Le volley-ball, sport dynamique et passionnant, captive des millions de joueurs et de spectateurs autour du globe. En Turquie, l'équipe nationale féminine de volley-ball, surnommée les "Sultanes du filet", suscite une immense fierté nationale et est devenue un symbole de la force et de la modernité du pays. Leur victoire au championnat d'Europe féminin de volley-ball a déclenché des célébrations massives à travers le pays.
Les deux victoires de l’Euro et du Mondial de volley-ball en 2023 ont hissé l’équipe nationale féminine de volley-ball au deuxième rang du sport le plus suivi après le football.
Le volley-ball féminin occupe aujourd’hui une place singulière en Turquie. Dans un paysage sportif souvent dominé par les sections masculines, ce sont les équipes féminines qui portent les plus grands succès internationaux. Les « Filenin Sultanları », les Sultanes du filet, sont devenues une véritable référence nationale.
L’équipe féminine turque de volley-ball est entrée dans l’histoire en gagnant à la fois le championnat d’Europe et la coupe du monde. C’était en septembre… Istanbul et les grandes villes lui font la fête.
Pour la première fois de son histoire, le pays venait de décrocher un titre majeur dans une grande compétition internationale. Le 3 septembre dernier, la Turquie devenait championne d’Europe pour la première fois de son histoire, à Bruxelles, en dominant la Serbie (3-2) en finale de l’Eurovolley 2023.
A leur descente d’avion, lundi 4 septembre, à Istanbul, la fête que le peuple turc a réservée à son équipe a renvoyé l’image d’une communion nationale dans la liesse avec une jeunesse diverse, remplie d’euphorie et de joie de vivre. Partout des drapeaux et des fleurs. L’année du centenaire de la République fondée par Mustafa Kemal, quel symbole !
Finalistes en 2003 et en 2019, elles sont devenues dimanche championnes d'Europe à Bruxelles après leur victoire au tie-break face à la Serbie (3-2 : 25-27, 25-21, 22-25, 25-22, 15-13). Portée par Melissa Vargas, la Turquie a dominé la Serbie au tie-break et est devenue dimanche championne d'Europe pour la première fois de son histoire, à Bruxelles.
La sélection de l'Italien Giovanni Guidetti s'est grandement appuyée sur sa pointue, Melissa Vargas, une Cubaine naturalisée cette année, durant toute la compétition. C'est elle qui a fait lever les supporters turcs du Palais 12 du Heysel sur une dernière attaque. La joueuse de Fenerbahce a terminé meilleure marqueuse de la rencontre avec 41 points. Vargas (23 ans) avait d'ailleurs porté la Turquie lors de la dernière Ligue des nations qu'elle avait remportée, finissant meilleure joueuse de la compétition. Trois fois titrées (2011, 2017, 2019), les Serbes et leur star Tijana Boskovic (37 points en finale) sont vice-championnes d'Europe.
Le surnom "Sultanes du filet" est plus qu'un simple titre sportif; il représente une revanche symbolique. Traditionnellement, la sultane était la mère ou la compagne du sultan, une figure de pouvoir masculin. Désormais, grâce à des joueuses comme Ebrar Karakurt et Melissa Vargas, la force turque est incarnée par des femmes. Ces championnes sont devenues des stars charismatiques, suivies et admirées à travers le pays.

Ebrar Karakurt: Une Figure Emblématique et Controversée
Ebrar Karakurt, smatcheuse de 23 ans, est l'une des figures clés de cette équipe. Elle incarne le camp progressiste, celui des villes et de la laïcité de la république. Elle est homosexuelle et ne cache pas ses amitiés féministes, ce qui lui vaut des critiques virulentes de la part des conservateurs.
En pleine compétition, elle avait moqué un internaute, qui lui avait lancé, « en tant que turc musulman nous te tolérons, Karakurt avait posté un « lâche l’affaire Abdülhamid », qui a fait jaser, car Abdülhamid était aussi bien le nom de l’internaute que le patronyme du dernier grand sultan, et donc une figure sacrée pour les conservateurs… Karakurt et ses compagnes incarnent la force du pays et prolongent une vieille fierté turque; celle d’avoir accompli, il y a juste un siècle une révolution voulue par le réformateur Mustapha Kemal, fondateur d’une république laïque et donc égalitaire et dont elles sont la preuve et qu’elles revendiquent.
Mais une fraction de la société s’insurge. Deux des joueuses ne cachent pas leur homosexualité. Au même moment, Ebrar Karakurt partageait à ses plus de deux millions d’abonnés sur Instagram et X une photo la montrant bras grands ouverts face à une foule de supporteurs. « Voici comment j’embrasse tout le monde.
La joueuse aux tempes rasées a également été clouée au pilori sur les réseaux sociaux pour avoir défendu les droits des LGBTQI + et après que celle-ci a posté sur Instagram une photo d’elle et de sa compagne.
Selon le chroniqueur Mehmet Yakup Yılmaz sur le portail T24, « cette victoire a permis aux personnes qui voient leur mode de vie menacé et qui désespèrent des partis d’opposition de pouvoir à nouveau crier haut et fort qu’elles existent ».
Avec les félicitations du président Erdogan, sur son compte X, on aurait pu naïvement penser que la vague de joie couvre l’ensemble de la population.
« La polarisation de la société a atteint une telle ampleur que tout le monde trouve des prétextes pour s’écharper, et l’art et le sport ne font pas exception », analyse à l’AFP Ozer Sencar, fondateur et directeur de l’Institut de sondages MetroPOLL.
Depuis la victoire du président Erdogan et de son parti l'AKP aux dernières élections, la frange la plus conservatrice de la société turque se sent pousser des ailes. Le sport et la culture font les frais d'une moralisation très revendicative.
Un imam tempête lors du prêche du vendredi à Istanbul. "La religion est piétinée""Et en plus, lance-t-il, vous les appelez Sultanes du filet. Ooouh, elles sont devenues des sultanes. Voilà comment petit à petit la religion est piétinée et comment la foi disparaît. Vous applaudissez ce que le Dieu a interdit. Bien sûr le sport n’est pas interdit, on peut en faire, mais il faut faire le sport que pratiquait le prophète, monter à cheval, nager dans la mer, boxer, tirer à l’arc, sans montrer son corps bien sûr. Le Dieu ne veut pas cela, Le Dieu ne vous dit pas de montrer la forme de son corps. Le Dieu dit qu’il faut se couvrir la tête mais pas seulement, le corps aussi. Tout le corps."
Il ne faut cependant pas lire dans ces évolutions une stratégie globale du pouvoir. Mais une atmosphère de plus en plus favorable aux acteurs qui veulent imposer leur agenda et leur conception très conservatrice de la moralité publique.

