Mort de Federico Martin Aramburu : Enquête sur un Drame

L'ancien international argentin de rugby, Federico Martin Aramburu, a été tragiquement tué par arme à feu dans la nuit du vendredi au samedi 19 mars 2022 à Paris. Une enquête de flagrance pour assassinat a été immédiatement ouverte, et l'un des tireurs présumés a rapidement été identifié.

Une enquête vidéo, disponible en ligne sur L'Équipe, revient en détail sur les circonstances de la mort de Federico Martin Aramburu. Elle s'appuie sur des documents inédits, trois ans d'enquête policière et judiciaire, ainsi que des images de vidéosurveillance tournées sur la voie publique.

Le monde du rugby a été profondément choqué par cette disparition, survenue alors que se déroulait la dernière journée du Tournoi des 6 Nations 2022.

Mort de Federico Martín Aramburú : les deux suspects arrêtés - C à vous - 24/03/2022

Chronologie des Faits

L'enquête de L'Équipe a reconstitué la chronologie des faits de la nuit du 18 au 19 mars 2022, lors de laquelle Federico Martin Aramburu a trouvé la mort sous les coups de feu tirés par deux militants d'ultradroite, Loïk Le Priol et Romain Bouvier.

Selon les informations du journal Sud Ouest, Federico Aramburu et son ami Shaun Hegarty étaient dans un bar situé sur le boulevard Saint-Germain lorsqu’une violente altercation a éclaté avec deux voisins de table.

Après une violente altercation entre Le Priol/Bouvier et Aramburu/Shaun Hegarty à la terrasse du Mabillon, un bar du VIe arrondissement de Paris, les deux rugbymen s'éloignent de l'endroit. Le Priol et Bouvier, un temps retenus par les agents de sécurité, se lancent alors à leur poursuite : Le Priol en courant ; Bouvier en voiture, passager d'une jeep conduite par Lyson R.

Bouvier tombera le premier sur les rugbymen et tirera quatre fois en direction d'Aramburu avant de prendre la fuite.

Quand Le Priol arrivera sur les lieux, quarante et une secondes plus tard, une nouvelle bagarre commencera avec les deux rugbymen, avant que Le Priol ne sorte à son tour son pistolet et tire six coups de feu sur Aramburu, provoquant sa mort. Au total, entre ces deux scènes, six balles ont touché l'ancien rugbyman.

« Une bagarre a éclaté entre le sportif et un autre homme. Ils sont tombés devant le magasin Geox. Une troisième personne s’en est mêlée et le sportif était aux prises avec deux adversaires. Federico Aramburu a été touché et a succombé sur place à ses blessures.

Les forces de l’ordre ont récupéré les images de vidéosurveillance du bar et celles des magasins du boulevard. Les autorités auraient identifié l’une des personnes impliquées. Le bar en question serait le Mabillon. « C’est plutôt un endroit chic, a indiqué un policier au Parisien. Et le boulevard Saint-Germain n’est pas connu pour être un secteur particulièrement chaud ».

Selon les informations de France Bleu Pays basque , l’ancien rugbyman était à Paris pour voir le dernier match du Tournoi des 6 Nations entre la France et l’Angleterre, au Stade de France (21 h).

L’ensemble du Biarritz Olympique a « adressé ses plus sincères condoléances à sa famille, ses proches » et confié « son immense tristesse ».

À ce stade, la thèse principale est que Federico Martín Aramburú a protesté contre ce groupe, qui tenait des propos racistes dans cette brasserie parisienne. Un différend éclate à la sortie, verbal d'abord, puis physique. L'ex-rugbyman argentin fait alors tomber l'un d'eux, le tirant par la capuche. Puis il se dirige vers l'hôtel dans lequel il réside pendant son séjour parisien (il est venu assister à un match du Tournoi des 6 Nations de rugby, France - Angleterre).

