Le rugby en Argentine a une histoire riche et complexe, marquée par des influences britanniques, des défis d'identité et des moments de gloire internationale. Cet article explore les origines du rugby argentin, son évolution et son impact sur la société argentine.

Les débuts du rugby en Argentine
Les débuts de l’ovalie en Argentine sont assez difficiles à distinguer de ceux du football. Cela pour au moins deux raisons :
- Dans l’Argentine du milieu du XIXe siècle, les deux sports - rugby et football - ne sont pas encore nettement différenciés.
- Leurs pratiques s’effectuent généralement dans les mêmes clubs et se trouvent souvent prises en charge par les mêmes individus.
Ce sont en effet les structures sportives plus anciennes, créées et animées exclusivement par des Britanniques pour faciliter la pratique de l’aviron, du cricket ou du tennis au profit de leur petite communauté d’expatriés, qui s’y attelleront. Elles furent le point de départ du développement des sports collectifs de ballon.
En 1899, la capitale Buenos Aires compte déjà quatre clubs. En Argentine, les migrants anglais pratiquent déjà depuis plus de 20 ans. La première rencontre aurait eu lieu en 1873. Les premiers matches documentés au Chili sont datés de 1894. Mais les deux équipes ont un vrai point commun, fondateur : dans les deux pays le rugby est arrivé sur le territoire par les villes portuaires avec les immigrés anglais : Santiago, Iquique ou Valparaíso au Chili. En Argentine, c’est Buenos Aires qui profite de l’arrivée des Britanniques.
Le rugby et l'identité argentine
Contrairement au football, le rugby ne sera pas le lieu d’un investissement symbolique fort par rapport à la revendication d’une "identité argentine". Mais surtout, le rugby ne jouera jamais un rôle analogue à celui du football en termes de revendication identitaire.
D’après une réglementation datant de 1907, on considérait comme "Argentin tout joueur né en Amérique du Sud, et comme Britannique tout joueur né sous le drapeau britannique ou nord-américain, ou des sujets britanniques ou nord-américains qui ne sont pas nés en Amérique du Sud". L’année suivante est introduite la notion d’Extranjeros ; les Argentins sont "les hommes nés dans le pays" et les étrangers "ceux qui sont nés en n’importe quelle région du monde".
La traditionnelle confrontation sur un terrain de rugby entre Argentinos et Extranjeros cesse en 1935, faute d’un nombre suffisant de joueurs ; elle est remplacée pendant quatre ans par des matches entre "clubs argentins" et "clubs étrangers", qui sont à leur tour supprimés en 1939.
Une étiquette dure à effacer
Cette difficulté à assimiler le rugby à une "identité du pays" est peut-être due à son appartenance traditionnelle à l’élite argentine, à la différence du football qui imprègne toutes couches de la population. Ernesto Guevara de la Serna, issu d’une famille aisée de Rosario, a lui-même pratiqué le rugby au SIC pendant son enfance.
"Là où les footballeurs étaient basanés, frêles, pauvres, ignorants, les joueurs de rugby étaient blonds, bien faits, bien élevés, bien amateurs. Parce qu’ils n’avaient pas besoin de cet argent." Pour le journaliste, cette image répandue décrit bien un sport qui, en Argentine, continue à servir de marqueur social.
Un avis pas vraiment partagé par tous. "C'est vrai qu'à l'origine le rugby était bourgeois et élitiste en Argentine, mais cela a évolué, même si en France et ailleurs ils continuent à nous voir comme cela" avait affirmé au Monde Gonzalo Quesada, ancien international argentin (38 sélections) et entraîneur du Stade Français (2013-2017), aujourd'hui adjoint de Mario Ledesma à la tête de la sélection nationale. "C'est grâce au constants progrès des Pumas, depuis 1965 et jusqu'au succès de 2007, où nous avons terminé troisièmes, que ce sport n'est plus exclusif. Aujourd'hui, dans les clubs argentins, il y a une mixité sociale."
L'épopée des Pumas
L'équipe nationale argentine est considérée comme une des huit meilleures nations mondiales au classement actuel établi par le World Rugby, auparavant IRB (International rugby board).
Si le meilleur réalisateur de la Coupe du monde 1999 a mentionné ces deux dates, c’est qu’elles sont au cœur de l’histoire du rugby ciel et blanc. Lors de leur première tournée en Afrique du Sud il y a 54 ans, les Argentins s’imposent pour la première fois face aux redoutables Junior Springboks (11-6) et deviennent les premiers à hériter du surnom "Pumas".
