Les Chants des All Blacks Rugby: Tradition et Impact Culturel

Le haka est une danse chantée rituelle pratiquée par les Maoris lors de conflits, de manifestations, de protestations, de cérémonies ou de compétitions amicales pour impressionner les adversaires. Plus qu'un passe-temps, le haka était une coutume d'importance, particulièrement au moment de souhaiter la bienvenue lors de rencontres sociales.

Le haka devient célèbre à travers le monde grâce au rayonnement de l'équipe néo-zélandaise de rugby à XV, les All Blacks. Les joueurs, en tenue noire, interprètent traditionnellement un haka avant le début de chacune de leurs rencontres, dans le but d'impressionner l'adversaire.

LES ORIGINES DU HAKA

Selon la mythologie māori, Tama-nui-to-ra, le dieu soleil, avait deux épouses : Hine-raumati, dame de l’été, et Hine-takurua, dame de l'hiver. L’enfant né de Tama-nui-to-ra et de Hine-raumati s’appelait Tane-rore. Il fut crédité de l’origine de la danse.

Haka est un nom générique pour toutes les danses māori. Étymologiquement, le mot haka signifie « faire ». Et ce type de danse se pratiquait dans toute l'Océanie polynésienne. Aujourd’hui, le haka est défini comme la partie du répertoire de danse où les hommes sont à l’avant et les femmes à l'arrière pour le support vocal. Plus que tout autre aspect de la culture māori, cette danse complexe est une expression de la passion, de la vigueur et de l'identité de ce peuple.

La première prestation du haka moderne, effectuée en 1987 lors de la coupe du monde de rugby qui se déroule en Nouvelle-Zélande même, s'inspire du chef de tribu Te Rauparaha qui se cache d'un village ennemi. L'interprétation systématique du haka date de 1987, lors de la première Coupe du monde de rugby. Il est auparavant réservé aux tournées des All Blacks dans les pays étrangers. Les Wheel Blacks, l'équipe nationale néo-zélandaise de rugby en fauteuil roulant, effectuent également un haka en début de match.

Ces danses guerrières sont originellement interprétées sur les champs de bataille, face aux ennemis. Mais les joueurs de rugby à XV ne sont pas les seuls à l'utiliser avant leur match sportif - les équipes de Nouvelle-Zélande de rugby à XIII ou de basket-ball font de même. Le haka occupe une part très importante dans la vie culturelle des Néo-Zélandais (qu'ils soient māori, métis ou anglo-saxons) et constitue un élément fondamental de leur identité nationale.

D'autres nations de la zone océanienne effectuent des chorégraphie martiales (appelées à tort des haka) avant d'entamer une rencontre de rugby à XIII ou à XV : ainsi, les Fidji (Cibi), les Samoa (Siva tau), les îles Cook, les Tonga (Kailao ou Sipi tau) et l'île de Niue (Takalo (en)) possèdent leur propre « danse » d'avant-match.

Le Haka: Plus Qu'une Simple Danse

Le haka néo-zélandais est encore utilisé, malgré son évolution à travers les années. Son emploi garde toutefois les mêmes significations qu'à sa création. Ces danses sont utilisées lors d'événements tels que les mariages ainsi que les funérailles. En effet, en exécutant le haka face à une équipe qui ne le pratique pas, une équipe sportive peut prendre un ascendant psychologique, puisque son but est entre autres de provoquer ou d'impressionner son adversaire.

Cependant l'efficacité de l'impact psychologique du haka sur l'adversaire reste à prouver. Par ailleurs, elle rompt un principe d'égalité que sous-tend le protocole, puisqu'en temps normal les deux équipes sont présentées à égalité à la tribune présidentielle, leurs hymnes nationaux joués. La seule entorse à l'égalité formelle étant que l'on joue pratiquement toujours l'hymne de l'équipe qui reçoit en second, par courtoisie pour l'équipe visiteuse.

