L'histoire inspirante d'Amédée dans le rugby féminin

Depuis quelques temps, la popularité de Montserrat Amédée, arrière du XV de France féminin, ne cesse de croître. Jean Amédée, son grand-père, est émerveillé par l'engouement suscité par sa petite-fille depuis le début de la Coupe du Monde en Irlande.

Les débuts sportifs de Montserrat

Elle a commencé le sport aux Patriotes. Le grand-père de Montserrat n'a jamais douté des qualités athlétiques de sa petite-fille agenaise. Durant treize ans, elle fut une gymnaste licenciée chez les Patriotes Agenais.

« Dès qu’elle a quelque chose entre les mains, un ballon, une raquette, elle sait s’en servir, assure Jean Amédée. Et la course l’a toujours attirée, je me souviens de vacances passées avec nous en Catalogne, elle n’arrêtait pas de faire des allers-retours sur la plage, comme une pile électrique, jusqu’à extinction des feux. »

Quelques années plus tard, le grand-père de Montserrat assiste au second cross du collège de sa petite fille : « L’année précédente, elle avait terminé deuxième. Forcément comme c’est une gagnante, cela l’avait un peu vexé. Du coup, elle avait fait une course intelligente d’attente et elle avait attendu les 50 derniers mètres pour fondre sur la fille qui était en tête et l’emporter. »

Ascension dans le monde du rugby

Son tempérament de battante repéré par les Prunelles d’Agen, Montserrat Amédée a depuis fait son chemin, s’est envolée d’abord pour Blagnac-Saint Orens, avant de filer à Montpellier, non sans un crochet par le rugby à 7 français à Marcoussis, qui lui a permis de gagner encore en explosivité.

Montserrat Amédée, joueuse du MHR féminin et passée par le rugby à 7 est appelée pour la première fois avec le XV de France. Elle savoure à l’aube du mondial à venir ce qui lui arrive.

Après treize ans de pratique à haut niveau, enfermée dans une salle, celle que ses coéquipières surnomment « Montse » a décidé de suivre les pas de ses cousins, originaires comme elle de Lavardac, bourgade du Lot-et-Garonne située à une trentaine de kilomètres à l’Ouest d’Agen.

Passionnée de la chose ovale, dans un univers familial où le rugby a toujours eu son mot à dire, ayant pour cousin l’actuel centre d’Agen et ancien international moins de 20 ans, Pierre Fouyssac, son aîné d’un an, elle se souvient s’être rendue tous les week-ends de matchs à domicile à Armandie pour admirer les exploits de l’ailier fidjien Rupeni Caucaunibuca : « Caucunibuca me faisait rêver. Le voir marquer plein d’essais, prendre de la vitesse c’était magnifique à voir. »

C’est donc tout naturellement qu’elle a troqué les collants pour les crampons : « J’ai aussi fait du handball pendant deux ans mais je devais choisir tous les week-ends. Et le rugby ne m’a plus quittée. Résultat ? Une première saison en cadettes avec la section féminines du SUALG avant d’être repérée par le pôle Espoirs de Jolimont à Toulouse.

S’ensuivront deux saisons sous les couleurs de Saint-Orens, en cadettes et avec les seniors. Avant d’atterrir en 2015 à Montpellier avec les Gaëlle Mignot, Safi N’Diaye, Élodie Poublan, Caroline Boujard, les grandes sœurs, championnes de France cette saison à ses côtés et qui font partie de l’aventure du Mondial. Les trois premières étaient là en 2014 et Montserrat s’en souvient comme si c’était hier : « Je me suis retrouvé à Jean-Bouin pour la demi-finale et le match pour la troisième place, voir une telle ambiance, avec de telles équipes, c’était fort. Je me suis dit pourquoi ne pas y être pour la prochaine. »

Trois ans plus tard, elle touche son rêve du doigt au poste d’arrière, pour une première sélection. Elle, la demie d’ouverture du MHR qui se retrouve depuis deux ans également septiste et sous contrat fédéral. Après avoir fait la préparation aux jeux Olympiques de Rio, sans être dans la liste définitive, elle a dû rebasculer vers le quinze et reprendre des repères. Comment ? En se regardant la référence mondiale, les All Blacks et les frères Beauden et Jordie Barrett qu’elle admire et dont elle ne loupe aucun match.

