Thierry Perreux : Une Carrière Légendaire du Handball Français

Thierry Perreux, figure emblématique du handball français, a marqué l'histoire de ce sport tant par sa carrière de joueur que par son engagement en tant qu'entraîneur et coordinateur sportif. Des terrains de jeu aux bancs de touche, son parcours est jalonné de succès et de passions.

Figure des légendaires Bronzés et Barjots, personnage du handball français, l’ex-entraîneur du Fenix Toulouse (2015-2021) revient sur quelques-uns des temps forts et… savoureux de sa carrière.

Le handball - Karambolage - ARTE

Les Débuts et l'Ascension

Thierry Perreux a connu une carrière riche et variée, marquée par des moments forts et des rencontres déterminantes. Il a évolué dans un environnement où le handball était en pleine mutation, passant d'un sport amateur à une discipline professionnelle.

Quand j’ai commencé en équipe nationale, on était peut-être la 25ème équipe de niveau Mondial B ou C. En club, il n’y avait pas de résultats au niveau européen. J’ai fait partie de cette génération qui a fait un peu évoluer les choses.

Progressivement, les clubs ont mis plus de moyens aussi. En sélection, on a commencé à obtenir des résultats car on s’entraînait comme les autres. Cela a bien progressé pendant les années 90. Je suis heureux d’avoir connu les deux côtés. Il y a beaucoup plus d’exigence maintenant et c’est tant mieux.

On a marqué le début de ce qui a été mis en place ensuite. On a plongé vers le professionnalisme. Il faudrait davantage de moyens encore pour que tout le monde trouve son compte. Mais globalement c’est beaucoup plus solide.

Pour Yohann Delattre, autre gardien du temple aujourd’hui entraîneur de l’équipe de France U21 championne du monde en 2015 et 2019, l’évolution est logique. Pour l’entraîneur passé par Saint-Raphaël, Hambourg, Constanta ou Cesson "ça a été possible parce que cette génération a gagné en crédibilité. Et puis il y a eu un facteur primordial, notre sport commençait à se professionnaliser."

Les "Barjots" : Une Équipe de Légende

Les Barjots célébrant leur victoire en 1995

En 1995, Thierry Perreux et ses coéquipiers, surnommés les "Barjots", ont marqué l'histoire du handball français en remportant le premier titre mondial de la discipline. Cette victoire a été un moment charnière pour le handball en France, propulsant ce sport sur le devant de la scène médiatique.

Nous sommes le 21 mai 1995, en Islande. Emmenés notamment par Denis Lathoud, Jackson Richardson et Frédéric Volle, les handballeurs Français s’imposent en finale face à la Croatie, 23-19.

Deux ans après l’argent, la France est pour la première fois de son histoire championne du monde en handball. Une prouesse : ce trophée est également le premier titre mondial français remporté dans un sport collectif !

Les hommes de Daniel Costantini deviennent de vrais héros. En fait, étant capitaine, à la veille de la finale du championnat du monde en Islande, il y a un journaliste de « L’Équipe » qui m’a demandé une interview pour faire un état des lieux et donner un trait caractéristique de tous mes coéquipiers.

À chaque fois, je trouvais qu’il y avait un truc un peu décalé, voire complètement, qui représentait bien les joueurs. Et si tu veux, à mi-parcours de l’entretien, j’ai dit : « En fait, on est tous des Barjots ! » Et le mec, il a titré sur la une de « L’Équipe » le lendemain « Nous sommes des Barjots », et c’est parti comme ça.

Dans cette équipe de France, on était décomplexés. On a obtenu des résultats en formant une meute (sic). On était très soudés. Nous avons été chercher une médaille (bronze) en 1992 à Barcelone, une médaille d’argent en 1993, puis ce sacre en 1995. Notre groupe était de qualité, mais on avait surtout un gros mental. On avait faim !

On avait cette envie d’exister par rapport aux grosses nations qui nous mettaient des raclées depuis dix ans. Costantini a aussi beaucoup contribué à cela en débarquant avec ses idées. On s’est rendu compte qu’on n’était pas plus bêtes que les autres.

Anecdote

Justement, je vais te raconter une anecdote survenue lors de la finale de la Coupe d’Europe, au match retour, au palais des sports de Marseille où on jouait contre Veszprem. On avait gagné d’un but là-bas (23-22 puis 23-21 au retour, NDLR).

Nous sommes à la mi-temps d’un match serré, dans notre vestiaire, et là, arrive Bernard Tapie qui entre en plein briefing du coach et il va voir directement Thierry Perreux (ailier droit, NDLR) avec ses gardes du corps et lui dit qu’il faut… qu’il casse les tibias à son adversaire !

Tu imagines le scénario ? Tu as Mile Isakovic à la mi-temps qui fait son speech, et tu as Bernard Tapie qui débarque sans rien demander à personne, qui entre dans le vestiaire et qui va voir Thierry Perreux pour lui dire qu’il faut casser les jambes à son adversaire !

Reconversion et Engagement auprès des Jeunes

Après sa carrière de joueur, Thierry Perreux s'est tourné vers l'entraînement et la formation des jeunes. Il a occupé différents postes, notamment à Villeurbanne et à Tremblay-en-France, avant de rejoindre le Paris Saint-Germain Handball (PSG) en tant qu'adjoint de Philippe Gardent.

Quand Philippe Gardent a été contacté par le PSG pour venir entraîner l’équipe professionnelle, il m’a demandé si le projet m’intéressait. J’ai accepté. J’ai été entraîneur adjoint pendant trois ans (entre 2012 et 2015, Ndlr). Puis on m’a proposé un autre poste au club : celui de coordinateur sportif avec une étroite relation avec le secteur amateur.