Toujours pour respecter l'égalité, le tirage au sort est par ailleurs retenu pour déterminer sur quel côté du terrain l'équipe gagnante du « toss » va jouer ou si elle va engager ou recevoir en rugby (à XV ou XIII). En compétition internationale à élimination directe, les tenues sont même tirées au sort (tenue domicile ou extérieure). Le haka est donc une rupture de cette égalité formelle, puisque l'équipe qui l’exécute bénéficie d'un privilège en étant autorisée à accomplir un acte de plus que son adversaire.

La plupart des équipes se contentent d'aligner les joueurs ou les joueuses derrière la ligne de milieu de terrain, ceux-ci ou celles-ci se tenant par les épaules, bras dessus, bras dessous, et regardant les adversaires interpréter leur danse. Par le passé, l’Équipe de France de rugby à XV, a choisi plusieurs façons de répondre aux hakas néo-zélandais : alignement des joueurs, port des couleurs nationales, ou comme en coupe du monde, franchissement de la ligne de milieu du terrain, ce qui lui vaut parfois des amendes.

Ce défi est également fréquent entre équipes océaniennes en rugby à XIII, certains joueurs allant au contact physique des joueurs adverses. Quant au public, s'il apprécie toujours ce moment particulier et ce spectacle que constitue le haka, il est édifiant de constater qu'il peut siffler ou se manifester bruyamment pendant son déroulement, et cela même dans les pays anglo-saxons.

Par exemple dans le cinéma francophone, il est question de haka dans le film Mercenaire de 2016. Sommé de faire un haka par ses coéquipiers, le héros refuse sentant de la moquerie dans la demande. Mais le succès du haka entraine également de nombreuses parodies. Des parodies qui ne sont pas sans entrainer des polémiques et les Maoris dénoncent l'appropriation culturelle faite de leur danse traditionnelle.

One of the most widely known haka is "Ka Mate" composed by Ngāti Toa chief Te Rauparaha around 1820. Today, it is frequently performed by New Zealand sports teams and individuals when travelling overseas. The All Blacks have given "Ka Mate" its greatest global exposure, performing it before their Test matches for more than a century.

During a time of conflict Te Rauparaha was being pursued by warriors of a rival iwi, and was hidden by Te Wharerangi of Tuwharetoa in a kumara (native sweet potato) pit, with Te Wharerangi’s wife Te Rangikoaea being directed to sit on top. Guided by their Tohunga (scholar/priest) the warriors searched for Te Rauparaha and as they drew near he muttered “Ka Mate Ka Mate” (It is death, it is death). Concealed from the Tohunga by the spiritual powers of both food and the woman above, Te Rauparaha was not discovered, and as the searchers passed overhead he muttered “Ka ora Ka ora” (It is life, it is life).

There are many interpretations of these words and “tangata puhuruhuru” may be a reference to the hairy man (Te Wharerangi), but Ngāti Toa oral tradition holds that Te Rauparaha was giving credit to the spiritual power of Te Rangikoaea as he ascended (Upane, Kaupane) from the darkness of the pit into the light of the sun (Whiti te ra!

A year in the making, Kapa O Pango was written for the team by Derek Lardelli, an expert in tikanga Māori (Māori culture and customs) of the Ngāti Porou iwi. Its words and actions celebrate the land of New Zealand, the silver fern and its warriors in black. The name might be translated simply as 'team in black'. Rather than replace the traditional haka, Ka Mate, Kapa O Pango sits alongside it as a new addition to the All Blacks' tradition.

Ce samedi 2 novembre, le XV d’Angleterre accueille la Nouvelle-Zélande pour le compte de l’Autumn Nations Series 2024. Juste après les hymnes nationaux et avant le coup d’envoi, les All Blacks se sont mis en place pour effectuer leur célèbre haka, danse traditionnelle maorie. Face au « Kapa o Pango » néo-zélandais, le public anglais de Twickenham a répondu en lançant le traditionnel « Swing low sweet chariot ».