Qualités et défis

Son entraîneur des trois-quarts dit d’elle « qu’elle a du rugby plein la tête et qu’elle apprend vite » avant d’énumérer en détail ses qualités : « C’est une joueuse avec une bonne lecture par rapport aux dispositifs adverses, une science du jeu qui lui permet de jouer en première attaquante. Elle a une qualité de duel, d’engager la ligne. À 7, c’est une joueuse qui marque beaucoup d’essais et elle sait défendre sur les grands espaces. Elle a une bonne qualité de pied, de main. Il faut qu’elle travaille ses timings de course mais elle est toujours positive.»

En somme, tout pour en faire une arrière de référence. Une buteuse, capable de suppléer sa demie d’ouverture mais aussi de placer ses ailières. Communicative à souhait, de caractère affirmé, toujours positive, Montserrat Amédée donne cette impression de ne jamais paniquer malgré son jeune âge. Plutôt adroite sous les ballons hauts, agile de par ses années de gymnastique, elle ne demande qu’à progresser.

Sans oublier que le rugby ne fait pas tout, et que les études sont également à ne pas galvauder. En deuxième année de Staps à Montpellier, elle a dû composer entre la saison du MHR, les étapes du circuit à 7 et désormais le XV de France. Un rythme soutenu, pas toujours évident à suivre qui demande une gestion parfaite et de très grosses capacités physiques et mentales pour enchaîner les tâches. Ce dont la joueuse résume à « un tout plein d’énergie qu’il faut avoir au bon moment ».

Ça tombe bien, elle n’en manque pas.

Retour en équipe de France après une blessure

Pour retrouver la dernière rencontre internationale disputée par Montserrat Amédée avec le XV de France, il fallait remonter au 9 novembre… 2018 ! C’était un bien triste France-Nouvelle-Zélande qui s’était soldé par une victoire des Black Ferns à Mayol sur le score de 14 à 0. Pas exactement un bon souvenir pour la Girondine, titulaire à l’arrière ce jour-là et victime d’une grave blessure au genou.

Voilà pourquoi le rappel de la Girondine était déjà un petit évènement en soi : "Je suis un peu comme une petite jeune qui découvre, mais aussi comme une joueuse qui a envie de montrer de quoi elle est capable", expliquait la trois-quarts aux caméras de France Télévision avant France-écosse.

Avec seulement huit sélections à ce jour au compteur, Amédée n’avait même jamais disputé de Tournoi des 6 Nations : "Je ne pensais pas en vivre un dans ma carrière, mais finalement cela va arriver à 28 ans donc je prends tout ce qu’il y a à prendre.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a tenu parole. Brillante à La Rochelle, l’ex-pensionnaire de France VII a fait montre de ses qualités physiques et techniques. Bonne passeuse, puissante balle en main, le duo qu’elle a formé avec Marine Ménager (connue elle aussi pour son gabarit athlétique) un duo qui a contribué au rayonnement offensif des Bleues.

Ce dernier était d’ailleurs bien placé pour évoquer son retour à XV et son positionnement en 12, un choix qui a payé : "Elle jouait à l’arrière en 2017, mais cela fait un an et demi qu’elle est fixée en 12 ou en 13. "Montse" est une joueuse technique, qui comprend le rugby. Elle a dû s’adapter en passant à un poste où elle avait moins de champ, mais cela a fonctionné parce qu’elle a toutes les qualités pour. En club, je l’utilise comme une deuxième demi d’ouverture, qui fonctionne bien avec Carla Arbez." La présence d’Amédée a d’ailleurs certainement dû contribuer à la bonne performance d’Arbez à Marcel-Deflandre.

Vice-championne du monde de rugby à 7

Les Françaises sont devenues, dimanche dernier, vice-championnes du monde de rugby à 7, à San Francisco. Les Bleues ont échoué en finale face aux Néo-zélandaises (29-0), mais ont réalisé un parcours remarquable en sortant notamment l'Australie et le Canada.

Montserrat Amédée : "Au bout de la saison qu'on a fait, pour nous, ce n'est pas une surprise. On a réalisé une très belle performance. On est une équipe qui progresse énormément depuis quelque temps. Chaque match, on sait qu'on peut le gagner, on l’a prouvé sur ce weekend de compétition (NDLR : la Coupe du monde de rugby à 7 se déroule sur trois jours), même si en finale, on ne pouvait rien faire. Mais on a su répondre présentes sur l'ensemble du tournoi.