Coordinateur Sportif au PSG

Actuellement, Thierry Perreux occupe le poste de coordinateur sportif au PSG, où il joue un rôle clé dans le développement des jeunes talents. Son expérience et sa passion pour le handball sont des atouts précieux pour le club.

Le PSG n’est pas qu’un club où il y a des professionnels. Il y a aussi tout ce secteur amateur qui fonctionne très bien avec un grand nombre de licenciés et des résultats intéressants. Il fallait développer cette branche. Quand le club a décidé de se séparer de Romuald Notari, l’entraîneur du centre de formation depuis 2013, on m’a demandé si cela m’intéressait. J’ai accepté. J’avais envie de remettre le pied sur le terrain. J’ai toujours été dans la formation.

Ils sont multiples. Sportivement, la compétition est évidemment importante. Mais le principal enjeu vise le développement des joueurs et leur formation. Le but est de les amener au plus haut niveau. On veut essayer de faire comprendre à ces jeunes joueurs ce que pourra être leur carrière une fois leur contrat professionnel, signé.

Cependant, ils ont un double projet à gérer : le handball, bien entendu, mais aussi leur projet d’études. On reste très attaché à cela. Tous ne joueront pas au plus haut niveau.

Je pense à Benoît Kounkoud. C’est le premier joueur qu’on est allé chercher à la Réunion avec Maxime Spincer. Je l’avais remarqué en interpoles. Il fait toujours partie de l’équipe 1 et également de la sélection nationale. D’autres ont été des réussites comme Adama Keita, Edouard Kempf et pleins d’autres encore qui ont signé des contrats professionnels dans d’autres clubs. Sans oublier Dylan Nahi qui est passé par le centre de formation et a été vite aspiré par l’équipe 1.

On continue de former nos joueurs au centre de formation. Je ne veux pas donner de noms pour les protéger. On essaie avec un staff de les mettre dans les meilleures conditions. Il faut veiller à cela. Mais on a une génération 2002 très intéressante.

Ils restent en éveil car ils s’entraînent très souvent avec l’équipe 1. Ils se montrent prêts quand on fait appel à eux. Raul et Jota Gonzalez savent comment les choses se passent car ils sont proches du centre de formation. Ils s’intéressent de près à la progression des joueurs.

L'Évolution du Handball

Thierry Perreux a été témoin de l'évolution du handball au fil des années. Il a constaté une professionnalisation croissante de ce sport, avec des moyens plus importants et des exigences plus élevées.

Le niveau de jeu a vraiment évolué dans le bon sens. En tant qu’ailier, on peut encore plus s’exprimer. Il y a tout le jeu dans les grands espaces, d’engagements rapides qui le permettent. Avant, on ne pouvait pas pousser les ballons comme on le fait maintenant. Cela va beaucoup plus vite.

Les environnements actuels sont aussi plus propices à la performance avec des staffs élargis. C’était le début du professionnalisme. On ne s’entraînait pas comme maintenant. Il y avait moins d’argent et d’engouement aussi.

Dans cette équipe de France, on était décomplexés. On a obtenu des résultats en formant une meute (sic). On était très soudés. Nous avons été chercher une médaille (bronze) en 1992 à Barcelone, une médaille d’argent en 1993, puis ce sacre en 1995. Notre groupe était de qualité, mais on avait surtout un gros mental. On avait faim ! On avait cette envie d’exister par rapport aux grosses nations qui nous mettaient des raclées depuis dix ans.


Palmarès de Thierry Perreux
Compétition Année Médaille
Jeux Olympiques 1992 Bronze
Championnat du Monde 1993 Argent
Championnat du Monde 1995 Or

Les "Barjots" : Une Fraternité Durable

Les "Barjots" ont marqué l'histoire du handball français, mais leur impact dépasse largement le cadre sportif. Ils ont incarné une génération décomplexée et talentueuse, capable de rivaliser avec les meilleures nations mondiales. Leur esprit d'équipe et leur camaraderie sont restés intacts au fil des années.

Oui, parce que je n’ai connu que celle-ci en fait, presque que celle-ci sur mes 16 ans de carrière dont 13 ans de carrière de joueur international. J’ai connu, bien sûr, la génération d’avant, un petit peu, mais après, c’était avec celle-ci, donc c’était une aventure incroyable, autant humaine que sportive.

En fait, tu es Barjot à vie, tu ne l’es pas que sur le terrain, tu gardes ce truc-là. On a une amitié qui est très forte pour certains. Pas plus tard que l’été dernier, j’étais chez Stéphane Stoecklin en Thaïlande, ça fait quand même la 8e ou 9e fois que je vais chez lui là-bas.

J’ai été au Canada parce que Charlie (Volle, NDLR) habitait au Canada là-bas. Et je vais bientôt programmer d’aller au Panama, parce que maintenant il habite au Panama, il faudrait d’ailleurs qu’il arrête de déménager (rires). En fait, on s’est construit en tant qu’hommes, on s’est construit parce qu’on se connaît depuis très longtemps, et on a grandi ensemble, c’est indéniable, et ça reste une histoire incroyable.

Et une histoire qui… ne peut pas être revécue parce que nous avons été les premiers. On pouvait faire deux, trois conneries, à l’époque, ce n’était pas trop réprimandable, mais bon, aujourd’hui… Non, ce n’est pas possible. Tu es lynché. Oui, lynché médiatiquement et immédiatement ! On remercie le ciel de ne pas avoir eu de réseaux sociaux à cette époque, bien sûr qu’on a fait les cons, mais des cons gentils, et c’est impensable que ce soit fait maintenant… Moi, je les trouve tristes nos mecs maintenant, par rapport à ce que nous avons vécu.

Les Barjots, c’est un truc qui est entré dans la légende du sport français.

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