À l’occasion du début de la Coupe du monde de rugby, nous avons analysé l’évolution du poids et de la taille des joueurs de dix sélections. Plus grand, plus rapide et plus musclé, le joueur de rugby moderne n'a pas grand-chose à voir avec son homologue du siècle dernier.
A l'aune du professionnalisme, dès la fin des années 90, la silhouette des rugbymen a commencé à se massifier. Et le phénomène concerne tous les postes, avants (qui composent la mêlée) comme arrières.
En analysant les caractéristiques physiques des dix meilleures sélections nationales, on observe une forte hausse du poids moyen par joueur, passant de 95,2 kg en 1995 à 104 kg en 2015, lors de la précédente Coupe du monde. Même constat concernant la taille moyenne, avec une augmentation de deux centimètres : 1,85 mètre en 1995 contre 1,87 mètre en 2015.

La Photo Polémique des Springboks Torse Nu
La récente publication d'une photo montrant l'équipe sud-africaine torse nu semble confirmer ce phénomène. Exit les avants bedonnants, place aux pectoraux saillants.
Ce week-end, les internautes ont vivement réagi à la publication d’une photo des Springboks à l’issue d’une séance d’entrainement. Alors que le rugby mondial est en pleine réflexion sur l’évolution du physique des joueurs, la publication de cette photo, où les joueurs sud-africains apparaissent gonflés et très dessinés, interroge.
La préparation de l’Afrique du Sud a commencé il y a quelques mois avec quelques grands rendez-vous dans le Rugby Championship. Si les Boks, ont fait une grosse impression en remportant cette courte édition, c’est avant tout parce qu’ils ont dominé leurs adversaires physiquement. Impressionnants devant, on comprend mieux leur état de forme en voyant cette photo.
Néanmoins, la vision de ces joueurs bodybuildés voire « survitaminés » renvoie directement à l’image délétère de l’Afrique du Sud concernant le dopage.

Dopage: Une Ombre Plane sur les Springboks
Depuis la Coupe du Monde 1995, durant laquelle les springboks furent fortement suspectés d’avoir pris des produits dopants, les joueurs sud-africains sont régulièrement mis en cause dans des affaires de dopage. Ces derniers mois, Chiliboy Ralepelle et Aphiwe Dyantyi ont été contrôlés positifs à des substances interdites.
De nombreuses personnalités de rugby se sont interrogées sur la transformation des joueurs de Rassie Erasmus. C’est le cas de Mathieu Blin, ancien talonneur passé par le Stade Français qui s’est confié au Parisien :« Si on parle de la photo, du visuel, c’est très surprenant, voire flippant […] On a des gars qui sortent de séance, très contractés. C’est la « séchade » comme on dit. Mais c’est collectivement que ça étonne […] Travailler à mort pendant trois mois peut donner des résultats stupéfiants.
Il y a un travail à vitesse maximale, à puissance maximale. Pour l’alimentation, chaque graisse ou glucide est comptée […] Ils veulent le meilleur rapport poids-puissance, pour développer la vitesse, qui est essentielle pour le sprint, les passes ou jeu au pied.
Coupe du Monde de Rugby 2019: Sacre et Polémiques
L'Afrique du Sud a remporté la Coupe du monde de rugby, en battant l'Angleterre en finale (32-12). Début septembre, les hommes de Johan Erasmus avaient créé bien malgré eux une petite polémique en publiant sur les réseaux sociaux un cliché de groupe, sur lequel une vingtaine d’internationaux apparaissaient affûtés comme jamais, les pectoraux saillants, les abdos dessinés, et les biceps prêts à éclater. Bref, une armée de golgoths.
Si l’intention était d’impressionner, on peut dire que la photo a fait son effet. Mais pas dans le bon sens du terme. Rapidement, de nombreux internautes ont évoqué le spectre du dopage et plusieurs acteurs du monde de l’ovalie se sont interrogés sur les moyens d’obtenir de tels résultats.
"Quand j’ai vu ça, j’ai pensé à un photomontage. C’est tellement fou, s’est étonné Fabrice Landreau, ancien adjoint de Fabien Galthié, dans les colonnes du Parisien. Chaque métabolisme est différent. Certains joueurs ont des fibres rapides, d’autres ne peuvent pas être tracés au niveau des muscles sur la peau. Là, tout est uniforme." Mais faut-il s’en inquiéter?
Passion pour la Musculation: Une Culture Sud-Africaine
Pour Didier Plana, ex-préparateur de Perpignan, les Springboks, en dévoilant cette image, ont donné le bâton pour se faire battre. "Je ne sais pas si c’est une bonne idée de faire le buzz comme ça aujourd’hui, le timing n’est pas bon pour eux dans le sens où il y a eu une mort suspecte d’un joueur de 49 ans, qui est déjà la quatrième ou cinquième de l’équipe championne du monde en 1995, a-t-il rappelé.