L'origine de ce surnom est surtout liée à une mauvaise appréciation de plusieurs journalistes, qui ont malheureusement confondu le jaguar présent sur le blason de l’équipe avec son cousin félin. Une erreur jamais corrigée par les Argentins qui acceptèrent volontiers cette appellation erronée mais malgré tout flatteuse.
Le véritable tournant de l’histoire du rugby argentin intervient dans l’Hexagone lors de la sixième Coupe du monde. Une troisième place décrochée face aux Bleus (34-10) - qu’ils avaient déjà battu en match d’ouverture (17-12) - synonyme de succès pour inaugurer une nouvelle ère dans le rugby argentin.
L'ARGENTINE VERS LES SOMMETS ?! On analyse le match des Pumas contre l'Irlande !
"Il y a eu une explosion d'enthousiasme en France en 2007 et ce sport est devenu plus populaire.

Matera, le porte-parole
Une performance qu’espère rééditer les hommes de Mario Ledesma et son capitaine Pablo Matera. Le troisième ligne des Jaguares - équipe également entraînée par Gonzalo Quesada - symbolise parfaitement cette problématique football-rugby en Argentine.
Le manque de ferveur autour du ballon ovale n’a pas épargné les sentiments du joueur d’un 1,93m puisque la tendance l’orientait naturellement vers le sport le plus populaire du pays. "A 17 ans, je suis allé à un rassemblement national pour la génération 91 des Pumitas (il est né en 1993), qui préparait le championnat du monde. Je n’ai pas été retenu car je n’avais pas beaucoup joué, constate El Capitan. Mais je suis revenu l’année d’après pour la génération 1992. C’est à partir de là que j’ai donné plus d’importance au rugby."
Matera sait qu’il doit mener ses Pumas le plus loin possible au Japon, alors que le doute sur son avenir international s’installe. Car ce joueur exceptionnel a décidé de signer au Stade Français à Paris, après le Super Rugby 2020 (il a disputé la finale de l’édition 2019 avec les Jaguares). Et une règle s’applique chez les Pumas : les joueurs qui évoluent à l’étranger ne peuvent pas être sélectionnés.
Match amical Pays de Galles - Argentine : une victoire éclatante des Pumas
Ayant enchaîné neuf défaites avant de déplacement estival en Asie, le XV du Poireau est retombé dans ses travers à l’occasion de la réception de l'Argentine. Sur la lancée d’un Rugby Championship qui les a vu battre la Nouvelle-Zélande puis l’emporter en Australie, les Pumas ont entamé leur tournée d’automne par un succès probant contre les Gallois.
Une rencontre dont l’entame a tourné au cauchemar pour les joueurs de Steve Tandy. Trop maladroits, ils ont offert des opportunités aux Argentins qui ont su en profiter. A l’approche de la fin des dix premières minutes, Pedro Delgado a vu un espace après un ballon porté improductif et le pilier des Pumas a forcé le passage pour aplatir le premier essai de la rencontre.
Dans la foulée, Geronimo Prisciantelli a conclu victorieusement une action issue d’une bonne présence à la réception d’une chandelle de Dan Edwards pour donner quatorze points d’avance aux siens après seulement douze minutes. Dos au mur, le XV du Poireau ne pouvait que relever la tête. Ce qui est intervenu au quart d’heure de jeu.
Le pays de Galles a répliqué Au terme d’une belle séquence de possession, une percée de Tom Rogers a bien été suivie par Jac Morgan. Le capitaine gallois a alors lancé Tomos Williams vers l’en-but argentin pour aplatir entre les perches. A peine huit minutes plus tard, après une pénalité à cinq mètres jouée à la main, une percée signée Aaron Wainwright a permis à Dewi Lake d’aller à dame pour permettre au pays de Galles de recoller au score.
Sauf que le carton jaune reçu par Ben Thomas peu avant la demi-heure de jeu pour un coup de pied en direction de la tête de Pablo Matera, maintenu après intervention du bunker, a affaibli les Gallois. Après une pénalité de Santiago Carreras, Simon Benitez Cruz a permis aux Pumas de se donner de l’air au score à l’issue d’une longue séquence de possession. L'Argentine a corsé l’addition sur la dernière action du premier acte avec Mateo Carreras, qui a bien suivi une inspiration de Pablo Matera sur le renvoi pour aller à l’essai. Ce qui a donné 17 points d’avance aux Sud-Américains à la mi-temps.
