La formation rennaise a pris l’habitude de faire émerger des talents dès 16 ans, mais c’est bien au lendemain de ses 21 printemps que Djaoui Cissé a surpris son monde en s’imposant comme une révélation sous les ordres d’Habib Beye. Pourtant, les coachs se sont succédés et le talent issu de la région parisienne a pris son temps pour émerger.
Rennais depuis 2019, Djaoui Cissé a réellement découvert le monde professionnel en février dernier sous les ordres d’Habib Beye, pour un succès 1-0 face à Strasbourg au Roazhon Park. Depuis, ses performances dans l’entrejeu lui ont permis d’enchaîner et de porter son compteur à 20 participations. Des débuts dans l’élite réussis qui lui ont donné le droit de défendre les couleurs tricolores avec l’Équipe de France Espoirs l’été dernier à l’occasion du championnat d’Europe des moins de 21 ans, un parcours qui s’est malheureusement arrêté en demi-finale mais qui a révélé un peu plus le talent de Djaoui aux yeux des fans de foot.
Un mois jour pour jour après sa première titularisation en Ligue 1, Djaoui Cissé a inscrit son premier but face à Montpellier le 2 mars dernier, d’une sublime frappe du droit. Un éclair au moins aussi important que le bagage que déploie depuis le 2 février le milieu de terrain, révélation de la saison. Une surprise ? Pas pour Léo Rouillé, son ex-coéquipier aujourd’hui au Stade Briochin. « Il fallait qu’il soit mis dans le bain, dans cette rotation. Je savais que Djaoui, n’importe quel niveau il se serait adapté ».
Ni pour Winston André, autre représentant de la génération 2004 du SRFC. « Non, car il a toujours eu de grosses qualités, techniquement notamment. Et oui, par rapport rapport à sa manière de jouer, il a beaucoup mûri ». Et cette maturité, Pierre-Emmanuel Bourdeau a lui aussi pu la constater. Aujourd’hui adjoint au Red Star, il a accompagné Djaoui Cissé durant toute sa formation, dans presque toutes les catégories.
« Tu ne sais jamais ce que peuvent faire les garçons tant que tu ne les as pas posé en Ligue 1. Ce qui était certain, c’est sa technicité au-dessus de la moyenne. Il est très doué, très fluide, a toujours le geste juste », analyse t-il. « Il s’est surtout construit à travers l’intelligence collective. Il est très pertinent dans le jeu ». C’est d’ailleurs ce qui frappe le plus depuis un mois à Rennes, et que Winston André résume.
Le Parcours Semé d'Embûches de Djaoui Cissé
La réponse se trouve peut-être au début de l’aventure pour un jeune de Grigny (Essone) repéré autour de la capitale, et testé pour la première fois au tournoi de Montaigu, référence française pour les U16. Cissé a alors signé un ANS (Accord de Non Sollicitation) et se prépare la saison d’après à jouer pour le Stade rennais.
« J’ai vu un garçon extrêmement chétif, très fin, pas très grand, assez introverti, il fallait aller le chercher un peu », se souvient Bourdeau. « Il avait un très petit volume de jeu, peu d’intensité, pas du tout construit sur le plan athlétique, un garçon à maturité très tardive. Il était difficile de l’amener sur les efforts ».
Le retard athlétique est conséquent, et l’évolution s’annonce lente et constante. « Ce sont des profils où il faut être patient. Il faut leur donner beaucoup de temps. Le talent il l’a toujours eu, il faisait des choses que les autres ne faisaient pas ».
Cette facilité technique, ses coéquipiers en profitent les premiers, mais sont aussi les premiers à faire le même constat que les formateurs. « Il aimait bien beaucoup porter. Défensivement il ne se plaçait pas forcément très bien » se souvient André, appuyé par Bourdeau.
« Il n’y avait aucun doute sur le fait qu’offensivement il pouvait s’exprimer en Ligue 1. Le seul doute qu’on pouvait avoir, c’était sur sa capacité à défendre, et bien défendre. Il faut beaucoup courir, défendre des espaces de jeu, être intense sur les retours défensifs ».
Avec son nouveau centre de formation en cours de construction, le Stade rennais ambitionne d’atteindre la plus haute performance et s’équipe en conséquence afin de répondre à un football de plus en plus porté sur les aptitudes physiques des footballeurs. Ce n’est pas nouveau, et le club breton développe depuis plusieurs années ses joueurs sur le plan athlétique, sur terrain comme en salle.
« Les premières années, c’était difficile, il a même été utilisé défenseur central car il ne courrait pas assez devant et n’arrivait pas à mettre ses qualités au service de l’équipe », confie Bourdeau, qui l’a par la suite utilisé à tous les postes du milieu de terrain, y compris sur le côté gauche. « On pouvait se demander s’il était dans le dépassement de soi. On l’y a amené tranquillement, on lui demandait des choses pas forcément en relation avec le joueur qu’il était, comme sa capacité à attaquer la dernière ligne par exemple. Ce n’est pas forcément son foot. C’est là l’un des aspects spécifiques de la formation.
