Zinédine Zidane: Le Dernier Match et le Coup de Tête Qui a Marqué l'Histoire

Le 9 juillet 2006, à Berlin, Zinedine Zidane a disputé le tout dernier match de sa carrière lors de la finale de la Coupe du Monde opposant la France à l'Italie. Ce match est resté gravé dans les mémoires, non seulement pour l'intensité de la rencontre, mais aussi pour un geste qui a éclipsé le talent et la carrière exceptionnelle de Zidane : son coup de tête sur Marco Materazzi.

Un Match sous Tension

Zidane et Materazzi se sont croisés dès le début : le défenseur italien a commis la faute pour laquelle l’arbitre a accordé un tir de pénalité à la France, et Zidane a marqué. Devant le meilleur gardien de but au monde, il a fait trois pas et frappé le ballon assez mollement, qui a touché la barre transversale avant de franchir la ligne de but. Un but qui dit : « Je suis Zinedine Zidane et c’est mon dernier match en carrière. »

Mais l’Italie a tenu le coup, et a fini par obtenir un coup de pied de coin. Andrea Pirlo a frappé le ballon à la perfection et Materazzi (encore lui!) a marqué de la tête. France 1, Italie 1.

Les Français autour de lui étaient des vestiges vieillissants de la cohorte conquérante de 1998, et par moments, l’essoufflement était flagrant : des tackles au dernier moment de Lilian Thuram, des arrêts in extremis de Fabien Barthez. Dans l’autre sens, tout passait par Zidane : il effectuait les coups francs, les coups de pied de coin, il était de toutes les attaques, sa tête chauve se voyait dans toutes les prises de vue.

En 2006, l’Italie semblait pouvoir l’emporter, mais à 1-1, n’importe quoi peut être décisif. D’habitude il s’agit d’un but. C’est ainsi dans presque toutes les finales de la Coupe du monde de l’histoire récente, sauf celle de 98 que Zidane a dominé. En 1994, l’Italie tient tête au Brésil jusqu’aux tirs au but; en 2002, impasse jusqu’à ce qu’en fin de match Ronaldo fasse ce que Ronaldo sait faire, marquer des buts; en 2010, l’Espagne arrache la victoire en temps supplémentaire; en 2014, l’Allemagne fait de même. Les finales sont d’une rare intensité parce que chaque atome du corps des joueurs veut gagner le match le plus regardé au monde, et que personne ne veut être celui qui commet une bourde, accorde un but ou rate un tir de pénalité. Ces matchs deviennent alors des combats d’escrime avec un ballon où la victoire survient quand enfin l’adversaire meurt au bout de son sang à cause des milliers de petites entailles qu’on lui a faites.

Le Coup de Tête : Un Tournant Inattendu

Avant la 110e minute, la finale de 2006 n’était pas un match d’anthologie.

Regardez le coup de tête qu’a donné Zidane à Marco Materazzi. C’est saisissant. Regardez de nouveau. C’est dans sa façon de passer de « oui, oui, c’est ça, très drôle » à rien de moins qu’un coup de tête, en trois étapes : pivot, pied gauche planté dans la pelouse comme point d’appui, boom. Avec toute la grâce dont est capable Zidane sur un terrain de foot.

Ensuite, la puissance. On sent que le coup fait vraiment mal. Il a la précision d’un tireur d’élite. La puissance d’un cheval qui rue. L’impact d’un accident de voiture.

Zinedine Zidane a donné un coup de tête à Marco Materazzi en finale de la Coupe du monde. Le baisser de rideau de l’une des plus fascinantes carrières de footballeurs : il frappe avec la tête un joueur adverse et anéantit pour une génération de joueurs français leur dernière chance de mettre la main sur le plus prestigieux trophée.

Coup de tête de Zidane contre Materazzi en coupe du monde 2006 et le commentaire de Thierry Gilardi

Il faut dire qu’il est absurde de donner un coup de tête à un adversaire au cours d’un match. Les actes de violence dans le foot sont si rares qu’ils définissent aussitôt un match. Bien sûr, la violence accidentelle fait partie du sport (marcher sur un membre d’un joueur, entrer en contact avec le gardien de but), mais la violence à demi préméditée reste dans les annales : Keane contre Håland, Dyer contre Bowyer, Zidane contre Materazzi.

Que Zidane songe à réagir ainsi dépasse l’entendement. Qu’il y songe lors du match le plus important dans tout ce qu’englobe le concept du sport, c’est de la folie.

Les photos de Zidane qui quitte le terrain après le coup de tête, en passant près du trophée de la Coupe du monde, montrent un homme désespéré, à l’agonie. Mais revenez en arrière et regardez Zidane dans les secondes après qu’il a donné un coup de tête dans le thorax de Materazzi. Il est étrangement calme. Il parle à l’arbitre avec une expression faciale qui dénote presque de la surprise d’avoir été expulsé du match, de la surprise de découvrir qu’on ne peut pas donner des coups de tête aux gens.

Ce moment se perd en quelque sorte dans le véritable génie de Zidane.