Dès la reprise, les Pumas ont fait mal à la défense du pays de Galles et Bautista Delguy s’est signalé. Décalé sur son aile, le joueur de Clermont n’a pas demandé son reste pour aller à dame. Le Principality Stadium a alors assisté au retour en sélection de Louis Rees-Zammit après son expérience manquée en NFL initiée après la dernière Coupe du Monde.
A l’orgueil, les Gallois ont essayé de répliquer et une nouvelle pénalité à cinq mètres jouée à la main a permis à Jac Morgan de forcer le passage à 25 minutes de la sirène. Geronimo Prisciantelli s’est ensuite offert un doublé à l’entame du dernier quart d’heure, ayant bien lu la transmission de balle entre Freddie Thomas et Tomos Williams pour intercepter le ballon et aller aplatir entre les perches.
La fin de match a vu les Gallois pousser pour réduire l’écart et Blair Murray y est parvenu en force. Toutefois, ce sont bien les Pumas qui ont eu le dernier mot dans cette rencontre. En effet, sur la dernière action, Santiago Grondona a trouvé un espace pour aplatir le septième et dernier essai des Pumas. L'Argentine démarre son automne européen par une large victoire en terre galloise (28-52) avant d’aller en Ecosse le week-end prochain. Le pays de Galles, quant à lui a rendez-vous avec le Japon pour espérer se relancer.
France - Argentine : Les chiffres clés d'une rivalité historique
Retrouvez les chiffres marquants avant le troisième et dernier test-match des Bleus en cet automne 2024:
- Il s'agira déjà du 56e match entre la France et l'Argentine, pour un total de 39 victoires tricolores, un nul et quinze défaites.
- Il y a déjà eu deux rencontres entre les Bleus et les Pumas cette année, pas plus tard qu'au mois de juillet en Argentine, et ce sont les hôtes qui ont d'ailleurs remporté la dernière confrontation en date (13-28 le 6 juillet, puis 33-25 le 13 juillet).
Les quatre matchs France - Argentine au Stade de France ont été très disputés, avec deux victoires partout et toujours moins de dix points d'écart entre les deux nations :
- 12-17 pour les Argentins en ouverture du Mondial 2007
- 27-26 pour les Bleus en 2006
- 13-18 pour les Pumas en 2014
- 29-20 pour le XV de France en 2021 (ces trois derniers matchs en test).
Si les Bleus venaient à perdre vendredi soir, l'année 2024 serait la pire pour Fabien Galthié en termes de ratio de victoires, puisqu'il stagnerait à seulement 60% sur les onze sorties du XV de France. En revanche, en cas de succès, les 70% de victoires resteraient au-dessus des 63% de 2021, mais toujours derrière les 78% de 2020, les 79% de 2023 et les 100% de 2022.
Les Argentins ont battu à la fois la Nouvelle-Zélande (30-38), l'Afrique du Sud (29-28) et l'Australie (67-27) lors du dernier Rugby Championship. C'est une première depuis leur intégration au tournoi de l'hémisphère Sud en 2012.
Les scandales hors terrain ternissent la tournée d'été des Bleus en Argentine
Fin du cauchemar pour le XV de France, qui a chuté devant l’Argentine (25-33), samedi 13 juillet, à Buenos Aires, dernier épisode d’une tournée estivale qui a viré au drame avec l’inculpation pour viol de deux joueurs et l’exclusion d’un autre après des propos racistes.
Les deux victoires en Amérique du Sud, d’abord face à l’Argentine (28-13) puis en Uruguay (43-28), sont en effet passées au second plan alors que les Français ont sans doute vécu l’une des pires semaines de l’histoire du rugby tricolore.
Le deuxième-ligne de Pau Hugo Auradou (20 ans, une sélection) et le troisième-ligne de La Rochelle Oscar Jegou (21 ans, une sélection) ont ainsi été inculpés, vendredi, de viol aggravé, commis en réunion. Les deux hommes « resteront en détention » au moins une dizaine de jours pendant l’étude de la demande de placement en résidence surveillée déposée par la défense, a précisé le parquet de Mendoza, où se seraient déroulés les faits dénoncés. Leur avocat assure qu’« il n’y a pas de danger de fuite ».
Quelques jours plus tôt, l’arrière de Toulon Melvyn Jaminet (25 ans, vingt sélections) avait été écarté du groupe France après des propos racistes tenus dans une vidéo publiée dimanche et dont il s’est dit « honteux ».
