Dans les rues de Paris, l’Histoire avec un grand H se ressent à presque tous les coins de rue, que ce soit à travers un bâtiment, un monument simple comme une fontaine ou même un détail sur une façade. Si elles ne sont mises en lumière que le temps d’une grande compétition ou d’un événement prêt à rassembler des milliers de personnes, on a souvent tendance à oublier que les enceintes sportives sont aussi de formidables témoins du passé.
Tandis que quelques enceintes ont été construites pour le grand événement de cet été, à l’image de l’Arena Porte de la Chapelle (badminton, gymnastique rythmique) et du Centre aquatique de Saint-Denis (natation artistique, plongeon, water-polo), une large majorité des infrastructures utilisées pour ces Jeux olympiques de Paris 2024 sont déjà existantes, comme le Stade de France, Roland-Garros, ou La Défense Arena. Une liste à laquelle on peut rajouter un stade emblématique de la capitale : le stade Pierre-de-Coubertin.
Situé dans le 16ème arrondissement de la capitale (qui n’est pas le plus bruyant de la capitale), ce bâtiment est une véritable institution du sport à Paris, puisque son inauguration remonte tout de même à 1937. Premier stade couvert construit en France, celui-ci est inauguré à la hâte à l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris.
L’idée d’un « stade couvert » pour accueillir des rencontres sportives n’a pas toujours eu l’évidence qu’elle a aujourd’hui. Avant le Stade Pierre de Coubertin, les installations sportives couvertes sont encore rarissimes. À Paris, spectateurs et sportifs peuvent compter sur le Vélodrome d’Hiver, qui existe depuis la fin du XIXe siècle, mais celui-ci reste un vélodrome surplombé d’une lourde charpente, qui peut suffire pour des combats de boxe, mais guère plus.
Finalement, le déclic viendra d’un champion de tennis : Jean Borotra, l’un des fameux “Quatre Mousquetaires” de la discipline. Ayant imaginé un stade couvert à la Porte de Saint-Cloud qui serait ouvert à autant de sports que possible (tennis, boxe, basket, gymnastique ou escrime), celui qui sera secrétaire général au sport et à l’éducation physique sous le régime de Vichy rencontre quelques heurts à son projet, mais parvient finalement à le faire construire pour l’Exposition Universelle de 1937.
Sous la direction de l’architecte en chef de la ville de Paris Edouard Crevel aidé des architectes Carré et Schilienger, les travaux débutent à la fin de l’année 1936 à un rythme rapide. Les sportifs y font leur premiers pas à l’été, tandis que s’avance la première compétition officielle: la Coupe des Nations de basketball disputée dans le cadre de l’Exposition Universelle. Le Stade Pierre de Coubertin n’est pas encore terminé, mais qu’importe, les matchs se jouent dans la salle annexe. La France y triomphe de la Lettonie (25-24) en finale.
Le 21 janvier 1938, la salle est officiellement présentée à la presse par la ville. Un aréopage fort nombreux est présent. Un Conseil d’Administration composé de 44 membres comprenant des représentants du monde politique, de journalistes sportifs et de dirigeants de fédérations, est formé pour gérer le centre sportif. Début 1938, le Stade Pierre de Coubertin est enfin achevé.
La Guerre et l’Occupation n’empêchent pas Coubertin de continuer son oeuvre. En septembre 1943, les bombardements qui visent les usines Renault voisines atteignent cependant le Stade de la Porte de Saint-Cloud. L’enceinte est éventrée, inutilisable. A la Libération, il faut attendre quelques travaux de première urgence pour une réouverture partielle du stade en octobre 1945. La reconstruction de l’ensemble tarde néanmoins. Il faut cependant encore patienter quatre longues années pour que Coubertin soit de nouveau entièrement opérationnel. La salle principale reconstruite presque à l’identique (seule la verrière reçoit quelques momification) ouvre de nouveau à l’automne 1951.

Architecture et Caractéristiques
Dans le projet initial de Borotra, le stade comprendrait une salle principale de 5 000 places éclairée par 24 lampes, deux salles annexes, un laboratoire médical et une salle de cinéma pour l’enseignement de la pratique des sports.
Deux matériaux s’imposent comme les traits typiques du Stade Pierre de Coubertin : la brique et le verre. Témoin d’une architecture art déco symbole de sa décennie de création, le Stade Pierre de Coubertin brille, ou plutôt illumine, par sa verrière de 1000 m² avec vue sur le terrain depuis le hall d’accueil et sa mezzanine.
La proximité entre le terrain et les tribunes font de Coubertin un lieu chaleureux, où les bruits du jeu et les chants des supporters parisiens se font facilement entendre. Et ce dès la première compétition officielle jouée dans cette enceinte : la Coupe des Nations de basketball, disputée dans le cadre de l’Exposition Universelle.
Événements Marquants et Clubs Résidents
Le premier match international de l'Équipe de France de volley-ball se tient à Coubertin en 1938. Le 6 février 1971, le premier Tournoi de Paris de judo a lieu à Coubertin. Le stade Pierre-de-Coubertin a pour clubs résidents l'équipe de basket-ball du Paris Levallois et le club de handball du Paris Handball.
Une enceinte qui subira comme Paris les foudres de la Seconde Guerre mondiale, mais qui ne cessera jamais d’accueillir le sport sous toutes ses formes. Tennis, basket, volley. Figure du patrimoine sportif français, l’enceinte accueille aujourd’hui les meilleurs badistes mondiaux qui s’affrontent chaque année lors des Internationaux Français de Badminton, mais aussi les plus grands escrimeurs et karatékas.
Depuis les années 90, les sections handball et basket-ball du Paris Saint-Germain en ont fait leur site de match.
Pierre de Coubertin - Karambolage - ARTE
Rénovation et Préparation pour les Jeux Paralympiques de Paris 2024
Avant de recevoir les athlètes du monde entier, le stade Pierre-de-Coubertin a donc subi un important lifting interne, notamment pour adapter ses espaces aux personnes en situation de handicap ou à mobilité réduite. Par ailleurs, une “zone calme” dédiée aux personnes souffrant de troubles autistiques a aussi été créée, avec un revêtement permettant d’insonoriser l’espace. Sans oublier un dispositif de guidage et une signalétique adaptée pour les handicaps visuels et sonores.
Rénové ces derniers mois, le stade accueillera à l’occasion des Jeux Paralympiques de Paris 2024 les épreuves de Goalball. Ce sport collectif inventé en 1946, pensé pour les malvoyants et non-voyants, oppose deux équipes de trois adversaires qui doivent marquer via un lancer au sol un ballon sonore dans le but adverse. Avant cela, pendant les Jeux olympiques, les lieux accueilleront les entraînements des équipes de gymnastique rythmique et de trampoline.
