Le Wimbledon Cricket Club est bien plus qu'un simple club de sport. C'est un lieu chargé d'histoire, intimement lié à l'évolution du tennis moderne. De ses modestes débuts à son statut actuel de temple du tennis, Wimbledon a traversé les époques, influençant les règles, les traditions et l'esprit même de ce sport.
Le tennis, tel que nous le connaissons aujourd'hui, trouve ses racines il y a plusieurs siècles en Europe. La première interprétation, connue sous le nom de jeu de paume, est apparue au 12e siècle. Au fil du temps, le jeu a évolué, des raquettes ont été introduites et il a trouvé la faveur des noblesses française et anglaise. De là, il s'est développé pendant des centaines d'années pour devenir un sport pratiqué par des millions de personnes dans le monde entier.
Le tennis trouve ses origines linguistiques dans le mot français "tenez", qui signifie prendre, recevoir ou tenir. Les joueurs criaient "tenez !" avant de servir, une tradition qui a finalement donné son nom au sport.
Les Origines du Tennis Moderne
Officiellement, l'invention du tennis revient au Major Wingfield. Mais, en 1858, le Major Harry Gem, clerc à la cour de justice de Birmingham, avait aménagé un terrain semblable au Sphairistiké sur le pelouse de sa propriété à Edgbaston. La pratique du jeu d'Harry Gem resta (malheureusement) familiale.
Vers 1869, dans le Warwickshire, Harry Gem et son ami espagnol Augurio Perera expérimentent une nouvelle version du jeu qu’ils appelèrent d’abord pelota puis plus tard lawn rackets. Gem, Perera, Frederic Haynes et Arthur Tomkin forment un club à Leamington : c’est le premier club de lawn tennis du monde.
C’est donc probablement Harry Gem qui a inventé le « tennis moderne » (issu du jeu de paume français) mais c’est Wingfield qui est passé à la postérité car il a commercialisé ce sport sous le nom de « sphairistike » le 23 février 1874 mais il ne l’a pas inventé comme la légende le prétend.
Le sphairistike est la conséquence du jeu de paume et de l’invention du caoutchouc qui permet de réaliser des balles pouvant rebondir sur l’herbe. C’est le chaînon manquant entre le jeu de paume et le tennis.
Le tennis en Angleterre a d’ailleurs pour nom lawn tennis (« tennis sur herbe » en anglais) tandis que le jeu de paume est désigné sous le nom real tennis (« vrai tennis »).
Le mot « tennis » provient du français « tenez », mot que l’on adressait à l’adversaire au moment de servir.
Dès 1878, le premier club de tennis est fondé en France à Dinard.
La France, jadis terre d'élection par excellence du jeu de paume, n'attend pas longtemps pour succomber aux charmes du tennis prôné par Wimbledon.
Les Américains mettent en place en 1881 un tournoi imitant celui de Wimbledon: c'est l'ancêtre de l' US Open.
La France attend 1891 avant de disputer son premier tournoi national (futur Tournoi de Roland-Garros ) ; 1905 pour les Australiens (futur Open d'Australie ).
L'Importance de Wimbledon
Avec l’Open d’Australie, Roland Garros et l’US Open, Wimbledon est l’un des quatre tournois phares de la planète constituant le Grand Chelem.
Très vite, la notoriété du club londonien prend de l’ampleur et Wimbledon devient une véritable légende dans l’histoire du tennis.
McEnroe, Agassi, les sœurs Williams, Federer, Nadal… les plus grands joueurs de l’histoire ont tous foulé le gazon londonien.
Tradition et prestige. Telles sont les deux caractéristiques essentielles de ce tournoi historique, le plus ancien du monde.
Son gazon, ses traditionnelles fraises à la crème dégustées pendant les matchs et l’invariable dress-code blanc pour les joueurs sont devenus les symboles vivants de ce rendez-vous annuel incontournable du tennis mondial.