Entre « sidération » et « cataclysme », selon les mots du sélectionneur Fabien Galthié, visiblement affecté par une séquence « très difficile », les Bleus ont pourtant répondu présent avant de craquer face à l’expérience argentine.
Jeune garde venue pour apprendre
Ils ont certes inscrit trois essais, par le capitaine Baptiste Serin (10e), le centre Emilien Gailleton (46e) et l’ailier Théo Attissogbe (50e), mais c’est insuffisant face aux cinq marqués par les Pumas. Trop indisciplinés (onze pénalités concédées), les Français ont justement été sanctionnés de deux essais du pilier Thomas Gallo (58e, 65e) alors qu’ils évoluaient à quatorze après le carton jaune reçu par le pilier Georges-Henri Colombe (57e).
La jeune garde bleue était venue pour apprendre, avait assuré Fabien Galthié avant de décoller. Face à des Argentins aussi expérimentés que revanchards, les Bleus (25 ans et sept sélections de moyenne au coup d’envoi) sont venus, ont vu et ont été vaincus après avoir démontré tout leur courage.
Au sortir de cette tournée cauchemardesque sur le plan extra-sportif, le staff français peut tout de même s’appuyer sur quelques bonnes nouvelles côté terrain. Le pilier de La Rochelle Georges-Henri Colombe a démontré que l’on pouvait compter sur lui à droite de la mêlée, derrière son partenaire Uini Atonio ; l’ailier de Pau Théo Attissogbe a fait parler ses jambes avec trois essais pour ses premières capes ; le centre de Toulon Antoine Frisch a étalé toutes ses qualités offensives et défensives ; le talonneur de Castres Gaëtan Barlot a été conquérant, tout comme le troisième-ligne de Montpellier Lenni Nouchi. Enfin, le demi de mêlée Baptiste Serin a prouvé qu’il méritait un meilleur statut au sein du groupe France.
La nécessité de restaurer l'autorité au sein du XV de France
Dans les couloirs de l'hôtel Emperador de Buenos Aires, pendant toute la semaine, les conciliabules se sont multipliés entre l'encadrement sportif du quinze de France et les dirigeants fédéraux venus en Argentine. Ils se sont probablement poursuivis dans l'avion du retour puisque Florian Grill et Jean-Marc Lhermet, respectivement président et vice-président de la FFR, tiennent une conférence de presse ce mardi.
Depuis la troisième mi-temps de Mendoza, dans la nuit du 6 au 7 juillet dernier, qui a conduit à l'exclusion de la tournée de Melvyn Jaminet pour propos racistes et à la mise en examen d'Hugo Auradou et Oscar Jegou pour viol avec violences en réunion, le fameux cadre de vie dessiné par Fabien Galthié, dont Raphaël Ibañez était le supposé garant quand il était encore dans le paysage, et qui fut largement mis en avant au démarrage du premier mandat du sélectionneur, a volé en éclats.
Il est alors devenu urgent, notamment face à la sidération de l'opinion, de poser un diagnostic sur ce management en échec et d'identifier les responsabilités. Parce que les résultats sportifs et les belles affluences au stade ne délivrent pas d'immunité aux figures de l'autorité et que tout le monde se demandait, au milieu de la tempête, à quoi cela peut bien servir de promener trente encadrants au bout du monde, dont deux nutritionnistes, pour autoriser tous les excès en pleine compétition.
Galthié : « On va mettre un cadre qui n'est pas négociable »
Fin 2019, lorsqu'il prend les rênes de l'équipe de France, après une Coupe du monde passée comme adjoint de Jacques Brunel, Fabien Galthié a deux priorités. D'abord gagner (beaucoup) et vite. Mais aussi redorer l'image des Bleus.
« Nous voulons définir un cadre très rigoureux sur la manière de vivre ensemble, disait-il alors. Une forme de pacte, sur lequel on leur demande de s'engager. Avec en priorité une exemplarité exigée, dans leurs clubs déjà, et évidemment en équipe de France. » Il regrette les « anciennes habitudes » prises en sélection ces dernières années à l'image des dérapages nocturnes à Édimbourg lors du Tournoi 2018 (*) puis au Mondial.
