Les fans assidus du ballon ovale commencent à s’habituer à son visage. Au milieu des 30 acteurs de cet Irlande-Fidji, c’est elle qui tient le sifflet. Une image rare dans ce sport, tant les arbitres sont essentiellement des hommes.
Le rugby féminin connaît une évolution notable, marquée par l'ascension de femmes arbitres de talent. Parmi elles, Hollie Davidson, une Écossaise, et Aurélie Groizeleau, une Française, se distinguent particulièrement. Cet article met en lumière leur parcours et leur contribution significative au monde de l'arbitrage.
Hollie Davidson : Une pionnière écossaise
Hollie Davidson, 32 ans, arbitre ce samedi la rencontre entre le XV du Trèfle et la sensation de la dernière Coupe du monde de rugby en France. Promise à une carrière de joueuse, Hollie Davidson a été forcée de quitter les terrains en 2012 après une sévère blessure. Mais elle les retrouvera quelques années plus tard. Non pas avec le ballon en main, mais avec un drapeau ou un sifflet. Le début d’une ascension qui la mène aujourd’hui à officier lors de matchs internationaux chez les hommes.

Hollie Davidson lors d'un match des Six Nations féminines.
Licenciée au sein de la Fédération écossaise de rugby, Davidson a commencé par diriger des rencontres de rugby à sept féminin dans son pays, avant de découvrir en 2018 le Pro 14, le championnat qui regroupait des équipes galloises, écossaises, irlandaises et italiennes. D’abord en tant qu’assistante, puis en tant qu’arbitre principale, en 2021, lors d’une rencontre entre le Munster et Trévise.
Dans le même temps, sa carrière internationale continue. Hollie Davidson s’impose sur les terrains aux Jeux du Commonwealth de 2018 puis à la Coupe du monde de rugby à sept la même année, avant de prendre le sifflet lors du Six Nations féminin l’année suivante. Aux Jeux olympiques de Tokyo, en 2021, l’Écossaise officie pendant le tournoi de rugby à sept avant de diriger une rencontre masculine de haut niveau pour la première fois, entre le Portugal et l’Italie. Vient ensuite la finale de la Coupe du monde féminine la même année, le Mondial masculin des moins de 20 ans en 2023, jusqu’à une nouvelle étape de sa jeune carrière…
En février 2024, Hollie Davidson est désignée arbitre assistante aux côtés de Ben O’Keefe lors de la rencontre entre l’Angleterre et le Pays de Galles. Elle devient alors la première femme à composer une équipe arbitrale lors d’un match du Tournoi des Six Nations. « Honnêtement, j’étais un peu dépassée, quand on m’a appelée, c’était incroyable. (…) Je pense que c’est un rêve qui devient réalité », avait témoigné la native d’Aboyne à World Rugby à cette occasion.
Quelques mois plus tard, Davidson a (une nouvelle fois) marqué l’histoire en devenant la première femme à diriger une rencontre des Springboks lors de la rencontre entre les champions du monde sud-africains et le Portugal. Ce samedi, la voici au sifflet pour ce test-match entre l’Irlande et les Fidji, arbitrant une nouvelle équipe des Six nations.
L’Écossaise Hollie Davidson va devenir la première femme à arbitre une finale européenne, lors du match entre Lyon et Bath en Challenge Cup, vendredi 23 mai (21 h), à Cardiff (pays de Galles).
Ancienne joueuse de ballon ovale, Hollie Davidson a décidé d’être au sifflet après une blessure qui a mis fin à sa carrière prématurément à l’âge de 19 ans. Après une reconversion réussie, elle devient, en 2017, la première arbitre professionnelle à plein temps, mais d’abord uniquement pour des rencontres féminines. Ce n’est qu’en janvier 2021 qu’elle est nommée pour encadrer des tournois masculins. Trois ans plus tard, elle est à nouveau sollicitée pour arbitrer la rencontre internationale entre l’Afrique du Sud et le Portugal.
« La finale de la Coupe d’Europe, c’est spécial à plusieurs niveaux : d’abord, parce que je suis la première femme à le faire, et ça, c’est énorme, a insisté l’Écossaise de 32 ans au site RMC Sport. Ça montre l’évolution de notre sport et les opportunités qui se développent pour les femmes. Mais aussi, en tant qu’arbitres écossais, cela fait des années qu’on essaie de revenir dans le très haut niveau. Aucun arbitre écossais n’avait dirigé un match à élimination directe depuis 30 ans.
