À la fin du mois de juillet, le club de Tours a annoncé une triste nouvelle : le hockey sur glace tourangeau « venait de perdre un géant ». Patrick « Pat » Sawyerr, une figure emblématique du hockey français, nous a quittés, laissant derrière lui son épouse Joan, sa fille Jessica, son fils Martyn et de nombreux amis.

Origines et Débuts
Patrick Sawyerr est né en 1947 à Granville en Normandie, à cinquante kilomètres du Mont-Saint-Michel. Il était le fils métissé d’un boxeur professionnel, Henry Abraham Sawyerr, venu de Conakry capitale de la Guinée et d’une mère qui s’appelait Rose Marie Franchi, née à Crocicchia en Haute-Corse. Or, sur le ring, le père de Patrick Sawyerr se faisait appeler par le pseudonyme Henry Soya pour ne pas qu'on écorche la prononciation de son véritable nom d’origine africaine autochtone.
Alors qu’il jouait dans son premier club L’US Métro (de 1962 à 1971), une équipe corporative parisienne qui était basée dans la patinoire « fédérale » de Boulogne-Billancourt, Patrick Sawyerr montra très vite de grandes dispositions pour le hockey comme joueur d’attaque avant de passer en défense. Une passion dévorante : « Il m'arrivait de jouer quatre matchs en un week-end ! Avec les cadets, les juniors, les seniors, confia-t-il. Plus rien d'autre ne comptait, et comme on n'avait pas trop de moyens dans la famille, j'ai arrêté l'école pour travailler dans le dessin industriel pour payer mon équipement ».
Les Défis et les Réalisations
Celui qui reste le premier Français de couleur du championnat de France n’a jamais perçu de réelle discrimination mais il a tout de même vécu de rares situations qui lui offraient de régler parfois ses comptes « en toute intimité et sans douceur » comme me l’a confié avec amusement son ancien coéquipier Patrice Pourtanel. Ce fut notamment le cas un jour sur la patinoire de Gap alors qu’il jouait encore dans l’équipe de Viry-Châtillon. Son ami, l’ancien joueur de Tours Philippe Quinsac, m’a raconté de son côté : « Beaucoup de joueurs savaient le faire sortir de ses gongs, mais il se faisait respecter car il était très fort physiquement. C’était un véritable « Tyson » sur la glace ! Il était lourd, compact et assez volumineux.
Quand on lui posa un jour la question de savoir si le fait d'être un joueur noir était compliqué, Patrick Sawyerr répondit : « J'ai tout entendu sur et autour de la glace. Mais c'était déjà avant de jouer au hockey. A l'école, ça se réglait à la récré. Et sur la glace ça finissait quelques fois en baston ! Je me souviens d'une anecdote. En 1966, on avait fait un stage avec l'équipe de France au Canada et tous les médias voulaient m'interviewer parce qu'ils n'avaient encore jamais vu un hockeyeur noir ! En fait, il faut savoir que c’est Willie O’Ree qui fut le premier joueur de couleur à avoir disputé une rencontre de NHL.
Son enthousiasme et son obstination finirent par payer puisqu’il fut rapidement sélectionné dans l’équipe de France senior. Patrice Pourtanel raconte : « Je n’ai pas été surpris de sa progression et de sa sélection rapide en équipe de France car nous avons joué ensemble dès la catégorie des cadets qui concernait les moins de 16 ans à l’époque. Patrick était mon ailier droit et c’était un équipier solide avec un bon lancer. Mais avant tout, c’était un gagneur très fort mentalement qui savait communiquer sa hargne et son mordant aux autres. C’est son caractère volontariste qu’il a d’ailleurs communiqué par la suite aux équipes qu’il a entraîné notamment celle de Tours qui a révolutionné le hockey.
Malgré cette déconvenue Patrick Sawyerr a totalisé 27 sélections avec l'Équipe de France jusqu’en 1970. L’année suivante le club de L’US Métro profita de l’ouverture de la patinoire de Viry-Châtillon pour venir s’y installer à demeure et devenir l'OHC Paris-Viry. Mais, lors de la saison 1972-73, Patrick Sawyerr prit la direction de Poitiers où il devint joueur et entraîneur du hockey mineur. Cette année-là, il effectua une tournée de trois semaines au Canada avec cinq autres stagiaires français (Michel Abravanel d’Amiens, Maurice Chappot de Saint-Gervais, Christian Lamarre de Compiègne, Alain Letellier de Dijon et Thierry Monier de Paris) dans le but d’obtenir un grade d’entraîneur fédéral.
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L'Aventure à Tours
Sylvain Taillandier, qui fait partie désormais du staff du club des Remparts de Tours en charge de la communication, de la billetterie et du partenariat, avait expliqué dans son ancien article publié dans le journal local La Nouvelle République : « Patrick Sawyerr devint la première recrue du président Albert Pasquier, car c'est avec lui comme entraîneur que l'ASG Tours va gravir tous les échelons, de la Nationale C à la Nationale A. Cette période verra en parallèle l'éclosion de jeunes hockeyeurs tourangeaux très talentueux. »
Entraîneur de Tours de 1973 à 1977, puis à nouveau de 1982 à 1984, Patrick Sawyerr a donc laissé durant toute cette période une marque indélébile dans l’histoire du club local en faisant progresser sous sa direction l’équipe sénior jusqu’au sommet à savoir la Nationale A qui est devenue la Ligue Magnus aujourd’hui. En 1975-76 il repartit sur les chapeaux de roue avec de l'ambition à revendre. Patrick Sawyerr fut toujours aux commandes sur la glace avec l'emblématique international Jean-Claude Sozzi dans les buts.
Pourtant, sans concession, Patrick Sawyerr tira son propre bilan un peu moins enthousiaste en déclarant : « Tours a été la première ville de plaine à commencer à faire parler d’elle. Mais la saison 1979-1980 n’est pas celle qui m’a laissé finalement le meilleur souvenir. L’état d’esprit était un peu particulier car nous étions au début du professionnalisme et cette expérience s'achète à prix fort.

Autres Expériences et la Retraite
De 1986 à 1991, Patrick Sawyerr décida de faire profiter de sa grande expérience en devenant l’entraîneur-joueur du club de Nantes. « Je suis resté cinq ans à Nantes et c'était top. On n'avait pas beaucoup de moyens, mais j'aimais travailler avec des joueurs formés sur place » dira-t-il. C’est sous sa direction que le club de Nantes fut promu en Nationale 1 l’équivalent de la Ligue Magnus aujourd’hui.
Après un court séjour dans la Drôme Patrick prit donc une direction plus au nord dans les Ardennes où il deviendra l’entraîneur du club de Charleville-Mézières jusqu’en 2004. « A Charleville, on m'avait parlé d'un club jeune et ambitieux. Ce qui n'était exact que pour le premier adjectif. Des débutants oui, un grand projet non. Mais je devais nourrir ma famille, alors je suis resté quand même douze ans avant de rentrer définitivement sur Tours.
Une fois revenu à Tours, on lui demanda à quoi ressemblait sa retraite. Il répondit : « J'adore la musique, c’est mon autre passion, surtout le blues, j'ai une collection de CD sur un mur à la maison. J’ai aussi des films principalement du cinéma français.
Hommages
A la suite de son décès, sur le site internet des « Remparts » on pouvait lire au sujet de Patrick Sawyerr : « A la patinoire de Tours, où il ne ratait que très rarement des matchs avant que sa santé ne l’en éloigne, il s’installait à côté de la tribune de presse avec ses amis du hockey.