Le Paris Saint-Germain (PSG) a vécu des moments forts, marqués par des victoires éclatantes et des défis persistants. Le discours de son président, Nasser Al-Khelaïfi, offre un aperçu précieux de la stratégie du club, de l'importance du collectif et des enjeux qui façonnent le football moderne.

L'importance du collectif et de l'institution
Nouveau centre d'entraînement, nouvel entraîneur - l'espagnol Luis Enrique -, nouvelles recrues - six au total- mais un discours inchangé. Le président du PSG Nasser Al-Khelaïfi est venu à la rencontre du staff et des joueurs, mardi après-midi, à Poissy. Pendant un peu moins d'un quart d'heure, le dirigeant s'est montré très offensif avec un maître-mot : l'institution. Un message clair adressé à tous: personne n'est au-dessus du club.
En résumé, «NAK» n’avait qu’un mot à la bouche, «équipe». La clé du succès en 2024-25. Depuis quelques années, le PSG souhaite effectivement s’appuyer sur un collectif et non de très grandes stars. Cela a payé. Il a rappelé que le groupe devait rester uni et que le club allait dans la bonne direction.
Le récit médiatique sur la victoire du PSG occulte les conditions de cette victoire, et rend inaudible tout discours critique sur un football pourtant financiarisé et instrumentalisé à l’extrême. Cette réécriture a d’abord pour effet de transformer les fiascos précédents du club parisien en épreuves sur lesquelles il a pris sa revanche, et de parer une victoire tardive des atours d’un « mérite » immanent.
Victoire en Ligue des Champions : un tournant
Nasser Al-Khelaïfi n’est plus simplement le président du PSG : en 2025, il est l’homme qui a offert au club la consécration suprême, la victoire en Ligue des Champions 2024. Un titre continental longtemps espéré par les fans, qui a permis au PSG d’entrer dans une nouvelle dimension. Il n’est donc pas étonnant que son arrivée dans un amphithéâtre de la Sorbonne ait déclenché une véritable vague d’ovations. Ce moment d’euphorie n’est pas uniquement symbolique : il illustre l’ancrage profond du club dans le cœur des jeunes générations.
Au micro de Canal+, Nasser Al Khelaifi a partagé sa fierté après la victoire du PSG en finale de la Ligue des Champions : "Cette année a été très spéciale, on a eu des débuts difficiles, tout le monde nous critiquait, doutait de nous, et là, beaucoup de gens n'avaient pas confiance en notre projet, nos investissements..."
Le Président du PSG a poursuivi son discours de la sorte : "Aujourd'hui, on a prouvé qu'on est là, on est champions, j'ai du mal à y croire. 5-0, c'est incroyable, c'est un rêve." Nasser Khelaifi a défendu la France dans son projet : "On défend le drapeau de la France, on est un club français, on mérite, il y a beaucoup de grands clubs en France, tout le monde critique la France en disant qu'on n'a pas de qualité, mais on a montré aujourd'hui qu'on a de grands joueurs."
Le Président s'est enfin projeté sur l'avenir : "L'objectif ? De gagner encore une fois, ce sont 14 ans de travail, on a eu la deuxième plus jeune équipe en finale, on construit quelque chose pour le futur.
À l'issue du discours présidentiel, l'homme fort du projet qatarien au PSG s'est présenté face aux micros, visiblement touché par l'hommage rendu par le chef de l'État : « C'était très émouvant honnêtement, quand ça vient du président de la République. Je suis vraiment très fier en tant que président du Paris-Saint-Germain. » « On a besoin de travailler ensemble pour devenir le meilleur Championnat au monde car on n'en est pas loin » Nasser al-Khelaïfi, le président du PSG, à propos du football français « J'ai dit à Luis Campos et au coach qu'on devait être heureux et fiers, a poursuivi Al-Khelaïfi. Ce dimanche, quand je regardais le monde dans la rue, tout le monde... Jamais, je n'avais jamais ressenti ce sentiment. C'était quelque chose de très spécial. On a fait quelque chose grand. »
« C'est la première fois que je sentais toute la France derrière nous, a avoué le Qatari. On a besoin de cette victoire pour le football français. En ce moment, on doit être très positifs, on doit arrêter de se critiquer les uns et les autres. Le futur du football français va être magnifique. On a les meilleurs stades en France, on a les meilleurs joueurs de talent.
Les enjeux financiers et géopolitiques
Une trentaine d’années après sa rénovation sous le label Ligue des champions, en 1992, la plus prestigieuse des compétitions européennes a achevé de se transformer en pré carré des clubs les plus riches issus des championnats les plus riches. Seule une poignée de clubs ultrariches peut prétendre à la victoire finale. Le PSG fait partie de cette caste dans la sous-catégorie des « nouveaux riches », celle des « clubs-Etats » détenus par des fonds souverains, à l’instar de Manchester City, propriété émiratie (vainqueur de la Ligue des champions en 2023).
Les résultats sportifs étant toujours plus étroitement corrélés à la puissance financière, un club de l’envergure économique du PSG devait une saison ou l’autre voir les planètes s’aligner. Il en aura fallu, avec les investissements massifs consentis par le club depuis son passage sous pavillon qatari en 2011. Le PSG a déboursé 2,3 milliards d’euros en transferts, avec un solde négatif de 1,4 milliard. Cette stratégie du casting était certes parvenue à faire du club une marque mondiale et assurer des revenus commerciaux élevés. Mais elle avait été menée au détriment de l’objectif annoncé dès 2011 : remporter la Ligue des champions.
Le PSG n’est pas seulement un très pur produit du football élitiste et du dopage financier, mais également un symbole de l’instrumentalisation géopolitique du sport. Celle-ci avait déjà remporté un succès majeur avec l’organisation de la Coupe du monde 2022, désastre environnemental et humain, malgré les polémiques et les promesses non tenues. Dans l’euphorie ambiante, les enquêtes contre le Qatar, en cours dans de nombreux pays, dont la France, pour des soupçons de corruption ne seront pas rappelées. Ni les affaires de barbouzeries impliquant les dirigeants du club.
Le triomphe du Paris Saint-Germain démontre aussi bien la corruption globale du football par l’argent que l’efficacité du sportswashing. Il confirme aussi la puissance de séduction de ce sport, aussi dévoyé soit-il, son pouvoir de divertissement et de diversion. Il n’y a donc de place que pour le spectacle, dont les conditions de production ne doivent surtout pas être énoncées.

Tableau récapitulatif des investissements du PSG
| Période | Dépenses en transferts (euros) | Solde net (euros) |
|---|---|---|
| Depuis 2011 | 2,3 milliards | -1,4 milliard |
| 2023-2024 | 454 millions | N/A |
| 2024-2025 | 240 millions | N/A |