« On passe par des étapes dont on sait qu’elles ne sont pas forcément en relation avec le joueur, qui ne sont pas son point fort, mais on sait que ça va le développer. Car on sait que ce qui fait la différence dans le foot de haut niveau aujourd’hui, ce sont les courses à haute intensité. Djaoui, son foot manquait d’intensité. Il fallait lui montrer qu’il était capable de le faire ».

La Personnalité Discrète de Djaoui Cissé
La grande timidité de Djaoui Cissé n’aura pas échappé au grand public depuis plusieurs semaines, aux habitués de la Piverdière encore moins. Averti après ses quinze premières minutes de jeu contre Strasbourg pour sa première titularisation, Cissé s’était presque excusé auprès de Stéphanie Frappart après avoir reçu son carton jaune, humble et quelque peu impressionné pour ses débuts dans le grand bain. Introverti, le jeune joueur ne s’ouvre pas facilement, et il faut gagner sa confiance durant ses années au club.
Solitaire n’est en revanche pas un qualificatif approprié. Scotché à son groupe de potes dont Wilson Samaké fait alors partie, lui aussi pro de la génération 2004, Cissé vit au contact des autres, le propre d’un jeune en centre de formation. Réservé au premier contact, celui que ses amis surnomment « Choka » fait tomber le masque lorsqu’on le connait.
« Djaoui c’est un sacré coéquipier. Il est assez spécial. « Je me suis toujours bien entendu avec lui. Il est toujours de bonne humeur. Très réservé, s’il ne te connait pas, il ne va pas te parler, ou pas relancer les conversations. Quand tu apprends à le connaitre, il va se lâcher un peu plus, faire des blagues ».
Et c’est souvent par le foot que l’on y arrive. « Djaoui est discret sur un terrain, c’est sa façon d’être, sauf quand il a le ballon. Djaoui parle avec le ballon », résume Léo Rouillé. Et de ballon, en dehors du terrain. Cissé aime le jeu, et s’en abreuve.
« Pour moi, il correspond à ce que doit être avant tout un joueur rennais. Un garçon haut de gamme sur le plan technique, et extrêmement intelligent collectivement. Cissé débat sur la tactique hors des séances, et comprend plus vite que les autres, y compris dans le coeur de la machine. Il n’est pas rare avec la réserve de le voir interroger le banc en plein match dans la minute suivant un changement tactique adverse, sur la façon du SRFC d’y répondre. Djaoui a l’oeil, dedans, à défaut d’être à l’extérieur du terrain. Il lit le foot tactiquement, et a besoin de mettre du sens dans ce qu’il exécute sur un carré vert qu’il connait par coeur, où il a tous ses repères. Son adaptation à la Ligue 1 semble n’avoir pris qu’une minute, et pourtant Djaoui Cissé a pris son temps pour y arriver.
Le joueur de 21 ans a besoin d’une routine, et ses coéquipiers en savent quelque chose. Au vestiaire, en salle vidéo ou au self, le choix de la place est toujours le même. Ces habitudes, c’est probablement ce qui aide le milieu de terrain à se sentir bien pour jouer. Après l’avoir fait signer professionnel (jusqu’en 2027) l’été dernier, c’est peut-être aussi ça qui a fait hésiter le club au moment de décider ou non de le prêter l’été dernier comme les autres néo-pros (Wilson Samaké, Rayan Bamba, Alan Do Marcolino, Jérémy Jacquet).
Le début de saison n’a pourtant pas été facile pour Cissé. Il est là le premier gros succès d’Habib Beye, avoir fait d’un talent existant au club le meilleur renfort ou presque de l’hiver. Titulaire chaque match depuis l’arrivée du nouveau coach, Cissé poursuit sa quête de repères, en se mettant au niveau de la Ligue 1 qui l’a déjà privé du choc face au PSG, suspendu pour accumulation rapide de cartons jaunes (3 en 4 matchs). Il en déjà assimilé le rythme, sa faculté à être dans le bon tempo, à retarder sa passe jusqu’au bon moment, ayant impressionné sur ses cinq matchs joués. Des airs de Javier Pastore pour les plus jeunes, de Japhet N’Doram pour les moins jeunes.
« Son analyse du jeu est extrêmement pertinente aujourd’hui. On le sent très à l’aise », juge Bourdeau. Hasard sûrement, c’est exactement la ligne défendue par la nouvelle direction qui présente en ce début de semaine son nouveau centre d’entrainement, et du coach Habib Beye l’ayant répété à chaque conférence de presse ou presque.
Ses coéquipiers en parlent avec le sourire, et Djaoui est attendu pour affronter Lens, en l’absence de Seko Fofana (suspendu) et probablement de Ludovic Blas (blessé). Jérémy Jacquet en défense, Mohamed Kader Meïté en attaque, Djaoui Cissé au milieu, la formation impressionne en cette deuxième partie de saison. Cissé y est allé à son rythme, moins vite que les autres, mais à 21 ans, c’est bien son moment.