C'est là qu'un homme et une femme, dans une voiture Jeep, selon une source proche du dossier, arrivent. Deux coups de feu sont tirés dans sa direction. Puis un autre homme, à pied, récupère l'arme et tire à nouveau, à six reprises. Cinq balles atteignent l'ancien rugbyman, alors âgé de 42 ans. Son ami Shaun Hegarty, qui l'accompagnait, s'en sort.

Federico Aramburu, ancien joueur de rugby argentin.

Arrestations et Enquête

Les deux militants d'ultradroite tenteront ensuite de disparaître, l'un cherchant le refuge dans une abbaye dans la Sarthe, l'autre sur le front ukrainien. Après quatre jours de cavale, Loïk Le Priol, 27 ans, identifié comme le principal suspect, est arrêté en Hongrie. Cet ancien militaire a longtemps milité au GUD (Groupe union défense), une organisation étudiante d'extrême droite ultraviolente.

Il est connu de la justice puisque le 29 juin 2022, il a été condamné à quatre ans d'emprisonnement, dont deux fermes dans une autre affaire : la violente agression en réunion d'un ancien ami du GUD, en octobre 2015, qui lui vaut d'être radié par l'armée. Deux ans plus tôt, les médecins militaires ont diagnostiqué chez lui un syndrome de stress post-traumatique sévère.

Son complice Romain Bouvier, 31 ans, est arrêté le même jour à Sablé-sur-Sarthe. La compagne de Loïk Le Priol, Lyson Rochemir, 24 ans, a elle été arrêtée quelques heures après les faits. Elle est mise en examen pour complicité d'assassinat et remise en liberté en attendant d'être jugée. Romain Bouvier et Loïk Le Priol sont placés en détention provisoire.

Cet homme, figure de l'ultradroite, a été arrêté en Hongrie dans la nuit du 22 au 23 mars. Quatre jours après le meurtre du rugbyman argentin Federico Martín Aramburú, trois suspects ont été arrêtés, mardi 22 mars. Parmi eux, Loïk le Priol, soupçonné d’avoir tiré les coups de feu. Militant d’extrême droite, il est connu pour sa radicalité.

Le 19 mars, alors qu'Arramburu a été assassiné le matin même, une femme de 24 ans est arrêtée et placée en garde à vue en fin de journée. Il s'agit de la petite amie de Loïk Le Priol. La jeune femme est soupçonnée d'être la conductrice du véhicule transportant les tireurs.

Selon un article de StreetPress, l'homme, un suprémaciste blanc, est un "fondu d'armes" au casier chargé, placé sous contrôle judiciaire depuis 2015 après avoir participé à l'agression d'Edouard Klein, un ex-leader du GUD violemment passé à tabac et torturé. À cause de cette affaire de violence extrême, il avait l'interdiction de paraître à Paris et d'entrer en contact avec Romain Bouvier. Dans la nuit du 22 au 23 mars, alors qu'il tente de se rendre en Ukraine, Loïk Le Priol est arrêté en Hongrie, au poste-frontière de Zahony.

Suites Judiciaires

Un procès est annoncé dans le courant de l'année 2024, sans date précise à ce stade.

Le 9 novembre 2023, une reconstitution de la scène de crime est organisée boulevard Saint-Germain à Paris. Si Loïk Le Priol accepte d'y participer, Romain Bouvier, lui, refuse de descendre du camion de police qui l'y conduit.

Dans cette affaire, toute la question est de savoir si les suspects ont prémédité leur acte, c'est-à-dire s'il s'agit d'un assassinat, ou non. Ils disent que non, et que les caméras de vidéosurveillance qui ont filmé la scène le montrent. Un expert psychiatre doit aussi déterminer si Loïk Le Priol était en pleine possession de ses moyens au moment des tirs, ou si son discernement a été altéré en raison de sa santé mentale, comme il le prétend. La Cour examinera chacun de ces points lors de l'audience.

