Le projet du Grand Stade de rugby à Ris-Orangis, dans l'Essonne, a connu de nombreux rebondissements. La Fédération Française de Rugby (FFR) rêvait de posséder son propre stade en Île-de-France, afin de gagner en indépendance financière et de ne plus dépendre du Stade de France. Décision a donc été prise, il y a déjà plusieurs années, de construire ce grand stade.
Le site retenu était l'ancien hippodrome de Ris-Orangis, un espace désaffecté. L'enquête publique, nécessaire pour un tel projet, s'est achevée fin février 2014. L'architecte a été choisi et le stade dessiné. Avec une capacité de 82 000 places, il aurait été la plus grande enceinte sportive de France. Toutefois, le financement restait le principal obstacle.

Les Acteurs et les Enjeux
Les élus locaux, notamment les maires d'Évry et de Ris-Orangis, Francis Chouat (PS) et Stéphane Raffalli (PS), avaient de grands espoirs quant à la création d'un pôle sportif pourvoyeur d'emplois et de revenus. L'État avait même accordé au projet le statut d'opération d'intérêt national.
Le 17 janvier, le tribunal judiciaire d'Évry (Essonne) se prononcera dans l'affaire du projet du « Grand Stade » de rugby, enterré par Bernard Laporte dès son arrivée à la présidence de la FFR, en décembre 2016. C'était une promesse de sa campagne électorale. Il l'a tenue.
Cependant, Bernard Laporte, le nouveau président de la FFR, a mis fin au projet lors de son premier comité directeur. Sa fédération avait pourtant investi 12 millions d'euros en études depuis le lancement du projet six ans auparavant.
Ce consortium de quatre sociétés avait signé en juillet 2016, avec le prédécesseur de Bernard Laporte, feu Pierre Camou, un accord prévoyant la réalisation du contrat de conception, de construction, d'entretien et de maintenance du futur Grand Stade. L'enceinte, qui aurait dû être construite sur l'hippodrome de Ris-Orangis (Essonne) et livrée courant 2022, devait contenir 82 000 places et accueillir une dizaine de matches de rugby par an, plus quelques événements culturels. Le coût total de l'opération dépassait les 600 M€.
Pour justifier ce projet, porté par Pierre Camou et son vice-président Serge Blanco, la FFR avait expliqué vouloir à tout prix se défaire des liens noués avec le consortium du Stade de France. Une manière de copier la Fédération anglaise, propriétaire de son stade de Twickenham, d'acquérir une véritable autonomie financière avec le développement de nouvelles ressources et donc de s'enrichir à moyen terme.
Mais, trois jours après son élection, Bernard Laporte avait jeté le projet à la poubelle. S'estimant lésé, le consortium avait alors assigné en janvier 2018 la FFR en justice.
Les raisons de l'abandon
Plusieurs raisons ont été avancées pour justifier l'abandon du projet. La FFR craignait des retards importants dans les travaux et une incapacité à financer une telle enceinte, comme le soulignait un rapport critique de la Cour des comptes concernant le modèle économique du projet. Me Stéphanie Baudot, avocate de la FFR, a souligné l'absence d'autorisation de construire et de financement comme motifs de caducité du contrat avec Ibelys.
Le financement initial prévoyait un prêt de 400 millions d'euros et un apport de 200 millions d'euros par la FFR, or cette dernière ne disposait pas des fonds propres nécessaires. La vente de débentures, censée amasser un tiers du coût, fut un échec retentissant.
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Les Conséquences Juridiques et Financières
Le 4 juillet 2020, la FFR a été condamnée à verser 3,36 millions d'euros aux collectivités locales de l'Essonne. Le tribunal judiciaire d'Évry a également statué que la FFR avait injustement résilié son contrat avec Ibelys, condamnant la fédération à verser 150 000 euros de compensation.
Ibelys estime que Bernard Laporte a rompu ce contrat de manière unilatérale. Nous avons pu consulter les conclusions rédigées par Me Dominique Mondoloni, l'avocat d'Ibelys. On y apprend que le consortium demande au tribunal de « condamner la FFR au paiement de 16 389 873 euros en réparation du préjudice subi du fait de la résiliation du contrat conclu avec la FFR ».
Les Réactions et les Alternatives
L'abandon du projet a suscité de vives réactions. Les élus locaux ont exprimé leur déception face à cette décision, soulignant l'intérêt du projet pour le développement économique de la région. Stéphane Raffalli, maire de Ris-Orangis, a regretté les "méthodes brutales" employées par la FFR et a évoqué de possibles actions en justice.
Les Verts, opposés au Grand Stade, ont salué cette volte-face et ont proposé des alternatives, comme la création d'un "large site agrobiologique" pour répondre aux besoins alimentaires de la région.
Les Premières Initiatives de Rugby à Ris-Orangis
L'histoire du rugby à Ris-Orangis ne se limite pas au projet avorté du Grand Stade. En 1967, Roger Latruberce arrive à Ris-Orangis où il est nommé directeur de l'école Ordener. Passionné de rugby, il vient s'entraîner sur un terrain vague et constitue les premières équipes de benjamins, minimes et cadets. En 1982, le stade de Fromont est renommé Stade Roger Latruberce, en son honneur.

L'Avenir du Site de l'Hippodrome
Le terrain de l'ancien hippodrome, vendu en juin 2013 par France Galop, appartient désormais aux pouvoirs publics via l'établissement public foncier d'Ile-de-France. L'avenir de ce site reste incertain, mais les acteurs locaux réfléchissent à des alternatives pour valoriser cet espace à haute valeur ajoutée.
Par ailleurs, un appel à manifestation d'intérêt intitulé ''Bien plus qu'un stade : une destination au SUD du Grand Paris'', qui vise à bâtir un véritable lieu de vie autour du stade, a été confirmé par les acteurs du projet, en l'occurrence la Communauté d'Agglomération Evry Centre-Essonne, le Conseil général de l'Essonne et les villes de Ris-Orangis et Bondoufle.
Enfin, dans le cadre du Contrat d'intérêt national (CIN), la question des transports a également été abordée par le Premier ministre avec l'annonce du doublement de la fréquence des trains RER D entre Paris, ainsi que la confirmation du Tram-train Massy-Evry qui desservira directement l'équipement.