Depuis le début de saison, la gestion de Djaoui Cissé par Habib Beye a changé au Stade Rennais. Le coach du SRFC a monté le curseur de l’exigence avec son jeune milieu, révélation de la saison dernière à la personnalité très particulière. Habib Beye attend plus de Djaoui Cissé (au centre).
La première partie de saison de Djaoui Cissé a été escortée d’un sentiment étrange. Comme si la révélation de la deuxième partie de saison dernière, propulsée parmi les tubes de l’été lors de son aventure à l’Euro avec l’équipe de France espoirs, cherchait un second souffle.
La saison passée, Cissé avait disputé onze matches sur quatorze à plus de 80 minutes. Cette saison, zéro.
Fin juin avant la reprise de l'entraînement, Habib Beye avait été clair sur la gestion des jeunes talents du Stade Rennais dans Ouest-France. Un discours dans la lignée de l'ADN du club breton devenu une référence en formation depuis des années maintenant. Mais depuis, un léger doute plane.
La raison est évidente : le mercato est passé par là. Et dans leur secteur de jeu respectif, Djaoui Cissé et Kader Meïté, deux des belles promesses qui ont percé la saison passée en plus de la confirmation Jérémy Jacquet, ont vu du monde débarquer. Et pas n'importe qui. Puisque dans le lot, il y a de jolis noms et des joueurs d'expérience. Jugez plutôt : Valentin Rongier et Mahdi Camara ont densifié le milieu de terrain breton où Seko Fofana a retrouvé ses jambes. Et devant, Rennes a mis la main à la poche pour compenser le départ d'Arnaud Kalimuendo en achetant Esteban Lepaul et Breel Embolo dans les dernières heures du mercato.
Cela fait du monde. Et une concurrence sévère pour des joueurs en pleine éclosion et qui ont encore besoin de confirmer en L1. Leur talent et leur potentiel ne font évidemment pas de doutes. Et avec Habib Beye, ils savent qu'ils possèdent un coach qui n'aura pas peur de leur donner des minutes s'ils sont à la hauteur des attentes. Il l'a prouvé la saison passée. Et il l'a dit aussi. "Je n’aurais aucun problème à le mettre titulaire contre le PSG ou sur une autre échéance, car je sais ses qualités et ce qu’il est capable d’apporter", avait ainsi résumé en mars dernier l'ancien coach du Red Star dans Ouest-France à propos de Kader Meïté.
🔍 La Scouting Box - Djaoui Cissé (Rennes) - S2 E13 🇫🇷🇲🇱
Le souci, c'est que dans le 3-5-2 mis en place par Beye, les places sont devenues plus chères cette saison. Et que le coach rennais ne va pas leur faire de cadeaux. Certes, il a loué leurs qualités et il compte sur eux. Mais il ne va pas les faire jouer pour les faire jouer. Il en attend d'ailleurs plus d'eux. Et cet été, il s'est chargé de leur faire passer des messages, notamment à Djaoui Cissé la révélation de la dernière partie de saison 2024-25 qui n'a joué que 34 minutes lors des trois premières journées durant cet exercice.
"Certaines choses que l’on pouvait considérer comme de l’apprentissage sont différentes aujourd’hui, a lancé dans le quotidien régional Beye fin août au sujet du milieu de 21 ans. On doit être très exigeant avec lui (…) Je lui imposerai cette exigence tous les jours, pas pour lui poser des problèmes mais pour l’amener à progresser. Il a reconnu qu’il y avait un peu de frustration sur le fait de ne pas avoir débuté contre Marseille et de rentrer dans un match déjà plié (ndlr : à Lorient) et dans lequel il était difficile pour lui de se projeter en prenant du plaisir. Ces matchs font partie de l’apprentissage d’un jeune garçon. Je n’ai pas de problème avec lui, il a haussé le niveau cette semaine et il nous montre qu’il sera un acteur majeur de notre saison."
Sorti lors des premières journées pour compenser les exclusions puis sur le banc lors de la 3e journée, Kader Meïté a lui aussi vécu un début de saison frustrant. Avec l'arrivée de Lepaul puis celle d'Embolo, l'avant-centre de 17 ans risque de devoir se contenter des miettes alors que les deux recrues ont plus d'expérience et semblent bien plus complémentaires sur le papier. Aujourd'hui, il est le troisième homme de l'attaque. Reste à savoir quel sera son temps de jeu même s'il aura forcément des opportunités à saisir en cours de match dans cette attaque à deux, ou en fonction des états de forme ou encore des blessures. Alors que le Stade Rennais n'a pas de Coupe d'Europe à disputer cette saison, son rôle n'est clairement plus le même pour le moment.
Dans une année où Rennes est en reconquête et veut retrouver les hauteurs de la Ligue 1, Habib Beye sait cependant aussi qu'il est attendu au tournant dans ce secteur-là. Au Stade Rennais, faire confiance aux jeunes est une marque de fabrique. C'est dans l'ADN du club. Et c'est aussi une question financière, alors que les deux jeunes talents peuvent représenter de belles plus-values. Aujourd'hui, il a cependant clairement l'embarras du choix.