Le message est ferme. Le sélectionneur le martèle aux joueurs. Quitte à se mettre en scène devant les caméras comme lorsqu'il fait passer des entretiens aux joueurs du Racing 92. À Teddy Baubigny, il dit : « On peut faire la bringue, c'est même très important. Mais il faut la cadrer. Il ne faut pas faire n'importe quoi. » Devant un Wenceslas Lauret perplexe, le sélectionneur ajoute : « On va mettre un cadre qui n'est pas négociable. Dans le cadre de vie, on va vous donner - ce qui n'était pas fait - une planification sur la compétition. On vous demande de dire dès aujourd'hui, avant qu'on perde du temps ou non à vous suivre, si vous acceptez ce cadre. Si des joueurs disent oui mais sortent du cadre, ils repartent. Il y a des taxis qui vous attendent, on n'en parle pas, on ne bataille pas, on ne laisse pas d'énergie. » Raphaël Ibanez, nommé manager du quinze de France, accompagne alors Fabien Galthié pour être « le garant d'un certain état d'esprit et d'une éthique. »
Des règles qui volent en éclats
Ce quinze de France a retrouvé, comme l'espérait son nouvel entraîneur en chef, une dynamique sportive même si l'élimination lors du dernier Mondial plombe forcément le bilan. Pour l'exemplarité, en revanche, c'est franchement moins évident. En l'espace de quatre ans et demi, le fameux « cadre de vie » a plusieurs fois craqué. D'abord lorsque les Bleus ont fait exploser la bulle Covid en 2021. Puis, plus discrètement, lors de la préparation du dernier Mondial et même lors de la compétition ponctuée par des soirées arrosées pour les joueurs français, notamment à Aix-en-Provence où deux joueurs éméchés en sont furtivement venus aux mains.
Mais le pire était à venir sur le sol argentin où ce groupe France rajeuni, privé de ses tauliers habituels, a touché le fond. A-t-il été suffisamment encadré ? Si la soirée entre joueurs du 29 juin à Buenos Aires, organisée avec l'aval du staff, n'avait pas dégénéré, celle de Mendoza, après la victoire contre les Pumas le 6 juillet (13-28), a sévèrement dérapé avec les affaires que l'on connaît aujourd'hui. Ce soir-là, les Bleus avaient l'autorisation de boire un verre pour célébrer les premiers capés. William Servat avait demandé à ceux qui joueraient en Uruguay de rentrer tôt. À l'image de ses adjoints, Fabien Galthié est apparu depuis très marqué après ce qu'il a qualifié de « cataclysme » et de « traumatisme ».

« Le cadre de vie, je le répète, c'est un travail qu'il faut consolider au quotidien, sans relâche, disait-il à Montevideo au lendemain de l'arrestation d'Hugo Auradou et Oscar Jegou. Répéter et travailler sans concession sur le respect des règles, du savoir-vivre en société et de la liberté. » Un respect des règles qui, après le dernier match contre l'Argentine samedi (défaite 33-25), n'a pas été appliqué par tous. Les consignes étaient pourtant très claires : les joueurs devaient rester à l'hôtel et ne pas consommer d'alcool fort. Si la plupart sont sagement restés dans un salon privé ou au bar de l'Emperador en compagnie du staff, d'autres n'ont rien trouvé de plus malin que de sortir dans Buenos Aires...
La nécessité de restaurer l'autorité
Qui avait l'autorité absolue ? Que dit l'organigramme ? Après son éclipse partielle pendant le Tournoi, où était Raphaël Ibañez plutôt qu'en Argentine ? Pourquoi n'y avait-il pas au moins un officier chargé de la sécurité, comme le Raid pendant la Coupe du monde ?
Ces questions ont légitimement émergé, y compris au sein même du staff élargi des Bleus, un peu agacé par la chasse au bouc émissaire tous azimuts. Bernard Viviès était le chef de délégation et Mathieu Brauge, le team manager. Leur rôle est réservé à la logistique. Ils n'ont jamais eu de pouvoir décisionnaire. En l'absence de l'ex-talonneur tricolore, le patron de l'équipe était son sélectionneur. C'était Fabien Galthié, donc, qui avait l'autorité d'autoriser, réguler ou interdire. Son principe de responsabilité balayé par les événements de ce mois de juillet, l'état-major se refusait jusqu'ici à une remise à plat vertical du système.
L'idée est que l'absence de cadres à forte expérience en Argentine, conjuguée à la disparition du « On sort tous ensemble, on rentre tous ensemble », n'aurait pas arrangé les choses.
| Statistique | Chiffre |
|---|---|
| Nombre total de matchs | 56 |
| Victoires de la France | 39 |
| Matchs nuls | 1 |
| Victoires de l'Argentine | 15 |
| Plus petit écart de points au Stade de France | Moins de 10 points |