Paroles des Hakas les Plus Connus

Pour comprendre chacun des mots prononcés par les All Blacks, voici les paroles des hakas, à commencer par le « Ka Mate », le plus connu :

« Taringa Whakarongo ! Kia Rite ! Kia Rite ! Kia Mau ! (Préparez-vous ! Alignez-vous ! Hi ! A Ka mate ! Ka mate ! (C’est la mort ! Ka ora ! Ka ora ! (C’est la vie ! A Ka mate ! Ka mate (C’est la mort ! Ka ora ! Ka ora ! (C’est la vie ! A upane ka upane ! (Faites face ! A upane ka upane whiti te ra ! Hi ! (Oui !) »

Le « Ka Mate » n’est pas le seul haka chanté par les joueurs néo-zélandais, qui utilisent aussi le « Kapa O Pango ». Ce dernier, créé plus récemment, est célèbre pour son geste final, qui mime un égorgement, mais dont les paroles collent plus à l’identité de l’équipe.

« Taringa Whakarongo ! Kia Rite ! Kia Rite ! Kia Mau ! Préparez-vous ! (Alignez-vous ! Hi ! Kapa o pango kia whakawhenua au i ahau ! Hi aue, hi ! Hi Au, au, aue ha hi ! Ko Kapa o Pango e ngunguru nei ! Hi Au, au, aue ha hi ! I ahaha ! Tu iho nei, hi ! Ponga ra ! Kapa o Pango, aue hi ! Ponga ra ! Kapa o Pango, aue hi, ha !

L'Histoire du Haka

Un haka est une danse cérémonielle qui a toujours existé en Nouvelle-Zélande, depuis l'époque des premiers contacts avec les Māori à nos jours. En langue māori, « haka » veut dire « danser ». Un haka est une création originale, au même titre qu'une chanson ou qu'une chorégraphie. Il en existe donc une infinité. Car il faut rappeler qu'aux temps pré-coloniaux, la culture māori était dépourvue d'écriture. Par conséquent, l'ensemble du processus de transmission des connaissances reposait sur l'oralité, et les danses traditionnelles faisaient partie de ce processus.

Un haka peut raconter des mythes fondateurs, l'histoire d'une tribu, ou encore un épisode historique. Il existe quelques grands types de hakas. Certains sont d'ordres cérémoniels (haka taparahi), d'autres, guerriers (haka peruperu) ou encore funéraires (haka maemae).

Les premiers récits faisant état de haka viennent du navigateur Abel Tasman qui, le 18 décembre 1642, devint le premier Occidental à entrer en contact avec des Māori à Taitapu, sur la pointe nord de l'île du Sud. Il fallut attendre 127 ans pour qu'un Européen revienne en Nouvelle-Zélande. Le lieutenant James Cook accosta le 8 octobre 1769 non loin de Gisborne, sur la côte Est de l'île du Nord.

Dès le milieu du 19ème siècle, la région de Rotorua et ses splendides sites géographiques façonnés par l'activité géothermique devinrent le haut lieu touristique du pays. Très vite, des « concert parties » (« troupes de danses ») furent créés pour répondre à une demande toujours plus importante. Conformément aux attentes des touristes, les danses poi et les haka correspondaient à leurs représentations ethnocentrées de la « belle indigène » et du « féroce Māori ».

C'est de cette façon que les arts performatifs māori commencèrent à être séparés selon le genre : le haka devint masculin, le poi, féminin. Une absurdité, quand on sait que les femmes tenaient à l'origine un rôle de premier rang dans le haka : non seulement en apportant un puissant appui vocal aux hommes depuis l'arrière ou sur les côtés, mais également en assurant la protection magique du groupe grâce à leurs organes sexuels, considérés comme sacrés aux temps pré-coloniaux.

L'idée d'organiser des compétitions de danses traditionnelles fut suggérée quelques décennies plus tard, en 1934 par Lady Bledisloe, l'épouse de Charles Bathursht, vicomte de Bledisloe qui effectuait une visite royale. Aujourd'hui, le « kapa haka » prend les atours d'un véritable sport, avec ses règles, ses institutions, ses lieux de pratiques (écoles, lycées, armée, communautés māori), ses compétitions et ses élites.

Sous sa forme actuelle, une performance de kapa haka dure trente minutes et regroupe quarante hommes et femmes équitablement répartis. Il comporte cinq disciplines : une entrée chorégraphiée (whakaeke), une prière séculaire (moteatea), une chanson de gestes (action song ou waiata-a-ringa), une danse poi (chorégraphie synchrone avec les petites boules blanches lestées à une corde), un haka, et une sortie (whakawatea).