Cette expulsion a marqué un tournant dans le match, laissant l'équipe de France affaiblie pour la séance de tirs au but, que l'Italie a finalement remportée.

Les Raisons d'un Geste Impardonnable

Ce qu’on raconte pour expliquer le geste, c’est que Zidane a frappé Materazzi au thorax avec son crâne parce que le défenseur italien avait insulté sa sœur. Je ne sais pas. Zidane avait 33 ans et avait passé sa vie sur des terrains de foot, il devait avoir déjà entendu des joueurs insulter sa sœur, sa mère, son père, ses frères.

Zinédine Zidane est revenu, dans un entretien accordé à L’Equipe pour ses 50 ans, sur les raisons qui l’ont poussé à donner un coup de boule à Marco Materazzi en finale de la Coupe du monde 2006.

Et le Ballon d’or 1998 est revenu en détails sur les raisons qui l’ont poussé à donner ce coup de tête dans la poitrine du défenseur italien, qui a eu des mots déplacés sur sa sœur auprès de sa mère fatiguée ce 9 juillet 2006. «Ce jour-là, ma maman est très fatiguée. J’ai plusieurs fois ma sœur au téléphone dans la journée. Je sais que ma maman n’est pas bien mais ce n’est pas très grave non plus. Ça m’interpelle néanmoins. Je reste quand même concentré. Mais ce sont des choses qui se bousculent. La pression, ceci, cela. Lui (Materazzi), il ne me parle pas de ma mère. Il a souvent dit qu’il n’avait pas insulté ma mère. C’est vrai. Mais il a insulté ma sœur, qui était auprès de ma maman à ce moment-là», a déclaré Zinédine Zidane.

S’il était habitué aux insultes et n’a pas toujours réagi, il n’a cette fois pas réussi à se retenir. «Sur un terrain, il y a déjà eu des insultes. Tout le monde se parle, parfois mal, mais tu ne fais rien. Là, ce jour-là, il s’est passé ce qu’il s’est passé. Il a déclenché quelque chose en parlant de ma sœur Lila. L’espace d’une seconde, et c’est parti…», a-t-il expliqué.

Un Héritage Complexe

Si c’était un scénario d’Hollywood, Zidane aurait été sur le terrain jusqu’à la dernière seconde, aurait marqué le but gagnant, aurait paradé en criant, fou de joie, sur les épaules de ses coéquipiers une dernière fois. Mais ce n’était pas Hollywood, c’était la vie. La vie a foncé dans Marco Materazzi si violemment qu’il se tordait de douleur.

Malgré ces explications, Zizou ne cherche pas d’excuses. Lucide et apaisé avec le temps, il admet ses torts : «Mais après, il faut accepter. Je ne suis pas fier mais ça fait partie de mon parcours. À ce moment-là, j’étais plus fragile.

Je sais qu’il est obscène d’aduler un homme pour un geste violent, mais, si on n’aimait pas déjà Zidane avant le coup de tête, il est difficile de ne pas l’aimer après. C’est instantanément devenu une scène d’anthologie. Le coup de tête de Zidane est devenu un mème avant l’invention du mème. Un GIF exploité mille fois et distribué au moyen de ces pages sans lien qui existaient avant le web social. (On ne connaîtra jamais le vrai potentiel des mèmes du coup de tête de Zidane. Imaginez si c’était arrivé aujourd’hui, en 2018.

Ce moment se perd en quelque sorte dans le véritable génie de Zidane. Parmi eux, Zinedine Zidane a fracassé le record des transferts, gagné à lui tout seul une finale de la Coupe du monde, marqué le plus beau but dans une finale de la Ligue des champions, porté le numéro 5 et réussi à se donner en se rasant la tête un air de Spock agressif.

Aujourd’hui, il y a Messi et Cristiano Ronaldo qui, alors que leurs jambes vieillissent, se disputent le titre de joueur qui a changé le foot. Avant, il y avait eu Maradona et Pele, des légendes dont on rejoue les exploits en noir et blanc.

Zidane était à la fois un excellent milieu central et un attaquant créatif qui marquait avec les pieds et la tête, comme si Christian Eriksen et Roy Keane s’étaient foncés l’un dans l’autre si fort qu’ils avaient fusionné et qu’on leur avait ensuite greffé la tête d’Alan Shearer. En 1998, il était le rouage central d’une machine parfaite, le catalyseur de chaque attaque de la France, le cœur d’une grande équipe. En 2006, ses jambes n’étaient plus ce qu’elles avaient été, mais, étonnamment, il était encore plus fort : alors que les vestiges de la France s’écroulaient un par un autour de lui, il les a traînés comme un chien traîne un bébé hors d’une maison en feu, il a marqué des buts comme si de rien n’était lors de tirs de pénalité et il a poussé par la force de son caractère la défense à n’accorder aucun but. En 98, Zidane a gagné la Coupe du monde grâce à deux foudroyants buts de la tête, avec son talent.

Est-ce qu’on le considère comme le meilleur joueur de tous les temps? Oui, mais non.

tags: #zidane #le #dernier #match