Après avoir commencé le rugby à 14 ans, elle joue pour l’équipe d’Écosse de moins de 20 ans de 2010 à 2012, mais est contrainte de renoncer à une carrière en senior après une violente blessure à l’épaule.
« Je pense qu’au-delà de mon rôle d’arbitre sur le terrain, ma mission ne sera pas terminée tant qu’on n’aura pas plus de femmes impliquées dans le rugby à tous les niveaux : arbitrage, management, coaching… toutes ces fonctions en dehors du terrain. Cette pionnière tenait à faire passer un message fort à des jeunes filles qui n’oseraient pas tenter leur chance. « Crois en toi !
Aurélie Groizeleau : L'arbitre française à l'honneur
Aurélie Groizeleau, ici au sifflet d'un match de Pro D2. L'arbitre française Aurélie Groizeleau (36 ans) a été désignée pour diriger le choc des quarts de finale de la Coupe du monde féminine de rugby, entre l'Angleterre et l'Écosse, dimanche (16h00) à Bristol. Il s'agira de son tout premier match à élimination directe en Coupe du monde.
World Rugby a dévoilé ce mardi en fin de journée les quatre arbitres choisies pour diriger les quarts de finale de Coupe du monde féminine, qui ont lieu ce week-end. « Les quatre arbitres féminines les plus expérimentées ont été désignées », explique le communiqué. Une Française fait partie de cette sélection, il s'agit d'Aurélie Groizeleau. L'officielle originaire de Charente-Maritime va en effet arbitrer le quart opposant l'Angleterre à l'Ecosse ce dimanche à 16 heures (à Bristol).
Seule arbitre française présente à la Coupe du monde féminine de rugby qui se déroule actuellement en Angleterre, elle vient d’être officiellement désignée pour diriger le quart de finale entre l’Angleterre, hôte de la compétition et favorite pour le titre mondial, et l’Écosse, dimanche à Bristol (16h).
La native de La Rochelle avait déjà dirigé deux matchs de poules et été arbitre assistante lors de la finale de l'édition 2022. Durant ce Mondial, Aurélie Groizeleau avait déjà été au sifflet de trois matches de poule : Canada-Fidji le 23 août, Nouvelle-Zélande-Japon le 31 août et Angleterre-Australie le 6 septembre.
«Un peu comme les joueuses, on peut avoir des moments un peu euphoriques et des moments où on est aussi un petit peu déçue, que ce soit par nos performances ou par les filles qu’on a arbitrées, nous avait-elle confié avant le début de la compétition. Il faut se préparer à ça, à vivre ces différentes émotions, à arriver à les gérer tout en restant concentré.

Aurélie Groizeleau, arbitre de rugby française.
Le 43e match international de l’arbitre originaire de Marans (Charente-Maritime) sera aussi son premier dans une phase à élimination directe d’un Mondial. Une consécration pour la seule arbitre tricolore de la compétition - considérée comme l’une des quatre officielles les plus expérimentées au monde -, qui, il y a trois ans, officiait le long de la touche lors de la finale entre les Néo-Zélandaises et les Red Roses. Un souvenir « unique », se souvient la jeune femme de 36 ans, qui avait ses proches dans les tribunes à Auckland (Nouvelle-Zélande).
Aurélie Groizeleau et le rugby, c’est une longue histoire. Une histoire de famille. Chez les Groizeleau, on est joueurs depuis trois générations. Aurélie n’y échappe pas. Elle foule les terrains dès l’âge de 5 ans près de La Rochelle, puis, repérée comme espoir, intègre le centre de formation de Toulouse dix ans plus tard. Elle cumule les premières sélections au poste d’arrière en équipe de France de rugby à XV et à VII, jusqu’à ce qu’une mauvaise blessure à un genou la contraigne à mettre un terme à sa carrière sportive, à peine âgée de 20 ans. « Un coup de fil d’un médecin et c’était fini. Je pouvais bouger, mais pas faire de contacts », se remémore-t-elle.
Autres arbitres notables
Du reste, a été désignée Sara Cox (Angleterre) pour le premier quart, à savoir Nouvelle-Zélande - Afrique du Sud (samedi à 13 heures). La petite histoire veut qu'elle retrouve, pour l'occasion, sa ville natale d'Exeter. Elle est devenue la semaine dernière la première femme à passer la barre des 50 tests arbitrés.
Dans les autres quarts de finale, la Sud-Africaine Aimee Barrett-Theron tiendra le sifflet lors du match entre la France et l'Irlande, dimanche à Exeter (14h00).