Le Tournoi de Rugby de l'Hémisphère Sud : Histoire et Évolution

Le Tournoi de l’Hémisphère Sud, une compétition emblématique du rugby, a connu plusieurs transformations depuis sa création. C'est en 1996 que pour la première fois, les nations du Sud se sont affrontées régulièrement via la formule d’un tournoi annuel, sur le modèle du Tournoi des Cinq Nations des Nordistes.

Carte des principales nations de rugby.

La Naissance du Tri Nations

Pour la petite histoire, ce jour-là, un 6 juillet, à Wellington, les All Blacks avaient écrasé les Wallabies 43 à 6 grâce à six essais de Zinzan Brooke, Christian Cullen, Jonah Lomu, Justin Marshall et Jeff Wilson. Cette innovation majeure faisait partie évidemment de la nouvelle donne du professionnalisme, un rugby d’élite tournée ouvertement vers le spectacle et financé par les chaînes de télévision. Une fédération multnationale, la SANZAR fut même fondée pour l’occasion.

L’idée d’un Tournoi sudiste semblait couler de source mais elle était difficile à mettre en place aux temps de l’amateurisme à cause du coût et de la durée des déplacements, sans parler du boycott des Springboks à cause de l’apartheid. Jusqu’alors, les trois cadors s’affrontaient au gré de tournées à l’ancienne avec matchs de semaine ou de la Bledisloe Cup pour les voisins All Blacks et Wallabies.

Une Compétition Homogène

Cette nouvelle compétition trouva tout de suite son rythme de croisière grâce à son homogénéité. Même si les All Backs ont toujours fait figure de « patrons », les trois sélections ont tout de suite proposé des affrontements de qualité entre adversaire qui jouaient dans la même cour. Les premières éditions furent marquées par les exploits des Jonah Lomu, John Eales ou François Pienaar.

Pour nous, spectateurs, ce Tri Nations nous offrit un joli divertissement estival, avec les charmes du décalage horaire. Mais la formule avait ses limites : trois équipes, ce n’est pas énorme, ça ne faisait que quatre matchs (aller-retour) pour chaque nation. De 2005 à 2012, la SANZAR décida de passer à six matchs, chaque équipe affrontant les autres sur trois rencontres.

Ceci renforça l’offre télévisée mais donna un caractère indigeste à cette compétition : une profusion de All Blacks Springboks ou de All Blacks Wallabies finissait par dévaloriser l’aura ces affiches prestigieuses.

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L'Arrivée de l'Argentine et le Rugby Championship

Heureusement, l’Argentine passa un cap au bon moment. En 2012, forts de leurs progrès remarquables, les Sud-Américains furent admis dans le saint des saints. On passa de trois à quatre nations avec trois affrontements aller-retour pour tout le monde.

L’initiative était souhaitable pour les Pumas souffraient d’un isolement vraiment cruel et ils étaient la seule puissance dans ce cas. Mais les trois autres nations tordaient un peu le nez à cause du partage financier d’abord, et au fait de subir un nouveau décalage horaire, sans compter que Auckland-Buenos-Aires, ce n’est pas vraiment la porte à côté.

Mais l’arrivée de cette nation hispanophone, ne fut pas un échec, loin de-là. Certes, les Pumas n’ont gagné que deux matchs en quatre ans (plus un nul), mais ils ont quasiment toujours fait bonne figure. L’ex-Tri Nations a trouvé son rythme de croisière, il est est entré dans l’Histoire. Dommage que son nom soit si plat : « Rugby Championship ».

Le Rugby Championship Aujourd'hui

Créé en 1996 sous le nom de Tri Nations, le Rugby Championship est devenu depuis l’intégration de l’Argentine en 2012 la vitrine du rugby de l’hémisphère sud. Cette compétition réunit trois des quatre nations championnes du monde - Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Australie - auxquelles se joignent les Pumas, toujours prêts à bousculer la hiérarchie.