Autre tradition du fameux tournoi, son partenariat avec la BBC, qui rediffuse les matchs depuis maintenant 90 ans à la radio, et 50 ans à la télévision.
Autre élément lié à son prestige, son prize money conséquent - le plus élevé de tous les tournois de tennis! - avec un montant record de 31,6 millions de livres (soit environ 37 millions d’euros) pour l’édition 2017. Les vainqueurs toucheront 2,2 millions de livres.
L'Évolution des Règles
Les premières règles du Tennis sont bien sûr celles du Lawn-tennis du major Wingfield (1874). Elles étaient confuses et incomplètes. Néanmoins, on comptait de la même façon que le Jeu de Paume extérieur (Longue Paume) : 15 - 30 - 45 - Jeu (Origine des points au tennis). En cas d'égalité à 45, il fallait gagner 2 points de suite pour remporter le jeu (Avantage - Jeu).
Le 24 mai 1875, le M.C.C. (Marylebone Cricket Club) et le major Wingfield se réunissent afin de codifier 25 règles du Lawn-Tennis. Désormais, le service s'effectue à partir de la ligne de fond et dans une zone allant jusqu'au filet. La forme du terrain n'est modifiée en raison du filet qu'il fallait tendre.
En 1877, avant le premier Wimbledon, le All England Club et son directeur Henry Jones décident d'améliorer en profondeur les règles du Lawn-Tennis. A partir de cette année, le Lawn-tennis va enfin avoir un règlement officiel, claire et fixe. Le terrain devient rectangulaire. Il n'est plus la peine de changer de côté pour servir. Les points se comptent maintenant de la façon suivante : 15 - 30 - 40 - Jeu. En cas d'égalité à 40, il faut gagner deux points de suite : avantage - jeu. Le chiffre 40 remplace ainsi 45. Ce changement vient probablement du fait que durant un match, "forty" (40 en anglais) était plus facile à dire que "forty five". La hauteur du filet passe de 1,52 mètres à 0,915 mètre. On a 2 balles au service. La ligne de service mesure désormais 6,40 mètres à partir du filet (au lieu de 7,92 mètres).
Depuis 1877, les règles du Tennis ont peu changé. Toutefois, quelques améliorations ont été apportées dans les années 70 et 90. En voici, les principales :
- 1970 : apparition du Tie-Break. Il est joué à 8 jeux partout sauf au dernier set du match où la règle des 2 jeux d'écart reste en vigueur.
- 1973 : le Tie-break sera joué à 6 jeux.
- 1989 : apparition du Tie-break en Coupe Davis.
- 1994 : Le repos de 10 minutes à la fin du 3e set est aboli en Coupe Davis.
- 1999-2000 : La FFT (Fédération Française de Tennis) tente d'instaurer en France les sets en 4 jeux (les shorts-set) et la suppression de l'avantage et du let.
- 2000 : Le repos après le premier jeu de chaque set est supprimé (les joueurs se contentent de changer de côté).
Dimensions du Terrain de Tennis
D’un terrain de tennis, on connaît vaguement - pour les plus chevronnés - les dimensions globales, à savoir 23,77 m de long pour 8,23 m de large (ou 10,97 m en double), soit 78 pieds anglais sur 27 (ou 36 en double). Mais c’est à peu près tout.
Si 3,14, soit Pi, est le nombre d’or des mathématiques, alors 0,914 est celui d’un terrain de tennis. En mètres, 0,914 (soit 3 pieds anglais) correspond en effet à la hauteur du filet en son centre, mais pas seulement. Il s’agit également de la distance qui sépare la ligne latérale du piquet de simple. Ou, le cas échéant, la ligne de couloir du poteau de double.
Plus méconnu encore : faites la différence entre la taille du carré de service (21 pieds, soit 6,40 m) et l’espace situé entre la ligne de service et la ligne de fond (18 pieds, soit 5,50 m) : vous obtiendrez 3 pieds de différence, soit notre fameux 0,914 m.