Melissa Vargas: Une Force de la Nature Naturalisée
Autre géante incroyable, la naturalisée cubaine Melissa Vargas apporte une puissance et une précision remarquables à l'équipe turque. Régulièrement célébrée pour sa précision et son endurance, elle est pour beaucoup dans les succès de l’équipe. Naturalisée Turque en 2021, l’attaquante cubaine Melissa Vargas a ainsi reçu sa carte d'identité des mains du président Erdogan lui-même.

The Day Melissa Vargas Shocked the Volleyball World !!!
Le Volley-Ball Féminin en Turquie: Un Enjeu Politique et Social
La popularité des "Sultanes du filet" ne se limite pas à leurs performances sportives. Elles se sont taillé une place dans le débat public en raison des critiques que leur adressent les conservateurs. Tradionnellement, le volley-ball féminin, comme la plupart des compétitions sportives disputées par des femmes, déplaît à une partie des alliés islamistes du pouvoir.
Les volleyeuses turques se sont aussi taillé une place dans le débat public par les nombreuses critiques que leur adressent les conservateurs. L’offensive est venue d’Ihsan Senocak, influent théologien, alors que les volleyeuses venaient de battre la Chine, alors championne du monde en titre, aux JO de Tokyo, en 2021.
Leur succès met en lumière les fractures de la société turque, tiraillée entre modernité et conservatisme. Elles incarnent la force du pays, et prolongent une vieille fierté turque; celle d’avoir accompli, il y a juste un siècle une révolution voulue par le réformateur Mustapha Kemal, fondateur d’une république laïque et donc égalitaire et dont elles sont la preuve et qu’elles revendiquent.
Le Volley-Ball Féminin, un Instrument de Soft Power
Le succès du volley féminin turc s’inscrit aussi dans des logiques politiques et institutionnelles. Les clubs bénéficient du soutien de fondations, d’entreprises publiques ou semi-publiques et de sponsors majeurs. Les performances internationales sont régulièrement présentées comme des réussites nationales. Elles participent à projeter une image positive du pays. Cette valorisation récurrente contribue à faire de la discipline un instrument de soft power.
Des salles pleines, une médiatisation régulière sur la chaîne publique et des résultats constants nourrissent cette dynamique. Le volley occupe désormais une place visible dans le quotidien des grandes métropoles turques. Les clubs entretiennent cet engouement par une communication particulièrement active. Vidéos, portraits, contenus interactifs, retransmissions en direct : le volley féminin est omniprésent dans l’espace numérique. Cette visibilité constante fait du volley un marqueur de la culture urbaine contemporaine. On y retrouve diversité, cohésion, modernité : les ingrédients d’un sport capable d’unir au-delà des clivages classiques.
L'Histoire du Volley-Ball Féminin en Turquie
Le volley-ball s’installe en Turquie au sortir de la Première Guerre mondiale, d’abord dans les écoles huppées d’Istanbul. Avec la fondation de la République en 1923 et la volonté affirmée d’Atatürk d’élargir la place des femmes dans la société, la discipline change d’échelle. Peu à peu, le volley devient un marqueur culturel des milieux éduqués, bourgeois et laïques, avant d’être adopté à l’échelle nationale.
La professionnalisation suit son cours avec la création de la Fédération de volley en 1958. L’organisation reste encore fragile face à l’omniprésence du football masculin, mais cela n’empêche pas le développement du volley féminin. Les fondations sportives (vakıf), les universités et les clubs associatifs jouent alors un rôle déterminant en formant des générations de jeunes joueuses.
Les clubs d’Istanbul jouent un rôle moteur dans l’essor du volley-ball féminin en Turquie. À partir des années 1990, l’investissement dans les infrastructures et l’arrivée de grands sponsors transforment profondément la discipline. La professionnalisation s’accélère, et la ligue féminine devient l’une des plus compétitives d’Europe.
VakıfBank, soutenu par un conglomérat bancaire, incarne la culture de la performance : un modèle de formation solide, une attractivité internationale et une domination croissante sur la scène nationale. Eczacıbaşı, appuyé par l’une des fondations industrielles les plus influentes du pays, s’impose comme un club engagé, doté d’un palmarès riche et reconnu. Cette rivalité permanente nourrit l’émulation. Les trois clubs se partagent la majorité des trophées (16 titres pour Eczacıbaşı, 14 pour VakıfBank, 7 pour Fenerbahçe) et leurs confrontations deviennent de véritables événements nationaux.

Les Bienfaits du Volley-Ball
Les bienfaits du volleyball sont multiples. Sur le plan physique, il améliore la coordination, la flexibilité et le tonus musculaire, tout en boostant l'endurance cardiovasculaire.