MA : "Il ne fallait pas qu’on se laisse avoir par leur jeu qui est difficile a arrêter. On a bien défendu mais elles ont très bien joué. Et au final, c'est la meilleure équipe qui l'a emporté. On a quelques regrets en première mi-temps, de ne pas avoir mis plus la main sur le ballon et de ne pas avoir créer assez de situations. Quand l'adversaire nous empêche de nous mettre en place, c’est compliqué.

MA : "Sur toute la Coupe du monde, on s'était dit qu’on n'avait pas besoin de la pression, on était "focus" sur le prestation individuelle et collective. Sur ce format de compétition avec que des matches à élimination directe, on n’avait pas le droit à l’erreur. On ne pensait pas aux adversaires. On a battu deux grosses nations : le Canada et l’Australie pour la première fois de notre histoire (NDLR : l'Australie est championne olympique 2016). On a montré beaucoup d’envie, d’émotions sur la Marseillaise. Mais la finale lancée, il fallait tout lâcher pour espérer mettre à mal les Blacks, s'envoyer pour l’équipe et profiter du match.

MA : "C’est une équipe qui se connait par cœur, elles sont professionnelles depuis plus longtemps que nous. Ce sont comme des sœurs. Leur état d’esprit leur donne quelque chose en plus peut-être, leur culture aussi. Sur cette saison, elles étaient comme imbattables. Mais je pense elle se feront battre. Pour ça, il faut jouer avec de la vitesse et de la précision sur les attaques, prendre les espaces. Il faut casser leur ligne défensive car elles mettent une grosse pression en montant en sprint. En défense, avoir une bonne défense évidement et récupérer le ballon vite.

MA : "Exactement, on finit troisièmes des World Series, la première fois qu'on fait un podium ! On est semi-pros depuis 4 ans, c’est ce qui est différent des Blacks. On s'entraîne tous les jours ensemble. Mais le meilleur reste à venir ! On n’a pas gagné encore une manche sur le circuit, c’est peut-être notre prochain objectif, dès octobre au Colorado.

Événement Résultat
Coupe du Monde de Rugby à 7 Vice-championne du monde
World Series Troisièmes
Championnat de France à XV Championne de France avec Montpellier

MA : "Ça nous est très utile. Avec les stages et les rassemblements, c’était compliqué pour les joueuses avant. On n'était jamais toutes disponibles en même temps, jamais au même endroit. Maintenant, on vit ensemble et on joue ensemble tous les jours. Il n'y a que ça qui marche. La fédé a mis en place ces contrats, on est 24 joueuses sous contrat, c’est important pour le rugby à 7. Le président Laporte était présent pour nous encourager à développer le Seven, qui est un sport olympique. On a à cœur de continuer notre progression. On est très heureuses de s'entraîner tous les jours à Marcoussis. On a de bonnes installations.

MA : "Dès la saison prochaine même ! Les World Series compte pour la qualification aux JO 2020. Si on finit dans les quatre premières, on est qualifiées pour 2020. Les Jeux 2020 sont déjà dans nos têtes. Pourquoi pas nous ? Notre objectif est d’aller faire un résultat à Tokyo et ça commence dès octobre avec les World series.

MA : "C’est génial ! J'ai commencé le rugby à Agen. Maintenant, je suis à Montpellier et Paris pour le 7, je remercie les gens de m'avoir aidée dans mon parcours. Cette saison, j’ai vécu beaucoup de grandes compétitions. Mais le 7 c’est un sport à part. On part partout dans le monde toute l'année, c’est une vie de sportif de haut niveau. Mais je n'ai pu faire que 8 matches avec Montpellier en XV. Je n’ai pas pu faire les phases finales mais je suis championne de France quand même (Rires). Je suis reconnaissante de tout ça, auprès du club de Montpellier. Je veux continuer et ne pas m'arrêter, je ne demande que ça. Je suis en vacances en août mais il me tarde de repartir à l'entrainement.

MA : "J’ai pris une décision. C’est une très grosse saison à 7. Je garde la licence à Montpellier mais ils ont compris mon état d’esprit. Il faut passer par la qualification pour les JO 2020. Je ne pourrai pas faire 8 matches comme cette année avec mon club. Le XV c’est pour plus tard. Avec le Seven, ce sont deux sport différents, je me concentre sur le 7 car sinon le rêve olympique peut s’envoler.

Montserrat Amédée | Intersaison Rugby 2020 - vol 1/3

Parcours avec le Stade Bordelais

Dimanche à 15h00 à Dax, les lionnes du stade bordelais vont jouer la demi-finale du championnat de France Elite 1, soit le plus haut niveau du rugby féminin, contre le stade toulousain.

