Au début du XXe siècle, le corps et l'hygiène deviennent des préoccupations majeures, entraînant un développement considérable des équipements sportifs et la généralisation d'une pratique personnelle touchant toutes les couches de la société.
L’apparition de Joueurs de Football dans l’œuvre du douanier Rousseau signale l’émergence du sport comme sujet dans les arts.
Delaunay, à sa suite, s’intéresse à ce jeu de ballon, que l’on nomme encore « football-rugby » et en fait l’un de thèmes de son œuvre, centré sur la description de la vie moderne.
Le rugby est dans l’air du temps, comme l’aviation, la fête foraine, la publicité, la mécanique, la Tour Eiffel, l’électricité.
André Lhôte, qui comme Delaunay a participé aux expositions de la Section d’Or, s’intéresse durablement au rugby, entre 1917 et 1925.
A son tour, il réalise plusieurs tableaux de grandes dimensions, dont l’important Rugby, conservé au MNAM.
Dans la première moitié du XXe siècle, l’artiste André Lhote peint une huile sur toile intitulée Partie de rugby.
Cette exposition dossier réunit une vingtaine d’œuvres souvent inédites, venant de collections publiques et privées européennes.
Présenter cette œuvre est l’occasion pour moi de vous montrer, j’espère, combien les formes plastiques sont capables de représenter l’instantanéité.
Vous êtes devant l’œuvre et vous vous étonnez sûrement : il n'y a ni perspective, ni modelé, ni contours définis. L’artiste s’intéresse plutôt aux aplats de couleurs et à la simplification des corps. C’est le vocabulaire cubiste.
Par-là, le peintre insiste davantage sur le mouvement. Mais comment ? L’équilibre de la pyramide est menacé par la contradiction des gestes de chaque joueur. Le ballon, à moitié sorti du cadre, est attrapé in extremis.
Description de l'œuvre "Partie de rugby"
Sur un fond de grands nuages simplifiés et accidentés, six rugbymen en formes géométriques créent une pyramide de leurs corps enchevêtrés.
Au sommet de ce triangle se trouve l’objet de leur convoitise : le ballon ovale.
En marge, à droite, un septième joueur nous tourne le dos, prêt à poursuivre l’action. Il est, à notre image, spectateur de cette lutte aérienne.

Rugby par André Lhote (1917)
Le contexte du rugby en France
Pourquoi un tel sujet ? Si la tradition veut que l’anglais William Webb Ellis ait créé le rugby en 1823, ce sport n’atteint la France que dans les années 1870.
D’abord dominé par l’élite parisienne, le rugby gagne Bordeaux qui devient, en 1899, le premier club de province sacré champion de France.
André Lhote : Un artiste en constante évolution
Il sera facile d'être injuste envers André Lhote ; on l'a déjà été et il ne s'en est pas aperçu sans tristesse. Et pourtant c'est l'éloge qui s'impose et l'expression d'une gratitude sans réserve, non seulement à l'heure où il nous quitte, mais dans la perspective la plus large et la plus simple. A soixante-dix ans passés il étonnait encore ses amis par ses " reprises ". Depuis l'exposition du musée d'Art moderne (1958), qui suivit l'attribution du Prix national des arts, en 1955, il se montrait de plus en plus décidé dans la refonte de son art. Ce peintre théoricien n'était pas si sûr de lui, qu'il ne cherchât ingénument à mieux faire. Et c'est là déjà un trait digne d'attention.
Une certaine palette régie par le jaune et le bleu, un jeu régulier sur les complémentaires, une certaine composition par emboîtements légers et arabesques " virevoltantes " resteront associées à son souvenir. Des nus, des paysages avec un découpage franc, une articulation doucement ménagée, un placement généralement heureux et un peu prévisible des silhouettes et des contrastes, enfin tout ce qui contribue à une stylisation méditée de la nature. On l'observe dès la Bacchante de 1910, et on voit la définition se serrer avec la scansion ferme et le parti clair d'Escale (1912), s'exalter dans le panneau tout en obliques et en champs de couleurs nets de Rugby (1917). Cette " manière " de constructive devient un peu littérale dans 14 juillet 1923, reprend de l'envol avec certaines vues de Mirmande, certains nus géométrisés des années 1930-1935, entre dans l'ordre monumental avec les décorations pour Thenon et le pavillon du Gaz en 1937, se détend pour retrouver enfin quelque chose de la fougue que semble exclure une conscience trop poussée de l'art, mais dont Lhote était le premier à célébrer les privilèges sous le nom du " coup de foudre plastique ". Tout cela a composé ce qu'il appelait lui-même son " existence studieuse ".
Alerte, vif, au besoin emporté, et pourtant d'une indulgence, d'un accueil, d'une amabilité (ce vieux mot est plein de mérite) extrêmes. Entraînant, gai et si brillant la plume à la main, il avait une réserve et presque une timidité devant le discours. L'éloquence n'était pas son fort ; mais chez lui, dans son académie, circulant en blouse, la visière sur le front et les yeux sur le tableau, il improvisait à merveille et transformait la " correction " en un récital de verve et de culture. L'atavisme bordelais y était pour quelque chose ; mais aussi un amour incroyable du métier, dont il faut lui restituer tout de suite le bénéfice. Il s'était formé seul et avait employé toute son agilité intellectuelle à articuler les notions et à acquérir les références nécessaires à la présentation moderne de la peinture. Las, un jour, des débats esthétiques - qui il y a trente ou quarante ans n'avançaient pas toujours mieux qu'aujourd'hui - il répondit d'une manière bien typique en proposant la définition de la beauté comme " le résultat d'une réussite technique ". L'avantage ? Esquiver ainsi les " divagations littéraires ", et ne pas couper d'avance les ponts avec les " anciens ". Les deux traités, maintenant classiques, du Paysage (1938) et de la Figure (1950) sont issus de ces préoccupations.
Références Bibliographiques
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- Jeux de Balles, jeux de ballons : Le Mans, Musée de Tessé, 30 novembre 2019-15 mars 2020.