Tenant du titre, l’Afrique du Sud veut réussir un doublé inédit. Les Springboks, sacrés champions du monde en 2023, restent une référence en termes de puissance et de discipline. Rassie Erasmus, de retour aux commandes, a choisi de confier le jeu à Manie Libbok à l’ouverture, tandis que Siya Kolisi, repositionné en troisième ligne centre, conserve le brassard.

Les All Blacks, vingt fois vainqueurs de l’épreuve, abordent cette édition dans un contexte particulier. Après trois succès mitigés contre la France en juillet, la sélection de Scott Robertson doit encore trouver son équilibre. Le retour du capitaine Scott Barrett devrait stabiliser un pack en souffrance. Mais l’infirmerie reste bien remplie, obligeant à titulariser des joueurs comme Du’Plessis Kirifi ou Cortez Ratima.

Capables du meilleur comme du pire, les Pumas demeurent l’énigme du sud. Demi-finalistes de la dernière Coupe du monde, ils avaient battu les All Blacks et les Springboks en 2024 avant de s’incliner face à une Angleterre expérimentale. Leur force reste une combativité intacte, incarnée par Pablo Matera et Julián Montoya, tous deux centenaires en sélections. La star de cette campagne est l’arrière du Stade toulousain Juan Cruz Mallía, dont l’élégance et la polyvalence font merveille. À suivre également : Tomás Albornoz, l’ouvreur de Trévise, devenu en un an la plaque tournante du jeu offensif.

Longtemps à la peine, les Wallabies sortent d’une tournée des Lions paradoxalement rassurante : défaits lors des deux premiers tests, ils se sont imposés dans le troisième grâce à une jeunesse audacieuse et au retour en grâce de Joseph-Aukuso Sua’ali’i, prodige passé du rugby à XIII au XV. Avec la fin de la « loi Giteau », qui limitait la sélection des expatriés, le nouveau sélectionneur Les Kiss dispose d’un vivier élargi. Le troisième ligne Tom Hooper, fraîchement parti à Exeter, illustre cette nouvelle donne.

La hiérarchie devrait logiquement rester dominée par l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande, mais l’édition 2025 s’annonce plus ouverte que jamais. L’Australie veut capitaliser sur son sursaut face aux Lions, tandis que l’Argentine, portée par son duo Mallía-Albornoz, espère surprendre à domicile.

SANZAAR et Autres Compétitions

Le nom officiel retenu est donc le Rugby Championship, un tournoi organisé par la SANZAAR, soit l'ensemble des quatre fédérations. Anciennement appelée SANZAR, cette organisation tire son nom des quatre pays du Sud : l'Afrique du Sud (SA), la Nouvelle-Zélande (NZ), l'Australie (A) et enfin l'Argentine (A). Le R final représentant simplement le mot rugby. Un consortium qui organise le Rugby Championship et également le Super Rugby.

Appelé parfois vulgairement Super 15, le Super Rugby (depuis 2011) représente simplement le championnat des clubs de l'hémisphère Sud. On y retrouve des franchises de Nouvelle-Zélande et d'Australie, ainsi que parfois des équipes du Japon, d'Argentine, d'Afrique du Sud ou même des Etats-Unis. En 2021, pour des raisons sanitaires, le Super Rugby, devient le Super Rugby Trans - Tasman et ne compte plus que 10 franchises : cinq australiennes et cinq néozélandaises. Un championnat remporté cette saison par les Blues d'Auckland, face aux Highlanders, deux provinces de Nouvelle-Zélande.

Enfin, la Bledisloe Cup est une compétition annuelle entre les deux pays principaux d'Océanie. Wallabies et All Blacks s'affrontent à deux ou trois reprises en quelques semaines pour remporter ce trophée. Une compétition largement dominée par les hommes en noir avec 48 victoires en 60 tournois.

Le Rugby Championship reprend bientôt ses droits et offrira douze matchs entre l'Afrique du Sud, l'Argentine, la Nouvelle-Zélande et l'Australie entre août et octobre.

Nation Nombre de titres
Nouvelle-Zélande 20
Afrique du Sud 4
Australie 3
Argentine 0

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