La seule exception concerne donc la ligne médiane, celle qui sépare les deux carrés de service. Cette ligne doit faire 5 cm d’épaisseur et pas 1 mm de plus ou de moins : sinon, étant située au milieu des carrés, elle en modifierait de facto la dimension.
Par extension, cette exigence est valable pour le prolongement de la ligne médiane, à savoir la ligne centrale, cette petite languette située en fond de court qui sépare le côté égalité du côté avantage. Celle-ci doit rigoureusement mesurer 10 cm de long pour 5 cm de large.
La norme NFP 90110 révisée en 2016 impose désormais pour chaque nouvelle construction de terrain un recul minimal de 5,50m (18 pieds) derrière la ligne de fond de court, afin d’être habilité à organiser des compétitions de club.
Et pour pouvoir recevoir des compétitions internationales - toujours sous le label FFT -, les terrains doivent présenter un recul minimal de 6,40m (21 pieds). Ce qui, si vous avez bien tout suivi, représente la longueur d’un carré de service.

Voici un tableau récapitulatif des dimensions clés d'un terrain de tennis :
| Élément | Dimension |
|---|---|
| Longueur du terrain | 23,77 m |
| Largeur du terrain (simple) | 8,23 m |
| Largeur du terrain (double) | 10,97 m |
| Hauteur du filet (centre) | 0,914 m |
| Longueur du carré de service | 6,40 m |
| Recul minimal (compétitions internationales) | 6,40 m |
L'Équipement : Raquettes et Balles
Le tennis n'a pas inventé la raquette. Elle est apparue avec le Jeu de Paume. Pendant longtemps, on a joué au jeu de Paume soit avec les mains, soit avec des gants. Mais vers la fin du XV°siècle, les gants furent renforcés avec des sortes de cordage ; car les mains devenaient trop douloureuses (les Esteufs étaient en cuir et remplies de chaux et de sable). Puis les battoirs en bois firent leur apparition mais ils restaient rudimentaires. Ce n'est que vers 1505 que l'on créa la première raquette en bois (frêne) dotée d'un long manche et d'un cordage en boyaux de mouton. Elle pesait environ 400 grammes et mesurait 66 centimètres.
Au fil des siècles, les raquettes connurent diverses formes, tailles et poids. Mais, en général, elles gardaient à peu prés les mêmes caractéristiques morphologiques de la raquette du XVI°siècle.
En 1930, les nouvelles colles pour bois permettent aux raquettiers de fabriquer des raquettes avec plusieurs types de bois (Frêne, Noyer, Hêtre, Erable). Elles résistent à des tensions plus fortes et permettent d'avoir un meilleur équilibre entre puissance et contrôle de la balle.
Il faut attendre l'apparition de nouveaux matériaux pour voir enfin un grand changement dans le monde de la raquette. Peu à peu, le métal (acier, aluminium,...) fait son apparition dans les années 70. Mais les raquettes en métal n'ont eu aucun succès. A partir de 1980, les fibres synthétiques (carbone, mélange de fibre de verre,...) permettent de construire des raquettes à la fois légères et performantes. Ces nouveaux matériaux remplacent les raquettes en bois.
En ce qui concerne les dimensions, les raquettes d'aujourd'hui mesurent au maximum 73,66 centimètres pour les professionnels et 81,80 centimètres pour les amateurs (directives IFT de 1997).
Si la première raquette date du XVI° siècle, le cordage est apparu seulement au XIX° siècle. Le premier cordage est inventé, le 31 décembre 1868, par Lister, chirurgien anglais. Ce dernier fabriqua des boyaux à partir de lanières prélevées sur le péritoine d'un bœuf et l'intestin grêle d'un mouton.
En 1875, Bussey, un fabricant anglais de raquette, demande à BABOLAT, un fabricant lyonnais de cordes à musiques, s'il est possible de corder des raquettes de tennis à partir de cordes de violoncelle. Les premiers essais sont satisfaisants. Le premier cordage synthétique est né !