Après un quart de finale éprouvant contre Bobigny et une qualification arrachée pendant les prolongations, les féminines bordelaises vont avoir besoin de sérénité pour affronter les Toulousaines. L’expérience du très haut niveau de certaines joueuses sera utile dans le vestiaire. Ce sera le cas notamment pour Montserrat Amédée

Au Stade Bordelais, on est très peu à avoir joué des phases finales, voire des demi-finales. Donc oui, forcément, quand je suis arrivé à Bordeaux, c'est vrai que le staff, les entraîneurs m'ont dit Voilà, amène toute ton expérience. J'ai vécu des grands matches, des moments où il fallait rester lucide. Ne soyons pas surprise par ce qui peut se passer parce que on est prêtes pour ça. On est prête à en découdre et simplement vraiment se lâcher parce que sur le quart de finale, on était peut-être un petit peu tétanisé sur le fait de jouer un quart de finale - Montserrat Amédée

C’est la première fois dans leur jeune histoire que les lionnes du stade bordelais se qualifient pour le dernier carré de l’élite. Si la section féminine a 16 ans, une réelle ambition est affichée depuis à peine quelques années et le travail paye déjà. Tant mieux, pour récompenser des joueuses hyper motivées et qui n’ont pas le statut de professionnelle comme le rappelle Montserrat Amédée

Ça fait à peu près deux ans que ce projet existe, je suis arrivé en milieu de projet mais clairement aujourd'hui, d'être dans le carré final, c'est génial pour toutes les filles qui sont là depuis plus longtemps que moi au club. On veut forcément aller le plus loin possible, pour tout le travail qui est fourni dans les clubs en France, dans notre championnat qui est quand même un championnat amateur. Il faut savoir qu'à côté, les filles travaillent ou étudient. Donc il faut gérer aussi à côté du rugby. Mais vraiment, quand on arrive aux entraînements, quand on est sur le terrain, il y a quand même sérieux. On est très concentré et quand on joue c'est pour gagner - Montserrat Amédée

Un modèle de détermination et de polyvalence

En ce printemps 2025, Montserrat Amédée a le sourire. La trois-quart centre du Stade Bordelais et originaire d’Agen (28 ans) avait privilégié le rugby à 7 ces dernières années et faisait partie de groupe de l’équipe de France aux Jeux olympiques de Paris. Elle est sortie profondément touchée d’une décevante cinquième place et a donc...

En ce printemps 2025, Montserrat Amédée a le sourire. La trois-quart centre du Stade Bordelais et originaire d’Agen (28 ans) avait privilégié le rugby à 7 ces dernières années et faisait partie de groupe de l’équipe de France aux Jeux olympiques de Paris. Elle est sortie profondément touchée d’une décevante cinquième place et a donc dû repartir de l’avant avec son club pour espérer retrouver l’équipe de France à XV en cette année de Coupe de monde. Mission accomplie pour une 7ème sélection face à l’Écosse, il y a 15 jours (38-15), après six ans d’absence.

Après les Jeux, je faisais déjà partie du stage en Espagne avec l’équipe à XV donc je me suis vraiment dit que rien n’était fermé ni impossible et qu’en bossant et en étant performante en club, ça pourrait peut-être s’ouvrir. Ça a été le cas et je suis très contente d’être là.

J’avais gardé un pied à XV au Stade Bordelais quand j’étais sous contrat à 7 avec la Fédération et j’ai repris à fond avec le club cette saison, donc je ne partais pas de zéro. Mais après 10 ans de rugby à 7, je ne me suis pas dit non plus « ça va aller ! » et j’ai bien fait parce que 80 minutes à XV, c’est quand même costaud (sourire) ! L’intensité à sept est forte mais à XV, l’impact physique et le rythme mis par les équipes le sont aussi et sur plus longtemps. On joue peut-être moins chaque ballon, il y a plus de tri dans les situations et plus d’analyse mais c’est aussi ce que j’aime.

Ce lien existe depuis de nombreuses années maintenant et c’est une très bonne chose. Après les Jeux, le groupe à 7 a vraiment pris un coup sur la tête mais je pense qu’on peut amener cette force de caractère et cette grosse capacité de travail. Qu’il ne faut pas être étonnée d’être là. Il faut plutôt être présente à chaque instant et chaque jour pour les autres afin de nourrir le collectif. Chacune a son histoire et pour pouvoir s’exprimer et se libérer sur le terrain, il faut aussi construire les choses autour.

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