Chaque discipline est évaluée par une note sur cent par une dizaine de juges, et il n'est pas rare que la victoire ou la défaite se décide au dixième de point près. La compétition reine, appelée Te Matatini, se tient en Nouvelle-Zélande tous les deux ans et est retransmise par la télévision néo-zélandaise.

En clair, le haka, ainsi que les autres arts performatifs māori, sont devenus des sports de haut niveau. Lors de notre enquête ethnographique effectuée en 2008, plusieurs informateurs aimaient à dire que gagner Te Matatini était aussi difficile que d'être sélectionné avec les All Blacks. Et ils n'étaient pas loin de la réalité, au vu du colossal travail de création, d'écriture, d'apprentissage et de répétition qu'une performance de trente minutes réunissant quarante danseurs demande.

Il est enfin intéressant de noter que depuis plusieurs années, des groupes de kapa haka se sont formés en Australie, ou même à Londres, où l'on trouve d'importantes communautés māori. Mais aussi louables soient les efforts de la communauté māori de Londres, les plus puissants émissaires du haka restent sans aucun doute les All Blacks, la sélection néo-zélandaise de rugby à XV, qui pratique cette danse depuis le 3 octobre 1888, date à laquelle elle a effectué sa toute première tournée internationale.

Ce jour-là, l'équipe néo-zélandaise dite des « Natives » (car composée d'une grande partie de Māori) affronta Surrey, et effectua un haka dont les paroles disaient « Ake, ake, Kia kaha » soit « Soyons forts, encore et encore ». Il faut toutefois souligner le caractère irrégulier de cette pratique, car il est arrivé qu'ils ne le réalisent pas une seule fois lors de la tournée anglaise en 1935-36, alors que dix ans plus tôt, un haka avait été spécialement écrit pour la tournée de 1924.

Il fallut attendre 1987 pour que le « Ka mate » soit systématiquement réalisé avant chaque match des All Blacks, à la demande du capitaine Wayne « Buck » Shelford et du talonneur Hikatarewa Reid. Tous deux originaires de Rotorua, ils étaient sensibles à l'importance et aux significations du haka dans la société māori et ont exigé de leurs partenaires qu'ils le réalisent avec rigueur et intensité, chose qui n'avait pas toujours été vraie par le passé.

Shelford et Reid ont réexpliqué les paroles, enseigné la diction, les mouvements, avant d'organiser des répétitions collectives jusqu'à la parfaite synchronisation du groupe. Le changement fut radical, et les leaders tribaux se félicitèrent de voir que les All Blacks se montrèrent à la hauteur de leur patrimoine culturel, l'année même où la première Coupe du Monde de rugby se tenait sur le sol néo-zélandais.

Intitulé le « Kapa o Pango », celui-ci a déclenché une véritable tornades d'interrogations : allait-il remplacer le « Ka mate » ? Pourquoi l'avoir écrit ? Quel était son sens ? En réalité il ne remplace pas le « Ka mate », mais le complète. Son auteur, l'influent leader māori Derek Lardelli l'expliqua ainsi : « Les hakas ressemblent à une famille. « Ka mate » est le grand-frère, « Kapa o Pango » est le cadet. On ne remplace pas un membre d'une famille par un autre ».

Ainsi pensent les Māori : dans leur culture, les danses ne sont pas que des formes corporelles, mais des personnes à part entière. On comprend mieux alors pourquoi alors celles-ci voyagent si bien à travers l'espace et le temps...

Comparaison des Hakas: Ka Mate et Kapa O Pango
Caractéristique Ka Mate Kapa O Pango
Origine Composé par Te Rauparaha (~1820) Écrit par Derek Lardelli (2005)
Signification Récit de survie et de triomphe Célébration de la terre de Nouvelle-Zélande et des guerriers en noir
Utilisation Haka traditionnel, interprété depuis plus d'un siècle Haka additionnel, utilisé en complément du Ka Mate
Geste Final Pas de geste final spécifique Mime d'un égorgement (controversé)
Statut "Grand-frère" "Cadet"

Les All Blacks effectuant le haka avant un match.

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