Les premières balles du tennis sont celles du jeu de Paume (les Esteufs). Du XII°siècle au XV°siècle, les esteufs sont, dans un premier temps, faites de poils d'animaux et d'étouffe de laine. Afin de les durcir, on décide, dans un second temps, de les fabriquer avec du cuir que l'on "bourrait" de sable et de chaux. Mais ce principe laissait des mains douloureuses après les matchs.
En 1481, Louis XI interdit l'utilisation de ces esteufs et exige que l'on réemploie celles en étouffes de laine. Peu à peu, vers le XVIII°siècle, les esteufs sont conçus avec des draps pressés et liés avec des ficelles. On obtient ainsi la pelote. Mais la pelote n'a pas eu le sucés attendu car les ficelles ne tenaient pas.
Au XIX°siècle, le caoutchouc fait son apparition. Les balles en caoutchouc apparaissent en 1870 et rebondissent sur l'herbe. Au même moment le tennis naît et les premières balles de tennis sont ainsi en caoutchouc.
En 1877, lors du premier Wimbledon, un joueur de Paume, John Mayer Heathcothe, suggère de coller une enveloppe de drap de laine sur les balles afin d'obtenir un meilleur rebond sur le gazon.
Dans les années 20, la balle de tennis sous pression en caoutchouc (balle actuelle) fait son apparition. Elle devient la balle officielle du tennis.
Expressions et Anecdotes
Certaines expressions françaises sont issues de l'univers de la paume. Prendre la balle au "bond", c'est saisir la balle avant le "rebond" au sol : à la volée. Maîtriser ce coup était le gage de la qualité et de la vivacité d'un joueur.
La "chasse" est un point particulier du jeu de paume. Lorsque cette chasse est obtenue les joueurs changent de côté. Le joueur au service... "perd sa place" favorable. Si la balle tombe au pied du mur du fond, côté dedans, elle marque une chasse "pic". Avoir la possibilité de réaliser ce point, à certains moments décisifs de la partie, assure un avantage indéniable au joueur l'ayant réussi.
Le sol d'un jeu de paume était autrefois constitué de carreaux, qui auraient donné le nom au sol même du jeu. L'expression "rester sur le carreau" est devenue symbole de la chute de l'adversaire.
Les galeries sont les espaces couverts ceinturant le jeu de paume où se tenaient les spectateurs. A partir de la Renaissance, la galerie désigne les spectateurs.
Joué d'abord à main nue, le jeu de paume évolue à la fin du moyen âge vers un jeu de battoirs ou de raquettes. La raquette et le battoir étant des objets d'un certain prix, leur usage les réservent par définition à la "noblesse".
A l'origine, le mot de tripot designe la salle de jeu de paume. Très tôt, des paris parfois truqués se développent sur les parties. Ces paris et l'installation d'autres jeux ont donné mauvaise réputation aux jeux de paume.
Être à un point de gagner le jeu. La formule passée dans le langage courant est issue du jeu de paume. Elle est toujours utilisée dans le comptage des point au tennis.
Une "bisque" est un "point gagnant" dont le joueur peut bénéficier une fois dans la partie au moment de son choix. Le gain du point, et souvent même du jeu, par l'usage de cette sorte de "joker", entraine bien souvent la rage et le dépit de l'adversaire.
Le tennis moderne puise son essence dans les règles du jeu de paume. Ainsi peut-on retrouver de nombreuses similitudes entre les deux jeux. Le comptage des points est l'un des exemples.
Peloter désignait le fait de jouer à la paume sans compter les points, pour le plaisir. C'est le jeu avant la partie.
A l'origine, "Les enfants de la balle" sont les enfants des Maîtres paumiers. Leur adresse proverbiale les a immortalisés.
La première mise en jeu s’effectuant à quinze pas, puis trente, puis quarante, d’où la façon particulière de compter les points dans le tennis moderne.