Mardi, la cour d'appel de Paris a ordonné le renvoi aux assises de Le Priol pour assassinat et de Bouvier pour tentative d'assassinat. Le procès des deux hommes, ainsi que de Lyson R. pour complicité de tentative d'assassinat, aura lieu aux assises en 2026.

Cette reconstitution doit permettre "de démonter les incompatibilités entre les déclarations des mis en examen et les constatations des experts scientifiques", selon l'avocat de Shaun Hegarty, l'ami de Federico Martín-Aramburu.

Dans cette affaire, toute la question est de savoir si les suspects ont prémédité leur acte, c'est-à-dire s'il s'agit d'un assassinat, ou non.

Hommages et Émotion

La mort de Federico Martín Aramburu suscite une vive émotion à la fois dans le milieu du rugby, au Pays basque et à Paris. Des hommages sont organisés à Biarritz, où l'Argentin a été sacré champion de France en 2005 et 2006 avec le BOPB, mais aussi au stade Jean Dauger de Bayonne, ainsi qu'à Paris.

Le 21 mars, France Bleu Pays basque rend hommage à l'ancien rugbyman dans une émission spéciale. Un écran géant est installé sur la façade de l'Hôtel de Ville de Biarritz.

Parallèlement, une cagnotte en ligne est lancée par les proches, pour soutenir sa compagne Maria et leurs trois enfants, qui vivent toujours au Pays basque.

Le lendemain de cette mise en examen, le 26 mars, Federico Martin Aramburu est inhumé à Biarritz. La cérémonie, retransmise sur un écran devant l'église Sainte-Eugénie, rassemble plus d'un millier de personnes. Les anciens coéquipiers du rugbyman portent son cercueil devant une foule émue.

Le 19 avril 2022, des dizaines de dirigeants, entraîneurs et joueurs professionnels, dont Antoine Dupont, Bernard Laporte et Fabien Galthié, publient une tribune dans le journal l'Équipe. Elle s'intitule "Mort parce qu'il a défendu ses valeurs", et promet de "toujours lutter contre ceux qui veulent laisser entrer la haine dans notre pays".

Un an après la mort de Federico Martín Aramburú, le dimanche 19 mars, un hommage lui est également rendu en présence de sa famille et de ses proches, sur les lieux du drame à Paris, où une plaque commémorative est installée. Au stade Aguiléra de Biarritz, à l'appel des groupes de supporters, un moment de recueillement est aussi organisé sous le portrait de "Fédé", côté tribune Blanco. La veille, le 18 mars, une minute d'applaudissements précède le dernier match du Tournoi des 6 Nations, France - Pays de Galles, au Stade de France.

Avant la Coupe du monde de rugby, en septembre 2023, une pétition pour qu'un hommage lui soit rendu pendant la compétition est lancée par le député LFI Thomas Portes. Il souhaite rappeler "que l'extrême droite tue". Le texte est signé par l'entraîneur Henri Brocan, l'ancien talonneur Mathieu Blin, ou encore l'ancien pilier argentin et entraîneur de Castres Mauricio Reggiardo. Finalement, cette pétition, jugée trop politique dans le monde du rugby, n'est pas suivie par les organisateurs.

Début 2024, son ami Shaun Hegarty, qui l'accompagnait le soir du drame, raconte cette nuit d'horreur à France 2 dans l'émission de Laurent Delahousse 13h15 le samedi, diffusé le 9 mars. On y entend également les parents et l'épouse de "Fede" dire avoir besoin d'un procès pour espérer passer à autre chose. Invité mercredi sur "ici Pays Basque", Shaun Hegarty a l'espoir que la justice "se rende compte qu'on était au mauvais endroit, au mauvais moment, avec des personnes qui sont totalement en dehors de la société". "13h15 le samedi".

Deux ans après, ses meurtriers présumés attendent en prison d'être jugés. Son visage, peint, trône sur la tribune du stade Aguiléra de Biarritz.

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