs de Ligue 1 ou de Ligue 2 descendent pour la première fois en National, ils ont une méconnaissance de ce championnat.
Pensez-vous qu’il sera possible d’avoir en Ligue 3, une seule licence club, une seule DNCG, une seule commission de discipline, les mêmes subventions, un statut commun identique, etc. L’idée, c’est de dire oui à tout ça. Aujourd’hui, on a franchi une première étape importante. Il était impératif de déterminer le format de la compétition afin de lancer l...