Le doute s’est installé autour de cette équipe-là, alors ça tombe mal…"Pour autant, il n’y avait selon lui pas de raison de tirer la sonnette d’alarme à partir d’une simple photo. "On parle de joueurs qui se préparent depuis des mois, et de joueurs qui sont tous fanas de muscu. Parce que tous les Sud-Africains que j’ai côtoyés, c’était ça: ils ont toujours été plus développés musculairement que nous parce qu’ils font tout simplement plus de muscu qu’ils ne courent. Ils ont cette culture-là.
Jean-Luc Arnaud, ancien préparateur physique du XV de France (2007-2011) et actuel directeur du centre de formation du SU Agen, évoque lui aussi cette passion sud-africaine pour la fonte. "Ce que je peux dire, c’est que c’est vraiment dans leur culture, oui. Quand j’allais faire des compétitions là-bas avec le Pôle France, ou que j’y allais même individuellement, j’ai toujours vu dans les collèges des gosses avec de la musculation au programme scolaire.
Sur la photo elle-même, l’ancien collaborateur de Marc Lièvremont assure ne rien voir de très étonnant. "Vous prenez n’importe quelle formation ou presque qui se prépare pour le Mondial, vous mettez les joueurs torse nu après une grosse séance de renforcement, où le muscle a été gorgé, et je pense que vous aurez la même photo", observe-t-il.
Après l’alarmisme à chaud, les spécialistes qui ont accepté de nous répondre se veulent donc plus mesurés dans leurs analyses. "Je ne sais pas exactement combien on peut prendre de kilos sur une prépa, c’est difficile de raisonner comme ça, glisse Didier Plana. Ça dépend aussi de ce qu’on leur donne en terme d’alimentation, de protéines, mais ça peut aller vite.
En fait, à l’heure où deux écoles de rugby semblent s’affronter au niveau mondial, le cliché interroge surtout sur le choix du staff sud-africain de miser autant sur la dimension athlétique. "Le rugby est un sport physique, et encore plus pour les Springboks, estime Jean-Luc Arnaud. Là, les mecs veulent montrer qu’ils sont prêts. Si vous enlevez le côté affrontement, vous enlevez une bonne partie de leur rugby…"
"Ce sont des choix de préparation, explique Plana. Ils ont dû vraiment axer leur préparation sur la force, sur la puissance, comme l’Afrique du Sud le fait souvent pour détruire son adversaire. Les All Blacks, par exemple, ne sont pas dans ce thème-là, ils ne sont pas dans l’hypertrophie, mais davantage dans le déplacement et la vitesse.
Si le titre de la Coupe du monde de rugby se résumait à un concours de culturisme, les Springboks seraient certainement candidats à la médaille d’or. On y voit les joueurs prendre la pose façon Arnold Classic, la musculature bien mise en avant, à l’issue d’une séance d’entraînement.
Les Springboks avaient l’air tous bien affûtés, et un peu trop dessinés pour des joueurs de rugby. Selon certains commentateurs, les Sud-Africains ont fait d’énormes progrès en matière de remise en forme avec Rassie Erasmus, un entraîneur très exigeant d’après les médias. D’ailleurs, on voit que tous les joueurs “arborent fièrement” des abs «six-packs» après avoir réduit considérablement leur poids.
En France, les experts ne sont pas du même avis. Certains ne sont pas du tout impressionnés par le physique des Boks. Interrogé à ce sujet dans les colonnes du journal Le Parisien, l’actuel membre du staff du Stade-Français Paris, Fabrice Landreau s’amuse de cette transformation.
Selon certains experts comme Mathieu Blin, l’objectif est clair : avant la compétition Ils veulent le meilleur rapport poids-puissance, pour développer la vitesse, qui est essentielle pour le sprint, les passes ou jeu au pied. Dans son interview avec nos confrères du Parisien, il évoque le fait que travailler sans relâche pendant trois mois peut donner des résultats stupéfiants.
D’ailleurs, une préparation physique de trois mois avait fait gagner aux joueurs « quinze à vingt kilos. Sur les réseaux sociaux, quelques journalistes, notamment Pascale Lagorce, ont surtout remarqué la transformation physique de l’ailier du Stade Toulousain, Cheslin Kolbe.
Pour la première fois, c’est un capitaine noir, Siya Kolisi, qui a soulevé le trophée. Un slip de bain aux couleurs du pays a quasiment volé la vedette aux joueurs. Il est devenu une gloire depuis que des milliers de supporters l’ont vu porté par François de Klerk, affectueusement surnommé “Faf” de Klerk, dans le vestiaire. Soit saisissant, soit affligeant Dans ce simple accoutrement, torse nu, le joueur star de l’équipe salue le prince britannique Harry, venu soutenir l’éq